Focus sur 4 courts métrages présélectionnés aux César 2021

Cette année, 24 courts-métrages sont présélectionnés aux César 2021 (liste complète ici).
 Ces films seront soumis au premier tour vote des membres de l’Académie ce mercredi 10 février. En attendant l’annonce des nominations, découvrez quelques-uns d’entre eux qui nous ont marqués.

Sororelle, court-métrage d’animation signé Frédéric Even et Louise Mercadier, explore tant bien les relations humaines que le paysage morose qu’il y dépeint.
 Titre emprunté à un mot aujourd’hui, disparu des dictionnaires, “sororelle” définit ce qui est propre aux sœurs. Le ciel est bleu, le vent souffle doucement, les oiseaux gazouillent, tout semble si calme et pourtant, un cataclysme est sur le point d’arriver. Trois sœurs, trois manières différentes de réagir face au danger prééminent.
 La raison de la menace ? Une mer houleuse arrivant de nulle part, venant tout engloutir sur son passage, là où la terre est plate.  À première vue, aucun moyen de survie.

Les personnages de ce film sont faits de résine et de papier froissé ressemblant à de la pierre. Ces matières rigides viennent s’opposer à celles plus douces de la mer composée de coton et de vieux chiffons. Les sœurs articulées ressemblent à des pantins, ici manipulés par les forces de la nature.

L’attente du raz-de-marée se fait longue et la panique prend place, les corps se dégradent avec le sel qui vient les ronger petit à petit. La somatisation de la peur détruit avant même l’arrivée du réel danger.
Le rapport à soi et aux autres se transforme lorsque notre vie est menacée, lorsque la panique prend place.

La mer, symbolique de l’inconscient, vient submerger les pensées des sœurs, les emmenant dans leurs angoisses les plus profondes, les confrontant les unes aux autres. La peur éloigne et fait naître en nous de nouveaux sentiments. C’est d’ailleurs le sujet abordé dans Yandere.

Une Yandere (terme japonais) désigne une personne malade et amoureuse, une personne que l’amour vient à rendre malade voir psychotique.
 Réalisé par William Laboury en 2019, Yandere est un court-métrage de fiction, lunaire et futuriste. Il nous emmène, par sa poésie, dans un univers à mi-chemin entre le technologique et le fantastique.

Mais c’est surtout d’une histoire d’amour dont il est question ici. Maïko, la petite amie holographique de Tommy se sent délaissée lorsque celui-ci rencontre une autre fille, bien réelle. Son cœur se brise, sentiment qu’elle n’avait jamais connu auparavant, ses larmes coulent et parviennent jusqu’à sa bouche. Littéralement, elle goûte aux larmes, et à toute la tristesse qui vient avec, puis comme dans toutes les étapes du deuil, s’ensuit la colère, la rage. C’est l’histoire d’un cœur meurtri qui passe, en un claquement de secondes, de l’amour à la haine.

Couleurs vives et flashy dans un style manga, alternant le rouge et le bleu électrique, le film nous parle d’un monde proche du nôtre, dans lequel l’objet tient une place importante. Au Japon, la croyance selon laquelle les objets possèdent une âme est très répandue, c’est d’ailleurs ce qui questionne le réalisateur, William Laboury. Quelle est donc la frontière entre l’organique et la robotique, voire le non organique de manière plus générale ? Si Maïko, au stade de poupée, est capable d’aimer qu’est-ce qui la différencie de nous ? La colère l’a autorisée à devenir humaine et la souffrance à s’émanciper et à briser ses chaînes. L’objet est capable de ressentir et d’aimer.

Yandere amène pleins de questions sur le monde et nos manières d’aimer dans un monde où l’amour semble être relayé au second plan.
 Malgré cela, il reste important, c’est ce que Shakira, film de 25 minutes, réalisé par l’actrice et réalisatrice Noémie Merlant, défend.

Ce court-métrage nous emmène en banlieue parisienne, proche de la gare du Nord, dans un camp de Roumains, installé sur la voie ferrée. Shakira est une jeune fille de 17 ans, elle cherche à se faire de l’argent pour rembourser les dettes de son grand frère, figure paternelle de la famille.
 Afin d’y parvenir, elle se rapproche d’un groupe de jeunes, le gang aux pinces, pour tenter de sauver ses proches de la rue.
 L’adolescente n’a pas froid aux yeux, d’une beauté charmante et disgracieuse à la fois, elle n’hésite pas à accoster Marius, l’un des membres du gang. Elle force l’admiration, fait preuve de témérité, et n’a pas grand chose à perdre de toute façon.
Noémie Merlant montre, dans son film, la réalité et la précarité des habitacles de ceux qu’on appelle communément les Roms.

Au plus proche du réel, la réalisatrice tient à briser les clichés établis autour de cette communauté pour en dévoiler son quotidien. Un quotidien de courage et de débrouille.
 Elle démontre alors que ces adolescents ne sont que des enfants qui grandissent trop vite, vivant dans la misère, obligés de voler pour, non pas vivre, mais survivre.
 Aucun comédien sur le plateau, seulement des vrais roumains arrivés en France, récemment, mettant en scène leur propre existence.
 La caméra suit Shakira et le gang de très près, déambulant secrètement dans un Paris nocturne aux couleurs rougeâtres.
 Mais dans ce chaos, un amour naissant, symbole d’espoir semble apparaître, pourrait-il sauver Shakira ?
 Cette fiction aux allures de documentaire nous confronte directement à une réalité bien présente et Noémie Merlant nous transmet un message important : comprendre avant de juger.

Joyeusement lugubre, Jusqu’à L’os de Sébastien Betbeder, réalisé en 2019, dresse le portrait d’une figure emblématique d’Amiens, Usé. Musicien et politicien, anciennement candidat aux élections municipales, il se livre à un journaliste, Thomas, fraîchement débarqué dans la ville paisible.

Dès lors, se profile une balade, entremêlant ébriété et religion, musique et politique, sur fond de partage et moments intimes volés à la nuit.
 Cette soirée symbolise la jeunesse, les souvenirs et le temps qui passe.
 La rencontre de ces deux âmes perdues, Usé (Nicolas Belvalette) et Thomas (Thomas Scimeca), se fait pleine d’humour et de poésie. Le parti politique fondé par l’amiénois – le parti Sensible ou Sans Cible – prônait nature et ivresse, tout ce dont ce monde manque et que ce court-métrage nous donne.

Dans le plus grand calme, la mort rôde, et la musique expérimentale, à l’image d’Usé, rythme l’histoire à la manière d’une horloge mal réglée, trop rapide.
 Le film retranscrit nos désillusions par son authenticité, c’est d’ailleurs Nicolas Belvalette, l’interprète d’Usé qui a directement inspiré le réalisateur Sébastien Betbeder. De nombreux éléments sont réels et font de ce court-métrage, un film engagé, défendant nos libertés.
 Le personnage d’Usé dessine, à lui seul, une caricature de la société, une société où l’on ne croit plus en rien, ni en la politique, ni en la religion, et pourtant ce sont elles qui dirigent nos vies. Les deux amis cherchent un sens à tout cela, à rire, à oublier et se souvenir, mais surtout à profiter de la vie entièrement, jusqu’à l’os, avant qu’il ne soit trop tard.

Manon Guillon

Article associé : les choix des courts en lice vus par notre collaborateur, Piotr Czarzasty

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