Marc Boyer : « Le court métrage est peut-être le dernier espace de liberté d’expression visuelle où l’on peut aborder tous les thèmes sans limite et sans la contrainte économique des sponsors »

Lardux Films a 20 ans. A cette occasion, le 34éme Festival du court métrage de Clermont-Ferrand a ouvert un programme spécial de rétrospective retraçant en quelques œuvres l’esprit d’une maison de production particulière. Format Court s’est joint à la fête pour lui souhaiter un bon anniversaire et rencontrer Marc Boyer, producteur et co-fondateur de Lardux.

Comment est né Lardux Films ?

En 1992, nous avons fondé Lardux avec Christian Pfohl et Isabelle Chesneau. A la fin des années 80, Christian et moi avions réalisé une série de court en pixilation pour Canal + qui mettait en scène un peintre dans son atelier qui n’arrivait pas réaliser des toiles, son nom était Lardux. A l’époque, tout le monde nous appelait les Lardux et donc nous avons naturellement gardé le nom pour la boite de production. Les premières années, nous avons surtout fonctionné avec nos propres réalisations, puis nous avons commencé à produire certains de nos amis qui avaient travaillé sur la série « Lardux ». En 1995, nous avons intégré ces gens au sein de la structure, et Lardux est devenu une sorte de collectif de production jusqu’en 2003 où nous avons fait en partie faillite. C’était très compliqué de fonctionner en collectif, et il a fallu remonter la boite en partant de zéro avec les trois fondateurs. Nous nous connaissons très bien et depuis longtemps, et aujourd’hui nous avons un fonctionnement très libre avec beaucoup de confiance entre nous.

Lardux, c’est combien de films ?

En 20 ans, on a produit plus de 70 courts et moyens métrages, quatre longs, cinq séries, mais aussi quelques installations multimédia pour des musées. Pour la diffusion hors festivals et salles, on a fait le choix de mettre la plupart des films en ligne sur le site lardux.com. Quand on voyait ce que rapportaient les courts métrages en VOD, ça nous a paru une aberration.

Comment choisissez vous de travailler avec un artiste ?

Uniquement par copinage et corruption ! (rires) Non, on a l’habitude de travailler avec certains réalisateurs depuis des années, parfois 10 ou 15 ans. De temps en temps, on en rencontre de nouveaux, surtout pendant les festivals. C’est important les rencontres, le contact humain. S’il y a des affinités et un bon scénario en plus, alors on peut envisager de faire quelque chose. Mais nous ne courons pas après les nouveaux réalisateurs en permanence, nous préférons être fidèle avec les gens avec qui on a l’habitude de travailler pour continuer à développer un vrai travail artistique de fond sur plusieurs œuvres.

Vous produisez assez peu de fictions, pourquoi ?

Au début, on en produisait pas mal, mais finalement, on a abandonné à un moment où nous avons perdu pas mal d’argent. L’animation, c’est ce que nous faisons depuis toujours et c’est aussi ce qui nous a permis de nous relancer. Concrètement, nous n’avons jamais perdu d’argent avec l’animation. Aujourd’hui on fait surtout de l’animation, de l’expérimental, et aussi beaucoup de documentaires.

Vous produisez souvent des films avec des univers très forts. Quelle est votre ligne éditoriale ?

Nous avons commencé avec des films assez burlesques et absurdes, et c’est une idée que nous avons toujours gardée. Nous avons aussi toujours aimé des films à l’écriture assez poétique, comme ceux de Chris Marker. D’ailleurs notre première structure à l’époque où nous étions étudiant s’appelait « 24 poètes seconde ». C’était une association qui nous permettait de gérer notre matériel, de payer des fournisseurs où des laboratoires. Pendant longtemps, c’est resté le partenaire de nos films puisque l’association louait le matériel à Lardux. Et puis avec le temps, on s’est mis à produire des films plus militants, surtout des documentaires avec un travail de recherche de fond sur des sujets plus politiques, économiques ou sociaux. Il y a aussi les films de Pierre Merejkowsky qui a réalisé des fictions sur la perte du militantisme et sur la nature de l’être humain posant plein de questions fondamentales. Il y a ceux de Stéphane Elmadjian qui sont des films de montage très fort comme « Je m’appelle » où on est entre le poétique et le film militant. Et puis, il y a une autre branche qui s’est développé et qui est peut être plus personnelle pour moi autour de la danse contemporaine avec le réalisateur scénographe Gilles Delmas. Il y a une identité très forte de Lardux dans tous les films que nous produisons, des univers originaux et forts qui sortent des sentiers battus. C’est un peu notre philosophie générale. Ce n’est écrit nulle part mais ça nous met toujours d’accord naturellement.

Vous fêtez vos 20 ans à Clermont-Ferrand. Quel est votre rapport avec le festival ?

Cette année nous n’avons pas de films en compétition mais une rétrospective, un film dans la carte blanche Kazak et un autre programme que nous sortons en salle avec « Le jardinier qui voulait être roi ». Nous sommes très attaché au court métrage qui est peut-être le dernier espace de liberté d’expression visuelle où l’on peut aborder tous les thèmes sans limite et sans la contrainte économique des sponsors. C’est aussi agréable de se ressourcer à Clermont, de faire des nouvelles rencontres, de conseiller des jeunes qui sont dans les écoles. Nous venons içi depuis longtemps, et nous connaissons bien Clermont. En 2002, nous sommes venu avec Merejkowsky pour son film « A propos d’Eric P. ». Pierre a alors réalisé un film critique sur le festival où il disait que les gens sont toujours vendus. A un moment il est monté sur scène pour haranguer la foule sur des questions politiques et il a filmé tout ça en direct. C’est un film très drôle sur le festival qui s’appelle « Vous vous levez et ils applaudissent », même si je pense qu’il a un peu agacé ici.

Lardux Films a-t-il changé en 20 ans ?

Nous sommes plus vieux et plus fatigués mais je crois que nous faisons mieux les choses, plus efficacement. Par contre, on encaisse beaucoup moins facilement les soirées de fête du festival.

Que préparez-vous pour cette année ?

Nous avons trois films d’animation en fabrication : un de 25 minutes de Anne-Laure Daffis et Léo Marchand avec qui nous avons déjà réalisé quatre films, un septième film en 3D de Jérôme Boulbès, et un film avec des auteurs avec qui nous débutons Benoît Guillaume et Barbara Melville. Et puis, nous avons des documentaires, une série pour le web d’Arte, un film sur Akram Kahan, un autre sur Sankara… J’en oublie mais c’est un chantier permanent.

Propos recueillis par Xavier Gourdet

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