Michael Langan : « Notre coopération a été très simple : deux amis travaillant ensemble autour d’un projet commun pour en faire le meilleur film possible »

Pour accompagner le Coup de cœur Format Court remis à « Choros » de Michael Langan et Terah Maher, lors du festival Silhouette, nous avons posé quelques questions aux co-réalisateurs de ce film de danse ayant fait l’unanimité du jury. Après quelques échanges par mails, nous vous proposons d’en savoir plus sur leur travail, leurs influences et leur coopération artistique.

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Michael, quelles techniques avez-vous utilisées dans le film ?

Michael : A la fin du 19ème siècle, les photographes ont développé une nouvelle technique appelée « chronophotographie ». Il s’agit d’assembler une multitude de photos prises successivement et très rapidement. Cela permettait d’étudier le mouvement d’un sujet. Eadweard Muybridge a ainsi filmé la course d’un cheval en 1878. Avec l’utilisation d’un zootrope, ces images ont constitué les premières images animées au monde.

Quelques années plus tard, Etienne-Jules Maret a développé une variation de cette technique qui consistait à capturer de multiples poses d’un sujet sur une même couche de pellicule, créant ainsi une sorte d’écho visuel des mouvements.

En 1968, Norman McLaren a travaillé sur une adaptation cinématographique des techniques photographiques de Marey et Muybridge et a créé le film « Pas de deux ». Cependant, tout comme ses prédécesseurs, il s’est retrouvé confronté à un problème technique qui limitait les prises de vue à des actions en studio pour pouvoir obtenir l’effet souhaité.

« Choros » revisite ces innovations techniques et propose ses propres innovations autour de la technique initiale. Le compositing permet de s’affranchir des barrières techniques utilisées auparavant.

Vous évoquez Norman McLaren et « Pas de deux ». Avez-vous été fort influencé par  ce film ?

Michael : Notre amour mutuel pour le film « Pas de deux » a en effet influencé notre travail. Je pense que pour apprécier complètement « Choros », il est nécessaire de revoir le film de McLaren. C’est une condition importante pour comprendre qu’il s’agit d’un travail cinématographique dans la continuité de son travail. Lors de la création de « Choros », notre plus grande peur était de faire une sorte de copie de « Pas de deux » qui aurait été trop similaire à ce film de légende. Mais finalement, le film a été très bien accueilli et les fans de « Pas de deux » sont même devenus les plus grands fans de « Choros » !

Pouvez-vous nous parler des séquences en extérieur du film ? Que représentent-elles dans la narration ?

Terah : Nous savions dès le départ que le film parlerait d’intériorité et que la lumière vacillante représenterait une sorte de sensation que le personnage aurait du mal à extérioriser. Pour le danseur, cela revient à chercher à communiquer au spectateur ses émotions et ses sentiments à travers les mouvements de son corps.

Les trois parties du film représentent symboliquement la plongée de plus en plus profonde dans la psyché du personnage : en premier, une pièce faiblement éclairée, puis un espace plus sombre avec des bordures invisibles mais sensibles et enfin un champ ouvert et lumineux. Terminer sur le champ infini a une double fonction : d’une part, d’un point de vue visuel, cela permet de libérer les spectateurs de l’obscurité et, plus métaphoriquement, cela signifie que plus nous allons dans l’introspection, plus nous devenons expansifs.

Comment s’est organisé votre travail en duo sur ce film ?

Michael : Globalement, nous avons tous les deux touché à tout, que ce soit la structure du film, la réalisation ou la chorégraphie. Je me suis malgré tout plutôt concentré sur les aspects plus techniques du film comme la prise de vue et le compositing alors que Terah composait la chorégraphie et dansait devant la caméra. Notre coopération a été très simple : deux amis travaillant ensemble autour d’un projet commun pour en faire le meilleur film possible.

Terah : Prenez trois parts égales de jeu, de réflexion et de révision, combinez et répétez le tout, prenez le meilleur en y ajoutant une bonne dose de perfectionnisme et vous obtiendrez notre façon de travailler sur « Choros ».

La musique du film a été composée par Steve Reich. Pouvez-vous nous en parler ?

Michael : Il s’agit d’un extrait de « Music for 18 Musicians » qui a été composé en 1974. Quand nous avons commencé à travailler sur « Choros », nous n’avions pas de musique en tête. Nous avons testé le morceau de Steve Reich sur les images et cela a parfaitement fonctionné tant sur un plan rythmique qu’au niveau des émotions que nous souhaitions faire passer dans le film. Ce test fut si concluant que nous avons décidé d’acquérir les droits du morceau et heureusement Steve Reich a été d’accord.

Que souhaitiez-vous montrer au public en filmant cette chorégraphie avec cette technique ?

Terah : C’est très difficile de filmer la danse. L’expérience sensorielle et tridimensionnelle du live a tendance à disparaître quand elle est filmée en deux dimensions. Alors, notre idée a été de créer un langage dansé spécialement en accord avec la technique filmique utilisée. Quand je dansais, j’étais constamment avertie du rendu de mes mouvements sur l’image en deux dimensions qui allait être produite. La technique filmique utilisée dans « Choros » permet de mettre en évidence, de visualiser l’écoulement du temps, de fractionner et reconstruire le mouvement, de donner à voir des formes et des textures qui sont habituellement invisibles. Pendant que Michael programmait les paramètres du compositing, je m’entrainais à danser de plus en plus doucement.

Dans quelle mesure, Michael, vos films publicitaires ont-ils eu une influence sur vos courts métrages ?

Michael : J’ai eu tellement de chance de travailler dans la publicité avec des clients qui voulaient des films expérimentaux que j’ai utilisé mes travaux en pub comme un terrain de jeu pour développer des techniques et des idées pour mes courts métrages. D’ailleurs, certaines idées de mes courts sont citées dans les pubs. Par exemple, la stabilisation aérienne expérimentée dans « Doxology » a influencé mon travail technique dans la publicité « Fast Shoes » pour Adidas. Mais cette publicité a également servi d’expérimentation technique pour « Dahlia », un autre de mes courts, et ainsi de suite.

Qu’en est-il de vos projets, notamment de votre prochain court métrage « Butler, Woman, Man »?

Michael : Je viens de terminer « Butler, Woman, Man » qui a été produit par Paprika films avec le soutien de Ciclic et d’Arte France. L’action du film, située pendant la période de la belle époque, se déroule dans un château de la vallée de la Loire. Les habitants de ce château sont enfermés dans une sorte de cycle sisyphéen où chaque personnage se transforme à l’infini en un autre et ce, pour accomplir une routine immuable. C’est une ambiance assez noire et plus subtile que dans la plupart de mes films… C’est un peu comme si l’on cherchait à assembler les pièces d’un puzzle que l’on ne peut jamais finir. J’espère commencer à le diffuser au début de l’année prochaine.

Avez-vous envie de tourner un long métrage ? A quel genre collerait-il ?

Michael : J’adorerais faire un long métrage, j’anticipe d’ailleurs la préproduction d’un long pour l’année prochaine. Les courts métrages me plaisent beaucoup, je serai content de pouvoir continuer à en réaliser tout au long de ma carrière mais l’envie de long métrage est assez irrésistible quand on pense à la force créatrice que cela peut générer. Je pense que le film sera une combinaison stylistique de l’ensemble de mon travail, serpentant entre expérimentation technique et vignettes humoristiques. Pour l’instant, la partie la plus difficile est d’affiner le récit qui soutiendra le tout, je suis encore en plein travail !

Propos recueillis par Julien SavèsJulien Beaunay et Fanny Barrot

Article associé : la critique du film

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