Ecrans d’art, écrans d’elles

La belle surprise du Festival « Elles tournent – Dames draaien » fut sans aucun doute le programme « Ecran d’art, écrans d’elles » présenté par Muriel Andrin (Docteur en cinéma à l’Université Libre de Bruxelles). Un programme qui mettait en exergue le travail de cinq réalisatrices à travers des films où la question du genre réside dans l’approche alternative des œuvres. Entre cinéma et art contemporain, les jeunes femmes réinventent l’image en mouvement.

Ayant choisi la Belgique comme berceau de leur moyen d’expression la Néerlandaise Manon de Boer, les Belges Sarah Vanagt, Isabelle Martin, Sophie Whettnall et la Française d’origine coréenne Sung-A Yoon nous offrent un regard différent, perturbant et souvent pertinent sur la société d’aujourd’hui. Une vision du monde un brin hermétique et très personnelle qui remet joliment en question la réception traditionnelle, passive voire consumériste des images.

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Le travail de Manon de Boer traite de la relation étroite qui existe entre l’image et le son. Dans une dimension syncrétique, elle aime faire appel à d’autres expressions artistiques telles que la musique dans « Two Times 4’33’» ou encore la danse dans « Dissonant ». Dans ce-dernier, de Boer filme une chorégraphie silencieuse de Cynthia Loemji. Le décalage entre l’audio et le visuel permet de regarder chacune des parties du film de façon autonome. Ainsi, la cinéaste interroge le temps et la durée dans un rapport au corps (féminin) qui bénéficie grandement de l’absence de paroles pour laisser la place aux sonates pour violon seul d’Eugène Ysaÿe que Loemji interprète sauvagement. Sarah Vanagt quant à elle, filme avec brio un dialogue tactile entre l’homme et l’animal dans « The Corridor ». Le film est un essai documentaire qui pose un regard profond et sincère sur la déliquescence humaine. L’angle d’attaque de l’artiste réside dans le caractère fortement synesthésique (ouïe, vue, toucher) transmis par le médium cinématographique.

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Isabelle Martin au contraire use de la parole pour exprimer un étrange sentiment de tristesse. « Tu as loué une voiture pour pleurer », titre évocateur, résumant à lui seul le récit d’une femme fragile qui ne sait où pleurer. Les mots font ici office de logorrhée indispensable exprimant le mal être intérieur de cet être qui traverse les pièces vides de divers appartements en cherchant désespérément où verser les larmes du chagrin qu’il porte. Au discours intime et abondant, narré par la réalisatrice elle-même, répond le visage immobile et silencieux de la comédienne Justine Junius.

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« Excess of Yang » et « Shadow boxing » sont deux très courts métrages de Sophie Whettnall qui abordent avec beaucoup d’humour les rapports entre les sexes. Dans le premier, la réalisatrice est au volant d’une voiture de course. Elle se sert de fétiches associés à la virilité masculine (la voiture de sport, la vitesse) qu’elle mêle à ceux de la féminité (cheveux longs, visage maquillé). Grâce à un travail de montage intéressant, fait de plans rapprochés et de plans plus éloignés, ce court de Whettnall brille par sa chute. Le second, participe de la même démarche. Toujours avec un humour certain, l’artiste se met à nouveau en scène face à un boxeur en pleine action, elle reste immobile sans ciller des yeux exprimant ainsi la passivité devant la domination d’un genre par rapport à l’autre, référence intelligente à la violence conjugale.

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Avec « La Pianiste », Sung-A Yoon signe une expérience fascinante où elle pose clairement la question de la légitimité de l’artiste et de son art. Documentaire expérimental, ce court métrage fait partie d’un projet de long intitulé « Les lieux du son ». Parce que dans chaque ville du monde il y a un lieu qui possède une musique que des gens écoutent et que d’autres n’écoutent pas, l’artiste s’est posée un moment en Corée du Sud, dans le hall d’un hôtel. Un lieu de passage où personne ne semble s’arrêter pour écouter la musique jouée par la pianiste. Si cette même scène avait été jouée à l’opéra, on l’aurait vue tout autrement et on se serait senti l’envie et le besoin d’applaudir, façon de reconnaître le talent de la pianiste. Mais dans ce hall d’hôtel coréen, personne n’applaudit, personne n’écoute, personne ne regarde. Yoon s’amuse à filmer la musicienne dans un plan-séquence significatif, la noyant dans une réalité sonore et visuelle qui dépasse la musique qu’elle joue (clients pressés, ouvriers qui s’affairent à leurs occupations). En définitive, la pianiste exerce son métier, livrée à l’indifférence générale (ou presque) sans aucune autre forme de procès.

Marie Bergeret

Consulter les fiches techniques de « Dissonant », « Tu as loué une voiture pour pleurer », « Excess of Yang », « Shadow boxing », « La Pianiste »

S comme Shadow boxing

Fiche technique

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Synopsis : Une femme, sur l’écran, l’artiste elle-même, traverse un grand dilemme : elle est constamment attaquée par un boxeur mais refuse de se défendre…

Réalisation : Sophie Whettnall

Genre : Expérimental

Durée : 3′

Année : 2004

Pays : Belgique

Image : Frédéric Noirhomme

Interprète : Sophie Whettnall

Production : Sophie Whettnall

Article associé : le reportage Ecrans d’art, écrans d’elles

E comme Excess of Yang

Fiche technique

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Synopsis : L’artiste belge Sophie Whettnall présente un autoportrait qui se base sur la philosophie orientale de l’équilibre entre le Ying et le yang. Le deuxième autoportrait met en relief l’action, la lumière et le masculin. Sophie, ayant un excès de yang en elle, explore, en tant que femme, les symboles du pouvoir associés au genre masculin.

Réalisation : Sophie Whettnall

Genre : Expérimental

Durée : 2′

Année : 2010

Pays : Belgique

Montage : Sophie Whettnall

Interprète : Sophie Whettnall

Production : Sophie Whettnall

Article associé : le reportage Ecrans d’art, écrans d’elles

T comme Tu as loué une voiture pour pleurer

Fiche technique

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Synopsis : Micro-récit cristallin – une question anodine et essentielle : où pleurer ?

Réalisation : Isabelle Martin

Scénario : Olivier Moulin, Isabelle Martin

Genre : Expérimental

Durée : 15′

Année : 2010

Pays : Belgique

Image : Marie Celette, Isabelle Martin, Mathieu De Castelet

Son : Brice Cannavo

Montage : Olivier Moulin, Isabelle Martin

Interprète : Justine Junius

Voix : Isabelle Martin

Production : Isabelle Martin

Article associé : le reportage Ecrans d’art, écrans d’elles

D comme Dissonant

Fiche technique

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Synopsis : Expérience sur le corps, le temps, le film saisit une chorégraphie silencieuse de Cynthia Loemji.

Réalisation : Manon de Boer

Danse et chorégraphie : Cynthia Loemji

Genre : Expérimental

Durée : 11′

Année : 2010

Pays : Belgique

Image : Seb Koeppel

Son : Els Viaene

Montage son: Els Viaene & Manon de Boer

Montage : Fairuz

Mixage : Laszlo Umbreit (Atelier Graphoui)

Production : Auguste Orts et Jan Mot

Article associé : le reportage Ecrans d’art, écrans d’elles

César du meilleur film d’animation 2012, les 10 courts présélectionnés

Il y a quelques jours, la liste des douze courts métrages en lice pour les César 2012 s’est fait connaître. Le Comité Animation de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma a depuis sélectionné 10 courts, qui vont concourir, avec l’ensemble des films de long métrage d’animation, de production française, sortis en salle durant l’année 2011, au César du meilleur film d’animation 2012.

Cette présélection donnera lieu à un vote par les membres de l’Académie à l’issue duquel seuls cinq courts métrages d’animation seront retenus. Cette liste finale sera dévoilée au mois de janvier, lors de la conférence de presse d’annonce des nominations. La cérémonie des César 2012, quant à elle, aura lieu en février.

La liste des films présélectionnés :

ADIEU GENERAL Réalisation : Luis Briceno
LE CIRQUE Réalisation : Nicolas Brault
LA DOUCE Réalisation : Anne Larricq
LA FEMME A CORDES Réalisation : Vladimir Mavounia-Kouka
IL ETAIT UNE FOIS L’HUILE Réalisation : Vincent Paronnaud
JEAN-FRANÇOIS Réalisation : Bruno Mangyoku, Tom Haugomat
PLANET Z Réalisation : Momoko Seto
LA QUEUE DE LA SOURIS Réalisation : Benjamin Renner
THE GLOAMING Réalisation : Nobrain
VASCO Réalisation : Sébastien Laudenbach

Elle tourne, elle tourne, la conscience féminine/ste

Alors que la plupart des régions du monde fonctionnent encore selon un modèle de société sexiste, à Bruxelles, le Festival « Elles tournent – Dames draaien », mettant en avant des films réalisés par des femmes, a investi le Botanique du 29 septembre au 2 octobre dernier.

L’initiative, à l’instar de son homologue parisien (Festival International de films de femmes, à Créteil) accueille une grande majorité de femmes. Un espace consacré uniquement aux femmes réalisatrices? « Pourquoi ? », « A quoi ça sert ? », « C’est de la discrimination positive », « Enfin, on met les femmes à l’honneur ! ». Nombre d’opinions foisonnent de part et d’autres aux abords d’un tel événement qui, il faut bien l’avouer, peut sembler sectaire à certains égards. Quoi qu’il en soit, la raison d’être de Elles Tournent, vient du constat que la production cinématographique des femmes est, en Belgique comme ailleurs, insuffisamment diffusée. A cela, les organisatrices du Festival répondent par quatre jours de films, de débats, de rencontres autour de l’approche du genre féminin.

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« Poupées-poubelles »

Qu’en est-il de cette production ? Au regard de la sélection de cette année, où l’on a pu voir 5 longs métrages de fiction, 14 documentaires et 3 programmes de courts métrages dont un dédié à l’Empire du Milieu (China in Shorts), un autre aux réalisatrices belges contemporaines (Ecran d’art, écran d’elles) et un dernier à cette notion à la fois simple et complexe qu’est le féminisme (Vive le féminisme!), on aura remarqué une nette préférence pour des films affichant un point de vue sur une réalité par le biais d’expressions souvent (trop) didactiques évitant au spectateur de se créer un lieu de réception personnelle. On aime mener le spectateur par la main sans se demander si celui-ci à l’âge de marcher tout seul. Par ailleurs, il semble que le but principal de certains de ces films serait plus d’informer que d’édifier.

De manière générale, la plupart des courts métrages présentés manquaient sensiblement de forme originale et novatrice. Retenons néanmoins des films tels que « Poupées-poubelles » de Violaine De Villers qui propose, 40 ans après leur création, une promenade de poupées imaginées par la créatrice Marianne Berenhaut, la sœur de la cinéaste belge. En des portraits à la fois intimistes et révélateurs, De Villers filme les sculptures « installées », disséminées dans un espace d’ordinaire consacré au culte (l’Eglise Saint-Loup à Namur), mettant ainsi en évidence les conflits intérieurs de l’artiste et le regard qu’elle porte sur la condition féminine, « Gabrielle » de Rozenn Quéré et Perrine Lottier, pour sa fraiche spontanéité et sa créativité graphique et langagière et « Kubita » de Maria Tarantino pour la force du propos parfois insoutenable (le film aborde le vécu de prisonniers torturés qui se dévoilent grâce à l’expression théâtrale). Le film ne laisse pas indifférent, même si l’on peut tout de même y constater un montage alterné assez prévisible.

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« Kubita »

Retenons encore le moyen métrage de Vanessa Rousselot, « Blagues à part », qui remporte la palme du film documentaire bien ficelé : une idée géniale, un contexte polémique, des personnages attachants, une caméra confidente sans être intrusive et un montage à la narration haletante. C’est que pour son premier film, la réalisatrice française s’est attachée à parcourir le territoire palestinien en demandant aux personnes qu’elle croisait sur sa route de lui raconter une blague. En filigrane, se dessine alors l’esprit malicieux et cocasse de tout un peuple de même que sont suggérées les contraintes liées à son quotidien (couvre-feu, checkpoint,…). Sans aborder frontalement le discours politique, Rousselot touche juste car elle arrive à se nicher à la place du cœur, faisant de « Blagues à part » une œuvre riche, humaine et universelle.

Et lorsque la clôture du Festival offre un échange autour de la question du féminisme aujourd’hui, on est à peine étonné de retrouver dans la salle 90% de femmes, jeunes et moins jeunes, féministes, sexistes ou encore égalitaristes mais une chose est sûre, toutes savent plus ou moins ce qu’elles doivent à Madame Sartre. Alors, « En voiture Simone », elles tournent !

Marie Bergeret

Consulter les fiches techniques de « Poupées-poubelles », « Gabrielle », « Kubita » et « Blagues à part »

B comme Blagues à part

Fiche technique

Synopsis : Belle façon d’aborder la vie quotidienne ne Palestine par des blagues qu’on y raconte. Vanessa Rousselot, jeune réalisatrice française, sillonne la Palestine en quête de la plus humaine des expériences : l’humour. Sa démarche est simple, demander, à chaque nouvelle rencontre : « Connaissez-vous une blague palestinienne ? »


Extrait n°1 : « Blagues à part » de Vanessa… par rue89

Réalisation : Vanessa Rousselot

Genre : Documentaire

Durée : 53′

Année : 2010

Pays : France

Image : Philippe Bellaïche

Son : Alaa Khoury

Montage : Juliette Haubois, Nadia Ben Rachid

Production : éO Productions, : Pijo productions

Article associé : le reportage Elle tourne, elle tourne, la conscience féminine/ste

K comme Kubita

Fiche technique

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Synopsis : Dans Kubita, le théâtre action se transforme en comédie musicale lorsqu’un groupe de détenus burundais rejouent des scènes basées sur leur expérience de la torture. Sous les yeux des gardiens qui sont aussi leurs bourreaux, les prisonniers dévoilent ces actes de violence en les renversant en situations absurdes et paradoxales. Filmé en 5 jours sans budget, Kubita est une expérience cinématographique brute dans laquelle le processus créatif au coeur du théâtre devient un rituel cathartique de libération personnelle.

Réalisation : Maria Tarantino

Genre : Documentaire

Durée : 40′

Année : 2011

Pays : Belgique

Son: Alexandre Davidson

Montage : Yannick Leroy

Production : Neon Rouge Production

Article associé : le reportage Elle tourne, elle tourne, la conscience féminine/ste

G comme Gabrielle

Fiche technique

Synopsis : Gabrielle raconte les aventures d’une petite fille qui s’attache scrupuleusement aux mots, qui a le pouvoir de faire apparaître littéralement les images du langage. Ce pouvoir fait de Gabrielle une sorte de voyante : elle « voit » les «pieds» du mur, les « moutons » de poussière, et le «chat» dans sa gorge, mais aussi ses concitoyens se comporter en «pigeons» ou en «bonnes poires». D’ailleurs, ce ne sont pas seulement des visions, puisque Gabrielle les fait exister dans la réalité.

Réalisation : Rozenn Quéré, Perrine Lottier

Scénario : Perrine Lottier

Genre : Animation

Durée : 8’05 »’

Année : 2011

Pays : France

Image : Rozenn Quéré

Animation : Romain Blanc-Tailleur, David Martin

Son: Luc Meilland

Montage : Perrine Lottier, Laurence Manheimer

Mixage : Edouard Morin

Interprétation : Syrine Porte, Engelo Isambert, Stéphan Castang, Cathy Gallet, Valérie Véril, François Fehner, Guy Fillion et Maria Valério, Johnny Hache

Article associé : le reportage Elle tourne, elle tourne, la conscience féminine/ste

P comme Poupées-poubelles

Fiche technique

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Synopsis : Une femme sculpteur parle des femmes. Hors de tout esthétisme. Corps déjetés, vêtements, objets, ustensiles, échoués de la mémoire, pour dire le quotidien et l’histoire, l’intime et le travail, la maternité et la guerre, le ménage et le sexe.

Réalisation : Violaine De Villers

Genre : Documentaire expérimental

Durée : 8′

Année : 2010

Pays : Belgique

Image : Anton Iffland Stettner

Musique originale : Graham Riach

Montage : Déborah Benarrosch

Production : Violaine De Villers

Article associé : le reportage Elle tourne, elle tourne, la conscience féminine/ste

Elles tournent – Dames draaien 2011

La 4ème édition de « Elles tournent – Dames draaien », Festival belge de films de femmes, s’est tenu du 29 septembre au 2 octobre. Ce ne sont pas moins de 39 films, courts, moyens ou longs métrages, tous genres confondus qui ont envahi les écrans du Botanique (centre culturel situé au coeur de Bruxelles). Des rencontres, des débats et une nouveauté cette année, une pétition : “La Déclaration de Bruxelles” qui revendique l’égalité des femmes et des hommes dans les métiers de l’audiovisuel ainsi que la promotion des représentations non sexistes des femmes et des hommes dans la société. Tout un programme ! Mais pour l’heure, découvrez plutôt les impressions partagées et les coups de coeur de Format Court sur ces 4 jours.

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Retrouver dans ce Focus :

Clermont-Ferrand, candidature ouverte pour les jurys jeunes

Pour l’édition du Festival du court métrage de Clermont-Ferrand 2012, 10 jeunes auront la possibilité de devenir jurés grâce à la Direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale Auvergne. Les personnes sélectionnées assisteront aux projections et décerneront les Prix de la Jeunesse National et International.

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Pour postuler : avoir entre 18 et 26 ans (né(e) entre le 04/02/1985 et le 27/02/1994

Constituer un dossier comprenant :

Un CV (avec une adresse email)
Une photo
Une photocopie de la carte d’identité
Un engagement sur l’honneur à participer à l’intégralité du Festival du 27 janvier au 04 février

Une lettre de motivation manuscrite (une feuille A4 minimum), dans laquelle vous devrez, dans un style personnel et spontané, exprimer:

– Ce que vous aimez et n’aimez pas dans le cinéma (donnez 3 ou 4 exemples de films)

– Votre envie et votre capacité à vivre cette expérience au sein d’un groupe

Les membres des deux jurys bénéficieront de tickets-repas pour la durée du festival. Les frais de voyage et d’hébergement ne sont pas pris en charge.
Les dossiers sont à déposer ou à envoyer à l’Espace Info Jeunes / 5 rue Saint-Genès / 63000 Clermont-Ferrand avant le 16 décembre 2011

Le petit chevalier d’Emmanuel Marre

Pour la première fois en cinq ans, le jury décernant le Prix du Meilleur Court Métrage en compétition nationale (Fédération Wallonie-Bruxelles, ex-Communauté française) du FIFF ne s’est pas trompé. C’est que parmi la vingtaine de films sélectionnés cette année, celui d’Emmanuel Marre est, disons-le franchement, celui qui a le plus d’intérêt.

Pourtant, « Le petit chevalier » est un film boiteux. C’est un travail maladroit, pas tout à fait abouti. Mais c’est parce qu’il est hésitant et plein de bleus qu’il bat toute une sélection de productions stylisées qui, faute d’un point de vue documenté, font la pose. « Le petit chevalier » est trop long, trop improvisé; cependant il a la qualité de montrer simplement une société (en l’occurrence la cellule familiale) en essayant d’être objectif. Ce n’est pas tant l’histoire d’un divorce, de la garde d’un enfant, des mouvements dilettantes d’une mère et d’un père qui nous intéressent mais plutôt les questions : « Qu’est-ce qu’une mère ? Qu’est-ce qu’un père ? Qu’est-ce qu’un fils ? ». « On ne le sait plus », nous répond le film, et ce plus particulièrement dans son dernier plan. « Le petit chevalier » est en fait un film à voir ne serait-ce que parce qu’il nous épargne cette insoutenable pesanteur du « dramatisme », tant en vogue aujourd’hui au cinéma, qui consiste à toujours rendre les choses sentimentales. Le reproche qu’on pourrait lui faire est d’y avoir quand même cédé quelques fois.

Sans ce petit chevalier qu’est Emmanuel Marre, il n’y aurait pas d’article à écrire sur ce Palmarès. Sans lui on aurait, encore une fois, accordé le Prix du Meilleur Court Métrage au premier prix au folklore blafard de « Dimanches » de Valéry Rosier, ou bien à l’alcoolisme falot de « Mauvaise Lune » de Méryl Fortunat-Rossi et Xavier Seron, soit des films sur lesquels il n’y a pas grand-chose à dire mais qui ont tout de même gagné des prix ici et ailleurs (Bruxelles, Semaine de la Critique, Le Court en dit long…). Mais on ne peut en vouloir aux jurys pour ces quelques déceptions; ils n’ont le tort que d’avoir été prévisibles. Hélas pour la nouvelle Fédération !

Pierre Esquivel

Consulter la fiche technique du film

P comme Le Petit Chevalier

Fiche technique

Synopsis : C’est l’histoire du fils qui veut passer du temps seul avec sa mère. C’est l’histoire du père qui ne veut pas que le fils voie la mère seule. C’est l’histoire de la mère qui n’a jamais su ce qu‘elle voulait. C’est l’histoire d’à peu près tout le monde.

Genre : Fiction

Durée : 30′

Pays : Belgique

Année : 2010

Réalisation : Emmanuel Marre

Scénario : Emmanuel Marre

Montage : Emmanuel Marre

Image : Stéphane Boissier

Interprétation : Maxime Damman, Aurore Fattier, Yoann Blanc, Jo Deseure, Jean-Benoît Ugeux, Charline Bellot

Son : Paul Maernoudt

Production : Hélicotronc

Article associé : la critique du film

Focus FIFF 2011

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Le 26ème numéro du Festival international du film francophone de Namur, communément appelé FIFF, s’est déroulé du 30 septembre du 7 octobre. L’événement a regroupé une centaine de films issus des quatre coins de la Francophonie. Comme d’habitude, la programmation se divisait en longs métrages et courts métrages, avec deux compétitions (la nationale et l’internationale) consacrées à chacun des formats. Du côté court, on a eu également accès à deux sélections hors compétition : Regards du Présent et un focus sur le cinéma flamand.

Retrouvez dans ce focus :

le critique de « Sophie Lavoie » d’Anne Emond

la critique du « Petit Chavalier » d’Emmanuel Marre

le reportage sur la compétition internationale

le palmarès

la programmation

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la critique de « Dimanches » de Valéry Rosier

l’interview de Valéry Rosier (Dimanches)

reportage : L’Oeil du Paon. Aperçu de tournage

l’interview de Gerlando Infuso (l’Oeil du Paon)

la critique de « La Version du loup » d’Ann Sirot et Raphaël Balboni

l’intervie de Ann Sirot et de Raphaël Balboni (La Version du loup)

La compétition internationale au FIFF : voyage au cœur du cinéma francophone

Le monde de la Francophonie a de nouveau bénéficié d’une digne représentation cette année à l’occasion de la 26ème édition du FIFF à Namur, avec des films issus des pays aussi divers que le Vietnam, le Liban et le Québec. Le genre court a pu y obtenir une bonne visibilité ; pas moins de 90 courts métrages et clips se trouvaient au programme. Aperçu de quelques titres de la compétition internationale.

Globalement, du côté de l’Europe occidentale, on remarquait des titres d’une qualité souvent irréprochable, mais dans le fond légers, abordant des thèmes relationnels et interpersonnels au sein d’un contexte invariablement bourgeois. Le phénomène n’est pas nouveau et on remarque depuis un moment une sorte de marasme en ce qui concerne surtout les fictions françaises et belges francophones. Trop souvent, le simple fait d’évoquer des problèmes existentiels suffit pour que le film ait réussi son « pari ». On se demande s’il s’agit de la véritable réflexion d’un malaise sociétal ou plutôt d’une complaisance à tous les niveaux de la production cinématographique.

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« Des nœuds dans la tête » de Stéphane Demoustier (France), par exemple, traite de la relation entre un garçon et sa petite amie pianiste, suite à l’arrivée du frère de cette dernière, qui entretient des rapports fusionnels et exclusifs avec sa sœur. Ce n’est pas la première fois que la thématique de l’inceste entre frère et sœur se retrouve dans le court métrage (on pense notamment à une récente tentative « estivale ») et on peut se demander si Stéphane Demoustier parvient à donner à ce sujet une forme plus adéquate que ses prédécesseurs. En tout cas, deux éléments du scénario semblent affaiblir le récit. Premièrement, la musique acousmatique est utilisée comme astuce narrative complètement accessoire ; le fait d’attribuer des rôles de musiciens à ses acteurs n’influant en rien les enjeux narratifs. Deuxièmement, le parti pris d’une fin ouverte se révèle une source de frustration lorsque le réalisateur n’approfondit pas la tension qu’il a réussi à établir entre les personnages. A sa décharge, cette tendance à aborder un sujet puis à le laisser suspendu est très répandue dans le genre court aujourd’hui, où on ne s’attend quasiment plus à ce qu’il y ait de fin narrative dans les films.

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Avec « La vie facile », production suisse signée Julien Rouyet, on assiste à un récit sur les relations familiales fragiles. Le film accompagne les colères effrayantes d’une jeune fille très aisée en réponse à l’arrivée de la nouvelle maîtresse de son père, à peine plus âgée qu’elle-même. Prémisse potentiellement banale, d’autant plus que le film ne se positionne pas suffisamment pour la rendre plus originale. On pourrait regretter un manque de fin narrative dans ce film aussi, ainsi que quelques éléments scénaristiques faibles (allusion insignifiante à une mère mystique partie en Inde, invraisemblable indifférence du père face aux vandalismes exagérés de sa fille…). Cependant, ce film réussit à séduire grâce au jeu d’acteurs dosé et persuasif, mais aussi en raison du parti pris d’une esthétique stylisée et audacieuse de la part du réalisateur.

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Deux films roumains offrent un souffle et confirment la richesse cinématographique du pays ex-soviétique francophone. « Fotografia » de Victor Dragomir est un modeste slice of life dépeignant le lien père-fils. En route vers une réunion de travail avec un collègue, un homme rend visite à son père vivant à la campagne afin de faire une photo de lui. Celui-ci, bien ancré dans un passé pré-révolution et inconscient des avancées de la technologie moderne, passe son temps à se mettre sur son trente-et-un pour l’occasion. A travers cet événement anecdotique, personnel, le réalisateur décrit la transmission, d’une génération à l’autre, de la vie, du savoir mais aussi de la dépendance. Sur le plan macrocosmique, le film traduit avec aplomb toute le fossé générationnel qui traverse la Roumanie, dernier arrivé dans l’Union Européen. Comme la plupart des pays du bloc ex-soviétique occidental, suite à un bouleversement subit de la structure sociale (l’emploi, l’économie, les nouvelles richesses et les racines). Sur le plan formel, la caméra à l’épaule qui suit les personnages renforce l’intimité du sujet tout en gardant une certaine distance pour éviter le voyeurisme. Grâce à cette économie de durée et de moyens, Dragomir arrive à un résultat admirable.

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« Skin » d’Ivana Mladenovic suit les retrouvailles entre Alex, récemment sorti de prison, sa copine Mihaela et son meilleur ami Cristi. Au sein ce triangle peu typique, les deux personnages masculins sont marqués par un dualisme peut-être un peu facile : Alex est un dur à cuire rustre, alors que Cristi est aimable, attentionné et civil. Le personnage de Mihaela, le plus intelligemment construit, se positionne dès lors comme pivot entre ces deux extrêmes, se lassant progressivement de l’un et doucement attirée par les qualités de l’autre. Sur fond d’éléments du film de gangster (arnaque, vengeance, etc.) que nous ne retiendrons pas, la réalisatrice serbe assemble un beau tissu d’émotions et de frustrations liées au changement, à l’amour et à l’émancipation féminine.

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De plus loin du nœud eurocentriste, sont venus des films fort marquants, avec une dimension sociale sensiblement plus responsable. Lauréat du Prix du Jury, « Mokhtar » d’Halima Ouardiri (Maroc-Canada) est une fiction basée sur une histoire vraie. Mokhtar, un jeune berger prend en charge un bébé hibou blessé mais il doit faire face à l’indignation de son père superstitieux qui le séquestre tant qu’il ne se débarrasse pas de la bête maléfique. Tourné dans les déserts du Maroc rural, le film nous plonge d’emblée dans un univers idyllique : on y retrouve d’ailleurs l’ambiance et le lyrisme de « Pera Berbangê », court métrage turc d’Aran İnan Arslan, traitant, lui aussi, des questions de la liberté par le biais d’une symbolique d’oiseaux. A travers l’isolement et la descente de Mokhtar vers la folie, le spectateur est amené à s’interroger sur le relativisme culturel qui fait que même un symbole quasi universel de la sagesse puisse représenter le diable dans une autre société. La question se pose également au sujet de la foi faisant loi contre les sentiments personnels et la raison. Percutant et bouleversant, « Mokhtar » pose un regard sur la rébellion et se présente comme une allégorie très pertinente à l’heure du Printemps arabe.

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« Un mardi » de Sabine El Chamaa, candidat libanais, est un film d’une grande beauté et, avec « Mokhtar », le titre le plus remarquable de cette année. Sorte de « Mrs Dalloway » extériorisé, il suit les péripéties d’une veuve au bord de la sénilité dans un Beyrouth bondé et labyrinthique. Celle-ci se rend dans une boutique, déleste un tailleur, assiste aux obsèques d’un parent et fait la connaissance d’un jeune policier. La simplicité et la spontanéité de l’histoire renforcent la dimension touchante du personnage principal, interprété splendidement par Siham Haddad (« Caramel »). En montrant le rapport tendre entre un justicier et un être humain fragile, la réalisatrice fait preuve d’un grand humanisme. Sa maîtrise du langage cinématographique lui permet de montrer subtilement les aspects de la vie antérieure de ses personnages sans pour autant devoir s’attarder sur des descriptions lourdes. Notamment, la scène où le policier découvre l’oud du mari défunt donne lieu à un passage musical, et sert de point culminant du film, un interlude musical non pas superflu mais foncièrement efficace en ce qu’il traduit la charge émotionnelle du sujet qu’il illustre. Face à la prolifération actuelle de films allant du très mauvais au très bon, il est rassurant de voir qu’un court métrage comme « Un mardi » ait pu retenir l’attention du Jury au FIFF qui a choisi de lui décerner sa plus haute récompense, le Bayard d’Or.

Adi Chesson

Consultez les fiche techniques de « Des noeuds dans la tête », « La vie facile », « Fotografia », « Skin », « Mokhtar » et « Un mardi »

M comme Un mardi

Fiche technique

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Un mardi, dans une rue de Beyrouth, une dame âgée vêtue d’un élégant tailleur noir est arrêtée par un policier qui lui demande de retourner à la boutique d’où elle est sortie sans régler la facture. Mais il finit par la raccompagner chez elle.

Réalisation : Sabine El Chamaa

Pays : Liban, France

Année : 2010

Genre : Fiction

Durée : 20 min

Photographe : Pascal Auffray

Interprètes : Siham Haddad, Chadi Akkouch, Mona Melhem

Production : Goyave Production

Article associé : reportage sur la compétition internationale du FIFF 2011

M comme Mokhtar

Fiche technique

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Mokhtar, un enfant chevrier, découvre un jeune hibou au pied d’un arbre à chèvres. Dans la région, un hibou est le signe d’un mauvais présage. Le soir, Mokhtar décide de rapporter sa trouvaille à son père, un homme taciturne et superstitieux. L’enfant se heurte à l’ignorance de son père avant de commettre un acte désespéré sous les yeux clairs et ridés de sa grand-mère, une femme fatiguée, témoin impuissant de ce drame marocain teinté de merveilleux et de fatalité.

Réalisation : Halima Ouardiri

Pays : Québec, Suisse, Maroc

Année : 2010

Genre : Fiction

Durée : 16 min

Photographe : Duraid Munajim

Interprètes : Abdallah Ichiki, Omar Belarbi, S’fia Moussa

Production : EyeSteelFilm

Article associé : reportage sur la compétition internationale au FIFF 2011