Le Sens du toucher de Jean-Charles Mbotti Malolo

Au théâtre des sourds, dans un tonnerre d’applaudissements silencieux, deux jeunes gens dans le public se regardent, rougissent, se plaisent. À l’extérieur, quelques brefs mots-signes et hochements d’épaules servent à dépasser leur timidité et fixer un dîner chez l’homme. Telle est la prémisse du premier film de Jean-Charles Mbotti Malolo bien nommé « Le Sens du toucher » et primé par le jury Format Court au Festival de Villeurbanne cette année.

Fasciné par l’idée de l’amour comme chorégraphie, le danseur-réalisateur conçoit une animation qui explore une relation basée sur deux personnages on ne peut plus contrastés. Louis est réservé, maniaque de la propreté, coincé, sévèrement allergique aux chats. Chloé, en revanche, est exactement son contraire, bordélique, décontractée, désinhibée, une grande amatrice de l’espèce féline, surtout lorsqu’il s’agit de mignons petits chatons. Les aléas du couple en quête d’un terrain d’entente malgré les différences flagrantes qui les opposent prennent la forme d’une saltation stylisée, mêlant gestuelles rythmées et pas de danse sur fond d’un scénario dramatique bien ficelé.

Le choix d’une image en 2D entièrement dessinée à la main (bien qu’inspirée de comédiens filmés) permet à la fois de doter d’un grand réalisme les mouvements gracieux de corps dansants et de dépasser les limites de la réalité. Ce sentiment paradoxal est renforcé par le choix de garder les roughs (brouillons) monochromatiques à l’image finale, ce qui confère parfois un effet brut à un dessin autrement lisse et plein de couleurs.

La danse retrouve son écho dans l’utilisation de la langue des signes, « non verbale » par excellence avec ses propres codes de mouvement et d’expression. D’ailleurs, l’intérêt esthétique de ce langage à part entière a vraisemblablement déterminé le choix narratif de protagonistes sourds-muets. Pourtant, loin d’être un prétexte gratuit, ce parti pris aura permis à Mbotti Malolo de mener à bien un travail sensoriel poussé et cohérent, hautement synesthésique à tout moment. La bande-son y contribue considérablement : forcément dépourvue de tout dialogue et minimaliste à souhait, elle est soulignée par des bruitages et voix occasionnels, et une partition vocale rythmique – signée par la chanteuse Camille – pour accompagner le ballet visuel sans jamais prendre le dessus. Le résultat est un film poétique et touchant, délicatement équilibré entre fiction et danse, riche en émotions et sensations.

Adi Chesson

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