Off-Courts 2013, les plus et les moins de la compétition française

Troisième et dernière sélection en compétition à être présentée à Trouville : celle des courts-métrages français, comportant le plus grand nombre de films. Pas moins de 23 films tous très différents les uns des autres seront projetés lors de cette 14ème édition. En voici un petit aperçu.

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Commençons par le poétique « Les deux morts de Parfait » réalisé par Leila Fenton. Tourné à Tel-Aviv et en hébreu, ce film touche particulièrement non seulement parce qu’il est plastiquement intéressant (décor de carte postale, lumière chaleureuse, etc.) mais aussi et surtout parce que l’enfant qui représente le personnage principal de Parfait, possède en lui cette douceur et cette fragilité qui font qu’on s’attache instantanément à lui. Certes, ce court-métrage s’ajoute à la longue liste de courts-métrages français qui jouent avec les bons sentiments et une morale dont on se passerait parfois, mais il ne demeure pas moins un film très sensible.

Il est vrai que dans cette sélection, on recense nombre de films très « gentils » dont ceux-ci : « Douce Nuit » de Stéphane Bouquet dans lequel un gang qui semble assez violent aux premiers abords agit finalement pour une cause salvatrice, « Entre les lignes » de Jean-Christophe Hadamar sur une correspondance mielleuse entre un lycéen et une personne âgée hospitalisée ou encore « Les perruches » de Julie Voisin où une jeune fille atteinte d’une maladie grave perd ses cheveux et retrouve la joie de vivre en se cachant sous une perruque bleue (ou comment utiliser le prétexte d’une fête pour en faire un film). Loin de cracher sur les bons sentiments, appréciant même l’idée de ne pas voir seulement des films suicidaires, on peut toutefois souhaiter un peu de rebondissements et de réelles intrigues dramatiques dans les films proposés.

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Heureusement parmi cette liste de films un peu trop à l’eau de rose, certains réalisateurs ont su détourner les bonnes morales pour s’en amuser. Par exemple, il y a « Diagnostic » de Fabrice Bracq où un couple consulte un grand médecin pour tâcher de déceler une maladie apparemment très répandue et qui touche le mari. L’excellent jeu des comédiens ne peut que vous rendre hilares bien que finalement, l’intrigue de ce film soit vraiment toute simple. Et un prix d’interprétation à Roselyne Bachelot, un ! Il y a aussi « Suzanne » de Wilfried Méance, dans lequel la vie d’une grand-mère change sans que les membres de sa famille ne s’en rendent compte, si bien que ce film à l’ambiance fleur bleue au début prend un tournant d’humour noir. Rien de transcendant dans cette histoire, une chute finalement assez attendue, mais comme à son habitude, Wilfried Méance, le réalisateur du « Grand moment de solitude », maîtrise à merveille les personnages et la montée du caractère comique.

Autre film qui démarre sur une idée de morale pleine de bons sentiments et qui se termine en blague : « Djekabaara » d’Enis Miliaro. Pour le coup, le jeu des comédiens est assez mauvais, mais l’histoire drôle qui sert de contexte à la rencontre est plutôt bien mise en images, surtout dans les décors immenses d’Afrique Noire. Enfin, « Fanily » de Jules Dousset offre son rôle principal à un objet du quotidien plutôt qu’à un personnage en chair et en os, et cette petite comédie douce-amère se laisse apprécier.

À l’inverse, certains films de la compétition sont survolés et laissent derrière eux une sensation d’amateurisme. On aura donc quelques retenues pour un film comme « Le bout du fil » de François Raffenaud où le personnage principal (une femme âgée), attendant un appel – malgré une solitude apparente – ne provoque aucun attachement (au même titre que l’esthétique du film). On le regrette bien car le thème de la vieillesse confrontée à la solitude, peu traité finalement dans le milieu du court-métrage, aurait pu amener à un meilleur résultat. Ou encore « Ma rencontre » de Justin Pechberty dans lequel le personnage, Bertrand, se voit dix ans après et discute avec lui-même sur ce qu’il est devenu pour peut-être changer son destin. Le réalisateur semble apparemment attiré par les thèmes traités dans « Retour vers le futur » (et par les split-screen, soit dit en passant) mais offre malheureusement une version personnelle peu captivante et assez mal interprétée. Dommage encore une fois, tant l’idée de base autour de la propre rencontre d’un personnage n’était pas inintéressante.

En réalité, le meilleur de cette sélection française réside dans les films d’animation. Voici par conséquent un petit aperçu des six films d’animation en compétition ici. D’abord, « Rebelote » de Cyril Coste, un film d’école, en forme de caricature des super-héros et dont l’esprit des comics est bien respecté. Puis, « Reverso » de Kimberly Honma, Clément Lauricella, et Arthur Seguin, qui permet aux trois réalisateurs de critiquer la société active à travers un personnage qui vit sa vie à l’envers (comprenez, depuis le plafond). Enfin, « Motorville » de Patrick Jean qui retourne le puissant Google contre lui-même en reprenant le style visuel de Google Map pour créer un énorme bonhomme, issu des États-Unis, prêt à anéantir le monde car il est en manque de carburant (ou plus exactement de pétrole). Comme dans « Pixels », le réalisateur aime définitivement détourner des techniques visuelles qu’on connaît pour faire passer ses messages critiques face à la mondialisation.

Il y a aussi le trash mais pas moins génial « Les deux vies de Nate Hill » de Jeanne Joseph où cette fois, le split screen est utilisé à bon escient pour suivre l’évolution de deux Nate Hill selon leur naissance par voie traditionnelle ou par césarienne, comme si le destin de chacun était écrit dès leur venue au monde. On n’oubliera pas « Duku Spacemarines » de Nicolas Liautaud, même s’il est loin d’être le meilleur. On y voit à nouveau des supers héros avec en plus tout le registre des films d’action et/ou de science fiction (courses-poursuites en voiture avec des extra-terrestres) pour toucher les petits garçons devenus adultes (ou pas !). Enfin et pas des moindres, le fameux « 5 mètres 80 » de Nicolas Deveaux qui n’a plus grand-chose à prouver au sein des animateurs mais qui nous bluffe toujours autant malgré l’extrême simplicité des histoires qu’il raconte et le manque de retournements scénaristiques. Après l’éléphant qui fait du trampoline dans « 7 tonnes 2 », voici des girafes qui s’exercent au plongeon. Le film est d’une beauté à couper le souffle (ou le cou !).

Pour en revenir aux fictions réelles (car il n’y a pas de documentaires programmés à Trouville-sur-Mer cette année), il y en a certaines, en plus de « Des deux morts de Parfait », qui ont particulièrement retenu notre attention, soit par leur originalité, soit parce qu’elles semblent mieux maîtrisées. Il s’agit de « Je t’attends toujours » de Clément Rière, sorte de faux documentaire sur la disparition étrange du frère du réalisateur/narrateur, passionné d’astronomie, lors d’une observation des étoiles. Le titre marque l’enquête que décide de mener le réalisateur pour retrouver son frère suite à la découverte de photos troublantes. On se laisse emporter par ce film fait d’images d’archives et de plans actuels, alors que tout y est fictionnel. Parallèlement, on accroche particulièrement avec « Le retour » de Yohann Kouam bien que le titre ne soit pas son plus fort atout. Il est également question d’une histoire entre frères mais pas du tout sur le même ton. Ici, Willy, un adolescent, attend avec impatience le retour de son grand frère Théo qu’il a toujours mis sur un piédestal jusqu’à ce qu’il découvre que celui-ci est homosexuel et que tout se chamboule dans sa tête et dans son comportement au collège. Le thème a beau être assez récurrent dans le court-métrage (et pas seulement), il est ici traité dans un milieu plus inhabituel (la banlieue chez des jeunes d’origine africaine noire) et de manière assez intime en passant par le lien fraternel.

Trois autres films méritent également qu’on se penche un peu sur eux. Tout d’abord, « Le souffle court », doté d’une super photo, de Johann Dulat (école Louis Lumière) dans lequel Antoine se sert de son pouvoir de retourner dans le passé pour rencontrer des filles, jusqu’à ce qu’une certaine Alice le fasse changer. Puis, « The Blue Dress » de Lewis Martin où une caissière a des rêves de riche en se voyant dans cette fameuse robe bleue à froufrous aperçue dans une boutique de luxe. Enfin, un ovni : « Shunpo » de Steven Briand qui ressemble plus à une publicité (le film est d’ailleurs produit par Partizan Films qui a l’habitude de « traîner » dans la pub !) ou à un clip, mais l’exploit est bel et bien là. Il s’agit d’un film extrêmement visuel à la limite de l’expérimental, montrant une femme qui sort ou qui souhaiterait sortir de son propre corps, de sa routine « métro-boulot-dodo » juste pour un moment. Et ce souhait est rendu possible grâce la performance de la danseuse Juliette Nicolotto.

Au final, on assiste à une compétition française, certes très variée mais surtout très grand public (sauf peut-être pour ce qui est des films d’animation un peu plus violents et qui posent des questions bien plus existentielles) contrairement à la programmation de nombreux festivals de courts-métrages en France. Par ces choix, Off-Courts prétend alors proposer une « ligne éditoriale » résolument différente et assumée. On demeure néanmoins légèrement déçu que certains films soient sur un mode un peu trop artisanal malgré l’énergie ressentie. Peut-être a-t-on envie d’imaginer que pour l’un des cinq festivals de courts-métrages les plus réputés en France, la sélection française de l’an prochain sera plus exigeante.

Camille Monin

Article associé : l’interview de Wilfried Méance, réalisateur de « Suzanne »

2 réflexions sur “ Off-Courts 2013, les plus et les moins de la compétition française ”

  1. Bonjour,
    une erreur s’est glissée dans votre article : le film Reverso d’école d’animation n’est pas réalisé par un réalisateur, mais par trois d’entre eux et aucun d’entre eux ne s’appelle Christophe Derro, mais Kimberly Honma, Clément Lauricella, et Arthur Seguin :)

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