Mon amoureux de Daniel Metge

Les personnes handicapées ont-elles droit à une vie sexuelle ? La réponse de Daniel Metge est « oui ». A travers ce troisième court métrage, il nous montre comment cela est possible, avec une grande sensibilité et une certaine crudité.

« Mon amoureux » est l’histoire de deux handicapés, Lorie et Romain, qui s’aiment intensément. C’est aussi l’histoire d’Estelle, la sœur de Lorie, qui décide malgré la proscription de leur mère, d’emmener le couple dans leur maison de campagne afin qu’ils aient leur premier rapport sexuel.

Sur un ton frais et léger, nous suivons ce trio au cœur de la superbe région Rhône-Alpes. Tous les ingrédients sont alors réunis pour qu’on s’y sente bien : plein de bons sentiments entre les deux sœurs et l’amoureux, des chansons fredonnées ensemble jusqu’au village pittoresque où l’on fait les courses, divers enfantillages et gentilles disputes, … Si bien que, même si la suite plus « trash » est assez prévisible, on ressent une réelle sympathie pour ces trois personnages et on se demande d’ailleurs comment, après autant de tendresse, le réalisateur va nous amener à la crudité de l’acte en lui-même.

Vient alors LE moment fatidique où Lorie et Romain souhaitent avoir leur premier rapport sexuel. La situation ne pouvait bien sûr ne pas être simple et devient dérangeante aussi bien pour les trois personnages que pour nous, spectateurs. Les deux amants ne réussissent pas à utiliser le préservatif donné par Estelle et c’est donc à cette dernière de l’enfiler sur le sexe de Romain.

À cet instant-là, il est difficile de déterminer si la scène est particulièrement malsaine ou au contraire, teintée d’une générosité rare de la part de la grande sœur, tant les 15 minutes précédentes se sont révélées charmantes. À entendre les réactions dans la salle de Clermont-Ferrand, le malaise est bel et bien là, comme s’il s’agissait d’une blague de mauvais goût.

Malgré la gêne qui reste gravée dans les esprits à la sortie du film, Daniel Metge et ses producteurs (ndlr : Alexandre Charlet et Jonathan Hazan aux Films du Cygne) ont su toucher les spectateurs. Non seulement le film est gracieusement applaudi en salle par le public, mais il a reçu jeudi dernier le Grand Prix France Télévision remis par Denis Lavant durant le Festival de Clermont-Ferrand.

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Par ailleurs, le film remporte son pari : lancer un débat, voire pointer du doigt une réalité concernant les relations amoureuses et sexuelles entre personnes handicapées grâce à une fiction aux accents poétiques plutôt qu’au travers d’un documentaire. On notera à cet égard l’allusion négative faite à certains centres pour personnes handicapées où les rapports sexuels sont apparemment et anormalement interdits.

Le jeu des comédiens est également à remarquer. Leur interprétation est effectivement dotée d’une justesse singulière, Grégory Givernaud et Miss Ming en couple d’handicapés sont particulièrement bluffants : leur jeu est si performant qu’on se demande jusqu’à la fin de film si de vrais handicapés jouent devant la caméra ou non.

Certes, certains dialogues et plans peuvent sembler un temps soit peu surfaits dans la narration du film ou bien surviennent en doublon par rapport aux images, certes, on craint initialement d’assister encore à un autre film sur les handicapés avec la contestation habituelle et moralisante qu’ils « ne sont pas différents des autres ». Au final, « Mon amoureux » s’en sort plutôt bien, le thème de l’handicap étant traité à la fois plus délicatement et plus crûment, surtout lorsqu’il aborde le sujet tabou de la sexualité.

Camille Monin

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