Retour sur les courts présentés au Festival d’Aubagne

Si le Festival d’Aubagne ne fait pas forcément partie des premiers festivals auxquels on pense lorsqu’il s’agit de courts-métrages, il est grand temps de rétablir la vérité. Avec 72 courts-métrages en compétition cette année ainsi que de nombreuses sélections parallèles hors compétition, il n’est pas peu dire que le court-métrage est largement mis à l’honneur dans la ville d’Aubagne.

Pour introduire la sélection en compétition, l’équipe du festival parle du court-métrage comme étant « un immense champ des possibles, faisant des propositions audacieuses, créatives et surprenantes ». D’un autre côté, les quatre garçons (plein d’avenir) qui constituaient le Jury court cette année, autrement dit Nicolas Cazalé (comédien), Christian Volckman (réalisateur), S.c.r.i.b.e (scénariste) et Franck Lebon (compositeur) ont noté que beaucoup de films étaient assez obscurs et austères. Comme un pied de nez à la morosité, ils ont d’ailleurs remis le Grand Prix à l’une des rares comédies de la sélection. « Discipline » de Christophe M. Saber (Suisse) montre l’emballement de tous les clients d’un supermarché suite à la claque donnée par un père à sa fille. Et malgré la noirceur de nombreux courts, les quatre membres du jury se sont mis d’accord sur le fait que la sélection proposée était de grande qualité et que le court-métrage, lieu d’expérimentation, rendait les imperfections de chaque film dignes d’intérêt.

Pour se faire un avis, nous nous sommes rendus à quelques séances du festival. Passons les films déjà évoqués ou bien qui tellement vus et connus que nous ne nous pencherons pas plus amplement dessus comme par exemple « Solo Rex » de François Bierry qui en est à plus de 15 sélections dans les plus grands festivals, tout comme « Essaie de mourir jeune » de Morgan Simon. Parmi les valeurs sûres qui plaisent aux sélectionneurs, on notera la présence du documentaire expérimental « Daphné ou la belle plante » de Sébastien Laudenbach et Sylvain Derosne, » Bye bye mélancholie » de Romain Laguna, « Journée d’appel » de Basile Doganis, « Brame » de Sophie-Charlotte Gautier et Anne Loubet ou encore les films d’animation « Man on the chair » de Dahee Jeong, « Le Sens du toucher » de Jean-Charles Mbotti Malolo, Prix Format Court au dernier Festival de Villeurbanne, et « 8 balles » de Frank Ternier. Même si on a certainement déjà – trop – vu et revu la plupart de ces courts-métrages cités ci-dessus, il faut bien avouer qu’ils ont les qualités pour faire partie de cette programmation.

Ceci étant, la sélection de courts-métrages du Festival d’Aubagne est principalement constituée de courts inédits (ou presque) en provenance des quatre coins de la planète et plus particulièrement de l’Europe, proposant une grande diversité de sujets. L’amour reste toujours un thème à la mode, au même titre que la famille ou l’amitié. Le travail également, est un sujet qui intéresse les auteurs, surtout lorsqu’il s’agit de parler de personnages qui luttent pour en avoir. La vie est loin d’être rose comme en témoignent la grande majorité de ces films, mais une lueur d’espoir règne.

Parmi les petites pépites qui ont retenu notre attention, on citera « La Nuit autour » de Benjamin Travade (France). Dans ce premier film, le réalisateur nous fait littéralement voyager. On se retrouve à sillonner le long des rues chics du 16e arrondissement de Paris puis le Bois de Boulogne et Saint-Cloud pour suivre une jeune femme en plein jour. Mais le voyage est également intérieur. La voix off de la jeune femme interprétée par la magnifique et talentueuse Erika Sainte nous entraîne complètement dans le récit de sa nuit avec ses voisins et on embarque alors pour un voyage dans notre imaginaire. Tout est d’une finesse incroyable, merveilleusement bien écrit, sans aucune vulgarité et pourtant, l’excitation est à son summum en écoutant la jeune femme raconter cette aventure. Le noir et blanc velouté du film, la voix lente et posée de la jeune femme accompagnée d’une musique jazzy rendent le film intemporel ; de la même manière qu’Erika Sainte fait penser à Anne Wiazemsky, on pourrait alors s’imaginer dans un film de Bresson ou Godard, avec un sujet finalement universel : les relations humaines, l’amour, la sensualité.

Dans la lignée des films en noir et blanc de la sélection, un autre court nous a intéressés : « 1639 Letourneux » de Dominic Lavoie-Laprise (Québec), filmé à la manière d’un polar américain des années 70 dans une voiture avec le bruit du train sifflant en arrière-plan. L’histoire est celle d’Alex et de son beau-frère Thomas qui préparent un coup, sans qu’on en devine réellement la nature, au 1639 rue Letourneux. Un sourire apparaît parfois devant ces deux bras cassés qui mêlent l’élaboration de leur coup à leurs affaires personnelles et une certaine tension monte parallèlement à leur discussion jusqu’à une chute quelque peu fantasmagorique.

Autre film plaisant, « De Smet » de Thomas Baerten et Wim Geudens (Belgique/ Pays-Bas). Trois frères s’entraident à vivre chacun une vie de célibataire aussi conforme que possible. Tous les trois sont voisins, habitant dans des maisons similaires, ayant la même voiture et portant tous les jours des chemises à carreaux. La mise en scène et la direction artistique de ce film sont maîtrisées au détail près, et si les trois frères ne sourient jamais, ils ont le don de nous faire rire. Leur quotidien est très calculé, comme par exemple les cigarettes qu’ils s’appliquent à fabriquer méthodiquement ensemble, jusqu’au jour où une femme séduisante emménage dans la maison d’en face. L’humour noir est au rendez-vous de ce film pour notre plus grand plaisir.

Au sol-Alexis-Michalik

Dans un style très différent, le film d’Alexis Michalik, « Au sol » (France), est très réussi. Il a d’ailleurs remporté le Prix Beaumarchais-SACD lors de cette édition du Festival d’Aubagne. Le réalisateur filme un couple et leur bébé s’apprêtant à prendre l’avion pour se rendre à Londres, à l’enterrement de la mère de la femme sauf qu’ils ont malheureusement oublié les papiers d’identité de l’enfant. Commence alors une course contre la montre pour récupérer le livret de famille et réussir à monter dans l’avion. Cela fonctionne puisque le spectateur est tenu en haleine du début à la fin de ce court. Le réalisateur, plus connu pour son travail de metteur en scène au théâtre, prouve avec ce projet qu’il maîtrise la jauge de stress cinématographique des films à suspense en semant d’embûches le parcours de cette femme et son bébé.

En revanche, face aux films programmés, quelques petites déceptions surgissent comme avec « Simiocratie » de Nicolas Pleskof (France). Le film raconte une vengeance, celle d’une femme en 1770, dupée par Louis XV et humiliée par le Baron de Fontanelle et son petit singe rapporté des Indes. Lors de la lecture publique du scénario au Festival Premiers Plans d’Angers il y a deux ans, tout laissait à croire que ce film allait être un ovni (comme l’était d’ailleurs le film précédent du jeune réalisateur, « Zoo ») ou en tout cas, un film audacieux, certes compliqué à réaliser, mais très prometteur. Malheureusement, malgré un travail considérable du côté de la direction artistique, le résultat n’est pas exactement à la hauteur de nos attentes. Autant, le ton hautain de la noblesse de l’époque est utilisé à juste titre autant la morale qui tend à prouver la supériorité de la femme et de l’animal sur l’homme apparaît comme un peu trop impérieuse.

Par ailleurs, quelques films vus à Aubagne sont intéressants, mais la récurrence des thèmes qu’ils traitent ou leur manque de rythme empêchent de les apprécier à leur juste valeur. C’est le cas par exemple de « Have sweet dreams » de Ciprian Suhar (Roumanie) qui raconte l’histoire de deux frères issus d’un milieu très modeste, face à leur père alcoolique. L’ambiance est bien sûr sombre et pessimiste, mais on se lasse surtout des multiples allées et venues des frères partant récupérer leur père au bar sans qu’il se passe grand chose. Il en va de même pour « Somand » de Gabriel Tzafka (Danemark) où un marin tâche de retrouver son amour de jeunesse. La scène de sexe lors de leurs retrouvailles trente ans après semble interminable tant elle apporte peu de choses au propos du film. Le ton, lui, est tellement obscur que l’aspect poétique de cette histoire est malheureusement totalement effacé.

Parallèlement à la compétition, la programmation du Festival d’Aubagne compte d’autres séances où l’on peut voir des courts-métrages. Tout d’abord, la Nuit du court-métrage dédiée aux super-héros et anti-héros avec presque quatre heures de films courts dont « Le petit dragon » de Bruno Collet. Autre séance de courts-métrages, les Courts de l’Huveaune (NB : l’Huveaune est un petit fleuve dans la région d’Aubagne) qui permettant de voir ou revoir des films européens primés et distingués ces dernières années dont « Figures » de Miklos Keleti (Belgique), « Betty’s Blues » de Rémi Vandenitte (France/ Belgique) ou encore « Hjonabandssela » de Jorundur Ragnarsson (Islande).

Enfin, Aubagne maintient au fil des années la séance des Courts qui rendent heureux, une sélection de films à ondes positives. Il y a neuf ans, le producteur Philippe Braunstein qui choyait particulièrement le format du court a constaté que bien souvent, les jeunes réalisateurs exprimaient leur talent à travers des films sombres et tristes. Pour y remédier, il a décidé de concocter chaque année une nouvelle sélection de courts-métrages proposant une vision optimiste de la vie et prouvant ainsi que les réalisateurs talentueux se trouvaient aussi du côté de la comédie. Force est d’avouer que la sélection de cette année est malgré tout un peu décevante comparée à celles des années précédentes puisqu’elle comprend uniquement des films français et, pour la plupart, déjà vus tels que « La virée à Paname » de Carine May et Hakim Zouhani ou des films assez grossier comme « Baby rush » de Tigran Rosine.

Restent « Pim-Poum le petit panda » du déjà cité Alexis Michalik qui, loin d’être un grand film, nous fait toujours autant rire aux éclats et « Superman n’est pas juif (… et moi un peu) » de Jimmy Bemon qui avoue à la manière d’un joli conte, son lien complexe à la religion juive. Cette séance n’en reste pas moins un moment phare du Festival d’Aubagne (trois salles remplies) et fort sympathique.

Camille Monin

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