Interview croisée. Jean-Baptiste Saurel, Franc Bruneau et Vanessa Guide autour de « La Bifle »

« La Bifle » , film décalé où il est question d’un règlement de compte à coups de « bites », réalisé par Jean-Baptiste Saurel et produit par Amaury Ovise, a connu sa première sélection à la 51ème Semaine de la Critique. À cette occasion, nous avions rencontré le réalisateur et ses deux comédiens principaux, Franc Bruneau et Vanessa Guide, sur la terrasse Nespresso du Festival de Cannes pour un entretien croisé, forcément « barré » et plein d’humour second degré.

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De gauche à droite : Franc Bruneau, Vanessa Guide, Jean-Baptiste Saurel © CM

Jean-Baptiste, d’où te vient cette idée de réaliser un film de série Z autour d’un « coup de bite » ?

Jean-Baptiste Saurel : À la base, je ne voulais pas parler d’une bifle (ndlr : action de gifler avec son pénis). C’est venu après. Mais l’idée était plutôt de faire un film sur les vieux complexes masculins et sur les années un peu douloureuses de l’adolescence. Cependant, il a vite été question de faire ce film sur la bifle pour pouvoir rire de ces complexes lointains et aussi de s’amuser sur la vengeance de la « petite bite » contre la « grosse ». À partir de là, le film s’est organisé autour d’un personnage qui en a une « énorme », Ti-Kon et d’un autre, Francis, qui est complexé avec un climax qui voit ces deux personnages s’affronter, s’est imposée toute seule. Par conséquent, la bifle est vraiment venue servir l’histoire d’un personnage qui se replonge dans son passé et qui règle ses comptes avec les démons de son adolescence.

Comment t’est venu le choix de la série Z ? Tu affectionnes particulièrement ce Jean-Claude Van Damme ou bien tu regardais ce type de films étant jeune ?

JBS  : C’est amusant puisque beaucoup de gens me parlent des références aux séries Z et m’évoquent également Jean-Claude Van Damme, même si je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir fait un film de série Z justement. Il est clair que le film est largement influencé par des films de ce genre car ça représente comme une grammaire pour moi, avec un vocabulaire qui me plaît, que je trouve plus ludique, plus frontal. Je trouve intéressant de raconter des histoires par ce biais-là, c’est beaucoup plus jubilatoire et plus efficace à mon goût. Après, j’ai aussi beaucoup pratiqué d’arts martiaux, j’adore les films de Kung Fu, etc… Je ne pense cependant pas forcément à Jean-Claude Van Damme mais certainement plus à Jackie Chan, Jet Li ou encore Stephen Chow. Par ailleurs, dans mon film, j’ai voulu distiller un peu de ces comédies américaines contemporaines avec des personnages de loosers un peu magnifiques qui ont plus ou moins peur de mettre les pieds dans le plat. Donc oui, il y a de la série Z, d’une certaine manière, mais surtout du film de genre pour son vocabulaire tranché et son aspect comique aussi.

Tu as directement pensé à Kazak pour produire ton film ?

JBS : En réalité, j’avais fait La fémis avec Amaury Ovise. On a suivi 4 ans de cours ensemble. Il s’était déjà occupé de la direction de production de mon travail de fin d’études. Et après, c’est naturellement qu’on s’est suivi après. On a mis pas mal de temps avant de mettre le doigt sur ce qu’on avait vraiment envie de faire, moi surtout et on a fini par faire « La Bifle ».

Quant aux comédiens, tu avais déjà pensé à eux ? Comment s’est effectué ton choix ?

JBS : Il y a eu un casting. Pour la petite histoire, j’ai fait beaucoup de gringue à Vincent Macaigne qui m’a complètement nié et je n’avais jamais vu Franc Bruneau. C’est un ami qui m’a parlé de lui. Après, le scénario lui a plu et ça m’a paru comme une évidence. En fait, pendant longtemps, j’ai cherché quelqu’un de plus âgé avant de me rendre compte qu’il fallait absolument que je prenne quelqu’un de ma génération. Et aujourd’hui, j’ignore comment j’ai pu penser à autre chose. Quant à Vanessa, c’est ma directrice de casting, tout simplement, qui me l’a conseillé. J’ai vu une photo d’elle, elle avait l’air super, puis il y a eu un casting et c’était vendu.

Par conséquent, tu ne les connaissais pas beaucoup. Mais le tournage s’est bien passé ? Tu aurais envie de travailler à nouveau avec eux ?

JBS : Oui, avec plaisir car ce sont des gens qui rentrent complètement dans mon univers et qui possèdent la même vision que moi du cinéma, c’est-à-dire hyper généreux et d’une grande confiance. Ils s’inscrivent dans ce que j’aime du cinéma. Vanessa est un personnage de comédie. Franc, aussi : il le porte indéniablement en lui, par sa voix, par son visage, par son regard…et par sa bite ! (rire)

Tout à l’heure, Jean-Baptiste, tu parlais de ton envie de travailler avec Vincent Macaigne. Et justement, Franc, on ne t’a jamais comparé à Vincent ? En effet, on peut penser à lui lorsqu’on voit tes différentes interprétations : ce côté un peu barré, paumé… Mais toi, comment te définis-tu ?

Franc Bruneau : Oui, ça a pu arriver qu’on compare mon travail à celui de Vincent Macaigne. Moi, je ne sais pas trop si je lui ressemble ou pas. Et je ne cherche pas à à ce qu’on me compare à lui. Je suis un peu lent, nonchalant, mais assez vif d’esprit. Par exemple, je comprends assez vite les scénarios qu’on m’envoie et j’ai rapidement une vision d’ensemble du film. Mais en général, il est vrai qu’on me propose souvent des rôles assez décalés parce que les gens ont l’impression que je suis décalé.

JBS : À côté de ça, il peut jouer une scène de Kung Fu et créer une belle dynamique sur ce film.

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Vanessa et Franc, quelle a été votre première impression à la lecture du scénario ?

FB  : Moi, ça m’a foutu la « gole » et j’ai eu envie de le faire direct (rires). Plus sérieusement, je me suis dit que jamais on ne me proposerait à nouveau un film comme ça. Je suis aussi admiratif de la nouvelle génération américaine qui a été lancée par Judd Apatow (ndlr : réalisateur, entre autres, de 40 ans, toujours puceau). Ces gens amènent quelque chose d’hyper frais à la comédie. Et en lisant le scénario de Jean-Baptiste, j’ai senti que c’était dans la même veine, mais avec une patte personnelle, propre à lui.

Vanessa Guide : Moi, j’adore les gens qui vont au bout de leurs idées, quels que soient leurs délires parce que je suis un peu comme ça aussi. Je n’ai pas non plus peur du ridicule et encore moins dans ce métier, dans la limite de la décence bien sûr. Je me suis donc dit que ce mec était génial et que je n’avais jamais lu un truc pareil. Pourtant, j’ai lu plusieurs scénarios de comédie dernièrement, que ce soit en court métrage, en long ou autres, et avec Jean-Baptiste, j’ai eu affaire à quelqu’un qui sort complètement des sentiers battus. En fait, il s’appuie sur des choses qui existent déjà mais en créant un objet vraiment à lui. Il possède un réel univers et au départ, je le coyais comme un ovni. J’avais envie de me lancer sous sa direction et j’ai vraiment voulu ce rôle.

Franc, tu t’es mis au Kung Fu pour pouvoir interpréter ce rôle et rentrer dans la peau du personnage ?

FB : En réalité, on a fait pas mal d’entraînements de Kung Fu. On a répété à plusieurs reprises la chorégraphie.

Peut-on affirmer que c’est toi qui joues toutes les scènes, Kung-Fu et autres, qu’il n’y a aucune doublure ? On ressent tout de même la curiosité de te demander si c’est bien toi qui joue lors de la scène finale, du combat de bifle ?

FB : Là, je pense qu’il ne faut pas répondre à ce genre de question… (rires)

VG : … Histoire de ne pas faire tomber le mythe…

FB : …. De la petite bite (rires). De la bite normale finalement.

JBS : Oui, parce que le vrai sujet du film c’est ça : typiquement, sa bite n’est pas petite, mais il la voit comme ça.

Vanessa, tu es à Cannes avec une autre actualité que celle de « La Bifle » puisque tu fais partie, cette année, des Talent Cannes Adami avec le film « La Marque des Champions » de Stéphane Kazandjian. Parle-nous de cette expérience.

VG : En réalité, pour intégrer les Talents Cannes Adami, on passe par une sélection : dans un premier temps, il faut avoir moins de 30 ans, puis envoyer un CV, une bande-démo, des photos et une lettre de motivation. Il y a plus de mille comédiens qui se présentent chaque année et entre nous, il faut avoir la chance d’avoir été déjà repéré auparavant pour avoir la chance de passer un casting. Quant aux films courts dans lesquels on joue, les réalisateurs ont déjà écrit un scénario autour d’un thème imposé (cette année, le sport) et ils contactent ensuite telle ou telle personne qui leur convient pour les rôles. J’ai par conséquent passé un casting pour les deux rôles féminins proposés dans le film pour lequel j’ai été appelée. Au final, j’ai été prise pour le rôle de « recruteuse de talent de football » que j’interprète. Enfin, la contrainte est de tourner le film en une seule journée.

JBS : Si je peux me permettre, l’Adami a participé à « La Bifle ».

VG : Oui et grâce à ça, on a été hyper bien payé ! (rires)

JBS : J’en ai été ravi et l’Adami s’est montré génial car il y avait beaucoup de travail à faire. Evidemment, Kazak a apporté énormément au film. En recevant l’Aide au programme, elle a su me faire confiance sur ce film. Concrètement, c’est un réel gage de confiance et une prise de risque de Kazak car soyons honnêtes : nous n’aurions jamais eu d’autres aides du CNC pour ce projet. Peut-être que pour mon prochain film, avec la réussite de « La Bifle », ce sera différent, mais en tout cas, l’Aide au programme a été le premier financement et sans ça, j’ignore comment on aurait fait.

En effet, on peut parler d’une réussite pour ce film puisque vous êtes là à Cannes, sélectionné à la Semaine de la Critique et c’est apparemment un des films les plus visionnés au Marché du Film. D’ailleurs, c’est votre première fois à Cannes pour tous les trois. Quelles sont vos impressions ?

JBS : Faute de paraître cliché, c’est surtout l’énorme plaisir de pouvoir montrer le film. On a tourné en mars dernier et on a terminé il y a tout juste 14 jours. Tout est allé très vite en fait, sauf l’écriture qui a duré plus d’un an et demi. Après, Cannes est une super caisse de résonnance et c’est cool de voir une comédie tranchée comme ça ici. Ça m’encourage clairement, ça me conforte dans un genre que j’ai envie de continuer d’explorer. L’alliance entre une comédie un peu série B et une sélection cannoise m’apporte beaucoup de fierté. Quant au festival lui-même, ce n’est que du plaisir.

VG : Moi, malheureusement, mon plaisir est un peu entaché par ma condition labiale (rires). Je suis évidemment un peu dégouttée puisque tout était réuni pour que ce soit génial : j’avais deux bonnes raisons d’être là, l’Adami et « La Bifle » , mais quelqu’un haut placé, en a décidé autrement.

FB : Tu verras que d’ici un an, en y repensant, tu te diras que c’était justement mieux avec la lèvre éclatée.

VG : Après, encore une fois, je n’ai pas peur du ridicule alors oui, j’ai monté les marches avec mon masque de chirurgien. Je pensais au moins passer dans Le petit journal ou au Zapping, mais même pas (rires).

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Pour passer au Zapping, il aurait fallu apporter la fameuse « bite géante »…

JBS : Il ne faut pas en parler comme quelque chose à part entière. Elle appartient à Thévada/ Ti-Kong. Il ne l’a juste pas sortie cette fois-ci, mais il y aura des projections à Paris où on le verra en pleine possession de ses moyens et où il pourra en parler.

Pour finir, quelles sont vos actualités respectives ?

VG : J’ai plusieurs courts métrages à venir, dont un avec Franc, réalisé par Bernard Tanguy.

JBS : Moi, après le succès de « La Bifle » , je vais très vite avoir envie d’action ! J’ai un long-métrage que j’ai clairement en tête et je vais, par conséquent, m’y mettre dès cet été. Ça va me prendre pas mal de temps, mais j’aimerais bien avoir un court à tourner début 2013, voire fin 2012. J’ai encore plein de trucs assez drôles à raconter dans la continuité de ces personnages. Il est question de partir sur une trilogie « La Bifle »  qui permettrait de continuer d’explorer les méandres et les complexes masculins de façon drôle et vive (rires et cris de joie de Franc et Vanessa).

Propos recueillis par Camille Monin

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