Short is Big

Même si le festival d’Annecy compte de plus en plus de longs métrages dans sa sélection officielle (9 films retenus sur 45, cette année), la plateforme incontournable de l’animation reste très attachée à la forme courte. Projetés pendant la deuxième semaine de juin, les programmes courts contribuent, pour beaucoup, à la vitalité et au dynamisme de l’événement. Même “petits”, ils font preuve d’originalité et d’inventivité, et attirent l’œil  pour la qualité et la richesse de leur animation, de leur histoire, et de leur univers graphique.

Dans cette 33ème proposition d’images en mouvement, la version courte s’affiche un peu partout : dans les programmes de courts métrages, de films de fin d’études, de télévision, et de commande, comme dans les cartes blanches (offertes à l’Allemagne et au réalisateur Jean-Pierre Jeunet), les voyages sur la lune, les films de danse, ceux au service de l’écologie, et ceux qui n’ont que faire du politiquement correct. Si la variété s’invite dans les programmes, elle s’insère aussi dans les techniques utilisées (dessin sur papier, sur cellulos, ordinateur 2D/3D, éléments découpés, pâte à modeler, marionnettes, animation d’objets, pixillation, prises de vues réelles, …).

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Partly Cloudy

Quant aux histoires, certaines sont des purs instantanés de comédies, tandis que d’autres s’aventurent dans des registres émotionnels, documentaires, musicaux, et même trash. L’humour subtil, par exemple, se reconnait dans plusieurs titres : la recette inédite de pâtes, « Western Spaghetti », concoctée par l’américain Pes, récompensée du Prix du Public; « Codswallop », une succession de dias absurdes et de personnages anglais curieux, en proie à des questions existentielles, croquée par les frères Mc Leod; « About love », l’étude scientifique d’une attirance entre aimants, menée par l’italien Giacomo Agnetti; « Sagan om den lille dockpojken », un conte jubilatoire “très long et très compliqué” animé par le suédois Johannes Nyholm; « Partly Cloudy », la dernière production des studios Pixar, qui répond à la terrible question “d’où viennent les bébés ?” par l’entremise de son réalisateur, Peter Sohn. Enfin, du côté de l’Argentine, « El empleo » de Santiago Grasso, s’impose. Le lauréat du prix Fipresci, mêle subtilement passivité du quotidien, individus-objets, et sobriété du dessin.

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Zachte Planten

Délivrées dans des films très personnels, les émotions, elles, se déclinent dans quelques films de fin d’études, de façon touchante et poétique : du côté belge, « Milovan Circus », de Gerlando Infuso, livre le récit en volume, d’un mime de rue en proie au rejet, à la solitude et à la vieillesse, et « Zachte planten », de Emma De Swaef, offre une balade tout en douceur et en laine, à dos de mouton. « Volgens de vogels », de la hollandaise Linda Faas, accompagne le réveil de petits animaux des bois, alors que « Homeland », de Juan de Dios Marfil Atienza, illustré en République tchèque, réunit une petite madame et un curieux bonhomme à une main.

Lögner

Autres images remarquées, celles relatives au documentaire animé, avec trois courts métrages en lien avec des faits réels. « Q&A », des américains Tim et Mike Rauch, traite de la relation entre un adolescent atteint du Syndrome d’Asperger et sa mère. « Lögner », du suédois Jonas Odell, se compose de trois enregistrements de mensonges, appuyés par des graphismes très différents, d’une histoire à l’autre. « Slavar », des suédois Hanna Heilborn et David Aronowitsch, récompensé du Prix Unicef et du Cristal du court métrage, livre un témoignage grave et sobre, celui de deux enfants soudanais, revenant sur leur passé d’esclaves. En réalité, le recours au documentaire animé n’est pas une première pour les deux réalisateurs : leur premier film, « Gömd », reposait sur l’interview d’un adolescent péruvien vivant dans l’illégalité en Suède.

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Je criais contre la vie. Ou pour elle

Comme dans toutes les formes de cinéma, en animation, le son est crucial, raison pour laquelle les réalisateurs, actuels ou en devenir, soignent tout particulièrement leur bande sonore, et que leurs films sont autant ”écoutés” que ”vus”. Des noms ? « Jazzed » du belge Anton Setola, « Le bûcheron des mots » du français Izù Troin, « Runaway »  du canadien Cordell Barker, récompensé du Prix spécial du Jury, « Le piano du chat » des américains Eddie White et Ari Gibson, « Je criais contre la vie. Ou pour elle » de la française Vergine Keaton, ou « Chick » du polonais Michal Socha, gratifié du Prix Sacem de la musique originale.

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Chainsaw Maid

Enfin, le goût pour le subversif, le controversé, et le dérangeant, semble plus populaire que jamais dans “La Venise des Alpes”, avec un programme plutôt politiquement incorrect, et pas moins de quatre films très peu conformistes en compétition. Avec « Chainsaw Maid » de Takena Nagao (Japon), « I Live in the Woods » de Max Winston (USA), « Syötti » de Tomi Malakias (Finlande), et « Touchdown of the dead » de Marc-Antoine Deleplanque, Hubert Seynave, Pierre Mousquet (Belgique), le festival rend hommage aux zombies sans éducation, aux affrontements gore, au dépassement des limites, et aux sujets tellement triviaux qu’ils en deviennent cocasses. Tout n’est pas rose et lisse dans les sphères de l’animation. Que ça plaise ou choque, le trash est bien décidé à rester et à profiter de la liberté offerte par le genre. Short is big, short is free, short is varied.

Katia Bayer

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