Translating Edwin Honig : A Poet’s Alzheimer’s d’Alan Berliner

Etre et ne plus être

Alan Berliner, à ne pas confondre avec Alain Berliner (réalisateur belge) et avec Alan Berliner (avocat de Columbus/travailleur social à Seattle/photographe de Los Angeles) consulte régulièrement ses albums de famille et creuse du côté de ses racines lorsqu’il se met en tête de faire des films considérés par la critique et le public comme drôles/intimistes/expérimentaux/identitaires.

Entre autres à l’origine d’un documentaire fascinant, « The Sweetest Sound » qui fait le point sur son patronyme et ses homonymes, Alan Berliner (le « vrai », le réalisateur indépendant de Brooklyn) est également l’auteur d’un film-portrait sensible et profondément universel, « Translating Edwin Honig : A Poet’s Alzheimer’s » projeté actuellement au festival de New York .

Pendant quatre ans, le réalisateur a rendu visite à son cousin, ami et mentor Edwin Honing, un poète et traducteur, atteint de la maladie d’Alzheimer. À travers un découpage en chapitres, il filme de près un homme de 91 ans, en proie à d’importantes pertes de mémoire et de langage, qui ne se rappelle plus celui qu’il a été. Patiemment, Berliner interroge Honing, revient à la charge, reformule ses questions, le confronte à des contre-vérités. Assis dans son fauteuil, son homologue, beau et digne, a bien des moments de lucidité et de conscience mais il ne peut se raccrocher au moindre souvenir (« I remember what I’ve forgotten and I forget what I’ve remembered »). Toutefois, Honing, le poète de jadis, a conservé son humour et un sens du rythme, des mots et de la musicalité.

La pertinence de ce court tient à son humanité et son montage. « Translating Edwin Honig : A Poet’s Alzheimer’s » est loin d’être un film voyeur et obscène sur la vieillesse et le déclin de l’esprit humain. Tout au contraire, c’est une preuve d’amour cinématographique (Berliner aime Edwin même si celui-ci a oublié qui il l’est et quels rapports ils entretenaient par le passé) qui suscite l’empathie par son sujet omniprésent à l’image, qui constitue un essai éclairé sur la dignité des personnes âgées et offre un regard sans fard et concessions sur ce mot mi-étrange mi-barbare que représente celui d’ »Alzheimer ». Grâce à des coupes fréquentes et à des inserts répétitifs, Berliner joue avec les nombreux plans, sons et mots capturés par la caméra de son directeur photo, Ian Vollmer, pour livrer un portrait incroyablement vivant de son ami filmé à différents stades de sa maladie.

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Toute réalisation renvoie à soi. Travaillé par les notions d’identité et de mémoire (dans tous les sens du terme), Berliner, en filmant Honing, ne peut s’empêcher de penser à son grand-père et son père atteints des mêmes symptômes dans leurs dernières années de vie ainsi qu’à sa propre angoisse éprouvée face à la vieillesse et à la perte de mémoire. Il imagine aussi que Honing n’aurait pas rejeté l’idée d’être filmé, comme si il offrait au monde « un dernier geste poétique ». Courant 2011, ce geste devrait gagner en intensité vu que Berliner est en train d’achever « Lost in Memory Lane », un long métrage centré sur la perte de mémoire et sur la personnalité de son oncle, qui a donné en cours de route le film actuel. La curiosité est de mise, tant l’émotion éprouvée devant son dernier travail est puissante.

Katia Bayer

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