Csicska d’Attila Till

Pista se plaint auprès d’un commissaire de police de vols commis dans son champ. Face à l’officier, il se montre impatient et râleur. Une fois rentré chez lui, il pourchasse un ami de sa fille, donne des ordres à sa femme, et bat Feri, son homme à tout faire.

Projeté à la Quinzaine des Réalisateurs, « Csicska » (Beast) du Hongrois Attila Till est traversé par une photo magnifique, un sujet tragique et un impact indiscutable. Le film dépeint l’autorité exercée et la peur insufflée par un homme sur sa famille et sur son esclave personnel, un jeune homme acheté à bas prix. Violence domestique, verbale, et gestuelle sont au rendez-vous de ce film pourvu d’une rudesse et d’une tension permanentes.

Le « Csicska » d’Attila Till est rural, froid, sombre, intense. On monte à plusieurs sur la motocyclette, on tire sur les hommes comme sur des lapins (scène incroyable et terriblement humiliante du père apprenant à ses enfants à tirer sur des cibles humaines, dans l’indifférence la plus générale), on tombe enceinte en étant mineure, on baise en chaussettes devant une photo de mariage, on fait respecter les traditions et on veut faire la loi avec un bâton pendant que les moutons ont le sommeil difficile.

Le film s’infiltre au sein d’une cellule familiale pas comme les autres dans laquelle toute tentative de rébellion face à la figure du père se révèle caduque. À y regarder de plus près, on se demande même si les personnes entourant Pista osent vraiment changer l’état des choses tant la noirceur, la crainte et la dénonciation sont monnaie courante autour de lui.

L’ultra réalisme du film, fréquent dans le cinéma de l’Est, frappe d’autant plus que le réalisateur s’est inspiré de situations de dépendance et de soumission chroniquées dans les journaux ou rapportées par des témoins directs. Vu la terreur brute et directe infligée par le maître sur l’esclave, on n’ose imaginer la réalité qui sous-tend le film. Et pourtant, cette terrible histoire de bête humaine offre un nouvel éclairage sur le phénomène de l’esclavage moderne et sur les conditions de vie (et même de survie) dans les campagnes hongroises.

Katia Bayer

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