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Suzanne de Julien Monfajon et de Baptiste Janon

Love U

Ils s’appellent Guillaume, Michel, Jimmy, Ghislain, Myriam et Suzanne et habitent dans le Quartier des Balances à Salzinne. Qui sont-ils ? Six personnages de fiction imaginés par douze étudiants de l’IAD.

Le professeur et réalisateur, Benoît Mariage, d’origine namuroise, a dirigé ses élèves au cœur de ce quartier de logements sociaux pour une série de douze courts métrages. Chaque histoire, écrite en binôme, a donné lieu à deux montages différents.

La qualité du projet a été reconnue par le comité de sélection du festival de Média 10-10 puisque trois d’entre eux (Michel, Suzanne et Guillaume) ont été sélectionnés. La version de Julien Monfajon (co-écrite et co-réalisée par Baptiste Janon) pour le film « Suzanne « a obtenu le Prix du Meilleur Court Métrage de fiction pour cette 30ème édition.

Portrait sensible dans un quartier sensible. Suzanne travaille dans une usine de conditionnement. Emballer, déballer, déposer, transporter, tel est son lot quotidien. Dans une tenue de travail qui lui ôte toute féminité, près d’autres femmes vêtues à l’identique, elle effectue des gestes automatiques et déshumanisants. Son lien avec le monde, un téléphone portable qui, dans cette journée qui aurait pu être comme toutes les autres, va faire naître l’évasion, le rêve, le désir.

Suzanne reçoit des messages d’un inconnu. Tour à tour troublée, inquiète, flattée, coupable, les sentiments qui l’envahissent sont captés par la caméra sans qu’un mot ne s’échange. Tout autour, le brouhaha des machines et les conversations à peine audibles des ouvrières parviennent plus encore à nous isoler avec elle dans le silence, dans une bulle de rêve et d’espoir.

La profondeur du personnage est rendu par les changements presque imperceptibles qui se lisent sur son visage : un battement de paupière, des lèvres qui se pincent, un sourire incontrôlable nous font entrer au cœur de son intimité. Le spectateur est ainsi emmené à penser et ressentir les choses comme s’il les vivait. Comme Suzanne, nous sommes dans l’attente de ce petit signal qui va délivrer un message, comme elle, nous sommes déjà dans un ailleurs possible, une histoire en train de s’écrire, au propre comme au figuré.

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Julien Monfajon et Baptiste Janon filment au plus près du personnage. La comédienne, Lara Persain, dévoile ses fragilités avec finesse. Il faut la voir croquer dans sa pomme, le sourire aux lèvres alors qu’elle vient de lire un « Je vous trouve très belle » ; il faut la voir retirer nerveusement ses gants de manutention pour supprimer un « Je vous imaginais nue » l’impliquant déjà trop dans un désir qu’elle ne peut pourtant s’empêcher d’éprouver sans en connaître l’objet.

Par un dispositif simple, une mise en scène épurée et à la fois charnelle, les réalisateurs créent tout un univers dans le presque rien qui élargit le champ des émotions et donne au film toute sa dimension entre illusions et désillusions.

Sarah Pialeprat

Article paru sur Cinergie.be

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Article associé : l’interview de Julien Monfajon

Orgesticulanismus de Mathieu Labaye

Orgesticulanismus « Orgesticulanismons ! »

« Orgesticulanismus » est le premier court métrage d’animation d’un ancien élève de La Cambre, produit par Caméra etc. Animateur dans cette maison de production consacrée principalement au film d’atelier, Mathieu Labaye a déjà réalisé en son nom propre deux courts métrages. À Media 10-10, son premier film professionnel aura fait l’unanimité, empochant le Prix du Meilleur Court Métrage d’Animation remis par le Jury Officiel et celui du Jury Presse.

C’est qu’« Orgesticulanismus », au bord d’un cinéma expérimental, est un film qui cherche, se libère, énergique, frénétique, jubilatoire, tellement vivant. Très ambitieux techniquement, il s’organise en dehors des genres codifiés du court métrage, sans scénographie étouffante ou conventions dramaturgiques attendues. D’une étonnante richesse formelle, tant par son travail autour du dessin que par ses articulations à la bande sonore et à la musique, « Orgesticulanismus » est d’une grande inventivité et se construit en trois temps sur une idée assez simple.

Tout est dans ce titre plutôt imprononçable qui semble une sorte de barbarisme formé à partir de plusieurs mots qui frappent : « le geste, la gesticulation », « l’orgasme, l’organisme» et « l’anima animée ». Trois plans de projections qui articulent le film en quelque sorte. « Orgesticulanismus » n’est pas une fiction, il ne raconte pas d’histoire, mais cherche à mettre en scène « le mouvement », du pur mouvement, l’essence même du cinéma. Il n’est pas documentaire, et pourtant il se construit autour d’un témoignage, celui de Benoît Labaye, le père du réalisateur, qui conduit le cheminement du film à travers sa voix en off.

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Mathieu Labaye monte d’abord des photographies d’un enfant qui grandit au fil du temps. Devenu adulte puis vieillissant, cet homme semble s’immobiliser pour s’arrêter enfin, totalement cloué dans une chaise roulante. En voix off, l’homme raconte son expérience : « C’est par le mouvement qu’on s’approprie sa propre vie. Par la liberté d’aller, de venir, d’avoir des gestes d’amour, de colère, peu importe. Quand on est privé du mouvement comme je le suis, si on veut survivre, il faut réinventer le mouvement autrement. ». Comme pour faire œuvre de réparation, « Orgesticulanismus » va frénétiquement reconstruire le mouvement pour le donner à voir, à sentir, l’abstraire enfin, mettant en scène dans le geste, la colère, la révolte, le débordement des énergies, la joie, l’apaisement.

Cette dernière image photographique d’un homme cloué dans sa chaise roulante se transforme en un dessin : le même homme est relié à des fils, immobile toujours, dans sa chaise roulante. Lui succèdent d’autres personnages (petite fille qui descend d’une chaise, vieillard qui se redresse, gros monsieur qui fait pipi), eux aussi reliés à des fils, dont le film décortique le mouvement, le reproduisant plusieurs fois. Répétition mécanique des gestes de petites marionnettes.

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Et puis, voilà que le premier des personnages, celui de la chaise roulante revient, tente de se lever de sa chaise, tombe mais se transforme en un autre personnage. Chaque image désormais sera celle d’un autre corps, d’un individu nouveau. Dans ces multiplications de personnages qui mutent les uns les autres par le vecteur du mouvement, c’est le mouvement lui-même qui se figure, s’échappant de cette toile d’araignée pour s’évader dans une danse de plus en plus frénétique. Sur une musique extrêmement rythmée, entre jazz et electro, signée Fabian Fiorini, ces mutations superposées explorent la richesse des mouvements de la danse, moment de jubilation totale où les corps jouissent de leurs propres possibilités, sortant d’eux-mêmes, en extase, jusqu’à se heurter à leurs limites et exploser. Alors, au-delà même des gestes,  les corps sont devenus  des images abstraites, ronds de couleurs, anneaux flottants, le mouvement s’étant comme libéré, se figurant désormais de l’intérieur, pure sensation, respiration, pulsation.

Anne Feuillère

Article paru sur Cinergie.be

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Franco Lolli, réalisateur de Como todo el mundo

Franco Lolli est sorti diplômé du département Réalisation de la Fémis en 2007. Son film de fin d’études, « Como todo el mundo », a été sélectionné et récompensé dans de nombreux festivals, notamment à Huy, Angers, Poitiers et Clermont-Ferrand où il a remporté en février 2007, le Grand Prix de la Compétition Nationale. Début octobre, il était de retour en tant que juré à Huy, au FIDEC (Festival International des Écoles de Cinéma).

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As-tu vu des films dans ton enfance qui t’auraient incité à te dire : “plus tard, moi aussi, j’aimerais faire du cinéma”?

Franco Lolli : J’ai commencé très tôt à y penser. J’ai 25 ans et depuis l’âge de 14 ans, je sais que je veux faire du cinéma. Je passais beaucoup de temps devant la télévision, et comme j’avais le câble, je regardais énormément de films. Des films comme « Trainspotting », « Forrest Gump » et « Pulp Fiction » m’attiraient. Rapidement, j’ai commencé à fréquenter un ciné-club de Bogota, avec mon meilleur ami. À 14-15 ans, on a réellement découvert le cinéma d’auteur et commencé à voir des films différents, comme « Crash » de David Cronenberg, les premiers films de Verhoeven, « La Grande Bouffe » de Ferreri et les films de Kubrick. Ces films-là et ceux de ma jeunesse m’ont marqué et m’ont donné envie de faire un jour à mon tour du cinéma.

À l’époque, t’intéressais-tu aussi au cinéma colombien ?

Non. Le cinéma colombien est très mauvais. Il ne me parle pas, à l’exception des films de Victor Gaviria vus à deux reprises à Cannes. Il s’agit du seul cinéaste colombien de fiction qui m’intéresse. Je ne sais pas pourquoi le cinéma ne marche pas en Colombie, d’ailleurs ça m’effraye un peu parce qu’à chaque fois que quelqu’un fait un film là-bas, c’est mauvais !

Tu as quitté Bogota pour venir étudier en France, d’abord à Montpellier, puis à Paris (La Sorbonne, La Fémis). Comment s’est effectué ton parcours ?

Je voulais aller dans une école en Europe ou aux États-Unis parce qu’en Colombie, il n’y a pas vraiment de possibilités de faire de bonnes études de cinéma : les profs et les moyens techniques ne sont pas les mêmes. Après le bac, j’ai voulu entrer à la Sorbonne (Paris III) mais la faculté n’acceptait pas d’étrangers âgés de 18 ans. J’ai donc commencé un DEUG de cinéma à Montpellier que j’ai poursuivi à Paris III. Pendant cette deuxième année, je me suis dit que j’allais tenter les examens des écoles européennes. Quand je me suis renseigné sur la Fémis, je me suis dit : « c’est là que j’aimerais être, cette école a les moyens, et les étudiants ont tout le matériel à leur disposition ». J’ai aussitôt pensé que je ne serais jamais pris. Pour passer le concours, il faut avoir fait un Bac+2. Moi, je me suis présenté à 20 ans, je n’avais rien fait dans le cinéma, juste deux courts métrages vraiment amateurs tournés en vidéo en Colombie. En me préparant pour le concours, je me suis dit : « si tu veux entrer là-dedans vu que tu as tout contre toi, il va vraiment falloir que tu bosses beaucoup ». À l’oral, on m’a demandé pourquoi je voulais être réalisateur et qu’est-ce que j’avais de différent par rapport aux autres. J’ai notamment parlé des films que j’aimais et de ceux que je n’aimais pas.

Qu’est-ce que tu avais envie de faire, toi, comme films ?

Moi, je savais que je ferais des films assez réalistes et que je parlerais de ce qui m’interpelle. En termes de rêves, je voulais faire un cinéma asez digne, un cinéma qui s’intéresse aux personnes et aux rapports de classes. À l’examen d’entrée à la Fémis, par exemple, je parlais déjà de l’envie de filmer l’adolescence et les classes sociales. Et quatre ans plus tard, j’ai fait “Como todo el mundo”, un court métrage qui reprend ces thèmes.

Quelle était la liberté accordée à la Fémis?

On a une liberté totale. La seule liberté, c’est celle que nous nous enlevons : c’est nous qui nous mettons les contraintes. Moi, je me suis libéré peu à peu. Juste avant mon travail de fin d’étude, j’ai réalisé un film qui était tout le contraire de ce que j’aurais imaginer faire un jour. C’est une histoire d’amour perçue par le point de vue d’une fille, tourné rapidement en vidéo avec des acteurs du Conservatoire de Paris. Il y a des scènes que je n’aurais pas osé faire dans un autre film parce que tout était au feeling, improvisé. Je ne m’interdisais rien, je faisais ce qui me venait. Je prenais la caméra; si j’avais envie de filmer un œil, je le faisais. Ça m’a beaucoup libéré d’avoir fait ce film : je me suis lâché, je me suis libéré des contraintes, des pressions, des trucs d’ego par rapport à mon propre regard et surtout par rapport au regard des autres.

Comment est-ce que le court métrage y est présenté ? En tant que carte de visite ou en tant que film?

Les professeurs prennent le cout métrage pour ce qu’il est : pour un film. Ils ne se disent pas juste qu’ils vont nous faire faire des courts pour qu’on sache après faire des longs métrages. Un film est un film et si il est court, il est court. Après, évidemment, on est très nombreux à faire des courts et avoir envie de passer au long. C’est très rare, les gens qui ont envie de rester au court toute leur vie, surtout dans une école de cinéma.

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Qu’est-ce qui a été à l’origine de ton film de fin d’études, « Como todo el mundo » ?

C’est un film extrêmement autobiographique. Il a été tourné en Colombie, en espagnol. Il parle de mon milieu social, de ma relation avec ma mère à une époque de ma vie, de mon groupe d’amis, de mes souvenirs de jeunesse. Même si elles sont fictionnalisées, presque toutes les scènes sont arrivées. Même le chien qui apparaît dans le film est autobiographique : c’est le chien que j’avais à Bogota! Cela faisait deux ans que je savais que je voulais tourner en Colombie et quatre ans que l’idée du film trottait dans ma tête. En première année d’étude, j’avais déjà fait une fiction de 10 minutes sur la relation entre un fils et une mère, mais elle se passait en France. Cette fois, mes désirs étaient divers. J’avais très envie de filmer des non professionnels, l’adolescence et les relations entre les classes sociales en Colombie. Je me suis intéressé à une classe très particulière, la bourgeoise, parce que c’est la seule que je connaisse vraiment. Ça, c’est une des choses que j’ai dites à mon oral, au concours d’entrée de la Fémis : il faut raconter ce qu’on connait, ce qu’on a vécu, avoir un lien d’intimité avec ce qu’on filme.

Pourquoi as-tu eu envie de travailler avec des comédiens en partie non professionnels?

J’avais plus envie de travailler avec des amateurs qu’avec des professionnels. Avant « Como todo el mundo », j’ai fait ce film en vidéo avec des comédiens du Conservatoire que j’avais choisi de filmer non comme des comédiens, mais comme des personnes. J’ai voulu les filmer comme ils étaient dans la vie, le plus près du réel, de façon un peu documentaire. Cette manière de procéder m’a convenu, cela m’a donné envie de poursuivre dans la même voie. J’avais fait un autre film avec des comédiens, ça s’était mal passé avec eux, mais j’ai pu sentir une fraîcheur et du cinéma grâce à une scène pleine de figurants, de non professionnels. J’ai eu envie de retrouver ces sensations. Dans mon film de fin d’études, tous les jeunes sont des comédiens non professionnels. Le protagoniste (Pedro Santiago Corrès) est également un amateur. Il n’avait jamais joué avant et n’a pas joué depuis. Par contre, son rôle est très proche de sa vraie vie. Cette proximité entre réalité et cinéma m’intéressait.

Ton film fait 27 minutes. As-tu envisagé de le raccourcir?

J’avais l’argent pour un film de 24 minutes, on a dû se battre pour trouver les fonds nécessaires pour pouvoir le faire dans la durée qu’on considérait comme bonne. Je ne me suis jamais dit que le raccourcir serait meilleur pour sa diffusion. Au contraire : c’était une expérience cruciale de faire le film le plus long possible comme préparation pour la suite.

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L’année passée, « Como todo el mundo » a remporté le Grand Prix de la compétition nationale (française) à Clermont-Ferrand. Avais-tu imaginé une telle récompense dans un festival aussi important ?

À vrai dire, j’ai été tout à fait étonné. Avoir un prix à Clermont-Ferrand semble tellement improbable que tu n’y crois pas vraiment, néanmoins, tu as quand même envie d’y croire un tout petit peu ! À Clermont, les films d’études sont au même niveau de compétition que les autres, ce qui fait qu’on a autant de chances que les autres réalisateurs. C’est difficile d’anticiper, mais c’est possible d’avoir de l’espoir. J’ai trouvé que la qualité de la sélection française n’était pas extraordinaire : il y a des bons films, mais la grande majorité n’est pas bonne.

Pourquoi penses-tu que ces films ne sont globalement pas bons ?

Je pense qu’en France comme dans n’importe quel pays, ce n’est pas possible de trouver 60 bons courts métrages et 60 bons réalisateurs chaque année. La compétition nationale reprend tous les films français tandis que son pendant international recense les meilleurs films, tous pays confondus. La compétition internationale est bien meilleure que la nationale, le niveau n’est vraiment pas le même.

Selon toi, y a-t-il une différence entre être sélectionné dans un festival de courts métrages et dans un festival de films d’écoles ?

Il me semble qu’un festival qui n’est pas spécialisé dans le film d’école a plus de liens avec le monde professionnel réel et que les films sont parfois plus mûrs, mais sincèrement, cela ne veut rien dire. Regarde cette année, par exemple, ce qui s’est passé à Clermont-Ferrand, le festival de courts métrages le plus grand du monde censé être très représentatif du secteur. Il me semble que c’est très symbolique qu’à la fois le grand prix national et le grand prix international (« Auf der Strecke » de Reto Caffi) aient été attribués à des films de fin d’études.

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Tu travailles maintenant simultanément sur deux projets : un moyen et un long métrage. Quel regard portes-tu sur le format court ?

C’est compliqué. Si je ne faisais pas de cinéma, je n’aurais jamais vu de courts métrages. Il y a de très bons courts qui n’auraient pas pu exister sans ce format-là. Pense à « La Jetée » de Chris Marker : ce film-là ne peut exister que comme il existe, c’est-à-dire en court métrage. À Huy, dans la compétition internationale du FIDEC, j’ai aimé un tout petit objet, « L. H. O. », qui ne dure que 3 minutes. Je trouve qu’il faut être très fort pour raconter une histoire sur le monde ou sur quelqu’un en si peu de temps. Moi, par exemple, je ne sais pas comment raconter une histoire en peu de temps, que ce soit en 3 ou en 12 minutes. J’ai besoin de faire de longues scènes de 3-4 minutes comme je les ai vues au cinéma entre 14 et 18 ans, j’ai besoin de voir mes personnages évoluer. C’est pour cela que j’ai en partie envie de m’exercer au format long.

Qu’est devenu ton meilleur ami de l’époque, celui avec qui tu avais l’habitude d’aller au cinéma?

Il fait du cinéma, lui aussi (rires) ! On est venu en France en même temps, il a raté la Fémis trois fois, et comme il avait trop d’orgueil pour faire une autre école de cinéma, il a décidé de se lancer seul. Il est premier assistant sur des longs métrages en Colombie, a un projet de long métrage et a été premier assistant sur presque tous mes films.

Tu es sorti de la Fémis il y a un an. Qu’as-tu retenu de ton passage par cette école?

Avant l’école, mon parcours était théorique : j’avais rêvé du cinéma. En arrivant à la Fémis, j’ai commencé à faire du cinéma. Pendant ces quatre années, j’ai fait des films et j’ai été entouré de cinéastes, donc je retire tout. Même si j’avais des choses à raconter, à exprimer, j’ai tout appris là-bas.

Propos recueillis par Katia Bayer

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Justine Montagner, responsable de la programmation du FIDEC

À Huy, se tient, depuis huit ans, au mois d’octobre, un festival de courts métrages unique en son genre en Belgique : le FIDEC. Ce Festival International des Écoles de Cinéma ne programme que des films réalisés par des étudiants issus d’écoles belges comme étrangères. Cette année, du 14 au 19 octobre, 35 films, venant de 24 pays et 14 écoles, étaient en compétition à Huy. Rencontre avec Justine Montagner, responsable de la programmation du FIDEC.

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Le FIDEC est un festival créé dans le sillon d’un autre festival implanté à Huy. Dans quelles circonstances est-il apparu ?

Justine Montagner :Pendant 40 ans, la ville et le Centre Culturel de Huy ont accueilli un festival de courts métrages amateurs, porté par des bénévoles. L’équipe, fatiguée, avait décidé de terminer en beauté sur un 40ème anniversaire. Ce festival était présidé par Roger Closset, le grand-père d’Audrey Lekaene, notre actuelle présidente. Quand elle a appris que l’équipe arrêtait, Audrey a sollicité plusieurs personnes de son entourage pour occuper ce créneau que le Centre Culturel était toujours prêt à accueillir. Après réflexion, nous avions envie, tout en assumant l’héritage du festival précédent, de proposer quelque chose de totalement différent, et de se démarquer des festivals de courts métrages belges. Nous nous sommes inspirés de ce qui se faisait à l’étranger, et pas encore ici. Audrey avait eu l’occasion d’aller au Festival International des Ecoles de Cinéma de Poitiers [Rencontres Henri Langlois]. Elle est revenue motivée : le créneau était trouvé. Nous nous sommes dit : “pourquoi ne pas décliner ce concept en Belgique, et particulièrement à Huy ? ”. Depuis, nous avons constitué une asbl, le Centre Culturel de Huy s’est associé au projet en nous offrant une structure et un cadre.

Parmi les festivals de courts métrages belges, aucun ne s’intéresse spécifiquement aux films d’écoles, à part le FIDEC. Est-ce que tu n’as pas le sentiment que les programmateurs de festivals ou même le public considèrent ces films comme des essais, des brouillons ?

Peut-être que certains programmateurs craignent que ces courts issus d’écoles de cinéma comportent des “erreurs”. Mais dans les courts réalisés par des professionnels, il peut y avoir aussi des maladresses. Nous, nous avons envie de les montrer, ces films. Cette année, nous en avons reçu 450 soit 100 de plus que l’année dernière. L’offre est énorme, riche et diversifiée : depuis huit ans, nous recevons de plus en plus de films. Pour moi, la majorité des films qui passe à Huy pourrait très bien être sélectionnée dans de nombreux festivals de courts métrages, et pourtant, ils franchissent rarement la barre de la sélection.

Pourquoi ?

Je pense qu’ils sont noyés dans une masse. Ce que je sais, c’est que ce n’est pas un problème de qualité. Sur les 450 films reçus cette année, il y en a vraiment des bons, et je ne m’explique pas que d’autres festivals n’aient pas eu, avant nous, l’envie de les mettre à l’honneur.

Pour quelles raisons ces futurs réalisateurs doivent-ils être davantage mis en évidence ?

Ces futurs réalisateurs sont jeunes, ils ont des choses à dire et un regard à porter sur le monde. Ils ont la possibilité de pouvoir s’exprimer, à eux de saisir cette chance. Dans les écoles, ils ont une équipe, un cadre, et les moyens, pour porter leurs films de l’idée à la réalisation. Ils y trouvent des libertés comme des contraintes. Ceux qui ont vraiment des choses à dire dépassent, subliment, ces contraintes. Malheureusement, pour certains, il n’y aura qu’un seul court métrage car ils ne travailleront plus dans le cinéma. Ils y mettent donc tout leur engagement et leur foi. Même si ces films font partie de leur formation, qu’ils interviennent dans l’accès au diplôme, ils revêtent une importance particulière  pour eux. C’est une implication qu’on ressent très fort au FIDEC.

Est-ce facile de maintenir sa spécificité dans un format déjà spécifique ? Le court métrage est une niche. Vous, vous avez choisi une niche dans la niche !

Ce n’est pas évident. C’est vrai, nous avons choisi une niche dans la niche, dans une petite ville qui n’a pas d’école de cinéma, de surcroît. Nous aurions pu penser à nous installer à Louvain-la-Neuve parce qu’il y a l’IAD, ou à Bruxelles, parce qu’il y a d’autres écoles. Mais le fait de ne pas être attaché à une ville évitait tout conflit d’intérêts. De plus, nous sommes attachés à Huy et plus globalement, à la province de Liège. Même si je suis une adepte de Bruxelles, j’ai envie de croire que des projets ambitieux en termes de culture peuvent se faire ailleurs que dans les grandes villes.

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Au-delà de votre intérêt pour la nouvelle génération, vous cherchez à “tirer la langue aux idées reçues”. Pourrais-tu m’expliquer ce credo ?

Il y a plusieurs niveaux de lecture dans cette expression. Dans la province de Liège, on est le seul festival à exister depuis 8 ans et à avoir conservé la même forme. Cette manifestation, nous voulons la défendre dans cette province, et plus particulièrement dans la ville de Huy. Nous désirons également montrer que le court métrage n’est pas quelque chose d’inaccessible : nos séances sont conçues au regard de critères techniques et professionnels, mais nous envisageons aussi le plaisir ressenti par le public. Enfin, autre idée reçue que nous nous efforçons de combattre : le court métrage n’est pas du sous-cinéma et les films d’école ne sont pas des sous-films.

Qu’est-ce que, selon toi, les réalisateurs tirent de leur expérience au FIDEC ?

En découvrant notre programmation, les réalisateurs nous disent fréquemment : “c’est étonnant de penser que tous ces films ont été réalisés par des étudiants”. J’ai plaisir à croire qu’en voyant des courts métrages réalisés par leurs pairs issus de formations, d’écoles et de pays différents, ces réalisateurs vont évoluer dans leur propre travail. En étant sélectionnés, les réalisateurs présents ont la possibilité d’avoir des retours sur leurs films. Pour certains, il s’agit de la première projection publique, donc des premiers retours. Et puis, il y a l’ambiance du festival : on essaye d’associer à notre événement un aspect convivial, presque familial. Les jurés et les invités se mélangent au public. Comme on travaille avec des jeunes, on n’a pas forcément de stars, du coup, on peut se permettre de loger notre jury sur une péniche-hôtel et pas dans un hôtel 4 étoiles. Le matin, on prend  le petit déjeuner tous ensemble en pyjama : c’est plutôt original ! Quant aux réalisateurs invités, on essaie de les loger dans des chambres d’hôtes, chez des particuliers. On a vraiment envie d’être dans l’humain, la rencontre et la découverte.

Cette année, les films d’étudiants proviennent de 14 pays. Comment vous êtes-vous fait connaître des écoles?

À nos débuts, nous n’avions pas vraiment de réseau. Nous sommes partis de la liste du CILECT (Centre International de Liaison des Ecoles de cinéma et de télévision) avant de découvrir qu’il y avait bien d’autres formations. En France, par exemple, plusieurs écoles d’animation se sont créées, ces dernières années,  autour de l’infographie et du multimédia. Nous essayons également d’être présents à des événements comme Poitiers et Clermont-Ferrand. À Poitiers, nous pouvons faire un important travail de pré sélection, et au marché du film de Clermont, nous pouvons rencontrer les représentants de beaucoup d’écoles.

Le festival est doté d’une compétition internationale et nationale. Est-ce que les écoles belges vous envoient systématiquement leurs films ?

C’est assez particulier. Les institutions structurent peu la présence en festival et l’envoi des films. On serait ravi d’accueillir à chaque fois les enseignants, les directeurs d’école, mais ce n’est pas simple : ils se déplacent peu. Par rapport à l’envoi de films, c’est très variable. L’IAD envoie systématiquement un DVD de la production annuelle, et nous invite à leur projection de films de fin d’études. Pour la première fois en huit ans, l’INSAS nous a également invités à sa projection en juin. En ce qui concerne l’animation, La Cambre, via l’Adifac, nous envoie régulièrement un DVD. Par contre, cette année, les écoles flamandes, KASK comme le Rits, ne nous ont rien communiqué. Ça m’intrigue : ces films existent et représentent la plus belle carte de visite pour les écoles. Pourquoi ne sont-ils pas diffusés ou même inscrits ?

Le FIDEC a deux représentantes au sein du Centre Culturel : Anne Wathelet et toi. En tant que programmatrices, comment l’initiation se passe-t’elle au niveau du court métrage ?

Il y a beaucoup d’appréhension, un problème de méfiance et de méconnaissance de la part du public. Quand une information intéresse les gens, ils peuvent la trouver facilement. Nous, nous avons vraiment un travail inverse à faire : nous vous proposons quelque chose que vous ne recherchez pas a priori mais cela vous intéressera si vous franchissez la salle. Malgré ce pessimisme, nous avons quand même quelques spectateurs dans la salle ! Une partie du public est régionale, et l’autre est festivalière. En tant que Centre Culturel, nous avons des contacts avec beaucoup de gens, des associations et des groupes scolaires de la région. Les autres spectateurs sont des habitués de festivals : nous les voyons à Huy, à Média 10-10, mais aussi à Namur et à Bruxelles. C’est un public intéressé par le court métrage qui se dit que notre projet apporte un autre éclairage au secteur et qu’il a d’autres choses à montrer en matière de films.

Qu’est-ce qui te touche finalement dans le format court ?

Ce qui me touche, c’est l’immédiateté, la rencontre. Moi, j’ai un vrai intérêt pour les récits, les univers. J’ai plutôt tendance à retenir un film dont l’histoire me plaît. D’habitude, j’ai une préférence pour les courts “courts”. Ce qui me heurte, c’est quand un film comporte une bonne idée, mais qu’il fait 15 ou 18 minutes alors qu’il aurait pu être traité en 7-8 minutes. Dans de nombreux courts d’écoles, il y a encore un problème de longueur. Mais cette année, mes coups de cœur, vont à des films plutôt longs. Je me surprends moi-même…

Propos recueillis par Katia Bayer

Article paru sur Cinergie.be

Auf der Strecke (Fausse route) de Reto Caffi

Conte de la lâcheté ordinaire

Rolf, vigile dans une grande surface, est secrètement amoureux de Sarah, la jolie libraire. Assis devant ses écrans de contrôle, il passe ses journées à l’observer par l’entremise des caméras de sécurité. Rolf, solitaire, triste et maladroit, n’ose approcher la jeune femme et ne sait comment attirer son attention. Ses tentatives se soldent par des échecs, son manque de courage et de prise d’initiative prenant toujours le dessus…

Un soir dans le métro, Rolf est témoin d’une dispute entre Sarah et un homme qu’il pense être le nouveau petit ami de la jeune femme. Sarah quitte le véhicule en pleurant, ce qui réjouit Rolf… Mais son amusement est de courte durée : le compagnon de Sarah est agressé par une bande de jeunes délinquants. Au lieu de l’aider, partagé entre lâcheté et jalousie, Rolf descend du wagon, laissant le jeune homme à son sort…

Lauréat d’une flopée de prix dans de nombreux festivals de courts métrages, notamment le Grand Prix de la compétition internationale à Clermont-Ferrand en 2008, « Auf der Strecke » est avant tout un film d’acteurs révélant le talent de Roeland Wiesnekker (Rolf), particulièrement convaincant et attachant dans la peau de ce lâche rongé par le remords qui va devenir un opportuniste par la force des choses.

Au-delà de son casting, « Auf der Strecke » ne dit rien de plus que l’on n’ait déjà vu dans des films de qualité supérieure mais délivre son message avec une certaine finesse. Si l’œuvre est donc très loin d’être révolutionnaire, elle n’en est pas moins de qualité, filmée avec élégance et économie. On pardonnera un score trop explicatif et redondant pour s’intéresser avant tout aux deux acteurs principaux, excellents et à des thématiques particulièrement intéressantes : la lâcheté (Rolf n’est pas le seul à ignorer la mort imminente du jeune homme : d’autres passagers quittent sans vergogne ou par peur le lieu du drame, coupables de non-assistance à personne en danger) la culpabilité, le remords, la solitude… Des thèmes à première vue passionnants, exposés avec brio par Reto Caffi, un jeune réalisateur sorti de la KHM (Haute Ecole d’Art des Médias) de Cologne dont il s’agit ici du film de fin d’études.

« Auf der Strecke » ne va malheureusement pas au bout de ses enjeux et laisse le film inabouti, sur une interrogation. Rolf ne révèle donc jamais à Sarah son secret honteux, ce qui d’un point de vue scénaristique ne fonctionne pas et laisse le spectateur sur sa faim. Dommage, car le réalisateur s’avère néanmoins doué pour installer un dilemme passionnant. « Auf der Strecke » est une œuvre intéressante et réalisée par une équipe talentueuse, mais qui aurait sans doute bénéficié d’un quart d’heure supplémentaire.

Grégory Cavinato

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Kilka prostych slow (Quelques mots simples) d’Anna Kazejak-Dawid

Krystyna est une jeune femme indépendante mais aussi une mère totalement irresponsable. Convaincue du don artistique de sa fille membre d’une chorale, elle l’emmène, contre son gré, à un casting de girls band. Sur place, celle-ci renie publiquement sa mère.

Gagnant du Prix Roger Closset à la dernière édition du FIDEC (Festival International des écoles de cinéma), ce court métrage de plus de 30 minutes raconte avec justesse et force la relation difficile entre une mère célibataire et sa fille adolescente qui se toisent, s’affrontent se heurtent jusqu’à se détruire. « On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille » pourrait être le leitmotiv de ce drame social.

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Au lieu de s’engouffrer dans les abîmes du pathos, Anna Kazejak-Dawid, jeune réalisatrice polonaise ayant étudié à Lodz, à l’Ecole Nationale de Pologne, joue la carte de la pudeur par l’intermédiaire de comédiennes à l’interprétation irréprochable (Agata Kulesza et Marlena Kazmierczak). Tout au long de ce roadmovie, mère et fille transportent leurs blessures comme unique bagage : celui d’une seule et même souffrance de deux êtres incapables de communiquer.

Marie Bergeret

Eine geschichte mit Hummer (Une histoire avec Homard) de Simon Nagel

Bruno (Stephan Witschi), la quarantaine bedonnante, est un petit représentant en sapins de Noël musicaux. Un peu gauche, pas très adroit, il est… le Grand Blond avec un homard ! Un homard ? Disposé à avancer sentimentalement, Bruno reçoit une amie à dîner. Au moment de plonger un homard dans une casserole, il suspend son geste. Quand son invitée arrive, elle découvre le crustacé en train de patauger gaiement dans la baignoire.

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Sorte de poème de l’absurde, plus proche du comique à la Bourvil qu’à la de Funès, ce petit film tout droit venu de Suisse, émeut par son héros attachant et attendrissant. L’humour naît de situations contrastées et non de la simple moquerie. Filmée dans un décor très sobre privilégiant les plans d’ensemble aux plans rapprochés, « Une histoire avec homard » met l’accent sur la mise en scène. Les dialogues sont quasi absents, la musique, loin de se limiter à illustrer les images, joue un rôle prédominant. Elle permet d’identifier le personnage à l’instar du début de « Mon Oncle » de Tati : le choix des cuivres souligne le côté comique et léger des situations vécues par Bruno. Ce parti pris esthétique rapproche le film des muets d’antan plus que des grosses productions à l’effet surabondant.

En observateur compatissant d’une société individualiste où les personnes seules ne trouvent pas forcément leur place, l’auteur a préféré l’humour à la tragédie et la fiction au documentaire. Ce qui fait du film de fin d’études de Simon Nagel, sorti en 2008 de l’école ZHdK (Zürcher Hochschule der Künste) de Zürich, une réelle bouffée d’air frais à respirer sans modération.

Marie Bergeret

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Milovan Circus de Gerlando Infuso

Tours et détours

Dans son film de troisième année, « Margot » (Prix Jury Jeunes au Festival d’Annecy), Gerlando Infuso, étudiant à La Cambre, avait développé un récit autour d’un personnage partagé entre la folie et le froid. Un an a passé, une nouvelle idée a poussé, celle d’un artiste de cirque en proie au rejet et à la vieillesse. Avec « Milovan Circus », Gerlando Infuso renoue avec le sentiment de solitude, la poésie du sombre et l’animation en volume, éléments qui avaient contribué à la qualité de son court métrage précédent. Le film a séduit le Jury au dernier Festival Média 10-10, puisqu’il a obtenu le Prix de La Meilleure Bande Sonore, et le Prix de l’Image Numérique.

Nuit noire, rues désertes, rêves et cauchemars. Dans les cages et roulottes du Milovan Circus, on dort déjà, ou on est sur le point de mettre son pyjama, juste après s’être démaquillé ou avoir craché le feu une dernière fois. Le vent, lui, travaille encore : un souffle suffit à décoller une affiche et à en dévoiler une plus ancienne, celle d’une gloire passée, le Grand Iakov. Torse et pieds nus, celui-ci apparaît, vieilli et affaissé, dans le reflet du miroir fissuré de sa table de maquillage. En suivant le contour de ses rides, Iakov se met à se remémorer sa vie : son don pour la magie révélé pendant son enfance, ses débuts remarqués au cirque, sa célébrité croissante, ses sentiments naissants pour une collègue acrobate, son éviction de la piste au profit d’une “innommable créature”, et sa reconversion en mime de rue.

« Milovan Circus » est intéressant à plusieurs égards. Au niveau de la forme, Gerlando Infuso, interviewé après le Festival d’Annecy au sujet de « Margot », expliquait qu’après s’être essayé à plusieurs procédés, il s’était enfin trouvé avec l’animation en volume. « Milovan Circus » prouve qu’il a eu raison de poursuivre dans cette voie : ses marionnettes sont tout aussi vivantes, sombres et poétiques d’un film à l’autre. Avec une nuance : « Margot » se construit sur base d’une voix-off censée représenter le monologue intérieur et obsessionnel du personnage principal, tandis qu’aucun son, si ce n’est musical, ne sort de « Milovan Circus ». Les scènes en flash-back et le regard perdu et vide du héros déchu racontent l’intériorité, les mots et les épreuves. Confrontée au succès éphémère et à ses effets pervers (déconvenue de l’artiste, solitude, rejet, oubli, …), la marionnette Iakov rappelle avec une certaine émotion Calvero, ancienne vedette comique de music-hall interprétée par Chaplin dans « Limelight », (Les feux de la rampe). Un autre laissé-pour-compte de la réussite.

Katia Bayer

Article paru sur Cinergie.be

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Articles associés : l’interview de Gerlando Infuso, le  reportage sur le tournage de « L’Oeil du Paon »

FIDEC 2008

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À Huy, se tient depuis huit ans, au mois d’octobre, un festival de courts métrages unique en son genre en Belgique : le FIDEC. Ce Festival International des Écoles de Cinéma ne programme que des films réalisés pendant le parcours d’étudiants en cinéma. Cette année, du 14 au 19 octobre, 35 films, venant de 14 pays et 24 écoles, étaient en compétition à Huy. Pour son premier numéro, Format Court s’est intéressé à cette manifestation soucieuse de mettre en avant les « films courts et les idées larges » et de « tirer la langue aux idées reçues ».

Retrouvez dans ce Focus :

Cinépocket 2008

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En novembre, avait lieu au Bozar, à Bruxelles, la deuxième édition du festival Cinépocket. Concentrée en une journée, cette manifestation définit sa programmation à partir de films tournés sur téléphones portables. Cette année, elle accueillait des films d’étudiants, d’amateurs et de réalisateurs confirmés dans le cadre d’une collection initiée par Arte Belgique et de différentes cartes blanches. Courts par leur durée, spécifiques par leur médium (le téléphone) et sensibles aux évolutions techniques, ils représentent le “cinéma de poche”.

Retrouvez dans ce Focus :

Festival Média 10-10 2008

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Depuis 30 ans, Namur accueille, au début du mois de novembre, le festival de courts métrages Média 10-10. Si sa compétition est ouverte seulement aux films belges francophones issus de la production de l’année, il présente également des cartes blanches liées à des pays, des régions, des technologies voire d’autres festivals. Cette année, Média 10-10 célébrait une édition anniversaire à travers différents événements « OFF » et une sélection de 38 films belges.

Retrouvez dans ce Focus :

Edito

Format Court est né d’une envie. Celle de parler de court métrage de façon différente et visuelle. Pourquoi s’intéresser à cette forme cinématographique ? Parce que le court métrage est un genre à adjectifs : particulier, riche, diversifié, passionnant, inventif et très créatif. Source d’innombrables idées, histoires et émotions, il est lié aux débuts du cinéma, aux parcours filmographiques de nombreux réalisateurs, et à différentes plateformes de diffusion (festivals spécialisés, DVD, salles, télévision, VOD, Internet, …). Pourtant, le court métrage ne touche qu’une communauté d’initiés et reste encore méconnu, confidentiel et sous-estimé. Cette situation peut s’expliquer : le court métrage manque de visibilité, peu de revues lui sont consacrées, la télévision le programme tardivement, sans compter que des préjugés entourent encore le mot « court ».

© Gwendoline Clossais

Attachée au court métrage, une petite équipe a souhaité lui apporter une mise en valeur supplémentaire à travers un nouvel espace virtuel. Format Court ne se conçoit pas comme un site exhaustif sur le court ni comme un annuaire ou un portail d’actualité. Au contraire, ouvert à tous les genres, durées et nationalités, il offre, à travers une  variété de sujets, un regard critique et personnel sur le cinéma bref. Au fil de ses numéros, Format Court compte intégrer un contenu rédactionnel et vidéo : des focus sur des festivals spécialisés, des portraits de professionnels du secteur, des critiques de films et de DVD, mais aussi des extraits voire des courts métrages dans leur intégralité, en guise d’illustration.

Pour son lancement, en janvier 2009, l’équipe de Format Court s’est intéressée à trois événements liés au genre court : le FIDEC, Cinépocket et le festival Média 10-10. Prenant place dans trois villes belges (Huy, Bruxelles, Namur), ils ont chacun leur spécificité (films d’écoles, films réalisés sur portables, films belges) et une relation particulière au cinéma de cinq lettres. En lien avec ces focus, ce numéro propose des interviews, des vidéos et des chroniques de films vus, appréciés et défendus par la rédaction. Nous vous souhaitons de jolies découvertes sur notre site.

Katia Bayer
Rédactrice en chef