Bagni 66 de Diego et Luca Governatori

Dans la sélection de Vendôme, cette année, certains films avaient comme thème la transmission. Que ce soit dans « Footing » de Damien Gault, « Home run » de Lucas Davis ou dans « Bagni 66 » de Diego et Luca Governatori, le rapport au père était bel et bien présent. Si le premier film oppose deux générations sur fond de course à pied et de préjugés, le deuxième prend le parti d’un road-movie moyennement intéressant alors que le troisième confronte père et fils dans un établissement balnéaire, sur la côte adriatique.

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Diplômés de la Fémis, les frères Governatori nous avaient intrigués avec « Vita di Giacomo », leur film de fin d’études centré sur Giacomo, la figure atypique d’un jeune séminariste sur le point d’être ordonné prêtre, en pleine période de coupe du monde, en Italie. Deux images nous étaient restées en tête : la première, très percutante, entourait une ronde de séminaristes, en habits de culte, l’autre, très drôle, favorisait la rencontre entre l’un d’eux (Giacomo) et des supporters de football, à l’arrière d’un camion. Le film, lauréat du grand Prix au Festival du moyen-métrage de Brive en 2008, parlait de deux professions de foi, le catholicisme et le football, reliant les êtres humains, sur fond ultra réaliste. Les frères Governatori y avaient joué sur plusieurs tableaux : le mélange entre fiction et réel, l’interaction entre les acteurs professionnels et non professionnels, les idées préconçues sur la prêtrise, et le contact simple et humain entre des individus que tout pouvait opposer.

Après s’être penché sur l’engagement spirituel, Diego et Luca Governatori nous proposent cette fois avec « Bagni 66 », un autre type de transmission et de confrontation, le temps d’un été. Un père, Aroldo, et son fils, Elio, ne s’entendent plus quant au sort à réserver à leur petite entreprise familiale, une station balnéaire sur la côte italienne. Evoquant la crise et l’absence de vacanciers, l’aîné (interprété par le propre père des réalisateurs) ne veut plus s’en occuper, étant en quête de tranquillité. Son fils, lui, rejette l’opinion du père et souhaite reprendre l’entreprise en lui apportant de légers changements. Ce même été, Mathilde, une jeune femme française vient aider les deux plagistes.

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Comme dans le précédent film, différentes choses nous interpellent : le mélange des langues (français/italien), des scènes très belles et singulières (le père faisant du yoga sur la plage, la scène de repas, avec le passage des petites cuillers), la relation platonique entre Marc Vittecoq (Elio) et la très troublante Salomé Stévenin (Mathilde), mais aussi le lien renouvelé entre réel et fiction (les frères Governatori prennent, par exemple, le temps de filmer longuement une fête aux accents rock & roll et d’y introduire leurs personnages et leurs oppositions.

Au coeur du film, se pose les questions de la transmission filiale, de l’incompréhension entre les générations, du sort d’une entreprise familiale, du vieillissement, du désir, de la renaissance, et de la recherche d’identité. Avec ses cris, ses non-dits, ses rires, ses sourires et ses gênes, « Bagni 66 » nous séduit particulièrement. Meilleur moyen métrage de Vendôme, il rejoint d’autres films de même format nous ayant passionné cette année : « Sur la route du paradis » de Uda Benyamina, « Boro in the Box » de Bertrand Mandico et « La vie parisienne » de Vincent Dietschy, notre prochain sujet sur Format Court.

Katia Bayer

Consulter la fiche technique de « Bagni 66 »

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