Etrange Festival, flashback sur le programme 5

Ultime programme de courts métrages de cette 19ème édition de l’Etrange Festival, la sélection n°5 cultive, comme celles qui l’ont précédé, un imperturbable éclectisme, sans perdre de vue les exigences de sa ligne éditoriale.

Film très attendu récompensé du Prix Canal + et du Prix du Public à l’Etrange Festival, « The Voice Thief », réalisé par Adan Jodorowsky (aka Adanowsky), organisait sa première à l’occasion de cette projection. Adapté de la nouvelle El Ladrón de Voces de son père Alejandro Jodorowsky (« El Topo », « La Montagne Sacrée »,…), il dépeint un monde qui est familier à celui des films du réalisateur de « Santa Sangre ». On notera également l’influence importante des derniers films de Luis Buñuel (comme « Cet obscur objet du désir » ou « Le charme discret de la bourgeoisie »), notamment dans son goût pour la transgression, son rapport ambivalent à la religion chrétienne et à la culpabilité. Respectueux de cet univers et prompt à jouer avec ses codes, il développe un conte baroque aux couleurs chatoyantes dont nous vous proposons de découvrir un extrait.

Des étals des marchés à la poêle à frire, le destin pathétique d’un poisson prend des airs de tragi-comédie dans « Una Furtiva Lagrima » de Carlo Vogele. La voix magnifique d’Enrico Caruso accompagne le dernier voyage de ce poisson transformant avec beaucoup d’humour ce célèbre air d’opéra en une complainte hilarante.

« Duck Became Swan » de Stefanie Sixt ressemble à s’y méprendre à une vidéo de Vjing, accompagnant la musique instrumentale très cinématographique de Markus Mehr. Mêlant variations de lignes et textures numériques accidentées, ce film expérimental allemand n’est pas inintéressant, et même parfois assez hypnotique – on en vient, par exemple, à imaginer des visages et des corps se formant parmi les lignes -, mais il est extrêmement abscons et ennuyeux sur la longueur.

Dans le film d’animation italien « Topo Glassato Al Cioccolato » de Donato Sansone (aka Milkyeyes), des gribouillis, faits dans la marge d’un cahier d’école ou d’un carnet quelconque, prennent vie et commencent à tournoyer dans les airs pour créer plusieurs visions de cauchemar surréalistes et violentes, alliant les corps, mélangeant les chairs humaines et animales, le tout évoluant dans une sorte d’enfer noir et blanc, raturé au crayon et au stylo-bille. Bénéficiant d’une animation trés fluide, rappelant au détour d’une scène le cube d’Hellraiser, ce petit film fascinant semble nous plonger dans la tête d’un écolier, en pleine construction personnelle, et qui serait à la merci de ses hormones et de son esprit.

Une mystérieuse vieille machine aux multiples leviers permet à celui qui l’empreinte de se transporter dans un autre lieu baigné par une eau trouble. « El Baile de Tres Cochinillas » de Esteban Arrangoiz filme un groupe d’hommes silencieux patientant dans une sorte de salle d’attente aux murs décrépis. Tandis que les touches du piano font se lever ces hommes, les mouvements de la caméra sont comme reliés à ceux des leviers actionnés à partir de la machine, créant un effet de distanciation saisissant. La lumière, l’ambiance et les décors de ce film sont soignés, contribuant ainsi à donner au film une certaine aura, à défaut d’apporter des éléments de réponses sur ces mystérieux mécanismes.

Vidéo-clip réalisé pour le groupe Mississippi Witch, « Bite Horse » de Sam Walker bénéficie d’une très belle mise en images signée Marcus Waterloo. Proche des univers obsessionnels de David Lynch, Chris Cunningham ou encore Tom Waits, le film met en scène un vieil homme handicapé, sous respirateur artificiel, qui se retrouve entouré de créatures lascives affolant sa libido, puis arrachant littéralement un salmigondis noir qui lui fait office de coeur. Malheureusement, le film manque un poil de personnalité, trop écrasé par ses références, et possède une symbolique pas toujours très fine. Reste de belles images léchées et évocatrices.

« Bendito Machine IV » de Jossie Malis Alvarez est un joli film d’animation espagnol s’inspirant des techniques du papier découpé pour décrire le voyage d’un homme parcourant le monde dans lequel il vit, et qui est devenu un gigantesque parc d’attractions technologique, rejetant d’énormes quantités de déchets toxiques. Arrivé au bout de sa course, l’homme se révèle être un astronaute amené à voyager sur une planète inconnue. C’est ce qu’il fera, mais c’était sans compter sur la découverte d’un monde plus vaste et à la nature plus luxuriante. Film de SF, réfléchissant sur les notions d’infiniment grand et infiniment petit, « Bendito Machine IV » s’enrichit d’une réflexion sur l’écologie, agencée avec pas mal de finesse.

Traduit par « Le Paradis des Lapins » dans nos contrées, « Hasenhimmel » d’Olivier Rihs est l’un des films les plus surprenants de toute la sélection, par son concept de départ très « cul-otté » qui consiste à mélanger pornographie et philosophie. Les concepts et idées philosophiques de Kant, Nietzsche, Heidegger, etc., se percutent et se combinent dans un grand débat intellectuel qui se double à l’écran d’ébats corporels triolistes où les chairs aussi s’assemblent et se télescopent. Tout cela dans une ambiance irréelle, cheap à souhait. Le but avoué de vulgarisation ludique est atteint haut la main et fait de cette œuvre un film d’utilité publique en quelque sorte…

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Pour finir, « Human Meat Factory » de Anna Han est un film d’animation australien qui dénonce sans détours les supplices faits aux animaux d’élevages en remplaçant ces derniers par des poupées ou des figurines à l’effigie d’êtres humains et les plaçant au milieu d’élevages intensifs. A défaut d’être subtil, le film est pour le moins efficace.

Julien Savès et Julien Beaunay

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