Julie de Wael Koudaih

Vous avez 26 nouveaux messages

« Bonjour. Vous êtes bien sur le répondeur de Julie. Merci de me laisser un message visio après le bip. ». Pas d’erreur sur le numéro : le jeune homme s’exécute et invite sa correspondante, croisée la veille, à le revoir autour d’un verre. Elle ne le rappelle pas ? Qu’à cela ne tienne ! Il ne fait pas partie de ceux qui renoncent facilement. Persévérant, il commence à harceler son nouveau contact à différents moments de la journée en trouvant spontanément un prétexte à chaque appel (café, ciné, fleurs, chanson,…). Après 26 tentatives, le silence est toujours radiophonique. Julie ne recevrait-elle pas ses messages ? Est-elle occupée ? Pire : serait-elle timide ? Forcément, il y a une explication…. Forcément…

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Projeté cette année au festival Pocket Films, à Paris, et à Cinépocket, à Bruxelles, « Julie » est un film mobile réalisé et interprété par un musicien, Wael Koudaih. Celui-ci livre un film intime à la fois par son sujet et son médium : à défaut de nouer une relation avec Julie, le personnage masculin se répand sur son répondeur, le téléphone devient son réel interlocuteur, donc un acteur à part entière, tandis que le spectateur prend involontairement la place et les messages de Julie. Réjouissant, l’humour distillé dans ce petit film ludique tient à plusieurs traits : la personnalité versatile du personnage principal (tour à tour timide, optimiste, lyrique, amoureux, mélancolique, énervé et agressif), la fréquence, le contenu et le rythme de ses messages, mais aussi l’accentuation de son délire jusqu’à un point de non retour. Le clin d’œil du film tient en quatre secondes : c’est celui d’un feu de signalisation à l’arrêt illustré par une voix lourde en reproches (« J’attends, Julie ! J’attends ! »). À elle seule, la silhouette immobile du piéton aux mains fermement posées sur ses hanches symbolise l’impatience constante et la résignation impossible du personnage. La preuve ? Un nouveau message vient de s’afficher sur le répondeur de Julie.

Katia Bayer

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Une réflexion sur “ Julie de Wael Koudaih ”

  1. Et si finalement il ne lui avait jamais laissé son numéro de téléphone pourqu’elle puisse le rejoindre?

    Excellent ce court métrage, descente aux enfers très bien écrite, drôlement désespéré ce jeune garçon fou de Julie!

    Bravo à Wael Koudaih.

    E.
    (de Montréal, de France, d’Argentine, etc…)

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