T comme Thiam B.B.

Fiche technique

Synopsis : Une immersion dans la pensée mouride par le biais des œuvres de Thiam, peintre vagabond et mystique, et de rencontres avec les habitants de Saint-Louis.

Genre : Documentaire

Durée : 20’

Pays : Sénégal, Belgique

Année : 2007

Réalisation : Adams Sié

Images : Pierre-Yves Vandeweerd

Son : Adams Sié

Montage : Adams Sié, Philippe Boucq

Production : GSARA, Media Centre Dakar

Article associé : la critique du film

S comme Suzanne

Fiche technique

Synopsis : Suzanne, 37 ans, travaille dans une usine de moutarde. Aujourd’hui, tout au long de la journée de travail à la chaîne, elle va recevoir des messages SMS d’un inconnu. Des messages qui la flatte, qui l’invite, qui la déstabilise.

Genre : Fiction

Durée : 11’05’’

Pays : Belgique

Année : 2008

Réalisation : Julien Monfajon, Baptiste Janon

Scénario : Julien Monfajon, Baptiste Janon

Images : Jérôme Van Grunderbeeck, Stéphane Boissier

Son : Jonathan Lelubre, Luc Frédéric Hanneuse

Montage : Peter Conversano

Mixage : François Dediste et Luc Frédéric Hanneuse

Interprétation : Lara Persain

Production : L’Institut des Arts de la Diffusion (IAD)

Articles associés :  la critique du film, l’interview de Julien Monfajon

O comme Orgesticulanismus

Fiche technique

Synopsis : C’est par le mouvement qu’on s’approprie sa propre vie. Par la liberté d’aller, de venir, d’avoir des gestes d’amour, de colère, peu importe…

Genre : Animation

Durée : 9’20’’

Pays : Belgique

Année : 2008

Réalisation : Mathieu Labaye

Scénario : Mathieu Labaye

Animation : Mathieu Labaye, Sébastien Godard

Son : Mathieu Labaye

Musique originale et création sonore : Mathieu Labaye, Fabian Fiorini

Voix : Benoît Labaye

Production : Camera-etc, Wallonie Image Production, Digital Graphics

Article associé : la critique du film

M comme Le Mulot menteur

Fiche technique

Synopsis : Dans la Taverne de la Forêt, un mulot fabulateur et un peu mythomane raconte ses exploits aux animaux des bois. Insignifiant de prime abord, le mulot est alors la personnalité la plus en vue de la forêt. Mais ce soir-là, le retour à la maison sera plus long que prévu…

Genre : Animation

Technique : éléments découpés, peintures, ordinateur

Durée : 20’

Pays : Belgique, France, Hongrie

Année : 2007

Réalisation : Andrea Kiss

Scénario : Ervin Lázár, Andrea Kiss – d’après le conte d’Ervin Lázár

Scénarimage : Andrea Kiss, Jean-Philippe Salvadori

Dialogues : Jean-Philippe Salvadori

Images : Image : Andrea Kiss

Animation : Juliette Bigoteau, Vincent Bierrewarts, Andrea Kiss

Décors : Zsuzsanna Tóth, Gizella Neuberger, Andrea Kiss

Musique : Magnar Åm

Bruitage : Xavier Drouault

Montage son : Valérie Capoen

Mixage : Nils Fauth

Compositing et effets spéciaux : Nicolas Davoust

Montage : Anne Gigleux

Voix : Thierry de Coster, Edwige Baily, Benoît Van Dorslaer, Philippe Verleysen, Jean-Michel Balthazar

Production : Ambiances… asbl (Belgique), Les Médias associés – Studio Elsanime (France), Kecskemetfilm Ltd. (Hongrie)

Article associé : la critique du film

E comme Eine Geschichte mit Hummer (Une histoire avec homard)

Fiche technique

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Synopsis : Bruno, petit représentant en sapins de Noël musicaux, ne trouve pas le courage de faire cuire un homard et décide de le garder vivant dans la baignoire. Lorsqu’il commence à éprouver des sentiments pour la bête, sa vie se complique.

Genre : Fiction

Durée : 15’

Pays : Suisse

Année : 2008

Réalisation : Simon Nagel

Scénario : Simon Nagel

Images : Andreas Birkle

Son : Simon Graf, Gregg Skerman

Montage : Simon Nagel, Niccolò Castelli

Interprétation : Stephan Witschi, Eleni Haupt, Enzo Scanzi, Stephanie Glaser

Production : Zürcher Hochschule der Künste ZHdK

Distribution : Zürcher Hochschule der Künste ZHdK

Article associé : la critique du film

C comme Como todo el mundo

Fiche technique

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Synopsis : Pablo, seize ans, vit seul avec sa mère. Depuis quelques années leur situation financière est difficile. Elle essaye de s’y adapter comme elle peut. Il essaie de continuer comme avant.

Genre : Fiction

Durée : 27’

Pays : France

Année : 2007

Réalisation : Franco Lolli

Scénario : Franco Lolli, Virginie Legeay

Images : Sébastien Hesdin

Son : Matthieu Perrot

Montage : Nicolas Desmaison

Interprétation : Santiago Porras, Marcela Valencia, Luis Fernando García, Daniel Gómez, Felipe Guerra, Pablo Guerra, Miguel Leon, Daniel Trujillo, Sarah Malagón, Ana Malagón

Production : La Fémis

Article associé : l’interview de Franco Lolli

 

A comme Auf der Strecke (Fausse route)

Fiche technique

Synopsis : Un agent de sécurité d’un grand magasin est rongé par la culpabilité après avoir décidé de ne pas venir en aide à la victime d’une agression dans le métro.

Genre : Fiction

Durée : 30’

Pays : Allemagne, Suisse

Année : 2007

Réalisation : Reto Caffi

Scénario: Reto Caffi, Philippe Zweifel

Images : Piotr Rosolowski

Montage : Thomas Bachmann

Son : Andreas Hildebrandt, Kai Storck, Marc von Stürler

Musique : Ivo Ubezio, Daniel Jakob, Oli Kuster

Interprétation : Roeland Wiesnekker, Catherine Janke, Leonardo Nigro, Hanspeter Bader, André Meyer, Julie Bräuning, Roland Bonjour, Florian Zimmermann, Yves Wüthrich, Fatmir Iseni

Production : Kunsthochschule für Medien Köln, Blush Films GmbH, Schweizer Fernsehen

Article associé : la critique du film

D comme #1

Fiche technique

Synopsis : Un personnage grimpe une montagne, lorsque l’Art se met sur son chemin…

Genre : Animation

Technique : 2D ordinateur, collage photos

Durée : 3’40’’

Pays : Belgique

Année : 2008

Réalisation : Noamir Castéra

Scénario : Noamir Castéra

Images : Noamir Castéra

Son : Noamir Castéra

Montage : Noamir Castéra

Musique : Noamir Castéra

Mixage : Noamir Castéra

Production : Atelier de production de La Cambre asbl

Articles associés : la critique du film, l’interview de Marion et Romain Castera

M comme Milovan Circus

Fiche technique

Synopsis : Les déboires d’un mime rejeté de son cirque.

Genre : Animation

Durée : 8’54’’

Pays : Belgique

Année : 2008

Réalisation : Gerlando Infuso

Scénario : Gerlando Infuso

Images : Gerlando Infuso

Son : Simon Elst

Montage : Gerlando Infuso

Production : La Cambre

Articles associés : la critique du film, l’interview de Gerlando Infuso, l’aperçu de tournage de « L’Oeil du Paon »

K comme Kilka prostych slów (Quelques mots simples)

Fiche technique

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Synopsis : Krystyna conduit sa fille à une audition pour un « girls band ». Une panne de voiture l’oblige à demander de l’aide à un homme qu’elle n’a pas vu depuis longtemps. Ces retrouvailles vont profondément affecter leur existence.

Genre : Fiction

Durée : 35′

Année : 2007

Pays : Pologne

Réalisation : Anna Kazejak-Dawid

Scénario : Anna Kazejak-Dawid

Images : Slawomir Berganski

Son : Michal Kosterkiewicz

Montage : Maciej Pawlinski

Interprètes : Agata Kulesza, Marlena Kazmierczak, Janusz Chabior

Production : Panstwowa Wyzsza Szkola Filmowa, Telewizyjna i Teatralna (PWSFTviT), Telewizja Polska – II Program, Telewizja Polska – Agencja Produkcji Audycji Telewizyjnych, Polski Instytut Sztuki Filmowej

Distribution : Vivarto (Pologne)

Benoît Labourdette : films de poche & Pocket Films

En 2005, le Forum des Images initia le festival Pocket Films, une manifestation attentive aux films tournés exclusivement avec des téléphones portables. Au fil des éditions, les organisateurs ont ouvert leur programmation à tous les créateurs (cinéastes, photographes, musiciens, plasticiens, amateurs, …), les genres (fiction, animation, documentaire, expérimental, clips, portraits, …) et les métrages (courts, moyens voire longs). Entretien avec le coordinateur général de la manifestation, Benoît Labourdette, présent à Bruxelles en novembre dernier en tant que membre du jury de la deuxième édition du festival Cinépocket.

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Le Forum des Images est connu pour investiguer dans le domaine de la création et de la diffusion. Comment est apparu le festival Pocket Films ?

Benoît Labourdette : Au Forum, on a senti qu’un phénomène naissait avec l’apparition des téléphones portables. À chaque fois qu’une nouvelle technologie surgit, elle génère, entre autres, des usages chez les gens. Très tôt, on s’est rendu compte que l’usage du portable était massif : les gens filment, mettent leurs images sur YouTube ou Dailymotion et s’échangent des vidéos. Ils se sont emparés de l’outil et produisent continuellement un certain type d’images parmi lesquelles on trouve des films de famille, des souvenirs personnels, mais aussi des films violents comme les happy slapping. Moins nombreux sont les films qui, à l’instar du cinéma et de l’art en général, ont pour objet de créer quelque chose et de le donner à un spectateur potentiel. Ce sont ces films en lien avec les autres que nous souhaitons diffuser au Festival Pocket Films.

À partir du moment où chacun a un téléphone dans sa poche et est producteur potentiel d’images, le cinéma est-il pour autant à la portée de tous ?

Non, il ne s’agit pas de dire qu’on est tous réalisateurs : une telle idée serait démagogique. Avant l’émergence des téléphones, il y a eu celle des caméscopes. En France, il y avait 5 millions de caméscopes et on ne comptait pas pour autant 5 millions de cinéastes. Là où on est davantage concerné, c’est que le phénomène et l’usage du portable se sont généralisés. Personnellement, je pense qu’il y a un enjeu éducatif très important dans cet outil étant donné qu’aujourd’hui, l’image est omniprésente, d’autant plus que les gens la produisent et la diffusent. Avant 2005, cette situation n’existait pas : je pouvais filmer, mais je ne pouvais pas diffuser mes images, alors qu’aujourd’hui, je mets mon film sur Youtube, et tout le monde peut le voir. Cette nouvelle situation fait que chacun a une responsabilité plus importante. Pourquoi ? Parce que filmer quelque chose n’est pas un geste anodin : filmer, c’est avoir une action sur le réel par l’image, ce n’est pas regarder mais agir.

Dans quelle mesure avez-vous un rôle à jouer vis-à-vis des jeunes ?

À l’école, il n’y a pas beaucoup d’outils pour lire et fabriquer suffisamment les images, du coup il me semble qu’il y a là un enjeu important qu’une institution culturelle se doit d’assumer. Au lieu de transmettre la grammaire de l’image, nous passons par la pratique : nous organisons des ateliers dans lesquels la création artistique et l’expression personnelle ont leur place. Les jeunes que nous rencontrons ont déjà souvent tourné des petites vidéos avec leur téléphone, mais n’ont pas envisagé de les mettre dans un contexte. Nous leur expliquons qu’il est intéressant de faire des films pour les autres et pas seulement pour eux-mêmes.

Est-ce que l’appellation « film de poche » est à rapprocher de certaines caractéristiques du livre de poche, comme sa généralisation et son accessibilité ?

Oui. Comme le livre de poche, le film de poche se diffuse facilement et a un aspect très démocratique. L’appellation a été trouvée par Laurence Hertzberg, la directrice du Forum des Images, lors d’un brainstorming, lorsqu’on a commencé à définir les contours du projet. Ce qui est étonnant, c’est qu’aujourd’hui, le film de poche est devenu un nom commun : on parle d’un « pocket film » pour évoquer un film tourné avec un téléphone alors que c’est juste l’appellation d’un événement et une marque déposée par le Forum des Images.

Chacune de vos éditions évolue en fonction des avancées technologiques. Que peut-on faire aujourd’hui que l’on ne pouvait pas faire à l’époque?

Au fil des éditions, on a suivi de près l’évolution des capacités techniques des téléphones. La plus importante est sûrement la progressive amélioration de la qualité de l’image. Il y a quatre ans, ce qu’on faisait avec un téléphone restait cantonné au domaine de l’expérimentation alors qu’aujourd’hui, il existe des téléphones qui ont quasiment la même qualité qu’une camera DV. A titre d’exemple, le partenariat noué cette année avec Arte dans le cadre de la collection « Caméra de Poche » [Mes 20 ans] n’aurait pas réellement pu se faire en 2005 car la qualité de l’image mobile n’était pas suffisante par rapport aux règles et aux conventions de diffusion.

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Pourquoi privilégierait-on le téléphone portable plutôt qu’une caméra classique ?

Le téléphone va me permettre de faire des choses différemment qu’un autre outil même si classiquement, ce qui fait le film, c’est le choix de tel comédien, tel décor ou tel technicien. Ce qui importe, c’est le dispositif de production choisi et les décisions techniques prises. Pourquoi se laisse-t-on alors tenter par le portable ? Certains réalisateurs y voient une dimension de spontanéité qu’ils ont envie d’incorporer à leur travail; d’autres s’intéressent à sa facilité d’usage, sa légèreté ou encore au traitement de son cadre.

De quelle manière le portable influence-t-il justement le cadre ?

Avec une camera habituelle ou même un appareil photo, on cadre, on a l’œil rivé à l’écran. L’image passe par le regard alors qu’avec le téléphone, beaucoup de gens ne cadrent même plus tellement l’objet est devenu habituel. La façon de porter le regard est complètement différente; cela se ressent dans le résultat. La caméra a un côté vraiment cérébral alors que le téléphone est comme un œil dans la main.

Quels sont vos arguments pour retenir, défendre et programmer un film de poche ?

Il y a plusieurs arguments à prendre en compte. Vu la quantité de films (un peu plus de mille en moyenne depuis deux ans), on est plusieurs à visionner les films et à confronter nos avis. Pour moi, un film, comme n’importe quelle œuvre d’art, doit transmettre quelque chose, une émotion, une idée, etc. Le critère principal est l’intérêt : est-ce que ça nous parle, est-ce que ça nous touche? Autre argument : on prend garde à la spécificité de l’outil. On s’intéresse aux choses différentes et inhabituelles parce qu’elles ont justement été tournées avec un téléphone portable.

Comment les films de poche sont-ils perçus par le grand public ?

Les modes de représentation ont évolué : il y a quelques années, c’était bizarre de voir des images tournées avec un portable mais aujourd’hui, le regard des gens a globalement changé, surtout que nombre d’entre eux font désormais leurs propres images. Même si beaucoup se montrent encore réticents vis-à-vis des films mobiles car ils croient que ceux-ci se rapprochent de ce qu’ils ont l’habitude de voir sur Youtube ou Dailymotion, on a encore un travail constant à faire pour que ces films soient vraiment perçus comme tels : intéressants et différents.

Beaucoup de ces films se font sans budget. Peut-on imaginer une économie pour ce secteur ?

On peut l’imaginer mais pas pour autant la voir se concrétiser tout de suite. La majorité de ces films se fait sans moyens : les gens font des films sans budget, il n’y a pas de financement mais il n’y a pas non plus de recettes. Il y a mille choses à inventer et on a un rôle à y jouer : on essaie de susciter au maximum des financements et d’inventer de nouveaux modèles économiques par rapport aux nouvelles façons dont les gens s’approprient l’audiovisuel. Aujourd’hui, artistiquement, plein de choses se passent dans le monde du film mobile, mais économiquement parlant, tout est à inventer.

Propos recueillis par Katia Bayer

Hélène Vayssières : le cinéma de poche et Arte

Chargée des courts et moyens métrages au sein de l’Unité Cinéma d’Arte France, et de l’émission Court-Circuit, Hélène Vayssières est à l’origine de « Caméra de Poche », une collection de dix courts métrages ayant la particularité d’avoir été entièrement tournés avec des téléphones portables. En novembre, elle faisait partie du Jury de la deuxième édition du festival belge de films mobiles, Cinépocket. Entretien.

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Dans le magazine Court-Circuit, tu programmes du format court. Récemment, tu as diffusé des films réalisés avec téléphones portables dans le cadre d’une collection, « Caméra de poche ». Comment t’es-tu intéressée à ces films ?

Hélène Vayssières : Je me demandais comment expérimenter cet outil émergent, le téléphone portable muni d’une caméra, quand j’ai rencontré Benoît Labourdette qui m’a parlé de son expérience avec le Festival Pocket Films, au Forum des Images. Je me suis dit que ce serait intéressant de tester aussi la vidéo sur mobile, de découvrir ce qu’il serait possible de créer à partir d’un tel outil mais aussi de voir si une nouvelle grammaire cinématographique allait émerger. Comme ARTE développait une programmation spéciale sur le thème « Avoir 20 ans », j’ai introduit un projet de collection de films sur téléphones autour du même sujet. La chaîne a été tentée par l’opération, un budget a pu être dégagé, le Forum des Images et SFR sont devenus partenaires de « Caméra de poche », notre collection de dix courts métrages entièrement tournés avec des téléphones mobiles. L’idée devait se concrétiser assez rapidement. On a commencé en février et il fallait que les films soient terminés fin avril pour être projetés, pendant le Festival Pocket Films en juin, au Centre Pompidou. Pour avancer, j’ai soumis l’idée à onze réalisateurs avec lesquels j’avais déjà travaillé sur des films plus classiques et qui avaient, à mon avis, un potentiel. J’ai contacté six réalisateurs entre 20 ans et 29 ans, et cinq plus âgés, pour récolter des points de vue complètement différents. Ce projet intégrait un cahier des charges : un thème imposé (« Mes 20 ans »), une durée maximum de 5 minutes, et un tournage entièrement réalisé sur mobile. Par contre, le genre était libre : il pouvait il y avoir autant de documentaires que de fictions ou de reportages.

La projection à Beaubourg s’est bien passée : 300 personnes sont venues voir ces films diffusés sur grand écran. Par après, on les a diffusés, en septembre, dans Court-Circuit dans une édition spéciale Avoir 20 ans dans laquelle il y avait aussi des films plus traditionnels liés au sujet. En parallèle, on les a diffusés sur la plateforme Internet d’ARTE (http://www.arte.tv/cameradepoche) et on a crée un blog interactif sur les coulisses du projet.

Ca a été une aventure intéressante qui était loin d’être gagnée au départ. En dépit de la question du temps, il fallait convaincre les réalisateurs. Quand j’en appelais certains en leur disant : « est-ce que ça t’intéresse de faire un film avec un mobile ? », même si je ne pouvais pas voir leur regard hésiter, je sentais quand même des blancs dans la conversation. Ce n’était pas rare que mon correspondant réagisse de cette manière : « avec un téléphone ?! Je sais à peine utiliser mon téléphone et tu veux que je fasse un film avec ?! ».

Tu es très attentive à l’écriture. Comment la considères-tu à partir du moment où un réalisateur saisit un appareil mobile plutôt qu’une caméra ?

En découvrant des films sur téléphone portable, j’ai souvent constaté un déficit de scénario mais c’est peut-être une déformation professionnelle ! Par rapport à cette collection, même si l’outil n’était pas à la base une caméra mais un téléphone, j’avais envie qu’il y ait un travail sur le scénario. L’écriture se transforme : en effet, on ne peut pas écrire tout à fait de la même façon pour l’outil mobile que pour une caméra. Comme le portable est quelque chose que l’on porte sur soi, il joue souvent le rôle de caméra subjective. De plus, avec cette technique, on ne pose pas trop la caméra et le cadrage est, lui aussi, complètement différent. Tout cela implique une autre écriture. Ce n’est pas évident car logiquement, les réalisateurs sont tentés par l’écriture classique. Avec le Forum, on leur prête alors un mobile bien avant le tournage pour qu’ils essayent des choses, manipulent l’objet et se rendent compte des contraintes, des avantages, des possibilités et des impossibilités. En ayant l’outil en mains, en expérimentant, ils réalisent qu’ils ne doivent pas écrire comme si la caméra était classique, qu’ils doivent revoir leur scénario, transformer leur écriture et trouver des nouvelles astuces de narration. Eux, ils essayaient de faire l’image la plus belle possible, le film le plus correct possible, sauf qu’on n’est pas dans un outil qui génère cela. J’ai donc dû les pousser à écrire différemment, en leur disant : « servez-vous de l’outil, utilisez-le pour ce qu’il est, et voyez ce qui en sort. » Cela n’a pas été facile pour tous.

Tu as des exemples en tête ?

Je pense à Mehdi El Glaoui (« Mao est mort ») ou à Anna Da Palma (« Lisbon calling »). Au départ, ils avaient imaginé des fictions assez classiques. Petit à petit, j’ai fait en sorte de les amener à s’emparer de ce mobile et à libérer leur caméra. Ils avaient un peu peur de l’outil, mais progressivement, ils ont accepté de jouer le jeu. Ce n’est pas évident parce que quand on tourne des films classiques, on peut poser à loisir sa caméra, du coup, lorsqu’on se retrouve face à ce tout petit bidule qui bouge tout le temps et qui fait des images un peu bizarres, on en a vite peur donc on a envie de le stabiliser. Au bout de quelques temps, on peut aussi se lâcher, ce qui a été le cas de Marie Vermillard (« Les premiers pas »). Au départ, elle aussi, elle avait peur du mobile, ce qui l’avait conduite à faire une première partie très posée et classique, mais au bout d’un moment, elle a vraiment utilisé l’outil. Elle s’est tellement lâchée qu’elle a fait le film le plus expérimental de la collection !

Sens-tu que qu’une nouvelle écriture cinématographique est en train d’apparaître avec ces films-là ?

Je pense qu’il est encore trop tôt pour estimer qu’il existe une nouvelle écriture par rapport au mobile. Pour l’instant, dans leur majorité, ces films s’écrivent à la caméra ou au montage, mais il n’y a pas encore de véritable travail d’écriture sur le papier ou à l’ordinateur. Dans la prochaine collection de films sur portables qu’on va lancer à ARTE (nouveaux thèmes : « Mutants », « Années 80 »), je vais quand même essayer de faire travailler les nouveaux réalisateurs dans ce sens.

Tu évoques les possibilités et les contraintes. Lesquelles vois-tu à travers ces films ?

Avec cet outil, je découvre un parallèle avec les films en Super 8 d’une certaine époque. Je vois une possibilité de faire des films plus intimes, des films de proximité, presque de famille. De plus, l’appareil est léger et permet l’improvisation : tout à coup, s’il se passe quelque chose, on sort le mobile de sa poche et on filme. Maintenant, je pense que si c’est pour faire des choses très classiques, ça ne vaut pas le coup.

Tu es membre du jury au festival Cinépocket. Que penses-tu du niveau des films sélectionnés ?

À ce stade, je n’ai pas encore tout vu mais je constate une faiblesse générale de l’écriture. Il faut se demander pourquoi on fait un film, ce qu’on a à raconter, et savoir exactement ce que l’on veut avant d’écrire son scénario. Si on ne s’est pas posé toutes ces questions, on obtient des films qui peuvent être sympathiques mais qui peuvent aussi être très vite oubliés.

Les festivals de films mobiles sont accessibles aux réalisateurs, aux photographes, aux plasticiens, mais aussi à toute personne qui possède, aujourd’hui, un appareil téléphonique dans sa poche. À partir du moment où chacun est porteur potentiel d’images, ne peut-on pas penser que ces films peuvent être confusément apparentés à des courts métrages et donc à du cinéma ?

Effectivement. Ce n’est pas parce qu’on a dans la main un outil qui filme qu’on est cinéaste. C’est le problème aujourd’hui : on confond l’outil et le processus de création. Il faut se demander si le film est créatif ou si c’est juste une blague. Intègre-t-il une partie créatrice, artistique et réflexive ? Parmi les films que j’ai vus à Cinépocket, il y en a un qui m’a intéressée particulièrement : « Domino » (Sandy Claes, Prix du Jury). Je le trouve très original dans sa forme et très ludique. Son écriture n’est pas classique du tout, mais par contre, on voit très bien qu’il y a eu une réflexion et une construction derrière, et que le film ne s’est pas fait par hasard.

À partir du moment où un outil est démocratisé, les gens sont susceptibles de s’en emparer et de développer des projets dans lesquels un acte de création et une réflexion sont intégrés, mais le risque, c’est qu’il y ait aussi beaucoup de films qui ne sont pas des films mais des blagues. C’est pour cela qu’il ne faudrait pas confondre l’amateurisme et le professionnalisme. Dans le même ordre d’idées, quand j’ai lancé la collection d’ARTE, au-delà des réflexions qui ont entouré le projet, j’ai essayé de trouver des financements. Ce n’est pas parce qu’on filme avec un téléphone portable qu’on peut faire croire aux gens que tout est possible et que tout est gratuit. Même si on n’avait pas un budget énorme, on a tenu à payer les équipes (réalisateurs, monteurs, comédiens, …), à négocier les droits d’auteur pour les musiques, bref à se placer dans un contexte professionnel.

Peut-on imaginer que ces films, pour le moment cantonnés à des manifestations très spécifiques, puissent un jour alimenter une section « mobile » d’un festival de courts métrages ?

Pourquoi pas ? De toute façon, les festivals ça pousse comme des champignons : il suffit qu’il pleuve ! Ceci dit, un film de qualité réalisé avec un mobile pourrait très bien se retrouver dans la section « Labo », à Clermont-Ferrand.

Est-ce que tu envisages de diffuser ces films, comme d’autres extraits du catalogue d’ARTE, sur des téléphones portables?

Pour les films de la collection, je concevais une diffusion surtout mobile. Je n’ai pas dit aux réalisateurs de penser au grand écran, mais bien à un petit, un tout petit écran. Je pensais que le partenaire SFR allait s’emparer de ces films pour les offrir à ses abandonnés mais cela ne s’est pas fait. C’est dommage mais avec l’arrivée de la TMP (Télévision Mobile Personnelle), ça va peut-être changer les choses. Sinon, dans l’absolu, moi, je suis favorable à la diffusion sur les mobiles, mais il faut lui associer une écriture spécifique. Montrer sur portable des courts métrages qui n’ont pas été pensés pour un écran différent me semble risqué à partir du moment où l’image est transmise sur une toute petite fenêtre et que le cadrage est imposé. Il faut prendre en compte ces paramètres si on envisage une telle diffusion, sans compter le fait qu’il y a un risque de différence de perception d’un écran à l’autre. Ceci dit, à une époque, on disait ça du cinéma par rapport la télévision, puis de celle-ci par rapport à Internet, et maintenant on soulève ces questions par rapport aux mobiles. Ce qui me semble intéressant, c’est qu’aujourd’hui, ce n’est plus cloisonné. On pense de plus en plus, dès le départ, au multi-écran : on imagine des déclinaisons de films ou de programmes, avec des spécificités suivant l’écran. Dans cet esprit, il y a beaucoup d’idées très intéressantes et faciles à mettre au point. Par exemple, cette année, à ARTE, on va creuser plus du côté d’Internet et de l’interactivité. Il y a quelques temps, on a lancé l’atelier Final Cut sur le site, permettant aux internautes de s’entraîner à monter les rushes de certains réalisateurs. Il est tout à fait imaginable d’y insérer ceux des films tournés avec téléphone portables.

Tu t’occupes aussi de moyen métrage à ARTE. Es-tu également tentée d’explorer le format plus long, toujours à partir de téléphones portables ?

Pour l’instant, ce n’est pas à l’étude : on a une collection à faire. Je ne dis pas que ce projet ne se fera jamais, mais si on se lance dans une telle aventure, cela demandera des financements supplémentaires et surtout, on ne fera pas dix courts métrages en même temps. Un moyen métrage réalisé avec un téléphone portable ne serait à envisager que si le scénario se prête réellement à ce type d’écriture.

Propos recueillis par Katia Bayer

Caméra de Poche : les films de la collection d’ARTE

  • Pixi Queen de Nadia Micault et Lorenzo Nanni
  • 29 ans bientôt 45 ans de Sophie Letourneur
  • Viva la Revolution de Nacer Maache
  • Un premier amour de Nicolas Engel
  • Cap de Martin Rit
  • Les premiers pas de Marie Vermillard
  • Lisbon Calling de Anna Da Palma
  • Power to the Flower de Lyonel Kouro
  • On était déjà jeune de Serge Avédikian
  • Mao est mort de Medhi El Glaoui

Julie de Wael Koudaih

Vous avez 26 nouveaux messages

« Bonjour. Vous êtes bien sur le répondeur de Julie. Merci de me laisser un message visio après le bip. ». Pas d’erreur sur le numéro : le jeune homme s’exécute et invite sa correspondante, croisée la veille, à le revoir autour d’un verre. Elle ne le rappelle pas ? Qu’à cela ne tienne ! Il ne fait pas partie de ceux qui renoncent facilement. Persévérant, il commence à harceler son nouveau contact à différents moments de la journée en trouvant spontanément un prétexte à chaque appel (café, ciné, fleurs, chanson,…). Après 26 tentatives, le silence est toujours radiophonique. Julie ne recevrait-elle pas ses messages ? Est-elle occupée ? Pire : serait-elle timide ? Forcément, il y a une explication…. Forcément…

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Projeté cette année au festival Pocket Films, à Paris, et à Cinépocket, à Bruxelles, « Julie » est un film mobile réalisé et interprété par un musicien, Wael Koudaih. Celui-ci livre un film intime à la fois par son sujet et son médium : à défaut de nouer une relation avec Julie, le personnage masculin se répand sur son répondeur, le téléphone devient son réel interlocuteur, donc un acteur à part entière, tandis que le spectateur prend involontairement la place et les messages de Julie. Réjouissant, l’humour distillé dans ce petit film ludique tient à plusieurs traits : la personnalité versatile du personnage principal (tour à tour timide, optimiste, lyrique, amoureux, mélancolique, énervé et agressif), la fréquence, le contenu et le rythme de ses messages, mais aussi l’accentuation de son délire jusqu’à un point de non retour. Le clin d’œil du film tient en quatre secondes : c’est celui d’un feu de signalisation à l’arrêt illustré par une voix lourde en reproches (« J’attends, Julie ! J’attends ! »). À elle seule, la silhouette immobile du piéton aux mains fermement posées sur ses hanches symbolise l’impatience constante et la résignation impossible du personnage. La preuve ? Un nouveau message vient de s’afficher sur le répondeur de Julie.

Katia Bayer

Consulter la fiche technique du film

Domino de Sandy Claes

Créé et présenté dans le cadre du Festival International du Court Métrage de Louvain de 2007, « Domino » retrace, en moins de deux minutes, le mécanisme de l’animation et du cinématographe. Sous son aspect simple, se cache un jeu sémantique sophistiqué. La forme rectangulaire du domino sert de cadre pour une série de plans dessinés, tel un flip-book. À l’instar de l’effet domino et conformément au jeu de hasard, défile une succession bruyante de formes aléatoires (dominos, homme, ballon, arbre…) pour créer une animation quasi fantasmagorique.

Au-delà des images, « Domino » traite de l’artifice de la mise en scène, que la réalisatrice Sandy Claes met en évidence par le biais de l’espace et de la vitesse de son animation. Elle ne limite pas son cadre au bord des plans mais inclut les environs de l’installation, presqu’au même titre que les images dessinées. De la même manière, elle déclenche une certaine distanciation en choisissant une vitesse de défilement des images bien plus lente que ce qu’il faudrait pour assurer la persistance rétinienne. Par conséquent, le spectateur, bien conscient du défilement de chaque plan, se retrouve impliqué dans cette inédite partie de dominos animée. Outre la vitesse et l’espace, le médium (à savoir le téléphone portable) contribue lui aussi à brouiller les pistes en créant une ambiguïté entre le point de vue du spectateur et celui de la réalisatrice. À ce titre, « Domino » est une expérience de « Ciné-œil » et l’outil utilisé, le téléphone est vraiment conçu comme mobile.

La qualité du film tient aussi à une hybridité de registres (séquences filmées et dessins traditionnels) assez caractéristique du style de cette jeune animatrice, diplômée en arts audiovisuels de l’Académie Media & Design KHLim de Genk. À cet égard, « Domino » rappelle le travail de fin d’études de Sandy Claes, « On a Lead » (2005), traitant de la rencontre humoristique entre un chien en 3D et un homme en 2D, ou encore « Blauwblauw » (2007), une animation basée sur la poésie flamande contemporaine, dans laquelle une femme interagit avec un élastique animé.

« Domino » se présente moins comme un véritable film que comme une expérience technique utilisant à son avantage les limitations du matériel pour faire un modeste retour aux origines du cinéma. Son originalité et sa sobriété lui ont d’ailleurs permis de remporter le Grand Prix du jury au festival Cinépocket, cette année.

Adi Chesson

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Gwendoline Clossais, illustratrice de courts métrages

Gwendoline Clossais est bretonne comme une galette et joyeuse comme une farandole. Depuis sept ans, elle illustre la rubrique “Le film dessiné” publiée sur Cinergie.be (site de cinéma belge). Si son style est identifiable à ses taches d’encre de Chine parsemant ses dessins, Gwendoline se fait reconnaître dans le civil par son rire cristallin, son goût immodéré pour les crêpes, et son impressionnante collection de collants colorés. En novembre, la 30ème édition du festival Média 10-10 (Namur) l’accueillait en tant que membre du jury professionnel et dans le cadre d’une exposition consacrée à ses illustrations pour Cinergie. Pour la circonstance, une interview illustrée s’imposait.

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De quelle façon l’idée d’illustrer des courts métrages est-elle apparue?

Thierry Zamparutti y pensait depuis de nombreuses années quand on a commencé à en discuter à l’époque où je faisais un stage dans sa boîte de production (Ambiances asbl). L’idée  m’intéressait, il l’a proposée, il y a sept ans, à Cinergie sous la forme d’une rubrique. Depuis, on collabore mensuellement. Il me soumet des films et je retranscris par l’image ce que j’ai vu et ressenti. Avec le temps, on remarque qu’on a souvent les mêmes goûts.

Comment t’y prends-tu après avoir vu un film ? Tu détermines d’emblée une scène qui t’intéresse, tu restitues une atmosphère ou bien tu privilégies une technique de dessin ?

C’est assez instinctif comme travail : l’image se crée dans ma tête. En général, l’exécution est assez rapide. L’illustration va dépendre du film, de son ambiance et de la première impression qu’il me laisse. Pour certains, c’est plus compliqué que pour d’autres : je n’ai pas d’idées, du coup je me creuse plus les méninges. À priori, je ne travaille qu’à l’encre de Chine mais pour certains films, cette technique ne convient pas forcément car mon geste ne correspond pas à ce que je souhaite. Je cherche ailleurs alors, vers l’ordinateur ou la photographie, par exemple.

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Est-ce que ton travail autour des courts métrages a influencé tes autres dessins ?

Oui, surtout au niveau de la technique. Il m’a permis de me remettre à la photo et d’utiliser l’ordinateur. Au début, j’avais beaucoup d’appréhensions par rapport à l’ordinateur, ce n’était pas un  outil qui m’intéressait, puis à force de m’y mettre, j’ai découvert des choses que je ne pouvais pas faire à la main. Après, je ne dessine pas forcément de la même façon quand je dois faire quelque chose destiné à être publié ou si c’est pour moi : j’essaye de m’appliquer plus, de faire moins « crassou ». Même mon trait est plus léger et il y a moins de taches partout…

À ce sujet, dans de nombreuses illustrations, on retrouve des taches d’encre. Serait-ce ta signature ?

Probablement. Ces taches sont apparues avec l’encre de Chine : parfois, elles sont voulues, parfois pas.

Parlons de ton enfance et des buvards…

Ah, les buvards ! J’avais oublié leur existence… C’est peut-être lié, après tout : quand j’étais petite, je dispersais aussi de l’encre partout.

Sortie de clown (Nabil Ben Yadir, Belgique)

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Gwendoline, à qui sont ces pieds ?!

Et bien, ce sont les miens ! La photo a été prise en Bretagne, dans une crêperie où je travaille de temps en temps. Je me suis installée dans la cuisine, sur de grands plateaux en inox. Pourquoi de l’inox ? Il m’en fallait pour rappeler l’univers plus que froid de « Sortie de Clown ».

En Bretagne, il y a beaucoup d’inox ?!

Dans les crêperies, oui !

En allusion au clown de ce film, tu as rajouté un nez rouge. Pourquoi l’avoir croqué plutôt que photographié ?

Je voulais coiffer un de mes orteils d’un vrai nez rouge mais je n’en trouvais pas. À ce moment-là, je n’avais pas trop de temps alors, j’ai eu recours au dessin. Et puis, les clowns étaient rares dans la crêperie, sinon je leur aurais emprunté leur accessoire pour la photo !

En fanfare (Véronique Jadin, Belgique)

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Dans cette image, la photographie côtoie toujours le dessin, mais elle occupe une place plus marginale. Pourquoi ne pas avoir dessiné les mains des personnages ?

Avec l’encre de Chine, j’ai tracé les personnages du film, mais les mains que j’avais dessinées ne me plaisaient pas. Du coup, j’ai introduit la photographie dans l’image : cette fois, j’ai demandé à mes collègues-copains, Romain et Benoît, les deux serveurs de la crêperie, de se tenir la main. Tu remarqueras que Romain a le bras un peu poilu : je lui dirai de s’épiler la prochaine fois !

En fait, ce n’est pas de ton enfance qu’il faut parler mais bien de cette crêperie !

Ah, la crêperie, c’est mon studio à moi. J’y ai mes crêpes, mes plateaux en inox et mes modèles !

Un monde pour Tom (Atelier Zorobabel, Belgique)

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Tes compositions sont surtout liées à des fictions, plus rarement à des documentaires. Tu évites de travailler autour de films d’animation pour contrer tout risque de concurrence avec un univers visuel préexistant. Pourquoi avoir dès lors illustré « Un monde pour Tom », un film d’animation réalisé par des enfants encadrés par l’atelier Zorobabel ?

Ce dessin fait partie des tout premiers, il doit être le deuxième ou le troisième que j’ai fait. Tu remarques tout de suite la différence de style. J’avais accepté de faire l’illustration de ce court métrage d’animation en représentant surtout le travail des enfants. On les voit autour du tout petit Tom et de trois autres personnages. C’est évident que quand un film d’animation est déjà illustré, ce n’est pas la même chose que pour une fiction ou un documentaire : je ne peux pas m’approprier le dessin d’origine et je n’ai pas réellement la possibilité de redessiner autre chose. C’est pour ça qu’« Un monde pour Tom » a été le seul film d’animation que j’ai « illustré ». Je ne veux plus le refaire…

Tu ne peux pas t’approprier l’image du film mais tu pourrais la détourner…

Oui, en l’occurrence, c’est ce que j’ai fait pour ce court métrage, mais sur un film d’animation classique, ce serait bien plus complexe. Comment ne pas empiéter sur le style de quelqu’un quand on dessine soi-même ? Pour éviter tout souci, je ne veux plus réitérer l’exercice.

La Peur, petit chasseur (Laurent Achard, France)

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« La Peur, petit chasseur » est un film très sonore. Comment as-tu procédé pour l’illustrer ?

Comme tout le film se passe justement au niveau du son, j’ai eu beaucoup de mal à l’illustrer car « La Peur, petit chasseur » est un plan fixe de 9 minutes dans lequel plusieurs actions ont lieu : un petit garçon joue avec son chien dans le jardin, sa mère sort de la maison, étend son linge, on entend un son, celui d’un train, devenir de plus en plus puissant, au même moment, le mari rentre, ivre, à la maison et commence à crier sur sa femme. C’est très pauvre, l’illustration d’un plan fixe dans lequel il se passe quelque chose seulement au niveau sonore, mais rien au niveau visuel. Du coup, j’ai eu recours à une pirouette : j’ai utilisé la seule image du film et j’ai ajouté des ondes sonores. Ce n’était pas évident comme exercice, mais je l’ai pris comme un défi parce qu’il n’y avait pas beaucoup de détails dans l’image (à part une arrière-maison avec un fil à linge et une niche).

Mompelaar (Marc Roels et Wim Reygaert, Belgique)

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« Mompelaar » est un film « ovni » absolument décalé qui a beaucoup fait parler de lui cette année dans les festivals de courts métrages. Ton illustration est drôle et en même temps très sombre…

Très sombre, tu trouves ? Pourtant, tous les détails sont dans le film : la tête coupée, le petit chien qui, même s’il n’est pas hyper ressemblant, a un peu la même tête de con, l’enregistreur, les blablablas, le petit cadre au fond, la tapisserie moche que j’ai recréée à partir d’un site Internet spécialisé dans les tapisseries moches !

On sent que tu t’es plus éclatée dans cette illustration que d’habitude.

Oui, c’est clair. J’ai pu faire un truc plus déjanté que d’habitude. « Mompelaar » cultive un aspect étrange et incongru, mais il est très intéressant à croquer vu le nombre de détails très visuels qu’il comporte. En général, tu ne fais pas un truc complètement sobre pour un film aussi décalé.

Propos recueillis par Katia Bayer, Marie Bergeret et Adi Chesson

Illustrations : Gwendoline Clossais

Thiam B.B. d’Adams Sié

Dévoiler l’histoire

Présenté déjà dans de nombreux festivals (Amiens, Vues d’Afrique, Namur) et en compétition au festival Média 10-10, « Thiam B.B. » est un court documentaire d’une grande intelligence, réalisé dans le cadre d’un atelier organisé au Média Centre de Dakar par le festival Filmer à tout prix, et animé par Philippe de Pierpont et Pierre-Yves Vandeweerd qui signe la très belle photographie du film.

Dévoilant doucement son sujet avec beaucoup de finesse et de profondeur, Adams Sié saisit tout d’abord un geste, celui qui consiste à peindre et à repeindre, inlassablement, la même figure partout au quatre coins de la ville : une silhouette debout, face à nous, dont on ne saisit que les yeux. A travers de paisibles plans fixes où la profondeur de champ est privilégiée, surgit une ville peuplée de ce fantôme glissant de portes en fenêtres, de murs en échoppes, des charrettes aux pirogues. En captant d’abord le geste de celui qui peint, ses peintures, puis sa voix, son visage, son témoignage, qu’il mêle ensuite à d’autres témoignages, revenant sans cesse capter les silhouettes dans la ville, avec une lenteur méditative, le film mêle et tresse sur la peinture les différents discours qui viennent peu à peu en éclairer le mystère et en épaissir le sens.

« Thiam B.B. » (Beugue Bamba, « le disciple de Bamba »)  peint, dessine, sculpte ainsi, à Saint-Louis mais aussi dans d’autres villes et d’autres lieux, la silhouette de Cheikh Ahmadou Bamba. Il voue sa vie à refaire toujours la même image : celle du fondateur de la confrérie musulmane mouride, qui résista pacifiquement à la fin du 19ème siècle au colon français, tant et si bien que celui-ci n’osa jamais vraiment l’enfermer ni le faire assassiner, mais le condamna plusieurs fois à l’exil avant de lui remettre une Légion d’honneur qu’il refusa. La peinture de Thiam est mystique : c’est un rituel de prière. C’est aussi un signe de reconnaissance qui trace dans la ville le réseau des membres de la confrérie mouride. C’est enfin un acte d’allégeance à cette figure de résistance.

Peu à peu, Saint-Louis, ancienne capitale du Sénégal, se creuse de sa dimension historique. Rues écrasées de chaleur, murs de poussière et cours de misère, portes et murs peints envers et contre tout, la ville se livre comme ce monde fatigué, harassé, usé jusqu’à la corde où l’homme affirme son existence, avec ses mains, sa foi, son art, guidé par cette figure historique. La grande beauté de ce documentaire est d’avoir réussi à faire surgir, à travers ce geste artistique, les dimensions historiques qui peuplent le présent d’un lieu, et d’en avoir réaffirmé, dans le même temps, à travers le même geste, la portée existentielle, la liberté, la spiritualité. Dans le présent de Saint-Louis, aujourd’hui condamnée par son histoire coloniale et les cheminements de l’ordre mondial à cette misère poussiéreuse, des hommes continuent de s’affirmer dignes et libres.

Anne Feuillère

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Le Mulot menteur d’Andrea Kiss

Tel n’est pas pris qui croyait prendre

Illustratrice et plasticienne venue de Hongrie, auteur d’une dizaine de courts métrages d’animation, Andrea Kiss, réalise un petit film enjoué et drôle, vif et gai, adapté d’une fable d’Ervin Lázár où la morale se retourne comme un gant. « Le Mulot menteur », court métrage d’une vingtaine de minutes réalisé en papier découpé et colorié – une technique réjouissante qui, par ses imperfections et son artisanat, donne au film une irrégularité humaine et vivante – se construit assez simplement sur une série de rebondissements qui suivent le chemin d’un petit mulot, menteur comme un arracheur de dents.

Dans la première scène du film, il raconte, dans une taverne envahie d’animaux sidérés et enthousiastes, ses exploits sur les planètes du lointain système solaire. « Un mulot cosmonaute, tiens donc ! » se dit quant à lui le renard qui assiste au récit. Tenu de s’expliquer devant l’assemblée quant à ses exploits étonnants, le mulot prend la fuite, prétextant qu’on l’attend, poursuivi sans le savoir par le renard, malin et un brin agressif.  Mais sur le chemin du retour, le mulot fait une série de rencontres, d’abord avec le loup, ensuite avec le bouc. À chaque fois, mettant en scène de faux exploits en rapport avec les situations des deux autres animaux, le mulot va réussir à les tirer de leurs tracas, le loup et le bouc décidant de prendre exemple sur lui. Ce faisant, ils deviennent des héros dépassant leur situation grâce aux mensonges du mulot, grâce au pouvoir de la parole.

Outre son dessin vibrant et original, son rythme gai, ses voix enjouées (Thierry de Coster, Edwige Baily, Benoît Van Dorslaer, Philippe Verleysen, Jean-Michel Balthazar), « Le Mulot menteur » installe de belles ambiances entre le rêve et l’effroi (la traversée de la forêt nocturne), trouve des illustrations frappantes (les fleurs clochettes semées sur la route), et surtout aboutit à ce renversement réjouissant de la morale, celle des fables et des récits, où le mensonge n’a justement pas de valeur morale puisque c’est la parole qui invente le réel. Quant à la fin du film, elle est merveilleuse : la mulette, s’énervant d’abord contre le retard de son époux, lui pardonne tous ses mensonges dans une tendre étreinte amoureuse qui sait bien où la vérité de l’autre se situe.

Anne Feuillère

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#1 de Noamir

Quelques minutes suffisent parfois à faire basculer une vie, quelques minutes ouvrent aussi des mondes. En 4 minutes pas plus, Noamir nous offre un petit bijou d’inventivité et nous résume 3000 ans d’histoire et de création. Un film sans titre (« #1 ») pour un joli fourre-tout sans limites.

Récapitulons… L’homme court, qu’il choisisse de tourner à droite, à gauche, de monter ou de descendre, quel que soit l’endroit où il pose ses yeux, partout, autour de lui, pèse le poids de la civilisation. Par où passer ? Où s’enfermer ? Que faire ? Le grand homme en noir et blanc de Naomir cherche à fuir… en vain.

Planté là au beau milieu de nulle part, notre pauvre bonhomme est empêché, entre autres, par une Joconde souriante qui semble tomber du ciel, subit les assauts d’un masque étrusque qui se colle à son visage, manque d’être écrasé par un temple grec et autres statues de l’île de Pâques, essaie de s’en sortir en passant par le vagin de l’Origine du monde, se retrouve quatorzième invité de la Cène de Léonard, monte sur une pyramide pharaonique mais tombe au beau milieu d’une estampe qui le noircit d’encre de Chine… Sans compter les images icônes qui accompagnent sa course, d’Einstein au Che, de Mickey à Chaplin, de Mozart à Marilyn Monroe. Même le cri enfin audible de Munch ne parviendra pas à le libérer. Sur cette route semée d’embûches, s’inscrit ironiquement un CECI N’EST PAS UNE ISSUE, et ce n’est pas la colonne de l’infini de Brancusi qui le conduira quelque part, à moins de considérer que le cul-de-sac qui y mène soit bel et bien un endroit.

Intelligent, drôle, profond, « #1»  joue avec les références. Les objets-emblèmes y subissent des transformations stupéfiantes à l’instar d’un shuriken ninja qui évoque la triste et célèbre étoile jaune et vient ensuite orner L’Icare de Matisse. La bande-son participe de jolie façon aux variations rythmiques des images créant ainsi un tout cohérent, une sorte de joyeux big-bang cinématographique.

« Que puis-je encore dire qui n’eût pas été dit ? », demande le générique et la réalisatrice elle-même sans doute. Grand mal du XXe siècle depuis l’abandon de la « représentation » et l’impasse de l’abstraction minimaliste. Le carré blanc sur fond blanc nous raconte t-il que l’art a atteint ses limites ? Que créer ? Pourquoi ?

Tout a été dit, sans doute… Et pourtant, tout reste à faire.

Sarah Pialeprat

Article associé : l’interview de Marion et Romain Castera

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