Marc Faye : « O’Galop est passé à la postérité grâce au Bibendum. Tout le monde connaît la créature mais personne ne sait qui se cache derrière »

Dans le cadre du programme « Collections », le 33ème Festival de Clermont-Ferrand a réservé une séance spéciale à Marius Rossillon dit O’Galop, pionnier du cinéma d’animation français et inventeur du Bibendum Michelin. La sortie d’un DVD, accompagnant cette projection, rend hommage à l’oeuvre de l’artiste. Il comporte un documentaire animé de 52 minutes réalisé par Marc Faye, arrière-petit-fils d’O’Galop, et 8 courts métrages d’animation réalisés entre 1910 et 1927, mettant en scène des fables de Lafontaine, des contes de Perrault, et des productions originales d’O’Galop, dont une dédiée au fameux Bibendum.

Vous êtes l’arrière-petit-fils d’O’Galop, ce DVD n’est-il pas d’abord un hommage familial ?

Mon arrière grand père était un touche-à-tout, un bricoleur de génie. Il est né en 1867 et est mort en 1946. Il a eu toute sa vie une activité protéiforme. Il se définissait lui-même comme un artistronome dessinémateur : un mélange d’artiste, d’astronome, de dessinateur et d’animateur. Caricaturiste, affichiste, créateur de jouets en bois, de plaques de verre pour la lanterne magique, il fait surtout partie des quatre premiers inventeur du cinéma d’animation. Il est évidemment aussi le créateur graphique du Bibendum Michelin. Le film « Sauvé par Bibendum » (1927) étant présenté à Clermont-Ferrand, c’est une formidable occasion pour moi de boucler la boucle avec mon arrière-grand-père qui aurait été très heureux de voir l’accueil du public ici.

D’après vous, pourquoi O’Galop est-il si peu connu du grand public ?

Les pionniers du cinéma d’animation sont tous mal connus. En France, c’est un classique d’avoir des inventeurs de génie qui se font piquer leurs idées aux Etats-Unis ou dans d’autres pays. O’Galop a participé à la phase artisanale du cinéma d’animation avec Emile Cohl, Lortac et l’inventeur de “La vache qui rit”, Benjamin Rabier. Leur technique a ensuite été reprise de façon industrielle aux Etats-Unis avec notamment les studios d’animation de Walt Disney. O’Galop, lui, est passé à la postérité grâce au Bibendum, sauf que tout le monde connaît la créature mais personne ne sait qui se cache derrière. En 1969, le Bibendum a reçu un hommage important qui a contribué à sa postérité. Le journaliste de l’ORTF qui commentait les images des premiers pas de l’homme sur la lune s’est écrié en regardant Armstrong : “On dirait un Bibendum”, ce qui témoigne du génie visuel et de l’aspect visionnaire d’O’Galop.

Comment s’est passé le travail de documentation pour la réalisation du DVD ?

Nous avons réuni toute l’iconographie d’O’Galop avec des images d’Epinal, des livres illustrés pour la jeunesse, des films d’animation sur plaques de verre qui avaient été créés pour des lanternes magiques. Ces petits projecteurs, sortes de home-cinéma d’hier, permettaient de projeter des petites boucles de 10 à 20 secondes représentant des personnages sur des animations assez simples : des entrées et des sorties de champ, le lapin du magicien qui sort et qui rentre dans le chapeau à l’infini, des joueurs de badminton, des petites saynètes de la vie quotidienne ou de la vie de campagne. Et puis bien sûr, il y a une quarantaine de films d’animation. A l’époque, O’Galop travaillait seul, avec un banc-titre et une caméra verticale en utilisant la technique image par image, en 16 images par seconde ou bien il utilisait la technique du papier découpé en animant les personnages selon sa fantaisie. La plupart des films étaient sur support 9,5 mm, d’autres sur support 35 mm. Beaucoup de pellicules étaient gondolées et difficilement projetables, ce qui nous a souvent empêché de faire du télécinéma. Pour d’autres, on a scanné photogramme par photogramme dans un travail assez laborieux.

Votre film resitue une certaine époque, en parallèle à la vie d’O’Galop…

On a montré les choses telles qu’elles paraissaient dans l’atmosphère de l’époque. O’Galop a côtoyé des artistes issus des salons parisiens comme Les Incohérents et la bohème artistique parisienne. Il a été sollicité par la fondation Rockfeller pour réaliser des films hygiénistes, des films d’éducation populaires sur les méfaits de la syphilis, de la tuberculose ou de l’alcool. Ces films étaient projetés par Louis-Ferdinand Céline, alors étudiant en faculté de médecine, et dans des cinémas itinérants un peu partout en France. Ces films parlent de sujets pas forcément faciles mais ils sont finalement assez drôles.

Vous êtes vous-même réalisateur de films d’animation. Quel a été votre parti pris pour ce documentaire ?

Il s’agit d’un documentaire animé avec une partie fictionnelle assez minoritaire, réalisé dans le cadre d’une coproduction avec France 3 Régions. J’ai souhaité faire une proposition visuelle originale et poétique autour de l’univers d’O’Galop qui m’a permis de faire revivre toute l’iconographie de mon arrière-grand-père sans se limiter uniquement au Bibendum. J’ai voulu capter à ma façon l’atmosphère de la Belle Epoque du Paris des cabarets chansonniers, ou de celle d’un Lyon un peu imaginaire en recréant différents quartiers comme la Croix-Rousse. On s’est aussi amusé à reconstruire une longue séquence sur la naissance du Bibendum Michelin. Le film a reçu le Prix des étoiles de la Scam qui récompense les 30 meilleurs films télédiffusés en 2009, le Prix du jury à Shanghai et à La Rochelle. Il suit sa vie en festival, ce qui encourage ma démarche de documentaire animé.

Et maintenant, quels sont vos projets ?

Je travaille à un nouveau documentaire animé sur la vie de Benjamin Rabier et je prépare en parallèle, une collection de films documentaires sur l’histoire de la bande-dessinée.

Propos recueillis par Xavier Gourdet

Contenu du DVD O’Galop

– O’Galop – Documentaire animé de Marc Faye, 2009, 52’
– Le petit poucet – Animation de O’Galop, 1922, 14’ : Conte de Perrault
– La colombe et la fourmie – Animation de O’Galop, 1924, 2’ : Fable de Lafontaine
– La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf – Animation de O’Galop, 1921, 2’ : Fable de Lafontaine
– La belette entrée dans un grenier – Animation de O’Galop, 1910, 2’ : Fable de Lafontaine
– Touchatout – Animation de O’Galop, 1919, 4’ : Le docteur Touchatout soigne les animaux
– Bécassotte à la mer – Animation de O’Galop, 1920, 7’ : Aventure de Bécassotte
– Le chinois et le bourriquot articulé – Animation de O’Galop, 1912, 1’ : Aventure d’un bourriquot facétieux
– Sauvé par Bibendum – Animation de O’Galop, 1927, 4’ : Publicité pour le pneu Michelin

DVD O’ Galop édité par Novanima : www.novanima.com

Pour en savoir plus sur Bibendum Michelin, consulter le Blog BiBimage : http://bibimage.blogspot.com/

Une réflexion sur “ Marc Faye : « O’Galop est passé à la postérité grâce au Bibendum. Tout le monde connaît la créature mais personne ne sait qui se cache derrière » ”

  1. Bonsoir, je recherche avec beaucoup de difficulté, des croquis des  » 2 héros de Gosseville, Doudou et Jujules  » dessinateur O’Galop
    Merci de m’aider à les trouver
    Cordialement

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