Le travail, c’est la santé

Nombreux films, tout format confondus, traitent différemment du thème du travail aux 11èmes journées dionysiennes qui s’achèvent aujourd’hui à St-Denis. « Misère au Borinage » « Le Sabotier du Val de Loire » et « Le 1er mai à Saint-Nazaire » sont trois courts qui déclinent ce concept complexe et souvent aliénant situé au cœur de notre société.

Misère au Borinage de Joris Ivens et Henri Storck

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Si le cinéma wallon avait une origine, paradoxalement, il la trouverait sans doute dans ce film réalisé par un Flamand (Storck) et un Néerlandais (Ivens). Dans la lignée du documentaire social dont on fera la réputation bien après, le film de Joris Ivens et d’Henri Storck aborde la réalité ouvrière de front et, tel un pamphlet cinématographique contre le capitalisme montant, il dénonce la misère criante du Borinage en 1932.

Le contenu du film a des airs d’un « J’accuse » et la forme est aussi naturaliste que « Germinal », évoquant les conditions extrêmes dans lesquelles vivaient les mineurs de cette région sauvagement touchée par la crise économique. Des intertitres dénonciateurs et dirigés ne cachant pas leur couleur communiste appuient des images muettes (le film n’a été sonorisé qu’en 1963) laissant découvrir une misère sociale sans nom. Une misère qui sclérose un territoire où se construisent des terrils en guise de cathédrales, où l’ignorance et l’illettrisme font l’apanage d’une masse grouillante et purulente exploitée par une élite dominante. Ouvertement politique, ce documentaire militant a été tourné dans la clandestinité la plus complète et a subi le couperet de la censure avant d’être adulé dans le monde entier. De Paul Meyer, « Déjà s’envole la fleur maigre », à Simon Van Rompay, « Le chant de Geppino » en passant par Patric Jean, « Les Enfants du Borinage, lettre à Henri Storck », la région a inspiré bien des cinéastes qui, le temps d’un film, se font les porte-paroles d’un lieu unique qui reste encore à réinventer.

Le Sabotier du Val de Loire de Jacques Demy

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Loin de toute préoccupation politique, le premier court métrage de Jacques Demy montre déjà l’intérêt du cinéaste pour l’histoire individuelle, celle qui concerne le quotidien des petites gens. En bord de Loire, à La Chapelle Basse-Mer, un sabotier et sa femme (les mêmes qui ont accueilli Demy lors des bombardements de Nantes pendant la Seconde Guerre Mondiale) vivent de leur travail artisanal. Le film s’avère être aussi bien un documentaire sur la fabrication d’un sabot que le témoignage sur la vie d’un vieux couple en milieu rural dans les années 50. Fortement influencé par l’un des maîtres du genre, Georges Rouquier, Demy lui emprunte la narration et le commentaire en voix off qui oriente l’interprétation des images, ancrant ainsi le film dans une tradition plus littéraire et fictive que proprement documentaire. Toutefois, une dimension onirique et philosophique se dégage de ce petit récit par le biais d’une jolie réflexion sur le temps qui passe, et qui le rend universel.

Le 1er mai à Saint-Nazaire de Marcel Trillat et Hubert Knapp

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Jamais diffusé à la télévision, le reportage documentaire de Marcel Trillat et Hubert Knapp plonge sa caméra dans les profondeurs du mouvement de grève des ouvriers de Saint-Nazaire de 1967. Tout comme « Misère au Borinage », le film dénonce les conditions de vie d’hommes et de femmes travaillant sans relâche pour un salaire minimum au profit d’une minorité qui s’enrichit. A la différence du film belge, celui-ci réalisé à la fin des années 60 donne directement la parole aux ouvriers. On y sent la dimension solidaire et fraternelle qui a uni les grévistes pendant des mois comme on y perçoit aussi le soulagement d’avoir trouvé un accord avec le patronat. Si le film n’a pas bénéficié de diffusion télévisée, c’est parce que les journalistes, ayant été sommés de donner également, par souci d’équité, la parole aux patrons, ont refusé cette condition, rétorquant qu’ils n’en avaient vu aucun défiler dans les rues pendant le tournage. Dans « Le 1er mai à Saint-Nazaire », le représentant d’un syndicat résume la société capitaliste en une phrase cinglante et parfaite : « Produit, consomme et tais-toi ! « . Le plus effarant, c’est que malgré les plus de 40 ans qui nous sépare de ces évènements, cette phrase reste d’actualité, et les paroles de l’Internationale continuent de résonner comme le souvenir d’un passé résolument révolu.

Marie Bergeret

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