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Concours : 10 places à gagner pour découvrir le palmarès d’Annecy

Pour accompagner la reprise du Festival d’Annecy, nous vous proposons de remporter 5×2 places pour les deux séances des courts primés lors de la dernière édition, projetés ces mercredi 28 et jeudi 29 juin 2023 à 18h30 au Forum des images, à Paris. Ces projections d’1h30 seront présentées par Yves Nougarède, chargé des films et de la programmation au festival.

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Programmation

Mercredi 28 juin, 18h30 : Annecy 2023 : Courts-métrages primés 1. Durée : 1h27. 5×2 places à gagner !

« La notte »

27 de Flóra Anna Buda, Cristal du court métrage – Prix de la meilleure musique originale dans la catégorie courts métrages. France-Hongrie 2023, couleur, 10min.38, vosta (Boddah, Gábor Osváth, Miyu Productions)

Alice a 27 ans aujourd’hui. Même si elle étouffe un peu, elle vit toujours chez ses parents et a tendance à vivre dans ses rêves pour échapper à son morne quotidien.

Articles associés : la critique du film, l’interview de la réalisatrice

Drijf de Levi Stoops, Prix du jury court métrage. Belgique 2023, couleur, 15 min., vosta (Lunanime BVBA, Jeroen Derycke, Miyu Distribution)

À la dérive en pleine mer, deux personnes mènent une bataille sanglante pour leur survie et celle de leur relation.

Havnesjefen (Harbourmaster) de Mia L. Henriksen, Konrad Hjemli. Prix du jury pour un film de fin d’études. Norvège 2022, couleur, 7min.17, vosta (Volda University College)

Le «Harbourmaster» raconte l’histoire vraie de son cygne titulaire, et comment il passa du statut d’icône chérie d’une petite ville au rang de criminel recherché.

November Ultra « Come Into My Arms » de Tamerlan Bekmurzayev. Cristal pour un film de commande. France 2022, couleur, 2min.18, vo anglaise (Remembers, Félix de Givry, Ugo Bienvenu)

Une enfant joue son propre rôle en miniature dans une maquette où tout est plus beau…

Is Heaven Blue? #2 de Menno De Nooijer, Paul De Nooijer. Prix du film «Off-Limits». Norvège/Pays-Bas 2023, couleur, 16min.55, sans dialogue (Trollfilm AS, Mária Môtovská)

Ce qui était jeune devient vieux, ce qui était sain est malade. L’incertitude s’insinue. Ce qui avait commencé fort, termine dans la mélancolie. À cet égard, c’est un adieu.

La notte de Martina Generali, Simone Pratola, Francesca Sofia Rosso. Cristal du film de fin d’études. Italie 2023, couleur, 6min.30, sans dialogue (CSC – Centro Sperimentale di Cinematografia – Scuola Nazionale di Cinema, Chiara Magri)

Basé sur le concert La notte par Antonio Vivaldi. Carnaval de Venise : Pulcinella essaie de se glisser dans une soirée VIP, sans trop y arriver. Son rêve de richesse et de célébrité se transforme bientôt en cauchemar.

Island (Ile) de Michael Faust. Prix de la Ville d’Annecy. Israël 2022, couleur, 7min.40, sans dialogue (Studio Potemkin, Michael Faust)

Sur la durée de plusieurs millénaires, l’histoire d’une petite île isolée portant une leçon révélatrice sur la nature humaine.

Our uniform (Notre uniforme) de Yegane Moghaddam. Prix «Jean-Luc Xiberras de la première œuvre» Iran 2023, couleur, 7min.25, vosta

Une jeune Iranienne déploie ses souvenirs d’école sur les plis et tissus de son ancien uniforme. Elle admet qu’elle n’est rien d’autre qu’une «femelle» et explore les racines de cette idée dans ses années d’écolière.

Maurice’s Bar de Tom Prezman, Tzor Edery. Prix Festivals Connexion. France-Israël, 2023, couleur, 14min.59, vf (Sacrebleu Productions)

En 1942 dans un train vers nulle part, une ancienne drag-queen se remémore une nuit de son passé dans l’un des premiers bars queer de Paris. Les échos des ragots des clients racontent ce bar légendaire et son mystérieux propriétaire juif algérien.

Jeudi 29 juin, 18h30 : Annecy 2023 : Courts-métrages primés 2. Durée : 1h28. 5×2 places à gagner !

« Nun or Never »

La Colline aux cailloux de Marjolaine Perreten. Cristal pour une production TV. Belgique-France-Suisse 2023, couleur, vf, 29min. (Les Films du Nord, Arnaud Demuynck – Nadasdy Film SARL)

Une petite famille de musaraignes vit au bord d’un ruisseau. Mais un jour, de fortes pluies balaient le village. Par chance, la famille échappe au pire, mais leur maison est détruite.

Pete de Bret Parker. Prix du jury junior CANAL+ pour un court métrage. Etats-Unis 2022, couleur, vostf, 7min (Artfarm Productions, Pete (Katrina) Barma, Jake Kaplan)

Tiré d’une histoire vraie sur l’identité de genre, Little League Baseball, les personnes qui inspirent le changement en s’efforçant d’être elles-mêmes et les superhéros qui permettent à ce changement de se produire.

Mano de Toke Ringmann Madsen. Prix Lotte Reiniger. Danemark 2023, couleur, vosta, 6min.58 (The Animation Workshop – Via University College)

Pris au piège d’une situation de négligence parentale, un fils aîné protecteur s’occupe de son jeune frère, mais confronté à cette mère défaillante, il est amené à prendre une décision irréfléchie.

La Saison pourpre de Clémence Bouchereau. Prix André-Martin pour un court métrage français. France 2023, couleur, sans dialogue, 9min.07 (Bandini Films – Miyu Distribution)

Aux abords d’une mangrove, un groupe de filles vit au rythme du climat et des oies sauvages alentours. Elles s’observent vivre et grandir à des âges différents. Le temps passe, des tensions naissent et des rivalités s’installent.

Article associé : la critique du film

Entre deux soeurs de Clémence Ceard, Anne-Sophie Gousset. Prix Jeune public. France 2022, couleur, sans dialogue, 7min.15 (Folimage – Les Armateurs)

Entre deux sœurs, il y a de la complicité et des rires. Entre deux sœurs, il y a l’amour comme moteur. Entre ces deux sœurs-là, il y a un petit quelque chose en plus, et c’est très bien comme ça.

Nun or Never de Heta Jäälinoja. Prix du public – Prix France TV pour un court métrage. Finlande 2023, couleur, sans dialogue, 10min.46 (Miyu Distribution)

Une nonne déterre un homme du sol et perd prise sur sa vie quotidienne. Les secrets et l’harmonie peuvent-ils coexister ?

Eeva de Morten Tšinakov, Lucija Mrzljak. Prix Alexeïeff – Parker. Estonie-Croatie 2022, couleur, 15min.58, vosta Adriatic Animation – Miyu Distribution)

Il pleut à verse à l’enterrement. Il y a beaucoup de larmes, trop de vin, plusieurs pics-verts et quelques rêves pour combler les vides.

The Beatles « I’m Only Sleeping » de Em Cooper. Prix du jury pour un film de commande. R-U 2022, couleur, sans dialogue, 3min.02 (Universal Music Operations LTD)

Entièrement peint à la main image par image à l’huile, le clip vidéo d’Em Cooper pour les Beatles explore l’espace entre le rêve et l’éveil.

Ira Sachs : « J’aime l’idée que tout peut changer à n’importe quel moment »

Invité au Champs-Élysées Film Festival à présenter son dernier film Passages (sortie, ce 28 juin) – dans lequel jouent Franz Rogowski, Adèle Exarchopoulos et Ben Whishaw- ainsi qu’une sélection de ses films courts et longs, le cinéaste américain Ira Sachs revient sur son travail avec les acteurs, son initiation à la cinéphile à Paris, son intérêt pour l’identité et l’indépendance du court-métrage.

© Capucine Henry

Format Court : Qu’est-ce qui vous a incité à travailler dans le cinéma ?

Ira Sachs : J’ai choisi le cinéma. J’étudiais la mise en scène à l’école et j’ai déménagé à Paris pour un semestre, je voulais vivre ici. Je me suis mis en retrait pendant un moment. Je ne parlais pas un mot de français, je n’avais pas d’amis, je vivais dans le 16ème arrondissement avec un père et son fils qui, je pense, n’ont jamais vu mon travail. J’étais plutôt seul pour la première fois dans ma vie. J’ai fini par aller au cinéma 2 à 3 fois par jour. J’ai vu 197 films pendant 3 mois ! C’est ainsi que je me suis senti en vie : en allant au cinéma.

Du coup, vos premiers pas dans le cinéma ont eu lieu en France ?

I.S. : Je parlerais plutôt de mon éducation. Je ne suis pas allé dans une école de cinéma, j’ai été autodidacte en regardant des films et en y réfléchissant. C’est en tant que spectateur que j’ai commencé à faire des films, des courts-métrages. Je pense aussi que les romans ont joué un rôle important pour moi.

Quel a été le point de départ de Passages ? Pourquoi avez-vous choisi de tourner en France ?

I.S. : Je voulais faire un film intimiste à propos des relations et de la vie. Je voulais faire un film actuel, sexy, dramatique. C’est comme ça que ça a commencé. J’ai tourné à Paris car je m’y sens à l’aise. Je sentais que mes personnages et mes acteurs pouvaient y évoluer d’une façon assez facile. J’y ai vécu des relations, des ruptures, j’y ai pleuré, j’y ai eu des relations sexuelles, tout ça m’a incité à raconter cette histoire ici.

Pourquoi ce titre ?

I.S. : C’est un film qui touche à la transition, au mouvement, au changement. Le passage est une expression de cinéma : un intérêt pour ce qu’il y a avant et après. C’est une extension de ce qui est immédiat. J’aime l’idée que tout peut changer à n’importe quel moment.

Comment vous sentez-vous sur un plateau ?

I.S. : Je me sens comme un analyste. Je suis là, je crée la situation, la pièce, j’installe des gens qui vont être habités par leurs personnages, avec moi. J’aime aussi que les acteurs ressentent une forme de liberté. Il faut qu’il y ait assez de contrôle pour qu’ils se sentent libres. C’est très érotique (rires) !

Pourquoi avez-vous choisi de tourner avec Franz Rogowski et Adèle Exarchopoulos en particulier ?

I.S. : J’ai écrit pour Franz Rogowski en particulier. Je l’avais vu dans Happy End de Michael Haneke. J’ai ressenti un gros coup de coeur pour lui. Puis, j’ai vu Adèle Exarchopoulos dans Sybil de Justine Triet et j’ai été scotché par sa performance et sa présence à l’écran. Avec Ben (Whishaw), ils étaient tous bien plus intéressants que j’aurais imaginé (rires) ! On a eu des moments géniaux. Il y avait une sorte de camaraderie, une confiance, une joie et une facilité de contact entre nous qui étaient vraiment formidables. Comme c’est un film avec des moments durs, le plaisir de faire le film devient vrai à travers les images. Loulou de Pialat et L’innocent de Visconti ont été des inspirations importantes, de même que Jules et Jim de Truffaut.

En tant qu’homme gay approchant la soixantaine, l’identité a été très importante dans ma jeunesse. J’ai écrit Passages en pensant être assez alternatif mais l’identité n’est pas centrale pour cette histoire, au vu de ces acteurs et de la génération dont ils sont issus. L’évolution a été amenée par eux. Je montre un court ici, au festival, Lady. Il a été fait en 93, il parle aussi de la question de l’identité que se posent les jeunes gens.

Pourquoi dans vos films, vos personnages travaillent-ils dans le cinéma ?

I.S. : Je pense que c’est plus facile pour moi. J’essaye d’écrire sur ce que je connais, sur la création.

Est-ce une façon de vous identifier aux personnages ?

I.S. : Non, c’est pour des raisons cinématographiques. J’ai filmé une fois un écrivain, un romancier, dans mon film, Love is strange (2014). En général, je pense que le cinéma peut être filmé. C’est un milieu dans lequel on peut évoluer, qu’on peut voir à l’écran. J’essaye aussi de réfléchir à des situations dans lesquelles les personnages peuvent ne pas jouer mais vivre : un professeur, un réalisateur, … C’est plus facile à filmer qu’un scientifique. En tout cas pour moi (rires) !

Comment avez-vous démarré avec le court ?

I.S : J’ai démarré avec les histoires que je voulais raconter et qui étaient telles qu’elles étaient. C’était drôle. Je travaille actuellement sur un court. Ce qui est intéressant, c’est que c’est à la fois un défi et un avantage qu’un court n’ait pas de valeur économique. Tu dois trouver d’autres raisons pour justifier des investissements économiques. La forme résiste vraiment à la structure de distribution, ce que je trouve intéressant et motivant. C’est une autre forme d’indépendance. J’ai fait ce court Last Address (2010) qui dure 9 minutes. Ça a été une renaissance pour moi car je n’arrivais pas à avoir d’argent pour des longs-métrages et j’avais une idée pour faire un film sur un groupe d’artistes new-yorkais des années 80, morts du sida. J’ai filmé les maisons dans laquelle ils ont vécu jusqu’à la fin de leur vie. C’était un projet conceptuel, je l’ai fait pour 2000 $, et j’ai senti que je maîtrisais à nouveau ma propre production. Je n’ai plus vraiment ressenti ça après, ça a été un tournant à Hollywood, loin de l’industrie des films indépendants qui ne m’accueillait pas à ce moment. En France, il y a encore un système vivable, sur la durée, qui permet aux films de se faire alors qu’aux Etats-Unis, c’est plus dur.

Pensez-vous que les courts vous offrent quelque chose de plus que les longs ?

I.S. : Non, je pense que c’est juste une forme. J’ai une idée pour un film et ça va se transformer en court par exemple. Je suis passionné par les longs mais j’ai l’impression qu’avec les courts, personne ne peut rien me dire. Je décide de ce que je veux faire et je le fais. Et ça me rend très libre.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes cinéastes ?

I.S. : Faites des choses qui sont suffisamment proches de vous, auxquelles vous avez un accès que personne n’a. C’est le privilège de votre voix et de votre expérience. Autorisez-vous à penser que votre vie a de la valeur et que vous n’avez pas à trouver cette valeur ailleurs.

Considérez-vous vos films comme politiques ?

I.S. : Plus jeune, je me considérais comme activiste. Mon inspiration est plutôt venue de films où les corps étaient moins cachés et honteux. Les films n’avaient pas à être globaux. Il y avait de l’individualité. Je pense que mes films sont politiques dans la mesure où ils sont engagés dans la vie, la culture, la représentation. Ceux qui relèvent le défi de rendre la culture queer travaillent vraiment. Les réalisateurs queer et gay, ne sont pas nombreux à faire une longue carrière. Mon travail et ma vie sont emmêlés, il y a des batailles pour lesquelles il faut se battre.

Propos recueillis par Rose Delafosse. Retranscription : Katia Bayer

Côté Court au cœur de l’intime

La 32e édition du festival Côté Court vient de s’achever. Retour sur une programmation qui accorde une belle place à l’intime. Le Ciné 104, à Pantin, s’est une nouvelle fois paré des couleurs du court. Au menu, comme tous les ans, plusieurs sélections : compétition fiction, Compétition Essai/Art vidéo, Prospective et Panorama. Sans oublier des échanges, des cartes blanches ou des rencontres entre jeunes réalisateur∙rices et producteur∙rices.

Une compétition fiction entre deuil et amour

L’ensemble des films sélectionnés en compétition fiction se singularise cette année par la place accordée à la vie quotidienne. La question du deuil apparaît ainsi dans Les Reines du mambo, de Hélène et Marie Rosselet-Ruiz, qui interprètent elles-mêmes les principaux personnages, Poitiers, de Jérôme Reybaud, et La Chaleur, de Maïa Kerkour, où une famille se retrouve pour veiller le corps de la mère récemment décédée, menacé de putréfaction par la chaleur de l’été.

L’amour et ses déboires ne sont pas en reste, avec Voilà combien de jours, de Hédi Ladjimi, qui nous fait suivre l’inquiétude d’une femme dont l’amoureux a dû rentrer en Tunisie faute de papiers, ou Amour océan, de Héléna Klotz, qui aborde avec douceur la question des amours homosexuelles. Une place à la folie, également, avec Maison blanche, de Camille Dumortier, qui nous fait suivre un jeune homme borderline à travers les yeux de sa petite sœur et a valu à sa réalisatrice le Prix Bande à part du festival.

Le commerce occupe aussi une place non négligeable dans ces déclinaisons du monde contemporain, avec Swan dans le centre, d’Iris Chassaigne, qui nous fait suivre l’errance d’une jeune sondeuse dans un centre commercial, et Grand Littoral, d’Augustin Bonnet. Si le premier a permis à son actrice principale de recevoir le Prix d’interprétation, le second a eu droit au Grand Prix André S. Labarthe. Les petits commerces de l’été apparaissent pour leur part dans Paysage aux torchons, qui a valu à ses réalisateur∙rices Valentine Guégan et Hugo Lemaire le Prix spécial du Jury, et le e-marketing dans Heureux qui comme Ulysse, grâce auquel la réalisatrice Coline Vernon a reçu le Prix de la Jeunesse.

Notons enfin le très mélancolique Sans regret, de Carmen Leroi, adapté de la nouvelle éponyme de Lisa Tuttle. Une poétesse reconnue revient à Caen pour donner un cours sur l’écriture poétique. Elle y retrouve son ancien amant (Emmanuel Mouret), désormais professeur d’université, et surtout est hébergée dans la maison où ils vécurent leur amour. Une maison dont elle ne tarde pas à découvrir qu’elle est hantée par tous les possibles auxquels elle a renoncé. L’immixtion du fantastique donne à ce marivaudage une épaisseur qui l’extrait de l’anecdotique.

Humour et décalage

C’est toutefois l’humour, souvent décalé, qui donne du relief à ces petites histoires : dans D’autres chats à fouetter, la documentariste Ovidie nous raconte les mésaventures d’une professeure coincée hors de chez elle après que sa porte a claqué alors qu’elle se livrait à des pratiques gentiment sadomasochistes sur un amant de passage. Vêtue d’une tenue de latex noire, elle erre dans sa ville à la recherche d’un double de ses clés et croise malencontreusement des élèves, persuadés qu’elle s’est déguisée pour la fête du lycée… L’interprétation de Sophie-Marie Larrouy participe de l’humour de ce court-métrage fidèle à la patte de sa réalisatrice.

Humour également dans Rapide, de Paul Rigoux, qui oppose deux conceptions de la vie, celle de Jean (Edouard Sulpice), jeune homme angoissé et hypocondriaque, et celle de son colocataire Alex (Abraham Wapler), un fou de la vitesse qui théorise avec force concepts philosophiques le fait d’agir sans réfléchir. Cette opposition crée un univers absurde où le comique tient en grande partie à l’écriture de ces deux personnages, volontairement caricaturale. L’originalité du film a convaincu les juré∙es : ce court-métrage a en effet raflé les Prix du Premier film et du Label Jeune création.

Le travail sur le décalage et l’absurde apparaît également dans Dilemne, dilemme, de Jacky Goldberg, qui met en scène un dîner entre un homme et une femme dont une application de rencontres pour complotistes vient de déterminer qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Mais au royaume des conspirationnistes, la paranoïa n’est jamais loin, et chacun∙e tente de convaincre l’autre de la réalité de sa perception du monde. À la névrose assumée de Fox, incarné par Vincent Macaigne, répond avec aplomb Dana, jouée par Julia Faure. Dès lors, tout autour d’eux devient suspect, du serveur au vendeur de fleurs pakistanais. La musique de Chassol et Jean-François Prigent, qui accompagne le film, s’est vue attribuer le Prix SACEM de la Meilleure création musicale.

Décalage aussi dans Grands enfants, de Serge Bozon, qui inverse les rôles entre adolescent∙es et adultes à la manière du Bugsy Malone d’Alan Parker : alors que des interprètes adolescent∙es s’interrogent sur l’avenir de leurs enfants, Brigitte Fossey et Bernard Ménez se plaignent de leurs parents. Enfin, Marinaleda, de Louis Séguin, se présente comme une parodie de films de vampires qui dissertent sur l’individualisme du monde contemporain. Une proposition qui a su séduire le public, qui lui a attribué son Prix, ainsi que le jury, lequel a décerné le Prix d’interprétation aux acteurs et actrices Pauline Belle, Luc Chessel et François Rivière. Enfin, l’absurde apparaît comme le ressort principal de Safety Matches, produit par Emmanuel Chaumet, qui voit Agathe Bonitzer enquêter sur des disparitions de portes. Cet univers un rien paranormal a valu à la réalisatrice Pauline Bailay le Prix de la Presse.

Hommages et cartes blanches

Le festival Côté Court, c’est aussi des artistes invité∙es, des focus et des cartes blanches. L’après-midi du dimanche 11 permettait ainsi de se plonger dans le monde nostalgique de Mikhaël Hers à travers la projection de trois courts-métrages, Charell (2006), Primrose Hill (2007) et Montparnasse (2009).

Enfin, le Liban était à l’honneur, avec notamment une très belle soirée le 16 juin. Une « performance cinématographique et musicale » voyait les musiciens Charbel Haber et Fadi Tabbal accompagner en live les films J’ai regardé si fixement la beauté (2017) de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige et Le Liban au printemps (2006) de Nadim Tabet. Ces deux films expérimentaux brillent par leur simplicité et l’absence de commentaires. La première partie de J’ai regardé si fixement la beauté touche particulièrement par sa volonté de montrer sans fioritures la raréfaction de l’électricité dans le Liban contemporain. Nous suivons ainsi les quelques lumières des habitations et les lampes de poche des visiteurs et visiteuses de musées, qui bravent l’obscurité pour continuer à contempler les œuvres du passé.

L’édition 2023 du Festival Côté court s’est donc distinguée par la place accordée à l’humour et au décalage, qui mettent en relief l’incongruité du monde contemporain. Peut-être peut-on toutefois regretter le traitement, parfois anecdotique, d’éléments de la vie quotidienne qui empêche certains films de sortir du lot. Les courts-métrages marquants sont en effet ceux qui sortent de l’autofiction pour nous mener vers un monde absurde ou imaginaire.

Julia Wahl

Flóra Anna Buda, Palme d’or du court-métrage 2023

Palme d’or du court-métrage au mois de mai, le film 27 vient de remporter ce weekend le Cristal du court-métrage et le prix de la meilleure musique originale à Annecy. Ce premier film professionnel s’intéresse à la sexualité, aux couleurs, aux incertitudes liées au passage à l’âge adulte. Sa jeune réalisatrice d’origine hongroise, Flóra Anna Buda, s’est installée à Paris. Elle travaille déjà sur son prochain projet en noir et blanc et commence à réfléchir à son premier long-métrage.

Dans cette conversation ayant eu lieu au lendemain de la remise des prix cannois, elle évoque son parcours, ses recherches visuelles, scénaristiques et musicales. Mais aussi la situation économique de son pays, impactant les jeunes, notamment les artistes et l’esprit enfantin que tout artiste devrait garder en tête face à ses projets.

© KB

Format Court : Tu as décidé d’être réalisatrice très tôt, à l’âge de 9 ans. As-tu changé d’avis à certains moments ou ce choix a-t-il toujours été arrêté ?

Flóra Anna Buda : J’ai grandi dans un environnement familial très artistique. J’allais très souvent au cinéma et j’ai été très marquée par certains cinéastes. C’est la raison pour laquelle à cette période, j’ai décidé de faire des films moi aussi. Bien sûr, j’ai changé d’avis plusieurs fois en grandissant mais j’ai fini, presque inconsciemment, par revenir à l’idée originale. Cela m’arrive aussi souvent de revenir à l’idée originale quand j’écris un film. En général, ma première idée est la meilleure.

Tes films sont très différents. Dans ton film d’école, Entropia, il y a très peu de mots prononcés alors que 27 est très bavard. A quoi ressemblent tes scénarios ?

F.A.B : Je dois avouer que mes scénarios ne ressemblent pas à des scénarios professionnels car je mets beaucoup de couleur et d’idées un peu partout sur les côtés (rires) ! J’apprends toujours la bonne manière d’écrire à vrai dire.

Pourquoi as-tu choisi l’Université d’art appliqué Moholy-Nagy de Budapest alors que c’est une école d’art et non une école spécialisée en cinéma ?

F.A.B : C’est une école d’art et de design, mais elle est réputée comme la meilleure école d’art à Budapest. Au départ, j’étais très impressionnée à l’idée d’y aller car l’école est très professionnelle. Il faut passer devant un grand jury pour présenter son travail. Quand j’ai passé le concours, tout s’est bien passé. Il y a 5 années à suivre et la dernière année, nous recevons des fonds pour financer nos travaux de fin d’études. Avant cela, nous devons remettre un petit travail chaque semestre pour rendre compte de nos capacités, c’est un bon moyen de s’entraîner.

Comment est-ce que la mode et le design t’ont-ils aidée dans ton approche du dessin ? Portes-tu une attention particulière aux vêtements des personnages, par exemple ?

F.A.B : Oui, c’est vrai que je fais particulièrement attention à cela. Par exemple, quand je travailléaisdans la mode, j’ai pensé aux cours que j’avais eus sur les tissus. Cela demande beaucoup d’attention car il faut penser à la façon dont le tissu tombe, aux mouvements et aux plis, … C’est la même chose en stop motion, il faut faire beaucoup attention aux détails, notamment aux costumes. Ce qui est interessant avec l’animation, c’est que l’on doit s’occuper de tout à la fois : les lumières, les sons, les décors .. Ma curiosité est pour le coup entièrement satisfaite !

Pour quelle raison as-tu commencé à traiter de la sexualité dans ton film de fin d’études, Entropia ?

F.A.B : C’est un film chaotique avec une histoire complexe car ma vie était plus chaotique aussi à ce moment-là, je pense (rires) ! J’aime toujours le revoir, je crois qu’il dit beaucoup de choses sur moi. Je voulais parler de la sexualité dans la vingtaine et de ce que la restriction de celle-ci peut produire comme effets.

Tes films font penser à des clips à certains moments, ils sont très musicaux, dynamiques et colorés. Comment utilises-tu la couleur pour nourrir tes histoires ?

F.A.B : Dans 27, j’utilise un panel de couleurs très large, avec des tons prononcés pour donner cette énergie punk qu’a le film. Cela me fait penser au prochain projet que je prépare qui est en noir et blanc. Peut-être qu’avec 27, j’ai fait une overdose de couleurs (rires) alors maintenant, je veux passer au noir et blanc. J’évite de me répéter, j’aime voir l’évolution des choses et ma propre évolution dans ce que je fais.

La musique ne fait pas tout dans l’écriture mais c’est vrai que si je trouve les bons musiciens et la bonne musique, cela me donnera des directives sur ce que je veux faire de l’histoire. C’est vrai que certains de mes films ressemblent à des clips mais je ne pense pas que j’aurais l’occasion de dire tout ce que j’ai à dire par le biais d’un clip. Je ne pense pas que cela soit mon format de prédilection mais je suis ouverte à la pratique et à l’exploration, j’aime les expositions, les performances, les installations .. Alors, qui sait ?

Comment s’est passé pour toi le passage de la Hongrie à la France ?

F.A.B : Avant cela, j’étais au Danemark dans une résidence appelée « Open workshop » où je faisais de l’animation, j’y suis restée entre 2020 et 2021. Ensuite, je suis allée à Paris de manière très intuitive. Je n’avais pas reçu de fonds pour mon projet Entropia de la part de l’école, on m’a dit qu’il n’y avait pas de budget pour mon projet bien que je ne demandais pas grand chose. Je ne sais pas si c’est le thème qui a déplu mais j’ai mon idée sur la question. Au même moment, j’ai travaillé comme stagiaire sur un projet d’animation qui s’appelle Symbiosis, je faisais les décors de fond et je travaillais en même temps sur Entropia pendant mon temps libre.

Justement comment as-tu vécu le fait de travailler sur le projet d’une autre personne ?

F.A.B : Nadja Andrasev, la réalisatrice de Symbiosis, est super. Elle aime apporter un peu d’elle dans ses projets et encourage ceux qui travaillent dessus à faire de même. Elle fait partie d’un groupe de réalisateurs hongrois très talentueux qui malheureusement ne reçoivent pas les aides financières qu’ils mériteraient d’avoir. Beaucoup de jeunes étudiants n’ont pas les fonds pour développer leurs projets. Les conditions en Hongrie se sont beaucoup dégradées ces dernières années. Le salaire minimum est de 500€ mais, avec l’inflation, les prix sont similaires à ceux de Paris. Les conditions de vie sont critiques, ce qui se passe dans mes films est conforme à cette réalité. Il faut que la situation change car sinon les jeunes finiront par partir. Moi-même j’ai dû prendre la décision de partir, pas seulement de chez mes parents mais d’aller jusqu’à Paris ! Mais partir a été essentiel pour que je puisse pratiquer mon art comme je l’entends.

Pour 27, comment as-tu trouvé le bon équilibre entre la musique et les dialogues ?

F.A.B : J’aime vraiment beaucoup travailler avec la musique. Enfant, j’ai étudié la musique, je jouais de la flûte à bec. Pour 27, je savais exactement ce que je voulais. J’ai fait une liste de tous les éléments que je souhaitais incorporer dans le champ audio. Les couleurs et la musique sont vraiment des choses qui viennent naturellement pour moi, cela parle à l’enfant qui est en moi.

C’est important pour toi de garder un regard d’enfant ?

F.A.B : Oui, je crois que les enfants sont très perspicaces. Ils comprennent tout. Les enfants savent comment créer, et c’est un état d’esprit que les artistes doivent conserver, je pense. La grande question est de savoir comment ne pas perdre cette capacité à créer à partir de rien, sans complexes.

Qu’as-tu trouvé d’essentiel dans le monde de l’animation ?

F.A.B : Je crois qu’il est plus simple d’y transmettre les émotions et comme je suis assez timide, il est plus confortable pour moi de communiquer par le biais du dessin, du son et de tout le reste.

Combien de temps as-tu mis à finir ton film ? Et comment est-ce que la Palme d’or va t’aider à l’avenir ?

F.A.B : Le film a mis 3 ans à se faire. J’ai toujours voulu faire un long-métrage et je pense que la Palme me donnera la confiance pour le réaliser. D’ailleurs, à Cannes, ça a été merveilleux pour moi de monter sur scène et de parler devant la salle car parmi le public, il y avait mes héros d’enfance (Wim Wenders, Aki Kaurismäki) qui m’ont grandement inspirée. Cependant, même si je veux faire un long métrage, j’aime beaucoup la forme courte. Elle m’oblige à concevoir mon message dans un temps réduit. Beaucoup de gens disent que le court est simplement une étape vers la forme longue mais personnellement, je considère la forme courte comme très intime et sensible.

Propos recueillis par Katia Bayer. Retranscription : Anouk Ait Ouadda

Article associé : la critique du film

2 comme 27

Fiche technique

Synopsis : Alice a 27 ans et vit chez ses parents, elle n’a ni vie privée ni relation amoureuse. De retour à vélo de sa soirée d’anniversaire, elle a un accident. En sortant du coma, elle réalise qu’il est temps pour elle de partir.

Réalisation : Flóra Anna Buda

Genre : animation

Durée : 10′

Pays : France, Hongrie

Année : 2023

Scénario : Flóra Anna Buda

Animation : Natália Andrade, Melinda Kádár, Zoltán Koska, Gábor Mariai, Luca Tóth, Borbála Zétényi, Flóra Anna Buda

Interprétation : Natasa Stork, Ádám Fekete, Franciska Farkas, Simon Szabó, Éva Enyedi, Márk Kaszás

Montage : Albane du Plessix

Son : Péter Benjámin Lukács

Musique : Committee – Mári Mákó et Rozi Mákó

Production : Miyu Productions, Boddah

Articles associés : la critique du film, l’interview de la réalisatrice

27 de Flóra Anna Buda

Palme d’or 2023 du court-métrage à Cannes, 27 de la réalisatrice hongroise Flóra Anna Buda nous donne à voir la solitude et l’égarement d’une jeune femme à notre époque. En passant par des gestes doux et fluides et des transformations psychédéliques, ce court-métrage d’animation, Cristal du court-métrage et prix de la meilleure musique originale à Annecy, nous fait voyager dans un quotidien mélancolique où rêves et réalité s’entrechoquent.

Alice a 27 ans et vit encore chez ses parents. Il ne se passe rien dans sa vie, elle est ‘‘une ratée’’ comme se plait à lui répéter son frère, et semble s’ennuyer. Le monde est au plus mal, la radio tourne en boucle des nouvelles pessimistes quant à l’avenir des jeunes en Hongrie, et rien n’est mis en place pour les aider. Ce décor annonce dès lors la couleur du film, les jeunes peinent à s’en sortir dans ce monde et ils ne sont pas heureux.

L’isolement et la solitude d’Alice sont illustrés par sa vie sexuelle, inexistante. Alice avoue avoir l’impression de porter constamment une ceinture de chasteté, objet contraignant mais également protecteur. Elle se masturbe cependant volontiers, ne reniant ainsi pas totalement la sexualité mais plus spécifiquement celle avec les autres. Ainsi, en refusant cette course à la sexualité, elle se permet de sortir du système où le nombre et la performance priment. Elle sort de ce qui est devenu un ‘ »marché » et s’émancipe en faisant des rêves érotiques où ses fantasmes les plus secrets sont réalisés, notamment un plan à trois avec des policiers.

La réalisatrice Flóra Anna Buda avait déjà abordé le thème de la sexualité féminine dans Entropia, son film de fin d’études réalisé en 2019, où trois femmes vivant dans des mondes parallèles se retrouvaient soudainement face à face dans une sorte d’apocalypse. À cet instant de chaos, alors que le monde autour d’elles semble disparaitre, ces femmes exploraient leur sexualité. Le désir féminin devint ainsi le seul moyen d’échapper (ou de survivre ?) au cataclysme.

27 se déroule le soir de son anniversaire, et tout va mal pour Alice. Le temps d’une nuit, Flóra Anna Buda nous montre les angoisses d’un âge décisif où se trouve notre personnage, à la fois adolescente révoltée par le monde et jeune adulte préoccupée par ses responsabilités.

Avec un ami, elle prend de la drogue, ils créent un espace à eux, hors des angoisses de la vie quotidienne. Ils dansent, leurs corps bougent selon un rythme incessant. Alice, presque en transe, repense alors à sa sexualité. Ce moment hors du temps est coupé par un retour à la réalité. Dans un moment étrangement poétique, elle se retrouve face à des enseignes lumineuses de la ville. Des mots tels ‘‘maison’’, ‘’vente’’ ou ‘’loyer’’ sont affichés, mais également ‘‘cosmos’’. Dans ce moment très beau, Alice semble réaliser ce qui l’attend très prochainement. L’angoisse du futur, des responsabilités, qui mènent inévitablement à des questions existentielles. Son visage se métamorphose en diverses couleurs et formes. On y voit des angoisses, des peurs, des idées. Ces amas de couleurs mouvants prennent finalement la forme d’une vulve colorée dont Alice sort. Elle s’échappe du marché de la sexualité, et refuse ce système capitaliste dans lequel elle ne se retrouve pas. Alice tombe du haut de cette vulve et, de façon brutale, retourne dans le monde.

Ce film d’animation permet des divagations entre rêve et réalités par un entremêlement surréaliste des mouvements et des couleurs. Les angoisses et les désirs y sont décrits avec poésie. Dans cette société dont il faut suivre le rythme effréné, les larmes d’Alice coulent à flot, elle a tout juste 27 ans.

Rose Delafosse

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Article associé : l’interview de la réalisatrice

Inscrire son court aux César 2024

Vous désirez inscrire votre court-métrage aux prochains César ?

Pour info/rappel, pour être éligible pour les César 2024, les courts métrages doivent avoir été préalablement inscrits via le formulaire en ligne avant le 15 juillet 2023.

Rappel des règles d’éligibilité :

Pour les César 2024, les courts métrages doivent remplir les conditions suivantes :

– avoir une durée strictement inférieure à 60 minutes
– avoir obtenu un visa d’exploitation du CNC entre le 1er juillet 2022 et le 30 juin 2023
– avoir une part de production française supérieure ou égale à 30% de la production totale du film
– être inscrits sur le site internet de l’Académie des César via le formulaire en ligne entre le 15 janvier et le 15 juillet 2023

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le mode d’emploi courts métrages.

Toute demande de dérogation doit avoir été transmise avant le 15 juillet 2023 à kenza.manach@academie-cinema.org

Concours. Des courts de la Quinzaine des Cinéastes à voir au Forum des images !

Ces jours-ci, le Forum des images accueille à Paris la reprise de la Quinzaine des Cinéastes, et ce jusqu’au dimanche 18 juin. Nous vous proposons de remporter 5×2 places pour les 3 séances de courts programmées dans ce cycle. Intéressé(e)s ? Contactez-nous en nous précisant quelle(s) projection(s) vous intéresse(nt) !

Programme 1, dimanche 11 juin, 17h30. Durée de la séance : 1h07

Oyu de Atsushi Hirai. France, fiction, 2023, 21′. Avec Okihido Yoshizawa, Hisako Mizuki

C’est le dernier jour de l’année et la nuit tombe sur la petite ville de Toyama, au Japon. Un homme, venu récupérer un objet oublié aux bains publics, a encore un vieux ticket valide et se laisse tenter. Dans les vapeurs de l’eau chaude, des gestes et des conversations alentours, une toilette banale devient peu à peu un seuil existentiel.

L’Anniversaire d’Enrico de Francesco Sossai. France, Allemagne, fiction, 2023, 17′. Avec Nicola Cannarella, Matthias Tormen

En décembre 1999, un père italien conduit son garçon à l’anniversaire d’un camarade, dans une ferme excentrée. L’enfant est angoissé par l’annonce du bug de l’an 2000. Mais c’est plutôt le goûter qui déraille, quand s’entrevoient d’inquiétants arrière-plans familiaux. Un souvenir d’enfance filmé comme un giallo.

Talking to the River de Yue Pan. Royame-Uni, fiction, 2023, 29′. Avec Juntao Tou, Kaixin Ma

Un petit garçon chinois est placé chez ses grands-parents, dans un village reculé, aux abords d’une rivière, où il joue et rêve la plupart du temps. Apprenant que sa mère absente attend un deuxième enfant, il connaît des crises de somnambulisme. Endossé par un jeune acteur magnétique, un rite de passage qui invoque à la fois l’eau et le feu.

Programme 2 : samedi 17 juin, 17h30. Durée de la séance 1h32

J’ai vu le visage du Diable de Julia Kowalski. France, fiction, 2023, 36′. Avec Maria Wróbel, Wojciech Skibiński. 

Dans une bourgade du nord de la Pologne, de nos jours, Majka, 18 ans, est convaincue d’être possédée. Elle décide de s’en reporter aux compétences d’un prêtre du coin pour conjurer le démon, ce qui ne l’empêche pas de commenter en rigolant L’Exorciste de William Friedkin avec sa meilleure copine. Les séances n’en seront pas moins sidérantes.

Margarethe 89 de Lucas Malbrun. France, animation, 2023, 18′. Avec Anna Hedderich, Franz Liebig

Ligne claire, textures des crayons feutres : comme dans un cahier, ce film d’animation évoque les derniers jours de la RDA, en 1989. Margarethe est alors internée pour être membre de la communauté punk de Leipzig, dont les concerts ont lieu dans une église. Parfaite conjonction entre la netteté du trait et l’ambiguïté historique du moment.

The Red Sea Makes Me Wanna Cry de Faris Alrjoob. Allemagne, fiction, 2023, 21′. Avec Clara Schwinning, Ahmed Shihab-Eldin. 

Une Allemande se rend dans la ville, au bord de la mer Rouge, où son compagnon arabe vient de trouver la mort. Par-delà le récit de deuil, l’invention, par un jeune cinéaste jordanien, d’un port spectral qui peut avoir des accents durassiens : à la fois la mort d’un homme et d’une cité. L’odyssée se résorbe dans un bar d’hôtel, et une chanson de variété orientale.

Mast-del de Maryam Tafakory. Iran, fiction, 2023, 17′

Une nuit d’amour entre deux femmes. L’une raconte à l’autre le fou souvenir d’un rendez-vous avec un homme à Téhéran, qui devient un cauchemar sous l’action de la police des mœurs. Son récit s’inscrit à l’écran, au-dessus de surimpressions entre étreintes et éclats de films iraniens postérieurs à la révolution islamique.

Programme 3 : dimanche 18 juin 17h30. Durée de la séance 1h25

La maison brûle, autant se réchauffer de Mouloud Aït Liotna. France, fiction, 2023, 43′. Avec Mehdi Ramdani, Mohamed Lefkir

Yanis, un jeune Kabyle, part demain pour Paris. Il rallie la petite ville locale pour régler ses dernières affaires. Il y apprend la mort d’un ami d’enfance, en rencontre un autre à l’enterrement. Une mésaventure au café transforme cette dernière journée au bled en galère et en road-movie, d’abord désespéré, puis pensif et mélancolique, dans une Algérie terreuse et détrempée..

Lemon Tree de Rachel Walden. Etats-Unis, fiction, 2023, 18′. Avec Charlie Robinson, Gordon Rocks

C’est Halloween : un père américain emmène son fils à une fête foraine. Pour l’impressionner, il vole le lapin d’un magicien, et c’est parti pour une virée automobile, dans un rythme effréné et syncopé. Au fil des étapes, le grand enfant se shoote, tandis que le fils, petit adulte silencieux, doit assurer. La magie a ses contreparties.

Dans la tête un orage de Clément Pérot. France, documentaire, 2023, 24′. Avec Kyllianna Beugniet, Milan Goudal, Cybellia Tassart

Un après-midi de fin d’été dans une cité de la banlieue de Calais, tout au nord de la France. Des enfants et adolescents tuent le temps en bas des tours. Les visages sont souvent silencieux, déjà parfois marqués ou soucieux. Autour d’eux, de grands pans de ciels et d’herbes folles.

Concours. Reprise des courts de la Semaine de la Critique à la Cinémathèque

Comme tous les ans, la Cinémathèque accueille la sélection (courts et longs-métrages) de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Pour accompagner cette reprise et vous permettre de voir les courts de la Semaine, nous vous offrons 3×2 places pour les 2 séances de courts-métrages prévues les samedi 10 juin et lundi 12 juin. Intéressé(e)s ? Contactez-nous !

Samedi 10 juin 2023, 15h : Salle Georges Franju

Walking With Her Into the Night de Hui Shu. Chine / 2023 / 30 min / DCP / VOSTF. Avec Qingsong Tang, Jingru Zheng.

Tard dans la nuit, quelque part dans la ville, un homme et une femme se rencontrent dans la rue. Ils discutent, et cela semble être le début d’une relation intime, mais tous deux sont conscients qu’il s’agit plutôt d’un dernier voyage.

Via Dolorosa de Rachel Gutgarts. France / 2023 / 11 min / DCP / VOSTF

Entre toxicomanie, premières découvertes de la sexualité et état de guerre permanent, la cinéaste cherche sa jeunesse perdue en errant dans les rues de Jérusalem.

Corps scintillants de Inês Teixeira. Portugal / 2023 / 23 min / DCP. Avec Maria Abreu, Gaspar Menezes.

Cet après-midi-là, l’invitation pour passer un week-end à Leiria, chez son copain Jorge, fait que Mariana commence à le voir d’une autre façon. Sans être sûre des intentions de son ami, Mariana accepte l’inattendue et déroutante proposition.

Arkhé de Armando Navarro. Mexique / 2023 / 5 min / DCP / VOSTF

« Archéologie » et « archive », deux mots avec la même racine grecque, « Arkhé ». Un concept pour parler de l’origine cachée. On fouille les ruines, comme on fouille les archives cinématographiques. Voici des prises de vues inédites du séisme qui a détruit Mexico en 1985. Ce film, c’est l’aventure d’un archiviste qui voulait les voir et qui a fini par se perdre dans les images de béton brisé.

Boléro de Nans Laborde-Jourdàa. France / 2023 / 17 min / DCP. Avec François Chaignaud, Muriel Laborde-Jourdàa, Mellie Laborde-Jourdàa.

Fran est de passage dans sa ville natale pour se reposer et rendre visite à sa mère. Suivant le rythme saccadé du Boléro, ce parcours sur les chemins du souvenir et du désir va le mener, ainsi que tout le village, à une apothéose joyeusement chaotique.

Lundi 12 juin 2023, 16h : Salle Georges Franju

The Real Truth About the Fight (Prava istina priče o šori) de Andrea Slaviček. Croatie-Espagne / 2023 / 14 min / DCP / VOSTF. Avec Vida Tunguz, Ana Ugrina.

Entre ses soucis de collégienne, des filles pas sympas, des paroles de chansons accrocheuses et une mystérieuse voiture bleue, Lena perd parfois un peu le fil et sort du cadre pour nous raconter ce qui s’est réellement passé lors de La Grande Rupture. Mais que peut-elle bien cacher ?

Contadores de Irati Gorostidi Agirretxe. Espagne / 2023 / 19 min / DCP / VOSTF. Avec Santiago Fernández de Mosteyrín, Jaume Ferrete.

Lors des négociations dans l’industrie métallurgique en 1978, un groupe d’activistes libertariens défendent leur vision radicale en opposition à leurs camarades d’usine, et deviennent les témoins désenchantés de l’atomisation du mouvement ouvrier.

La Saison pourpre de Clémence Bouchereau. France / 2023 / 10 min / DCP

Aux abords d’une mangrove, un groupe de filles vit au rythme du climat et des oies sauvages alentour. Elles s’observent vivre et grandir à des âges différents. Le temps passe, des tensions naissent et des rivalités s’installent.

Le Crocodile (Krokodyl) de Dawid Bodzak. Pologne / 2023 / 19 min / DCP / VOSTF. Avec Julia Szczepańska, Natan Berkowicz.

Un film « néo-giallo » sur le besoin d’assouvir ses désirs cachés, qui vient faire exploser le monde des personnages de l’intérieur.

Paradis (I Promise You Paradise) de Morad Mostafa. Égypte-France-Qatar / 2023 / 25 min / DCP / VOSTF. Avec Kenyi Marcellno, Kenzy Mohamed.

Après un violent accident, Eissa, jeune migrant de 17 ans venu d’Afrique, se bat contre la montre en Égypte pour sauver ses proches, peu important le prix à payer.

Shlomi Elkabetz : « C’est en regardant les courts-métrages des autres que j’ai appris à filmer »

Membre du Jury des courts-métrages et de la Cinef à Cannes 2023, le réalisateur, comédien, scénariste et producteur israélien Shlomi Elkabetz évoque sa découverte du plateau, sa curiosité pour le court-métrage et son goût pour les images, partagé avec sa soeur, la comédienne et réalisatrice, Ronit Elkabetz, disparue en 2016.

© David Adika

Format Court : Vous avez fait plusieurs longs-métrages mais vous n’avez pas fait de courts-métrages. Comment cela se fait-il ?

Shlomi Elkabetz : C’est juste. J’ai directement réalisé des longs-métrages en co-écriture avec ma soeur. Avant Cahier noirs, j’ai fait un film court de 10 minutes appelé Les petits cahiers, davantage pour moi-même que pour les autres. C’était pour moi un moyen d’experimenter, d’établir un langage cinématographique qui me convienne. Mais je n’ai jamais réalisé de films d’école comme ceux-là, non.

Pensez-vous que la réalisation d’un premier film est plus libre que d’autres entreprises ?

S.E. : Je n’ai jamais étudié le cinéma vous savez, je n’avais jamais été sur un plateau de cinéma avant ça, je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne connaissais pas du tout l’industrie donc je n’avais pas du tout de pression. Tout ce que je savais, c’était que je voulais faire un film. Etrangement, sur le plateau tout m’était très naturel, j’ai compris que c’était là ma place. Bien sûr, il y a eu beaucoup d’imprévus pour le tournage, comme toujours mais, vous savez, une fois qu’on a compris le mécanisme de l’industrie du cinéma, on a moins peur et on sait se gérer.

Comment restez-vous vous-même après toutes ces années ?

S.E. : Premièrement, j’ai peur de me répéter, et j’ai peur d’être aimé. Bien sûr, je veux qu’on aime mes films, mais je ne veux pas qu’en regardant un de mes films on reconnaisse un de mes films précédents. Après mon deuxième film (Shiva), j’ai compris qu’il fallait que je m’ouvre. C’est là que j’ai commencé à me diversifier, à jouer en tant qu’acteur, à produire. Par exemple, Cahiers noirs, qui est mon neuvième film, est mon premier film. Je veux dire que son langage est si différent qu’on ai l’impression que c’est mon premier film.

Quels sont vos critères quand vous visualisez des films d’école ? Aviez vous un intérêt pour le court-métrage avant ?

S.E. : Je n’avais jamais pensé à faire un film court mais j’en avais vu beaucoup. En Israël, dans les années 1990, beaucoup de gens faisaient des films courts comme ça. Nous étions très curieux d’en découvrir de nouveaux, nous nous tenions au courant sur ce qui se faisait. Par exemple, j’ai participé à un concours de scénario pour films courts que le journal israélien Haaretz avait publié. Je discute avec une amie au téléphone, il était aux alentours de 22h. Elle me parle de ce concours, je lui demande quand est la date limite, elle me répond que c’est le soir même à minuit. Je voulais vraiment participer. Alors, en panique, j’ai écrit rapidement un scénario et je l’ai envoyé. Par miracle, j’ai gagné le prix ! Au-delà de ça, c’est en regardant les courts-métrages des autres que j’ai appris à filmer. En voyant beaucoup de films courts au long de ces 20 dernières années. Je travaille aussi avec des élèves au Sapir College, en Israël. Par conséquent, je visionne souvent leurs films, donc ce n’est pas comme si je n’avais pas revu de film court depuis des années. Encore la semaine dernière, j’en ai vu 10. Ce que les élèves apprennent dans ces travaux, c’est avant tout la difficulté de créer une structure, celle d’apporter de l’authenticité, de mettre leur personnalité dans ce qu’ils font.

Quels étaient vos rêves d’enfant ?

S.E. : Je voulais être écrivain. Dès l’âge de 14 ans, je m’étais décidé à être un auteur, c’est seulement à l’âge de 20 ans que j’ai changé d’avis et que j’ai décidé de faire du cinéma. J’ai découvert la liberté des images, voyez vous. J’aime toujours le pouvoir des mots, j’ai toujours en tête l’idée qu’un jour je m’assiérais et que j’écrirais un livre. À l’époque, on ne vivait pas dans un monde d’images. Aujourd’hui, les images, les photos, sont ultra présentes, les gens ne font même plus attention à tout ce qui leur est montré mais moi, j’ai été frappé par l’importance des images et de ce que je pouvais en faire. À l’époque, je ne me voyais pas dans le cinéma qui se faisait, je ne me voyais pas en tant que marocain, je ne me voyais pas en tant qu’homosexuel.. Vous savez, il y 35 ans il était très dur de voir ce genre de représentations au cinéma. Par exemple, j’étais très impatient de voir Merry Christmas Mr. Lawrence (1983). J’ai attendu sept mois sa sortie car je savais que David Bowie y embrassait un homme et je n’avais jamais vu d’homme embrasser un autre homme. J’avais besoin de voir cette image-là.

Les images étaient-elles aussi très importantes pour votre soeur Ronit ?

S.E. : Oui évidemment, extrêmement importante. Nous avons tourné des films pendant dix ans ensemble. Nous partagions cette passion très forte pour les récit visuels.

Que dites-vous aux étudiants de la Cinef que vous rencontrez ? Quels sont vos conseils pour faire des films ?

S.E. : Bien sûr, chaque conseil dépend de l’élève. Chacun a un monde qui lui est propre, mais mon instinct me dit toujours de les encourager à se rendre dans plein d’endroits, à voir des choses .. Je veux leur dire d’allier leurs forces et leurs faiblesses. Il ne faut pas avoir peur de faire des erreurs ..

Propos recueillis par Katia Bayer. Retranscription : Anouk Ait Ouadda

Boléro de Nans Laborde-Jourdàa

Queer Palm, Prix Canal + et Découverte Leitz Ciné à la Semaine de la Critique de Cannes, Boléro est un court-métrage réalisé par Nans Laborde-Jourdàa. Sur 17 minutes, nous suivons l’odyssée d’un danseur professionnel, revenu dans son village natal pour revoir sa famille, envoûtant tous ceux qui croiseront son chemin…

Le film s’ouvre sur une séquence de danse ; l’homme, filmé en plan moyen, déroule une performance à la fois millimétrée et spontanée du Boléro de Ravel. Ce début marque par l’association brillante de thèmes. Déjà, par son sujet, distant au premier regard, silencieux et froid comme les pieds du danseur tapant le sol dur de la scène. Ensuite, viennent les contrastes opérés entre la chair, que la caméra épouse dans son cadre dans des mouvements lents et circulaires, et le noir nébuleux de l’arrière plan entourant les habits colorés du danseur. Enfin, le rythme universel du Boléro, qui embarque l’auditeur malgré lui dans des sonorités lancinantes et fermes, stoppé brusquement par le titre. Le cadre de la scène est quitté, pour devenir celui d’une forêt, à travers laquelle l’homme et sa mère conduisent. Il devrait revenir les voir plus souvent, dit-elle. Les visages ne sont jamais visibles dans leur entièreté.

Pourtant, malgré ce décor bucolique, végétal et coloré contrastant, encore une fois, avec la froideur de l’ouverture, la mise en scène s’attarde sur les préservatifs jonchant le chemin champêtre que l’homme emprunte après que la voiture est tombée en panne. C’est d’ailleurs dans les toilettes d’un centre commercial miteux que le danseur choisit de répéter sa chorégraphie du Boléro. Par des plans morcelés sur des parties de son corps qui rappellent la force et la tendresse du début d’Hiroshima, mon amour d’Alain Resnais – où le corps des amants est filmé de manière parcellaire et inassemblable, ce danseur devient la chose qu’on veut regarder, écouter et sentir d’en dessous, d’au-dessus. L’érotisme se faufile alors paisiblement par ce corps en mouvement qu’on ne peut voir jamais voir complètement, que le public qui s’introduit dans les toilettes ressent physiquement par des accès de chaleur. La sensualité des rythmes du Boléro excite d’autant plus mystérieusement qu’elle n’est pas clairement identifiée. Est-ce ses pas, son odeur, ses doigts ou ses mollets furtivement aperçus qui créent cette attraction.

Ces intervalles de plans rapprochés entre le danseur enfermé dans les toilettes et les individus qui le désirent derrière développent des sortes de vibrato cinématographiques, sensuels et sexuels, sur l’interprétation de Ravel contaminant tous ceux qui osent se trouver sur son passage. Le ravissement du danseur par les individus hors du magasin, dont le tableau se réfère presque à une scène picturale christique, précède un chaos aussi jouissif que paisible où les plaisirs de la chair se confondent sur les herbes de montagne. Ce basculement indiscernable et absolu, Paul Valéry l’évoquait déjà en 1928 dans Calepin d’un poète : “Le passage de la prose au vers ; de la parole au chant, de la marche à la danse – ce moment à la fois actes et rêves.” Nans Laborde-Jourdàa accomplit alors un objet créatif et poétique dans le sens le plus originel du terme : comme les mots d’un poème à significations multiples, la présence du danseur intrigue par son instabilité interprétative. Boléro incarne alors cette exaltation de vie, de plaisir et de chaos que la poésie exulte. Une prise de risque brillamment exécutée.

Mona Affholder

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Article associé : l’interview du réalisateur

B comme Boléro

Fiche technique

Synopsis : Fran est de passage dans sa ville natale pour se reposer et rendre visite à sa mère. Suivant le rythme saccadé du Boléro, ce parcours sur les chemins du souvenir et du désir va le mener, ainsi que tout le village, à une apothéose joyeusement chaotique.

Genre : Fiction

Durée : 17’

Pays : France

Année : 2023

Réalisation : Nans Laborde-Jourdàa

Scénario : Nans Laborde-Jourdàa

Montage : Jeanne Safarti

Décors : Sophie Sacareau

Image : Manuel Bolanos

Son : Paul Guilloteau

Interprétation : François Chaignaud, Muriel Laborde-Jourdàa, Mellie Laborde-Jourdàa

Production : Wrong Films, Memo Films

Articles associés : la critique du film, l’interview du réalisateur

P comme La Perra

Fiche technique

Synopsis : Être Fille, Être Mère, Être Chienne. Devenir Femme.

Genre : Animation

Durée : 14’

Pays : Colombie, France

Année : 2023

Réalisation : Carla Melo Gampert

Scénario : Carla Melo Gampert

Montage : Juan Sebastián Quebrada

Production : June Films, Evidencia Films

Animation : Carla Melo Gampert, Andrea Muñoz Alvarez

Article associé : la critique du film

La Perra de Carla Melo Gampert

Après sa participation au Festival d’Annecy 2019 avec Por Ahora Un Cuento, la réalisatrice colombienne Carla Melo Gampert vient de présenter sa nouvelle animation La Perra (La Chienne) en sélection officielle à Cannes 2023. Le court-métrage enquête sur le passage de fille à femme à travers l’évolution de la sexualité de sa protagoniste, en montrant tous les événements, bons et mauvais, qu’une femme traverse après son réveil hormonal.

La metteuse en scène dévoile comment l‘arrivée à l’âge adulte implique plusieurs expériences inconfortables, conséquences de l’auto-perception du personnage par rapport à ses changements physiques et des réactions des autres vis-à-vis de son corps. Le film aborde des sujets tels que l’étrangeté face à sa nouvelle image (accentuée par la nudité constante de tous les personnages), le besoin de plus d’intimité pour comprendre ses nouveaux désirs, l’envahissement de son espace par l’harcèlement dans la rue, la nécessité de liberté, et le partage du quotidien avec un partenaire, malgré la peur de nouveautés.

Tandis que la protagoniste s’épanouit dans son auto-découverte, la figure de sa mère s’étiole, vivant la fin de cette phase. Le questionnement est posé sur l’impact de l’âge dans la vie sociale et l’activité sexuelle des femmes.

Se passant de dialogue, Melo Gampert parvient à rendre par le son l’étrangeté de cette inédite connaissance de soi. Le court n’est pas bercé par une bande musicale, mais par un silence solitaire rompu par les bruits gênants des actions produites par les personnages. La réalisatrice choisit de ne pas romancer les premières fois comme dans un film d’amour hollywoodien, mais d’expliciter les malaises liés à la nouveauté.

La Perra enquête sur la découverte sexuelle des femmes à travers une réalité qui n’inclut pas les pétales de rose sur le lit et les orgasmes multiples, mais l’inconfort des premiers contacts intimes avec un partenaire. Le choix d’une forme d’art aussi légère et belle que l’aquarelle pour l’animation adoucit la violence des situations présentées. Rappelons que la réalisatrice est d’abord dessinatrice et artiste visuelle, ce qui se ressent avec l’univers esthétique de son film. Les représentations picturales construisent un récit allégorique, raconté à travers des métaphores sensibles qui jouent avec la dimension et l’hyperbole.

Bianca Dantas

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La Palme d’or et la Mention spéciale du court 2023 !

Ça y est ! Cannes, c’est terminé. Du côté des courts, deux films ont été distingués lors de la cérémonie de clôture de la 76ème édition du festival par le Jury récompensant à la fois les films de l’officielle et ceux de la Cinef.

La Palme d’or du Court métrage 2023  a été remise au film franco-hongrois 27 de Flóra Ana Buda

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Une Mention Spéciale a également été attribuée au film islandais Fár de Gunnur Martinsdóttir Schlüter

 

As it was d’Anastasiia Solonevych et Damian Kocur

« Could you just not enter my room » lance à Lera, belle et jeune Ukrainienne, un garçon berlinois à la courtoisie aussi courte que son caleçon. Elle vient pourtant de lui préparer et servir son petit déjeuner, à la rigueur, un peu trop salé. Durant tout le film As it was d’Anastasiia Solonevych et Damian Kocur, dont le désespoir va plus dans la douceur que l’aigreur, en compétition officielle à Cannes (le film, pas l’aigreur), Lera va obéir à cette injonction et rester extérieure à tout lieu, fût-il celui originel.

Le compagnon l’avait exigé le temps d’un Zoom, mais Lera accepte si bien de ne plus entrer dans la chambre qu’elle rassemble ses affaires et retourne à l’improviste au pays en guerre qu’elle avait dû quitter suite à l’invasion russe.

Dans les trente-sept plans somptueux, créés par Damian Kocur qui est aussi chef opérateur de l’œuvre, Lera va traverser différents espaces qui lui rappelleront peu à peu qu’elle n’a plus de chez elle. As it was, au titre international dont le début rime avec la fin, est un film poignant sur l’exil et l’impossible retour. Sa délicatesse est de masquer la détresse des situations dans une grande élégance esthétique et narrative, le décalage cocasse étant privilégié à l’adéquation avec la douleur, la tristesse est toujours hors-champ, à part un seul plan, mais il est capital.

Comment concilier les attentes de Lera, déjà réfugiée à Berlin, mais qui revient avec l’espoir de retrouver sa ville d’avant la guerre, avec celles de ceux qui restent et savent leur vie précaire ? Tout se joue dans un croisement musical qu’il vaut mieux détailler pour qui n’est pas le plus au fait de la musique ukrainienne. Lera est chez Kyrylo, un ami d’enfance qui semble l’aimer sans oser se déclarer, elle essaie de lui jouer au clavier électronique Melody de Myroslav Skoryk (1938-2020), tirée de la BO de The high pass (1981) de Volodymyr Denysenko. C’est maintenant joué à l’occasion de concerts caritatifs pour l’Ukraine. On y ressent déjà l’impossible retour, une forte mélancolie, un balancement sans aboutissement, un aller-retour essayé maintes fois sans beaucoup d’espoirs d’arriver quelque part…

Pourtant Kyrylo ne la reconnaît pas… Serait-ce une musique plus connue à l’étranger pour émouvoir à propos de l’Ukraine ? Ou une ruse des scénaristes (toujours Anastasiia Solonevytch et Damian Kocur) pour donner son titre au spectateur ? Kyrylo lui oppose à la guitare un morceau rock ukrainien dont la vitalité n’a rien à voir avec le mouvement hésitant et lancinant de Skoryk. Comme si, en exil, on privilégiait la mélancolie, tandis que sur place, l’exultation de vivre encore s’imposait. Il s’agit de Marshrutka d’Andrii Kuzmenko, de l’époque de son groupe Skryabin, d’un humour anarchiste que l’on retrouve chez d’autres bardes « dissidents » comme Vladimir Vyssotski, Jacek Kaczmarski et évidemment Viktor Tsoï qui meurt en s’endormant sur la route. Kiril Serebrennikov s’inspire de lui pour Leto (2018) tandis que l’on ne sait pas ce qui inspirait Andrii Kuzmenko lorsqu’au matin, il s’est écrasé avec sa voiture dans un camion de lait. Il est avéré que les produits lactés ne sont pas forcément bons pour la santé.

Que le personnage de Kyrylo réponde au côté mélodieux de Skoryk par la chanson loufoque d’un chanteur phare ukrainien mort brutalement semble marquer la frontière entre les deux Ukrainian way of life : tu pars ou tu prends le risque de crever violemment ici. La douceur du film est de les présenter sans jamais les opposer frontalement, elles seraient plutôt côte à côte, on dirait même qu’elle se cherchent, ne pouvant jamais s’atteindre.

Si les deux façons d’être se rencontrent dans les airs de musique, l’air lui-même est habité par les oiseaux à l’image ou au son. Ni Lera, ni Kyrylo ne semblent vraiment toucher terre comme en témoignent la scène, dans une cour d’immeubles à la morosité soviétique (entendre une monotonie architecturale sans fin qui donnerait envie d’envahir Moscou pour y mettre un peu de désordre). Ils jouent ensemble à qui restera le plus longtemps suspendu à la barre. Les oiseaux sont comme Lera, ils ne se posent que provisoirement avant de toujours s’envoler ailleurs. Ils n’habitent nulle part. Elle est tout le temps entre deux espaces, magnifiée dans de belles compositions lorsqu’elle est dans un escalier, un escalator, ou tout simplement est sur un toit… à tenter une photo d’oiseau.

Lorsqu’elle traverse un pont à Kyiv, on voit au loin une immense statue ailée. On sent que ce n’est pas innocent tant les plans sont réfléchis. Elle représente « la mère patrie ». Erigée le 9 mai 1981, elle est même inaugurée par Leonid Brejnev, qui à l’époque dirigeait l’URSS. Lera ne traverse pas un pont mais son identité russe. Elle est d’ailleurs reprise par sa mère après avoir utilisé un mot russe pour petit déjeuner. Et si Kyrylo s’amuse que Lera ne reconnaisse plus les noms de sa ville natale, c’est parce que depuis l’invasion de la Crimée, à tout ce qui a consonnance soviétique est substituée une origine plus ukrainienne. Cela ne va pas aider à se retrouver « as it was »… La guerre des origines a déjà eu lieu.

Si Valeriia Berezovska (Lera) est vraiment une actrice ukrainienne qui vit à Berlin, la réalisatrice, Anastasiia Solonevych a aussi fini ses études à Kyiv en 2020. Elle a déjà obtenu un prix à Prague en 2022 pour un festival de clips. La même année, elle organisait une exposition de portraits de réfugiées ukrainiennes. Le film est porté par son sens aigu du portrait, les ombres sur le visage donnent même parfois à Lera l’allure d’une icône, d’un magnifique tableau ou d’une photo que l’on croiserait en exposition… Anastasiia Solonevych varie ses emplois suivant le projet audiovisuel. Dans son CV, elle revendique même savoir travailler de -26 °C à 40 °C. Il faudrait qu’elle fasse attention si elle tourne un été en France.

Quant à Damian Kocur, le coréalisateur, né en 1983 à Katowice (Pologne), il a un parcours brillant, maintes fois célébré au plus haut niveau en festival international. Célébré à Kraków pour deux films Nic powego pod sloncem (Rien de sérieux sous le soleil) et pour Dalej jest dzien (Le prochain jour est le suivant) qui en 2021 reçoit à Clermont-Ferrand le prix du meilleur premier film européen. En 2022, son long-métrage Chleb i sol (Pain et sel) est récompensé à Venise, Gijon et au Caire. Surtout, c’est un film qui raconte déjà un retour douloureux, cette fois celui d’un étudiant de Varsovie dans sa campagne natale.

Le temps du film, Lera passe de l’exiguïté de la pièce berlinoise, rêve de goûter encore le cake au miel de sa mère, joue avec sa petite sœur qui a pris du poids (trop de cake au miel ?), croise des jeunes, exultant, dans une fête, des lourdes pertes russes, mais qui eux-mêmes devront partir au front. Toujours dans la perspective de différents immeubles de Kyiv qui à tout moment peuvent s’effondrer sous une bombe russe, peut-être n’est-elle pas condamnée à ne se retrouver nulle part…

Elle vit déjà dans le cœur de ceux qui voient As it was et se retrouvent dans son désarroi. Certes, elle habite l’exil, mais aussi un peu le nôtre, celui d’une origine que l’on ne retrouve jamais, celui du rêve que l’on n’atteint pas, celui des conversations avec des personnes que l’on ne reverra plus.

Patrick Hadjadj

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A comme As it was

Fiche technique

Synopsis : Lera rentre chez elle à Kyiv pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine. Elle passe du temps avec ses proches et apprend progressivement la routine de la guerre au cours d’une seule journée.

Réalisation : Anastasiia Solonevych & Damian Kocur

Genre : Fiction

Durée : 15′

Pays : Pologne, Ukraine

Année : 2023

Scénario : Anastasiia Solonevych & Damian Kocur

Image : Damian Kocur

Son : Tadeusz Chudy, Lukasz Kaaczmarski

Montage : Damian Kocur

Musique : Andrii Kuzmenko, Myroslav Skoryk, Betbit, Maksymilian Wrzosek

Interprétation : Valeriia Berezovska, Kyrylo Zemlyani, Olena Korohod, Sofia Berezovska

Production : Exa Studio, Lizart Film

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Basri and Salma in a Never Ending Comedy de Khozy Rizal

Parfois, il arrive qu’un court-métrage se distingue de tous les autres par un sujet inattendu ou une réalisation mémorable. On se souvient de lui parfois comme un rêve fiévreux, parfois comme un moment qui marque avec curiosité une séance de visionnage. Sans hésitation, Basri and Salma in a Never Ending Comedy est l’un d’entre eux. Réalisé par l’indonésien Khozy Rizal, ce court métrage de 15 minutes est présenté en sélection officielle à Cannes 2023. Basri et Salma (Arham Rizki Saputra et Rezky Chiki) forment un couple qui gère un petit manège de campagne. Ils passent leurs journées à s’occuper des enfants des autres, tandis que leur famille leur met la pression pour en avoir eux-mêmes. Lorsque Salma reçoit un coup de fil anonyme d’un homme lui faisant du chantage sur une prétendue vidéo intime du couple qu’il garderait secrète en échange d’une importante somme d’argent, on croirait comprendre l’enjeu principal du film. Néanmoins, quelque chose de plus latent, de plus viscéral se trame ; une chose qui se tapit dans l’intimité du couple et qui l’empêche d’être heureux, que Khozy Rizal développe avec brio sur un quart d’heure de visionnage.

Déjà dans son premier court-métrage réalisé en 2021, Makassar is a City for Football Fans, Khozy Rizal mettait en scène un homme qui devait prétendre se conformer à la passion de ses amis de l’université pour le football, afin de s’intégrer en se conformant à des normes sociales qu’il n’approuvait pourtant pas. Dans Basri and Salma, nous retrouvons ce même type de personnages, amoureux mais entravés dans leur tranquillité par des attentes sociales lourdes, se vidant peu à peu de leur sens au fur et à mesure que leur mélancolie se tisse sous nos yeux. Entre les néons et les sucreries du manège, sont traités des thèmes délicats, tels que la charge mentale des femmes, la violence conjugale, l’intolérance assumée face à ceux qui s’écartent de la norme. En effet, le film interpelle par les contradictions surprenantes qu’il met en scène ; c’est un cercle social où on baisse le son d’un reportage informant de la distribution de préservatifs pour se protéger des maladies, avant de mimer les actes grivois de sa femme devant ses enfants, et devant son regard humilié. Lorsque la violence explose, c’est ce même son multimédia que Salma augmente pour ne pas y faire face, comme un enfant qui se bouche les oreilles quand ses parents se disputent.

Et puis il y a ces moments absolument surréalistes, extraordinaires, qui surgissent au milieu du film sans crier gare, où ce dernier se transforme en comédie musicale improvisée karaoké. Avec le sourire et leurs paroles affichées en couleur en bas de l’écran, la famille du couple chante gaiement sur le bonheur d’avoir une progéniture. C’est d’autant plus déstabilisant d’analyser ce jaillissement musical d’exubérance mis en parallèle avec la scène de dispute familiale, non seulement déconcertante mais bien violente. Elle se matérialise certes par les coups, mais surtout par le traitement qu’on réserve à cette femme sans enfants, qui n’existe que dans sa non-condition de mère, dégradée. Entre le conte philosophique et la braderie de fête foraine, Basri et Salma est une formidable satire aussi cinglante que créative, qui ne se prend pas au sérieux et qui, comme une sucrerie, nous ravit et nous pousse à en vouloir toujours plus.

Mona Affholder

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B comme Basri and Salma in a Never Ending Comedy

Fiche technique

Synopsis : Un couple possède un Odong-Odong au carnaval. Ils passent leurs journées à divertir et à s’occuper des enfants des autres sans en avoir eux-mêmes. Entre l’ingérence de la famille et le doute, ils découvrent pourquoi ils n’ont pas eu d’enfant.

Genre : Fiction

Durée : 15’

Pays : Indonésie

Année : 2023

Réalisateur : Khozy Rizal

Scénario : Khozy Rizal

Image : Andi Moch Palaguna

Décors : Bilal Raviadi

Musique : Abdul Chaliq Dp

Son : Rafiat Arya

Interprétation : Arham Rizki Saputra, Rezky Chiki, Alghifahri Jasin, Utri Fadhilla Muslimin

Production : Hore Pictures, XRM Media

Article associé : la critique du film

W come Wild Summon

Fiche technique

Synopsis : Narrée par Marianne Faithfull, cette fable écologique et aquatique de 14 minutes tournée en Islande suit le cycle de vie épique et dramatique de saumons sauvages anthropomorphes.

Réalisation : Saul Freed & Karni Arieli

Genre : Animation

Durée : 14’

Pays : Royaume-Uni

Année : 2023

Voix : Marianne Faithfull

Scénario : Saul Freed & Karni Arieli

Image : Saul Freed, Karni Arieli, Yuli Freed-
Arieli

Son : Jonny Crew

Décors : Karni Arieli

Montage : Saul Freed

Musique : Saul Freed

Production : Sulkybunny, Autour de Minuit

Article associé : la critique du film