Slavar de Hanna Heilborn et David Aronowitsch

Sur l’écho de mon enfance, j’écris ton nom. Eluard

Lauréat du Prix Unicef et du Cristal d’Annecy, « Slavar » est une expérience cinématographique qui ne laisse pas indifférent. En livrant le témoignage de Abuk (9 ans) et de Machiek (15 ans) enlevés par la milice soudanaise et exploités comme esclaves, les réalisateurs suédois, Hanna Heilborn et David Aronowitsch abordent un sujet percutant et engagé.

Alors que dans le paysage cinématographique actuel, une grande partie des films ne dénonce plus la bêtise humaine mais la diffuse allègrement sur les grands et petits écrans, il est rassurant de  découvrir ce court métrage librement engagé ouvrant les horizons de l’animation et du documentaire.

Nous sommes en 2003, en Suède. Un médecin, des interprètes, Hanna Heilborn, David Aronowitsch, et deux enfants, Abuk et Machiek, sont rassemblés autour d’une table. Tour à tour, dans un silence de plomb, les enfants racontent leur enlèvement par la junte militaire, leurs conditions de survie pendant leur séquestration, ainsi que leurs rêves futurs. Quelques années plus tard, les deux réalisateurs envisagent de mettre le récit en images. Ils vont jusqu’à illustrer les toussotements, les hésitations, les gestes indécis, les rires nerveux et les problèmes techniques rencontrés, pour accentuer la véracité des faits.

Produit hybride, « Slavar » mêle animation en 3D et documentaire en jouant sur les contrastes. Au-delà du stylistique (animation/documentaire), le montage alterne les tons monochromatiques, variant des couleurs chaudes pour l’évocation de la vie au Soudan et des couleurs froides (plus neutres) pour l’interview en Suède. Les dessins de Malt Johansson et Acne JR fonctionnent comme des esquisses narratives apportant les nuances nécessaires au récit sans jamais renforcer l’aspect tragique de façon outrancière.

Oser parler des agissements meurtriers de la milice soudanaise dans un film d’animation est un défi brillamment relevé par le duo suédois qui n’en est pas à son premier coup d’essai. Avant « Slavar », il a initié une série de documentaires animés traitant de l’enfance en difficulté, dont le premier film, « Gömd » (Hidden), raconte l’histoire d’un jeune réfugié péruvien.

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À travers ces deux témoignages, le film dénonce les atrocités et les injustices que provoquent les conflits dans le monde. Un authentique coup de fouet à notre conscience humanitaire un brin léthargique.

Marie Bergeret

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