Clément Michel : “Mon moteur d’écriture, c’est de jouer dans mes projets. Ça répond à mon désir d’acteur”

Après un premier court Bébé moquant malicieusement les affres de la paternité, Clément Michel a réalisé un deuxième film en pensant à Julie Budet alias Yelle. Ce film, Une Pute et un Poussin, issu de la collection Canal + « Ecrire pour un chanteur », remportera peut-être tout à l’heure le César du meilleur court métrage. Rencontre croisée autour du rire triste, de l’insolite, et du touchant.

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On te retrouve bien plus sur les sites de théâtre que de cinéma. L’hybridité entre l’humour et l’émotion, c’est quelque chose que tu revendiques beaucoup dans ton travail.

Que ce soit dans les pièces ou les courts métrages, je suis très attiré par la comédie parce que je trouve ça très, très large. J’aime bien naturellement que ce soit touchant et drôle, un peu absurde, un peu décalé. Parfois, c’est plus comique que touchant. Par exemple, la première pièce que j’ai écrite, Carton, est une franche comédie de boulevard, alors que la deuxième, Début de fin de soirée, était plus touchante et cynique que drôle.

Il y a des moments où l’on écrit sans trop savoir vers quoi on va, vers le théâtre, vers le cinéma, … . À l’époque du Carton, à quel moment t’es-tu dit que tu étais en train d’écrire une pièce ?

Assez vite. Ayant fini l’ESRA (Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle) et ayant commencé à faire du théâtre en tant que comédien, je m’épanouissais beaucoup dans une troupe tout en n’oubliant pas qu’écrire et peut-être réaliser des choses décalées me plairait bien. Je me suis mis à écrire Le Carton en ne sachant pas trop ce que c’était : un sketch, un court, … À la fin, c’est devenu une pièce. Et puis, c’est grâce au Carton que je me suis retrouvé dans le cinéma, lorsque la pièce a été adaptée en long métrage par Charles Nemes.

Quand on s’est arrêté sur un mot (théâtre) et que l’objet se transforme en film, comment est-ce qu’on ressent les choses ?

Ca s’est passé très sainement. J’ai signé en connaissance de cause. Je suis resté scénariste du film, mais je n’avais pas de velléité de le réaliser. J’ai vécu le tournage du premier au dernier jour. J’avais participé à beaucoup de tournages en régie ou en assistanat quand j’étais à l’ESRA. Techniquement, j’ai évidemment appris de nouvelles choses mais c’était la gestion humaine qui m’intéressait surtout. C’était marrant de voir comment Charles gérait des mecs comme Omar et Fred ou Bruno Salomone. En fait, ce sont des comédiens faciles à gérer, à la fois des bosseurs et des clowns.

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Bébé

Tu joues dans tes films comme dans tes pièces. Quelle est la différence entre jouer sur une scène et sur un plateau ?

Ah, c’est très différent. Mais là, en l’occurrence, en jouant dans les courts, j’ai pris un gros risque. Mon moteur d’écriture, c’est de jouer dans mes projets, ça répond à mon désir d’acteur. Sur Bébé, les producteurs (Sombrero) m’ont demandé si j’allais jouer dans le film. Je leur ai expliqué que c’était une motivation de jeu de l’avoir écrit pour moi et que je serais meilleur directeur d’acteurs en jouant avec les gens. Je l’ai fait, ils étaient contents. Après, pour le Poussin, c’était pareil : je l’ai écrit pour le faire, mon Poussin.

Au théâtre, quand je joue, il y a un metteur en scène. Je ne mets pas en scène mes pièces. Je me lâche, je me fais plaisir en tant que comédien devant les spectateurs. De même, j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer sur les courts, avec de supers comédiens. Le plus gros boulot a été d’être réalisateur. La réalisation, c’est à la fois excitant et oppressant alors que le jeu me détend. Je n’ai pas le trac quand je joue.

Il n’y a pas spécialement de liens entre tes films mais il y a un ton quand même qui s’en dégage.

Non. Un bébé, un poussin, une pute. Allez, la prochaine fois, un mammouth ! Moi, je sens pourtant un lien en jouant. J’aime bien le côté pince-sans-rire, comique, touchant, un peu absurde. Sur les courts et le long que je développe, j’aime bien prendre le risque de me dire que je frôle le cul-cul en permanence, que je n’ai pas peur d’être premier degré.

Qu’est-ce que l’expérience de Bébé a pu t’apporter pour Une Pute et un Poussin ?

On a appris à se connaître avec Sombrero, on travaille encore ensemble sur le long. J’ai appris plein de choses sur la technique pure, j’ai appris à déléguer, à dire par moments que je m’en fous ou que je ne sais pas. Le jeu, la direction d’acteurs, c’est ce qui m’intéresse le plus. Sur Bébé, j’avais trois partenaires de jeu sur cinq jours. Sur Une Pute et un Poussin, j’étais plus préparé mais il y avait un paramètre de plus : Yelle n’avait jamais joué.

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Les chanteurs ne sont pas des gens à qui on pense directement pour un film. Est-ce que c’est quelque chose qu’on prend en considération, le fait qu’ils aient moins d’expérience que nous ?

Oui. Je n’étais pas du tout intimidé, elle non plus. C’était sain, je n’étais pas du tout chevronné en tant que réalisateur, elle n’avait pas d’expérience en tant qu’actrice. Je pouvais la rassurer par rapport à mon expérience de théâtre, de jeu. Elle avait une très grosse envie de jouer. Je lui ai dit : “Je ne te connaissais pas avant, maintenant, tu es comédienne, tu joues.” Yelle est très douée, le rôle lui plaisait, elle l’avait bien intégré. J’ai horreur qu’on me dise : “Elle joue bien pour une chanteuse.” Ma mère ne la connaissait pas, je voulais qu’elle me dise : “Elle est super, cette actrice. Elle a fait combien de films ?” C’est ce qui s’est passé.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire pour quelqu’un comme elle ?

En regardant la liste des chanteurs, j’ai senti que Yelle dégageait quelque chose. Très vite, j’ai eu un gros coup de coeur pour elle. Je me suis dit que je pouvais participer à ce concours, j’ai appelé Sombrero, j’ai demandé à Thomas Verhaeghe s’il me suivrait sur le principe parce qu’il fallait une production. Il a accepté.

Ce qui est venu en cours de tournage, c’est la valeur ajoutée de Julie, je ne pouvais être que bon parce que j’étais hyper ému quand on jouait ensemble. On était dans notre petite bulle tous les deux en n’oubliant pas le film. J’ai pris un plaisir énorme en tant que comédien sur ce film mais je crois que c’était surtout lié à mon déguisement de poussin. On ne voyait que mes yeux, j’étais peinard, je n’avais pas grand chose à faire. Le costume prenait une telle place que je pouvais jouer le clown blanc tranquillement sans en rajouter des tonnes.

Le costume était tellement énorme que tu devais limiter ta palette d’émotions ?

Oui. Moi, ça me fait rire, un mec en poussin qui dit à une fille qu’elle est habillée comme une pute alors qu’il roule sur un vélo pourri et qu’il déclare revenir d’une fête déguisée ! Tu parles, le mec revient d’une animation saucisson au supermarché, oui. C’est plus gros que lui, c’est la loose ! En fait, le costume m’a beaucoup aidé. Après, quand je l’ai enlevé les deux derniers jours, ça a été plus dur. J’avais une pudeur de comédien, là, je devais y aller, je n’avais plus de costume, mais ça me servait aussi pour le rôle.

La scène où on se dénude tous les deux, je voulais que ce soit une belle scène, comme si on était vraiment en train de faire l’amour sous la baraque à frites. Le poussin a la douceur de ne pas la regarder, il s’en fout, il n’est pas là pour se taper une nana. Du coup, j’ai dit à Julie : “Tu vas être très belle quand tu vas te déshabiller, je ne filme pas te seins, je te filme, toi.” Moi, j’ai horreur de voir des films dans lesquels les hommes sortent de leur lit en se mettant un drap autour de la taille.

C’est marrant parce que dans Bébé, tu portes encore ton caleçon après avoir fait l’amour.

Dans Bébé, j’ai fait cette connerie-là, je ne suis pas sorti à poil. Après le montage, je me suis rendu compte que ça ne marchait pas, que je m’étais trompé. Voilà, j’ai appris ça, filmer les gens nus. Donc je suis dans le porno maintenant !

Ah oui, c’est bien, ça.

Je développe une trilogie pornographique. Non, ça avance sur du très, très long métrage ! D’ailleurs, si tu montes un magazine au nom de Format long, ça m’intéresse ! Ce sera La Ferme des Animaux remaniée : Orwell rencontre HPG ! Mais je l’ai mon sujet, je viens de le trouver. Chicken Run versus Clara Morgane, oh putain. Je vais appeler Sombrero, ils vont être contents. Ils attendaient vraiment un porno après les courts, je pense !

Quel est l’état d’avancement de ton long, Thomas Platz a un bébé ?

J’attends des réponses d’acteurs, pour le moment, il est en financement. Je cherchais un titre un peu énigmatique. Longtemps, le film s’est appelé Presque papa mais je trouvais que ça faisait un peu Joséphine, ange gardien comme titre donc je l’ai modifié. Ce long métrage est un cousin germain du Poussin et du Bébé.

Propos recueillis par Katia Bayer

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