Retour sur la 59ème édition d’Annecy

À l’occasion de la 60ème édition du Festival d’Annecy qui commence aujourd’hui et qui se tient exceptionnellement online cette année en raison de la crise sanitaire, nous revenons sur 5 coups de cœur issus de l’édition de l’année passée.

L’un de ces films, The Girl in the Highway de Valerie Barnhart, fait par ailleurs partie de notre sélection de 16 courts-métrages programmés entre 2002 et 2020 au festival, tous accessibles en ligne, mis en avant sur notre site et nos réseaux à partir de ce lundi 15 juin 2020.

My Generation de Ludovic Houplain (France)

My Generation est le dernier court métrage de Ludovic Houplain multiprimé en son temps pour Logorama. My Generation, court-métrage explosif à l’esthétique neo-pop, dresse un état des lieux de notre monde contemporain. Dans cet inventaire, tout y passe, l’art, les GAFA, le sport, la religion, la pornographie, la politique, les finances…C’est aussi un voyage à travers le temps que l’on visite. Depuis Logorama, 10 ans ont passé. De la société de consommation, on passe une société hyper connectée. Dans My Generation, un long travelling de 8 minutes traverse notre époque, sans jugement, dressant ainsi un constat de l’aliénation du monde moderne. Devant ce long plan-séquence, en caméra subjective, le spectateur est embarqué dans une voiture invisible qui roule en marche arrière à toute allure faisant défiler devant lui les logos, les enseignes, les personnages qui peut-être deviendront demain les vestiges de notre temps….

Je sors acheter des cigarettes d’Osman Cerfon (France)

Osman Cerfon dont les films ont souvent été sélectionnés et primés dans de nombreux festivals (Chronique de la poisse ou Comme des lapins…) abordait l’an passé dans son dernier court métrage, Je sors acheter des cigarettes, le thème de la famille. Dans son film aux couleurs pastel, Osman Cerfon nous montre les difficultés de la famille monoparentale. Jonathan un garçon de douze ans qui vit, ou plutôt cohabite avec sa mère et sa sœur, voit son père partout, recroquevillé dans les placards, planqué dans la machine à laver ou encore dans l’aspirateur…. À travers une mise en scène surréaliste, Osman Cerfon nous plonge dans la tête de Jonathan avec beaucoup d’humour et de tendresse. Les visions loufoques de l’adolescent traduisent le manque de son père absent et la difficulté de vivre sans lui car après tout, il est seulement sorti quelques minutes, le temps d’acheter des cigarettes…

Acid Rain de Tomek Popakul (Pologne)

Film polonais au style graphique dans la mouvance punk, Acid Rain nous emmène dans l’univers des rave party des années 90. Un travail remarquable est à saluer sur le son et la musique pour illustrer l’errance, fil conducteur du film. De longues séquences électro proches de l’expérimental viennent rythmer les délires visuels psychédéliques des deux personnages sous l’emprise de psychotropes. Dans ce film sous acide, on suit les déambulations d’une jeune fille qui semble avoir fugué et qui fera la rencontre de Skinny avec qui elle partagera un bout de chemin. Ce road-movie en caravane nous plonge dans l’atmosphère oppressante de la jeunesse désenchantée des pays de l’Est.

Oncle Thomas – La comptabilité des jours de Régina Pessoa (Canada, France, Portugal)

Histoire tragique avec fin heureuse ou encore Kali le petit vampire : les films de Régina Pessoa ont en commun une prédilection pour l’enfance. Son quatrième court ne déroge pas à la règle. La réalisatrice nous parle directement de son enfance et de son oncle Thomas qui a eu une influence déterminante dans sa vie d’artiste. Dans son court-métrage, Oncle Thomas représente cet oncle à qui elle rend hommage. Accompagnée par sa propre voix en off, elle nous transporte dans les souvenirs de la maison de sa grand-mère. On découvre cet oncle excentrique qui tenait une comptabilité de chaque chose et pour qui elle vouait une tendresse et une admiration sans faille. C’est aussi l’oncle Thomas qui lui a appris à dessiner sur les murs de chaux avec du charbon de bois… On retrouve d’ailleurs dans chacun des courts-métrage de Régina Pessoa ce style graphique qui lui est propre, celui de l’effet gravure, qui a une origine directe avec la pratique du dessin de son enfance. Dans une atmosphère tamisée aux nuances sépia, ponctuée par des touches de couleurs qui viennent rythmer les souvenirs, elle nous livre ici un bel hommage à son oncle.

Girl in the Hallway de Valerie Barnhart (Canada)

Girl in the Hallway de Valerie Barnhart est un film bouleversant sur le kidnapping d’une petite fille dont le scénario est magistralement mis en scène. À travers un témoignage en voix off, un homme nous raconte l’histoire de cette fillette qui attendait chaque jour dans le couloir de son immeuble le retour de sa mère partie travailler. Laissée à l’abandon, elle allait régulièrement frapper aux portes de ses voisins qui ne la laissaient pas rentrer jusqu’au jour où elle ne vint plus frapper aux portes… Ce film poignant dont les diverses techniques d’animation 2D servent le sujet à la perfection (sable, papier découpé, crayon….) traduisent parfaitement les émotions d’angoisse et de solitude de l’enfant.

Une palette de couleurs sombres renvoie à l’atmosphère inquiétante de l’abandon. Livrée à elle-même, la petite cherche du réconfort auprès de ses voisins de palier qui restent sourds à sa demande… Critique sur l’individualisme, le rejet et l’indifférence qui, parfois, peuvent être fatals, Girl in the Highway fait également partie du focus que nous consacrerons à partir de ce lundi à Annecy.

Karine Demmou

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