Decorado d’Alberto Vazquez

Après avoir réalisé « Birdboy » et « Sangre de Unicornio »,  le réalisateur et illustrateur espagnol Alberto Vazquez revient avec un nouveau court, influencé par l’univers du conte, du fantastique et de la gravure, « Decorado », présenté à la dernière Quinzaine des Réalisateurs et au prochain festival d’Annecy.

Arnold, un ourson tout mignon, Maria, sa souris de copine, Ronald Duck, un comédien sur le retour, un copain fantôme, des poissons sexy à souhait, un monstre harpiste, un champignon parlant, un hibou géant, … : la dernière création d’Alberto Vazquez possède un sacré lot de curiosités.

Son film très court (7 minutes) fonctionne comme un tout entrecoupé d’un refrain (« Decorado », le décor) enchanteur ou flippant (c’est selon). L’histoire est celle d’Arnold, un petit ourson anxieux ne sachant jamais vraiment si il évolue dans le rêve ou la réalité, si ce qui l’entoure est un décor crée de toutes pièces ou sa propre vie.

Dans la foulée de ses précédents courts, le réalisateur continue de représenter les passions humaines sous les traits d’animaux : « Birdboy » s’intéressait déjà à une souris et à un oiseau échouant à prendre son envol dans un monde déshumanisé et masqué tandis que « Sangre de Unicornio » suivait des frères ours chassant la licorne sur fond de rivalité Caïn/Abel.

Avec « Decorado », Alberto Vazquez se balade élégamment entre l’étrange et le cauchemardesque, le monde intérieur, les hommages à Munch, les petites voix intérieures et les rires préenregistrés, la frontière complexe entre l’artifice et la réalité.

« Decorado » est un film intriguant, hilarant, glaçant, noir. Même animé, le film dit beaucoup sur le ressenti, la solitude face au monde, le lien amoureux, la folie, l’envers du décor. Ces thèmes se retrouvent ailleurs, sur papier puisque Vazquez, n’ayant pas étudié l’animation, a réalisé bon nombre d’illustrations pour la presse (jetez un oeil à la page Editorial sur son site internet) et achevé plusieurs livres qu’il n’hésite pas à adapter (comme pour « Birdboy »).

Avec son univers pour le moins singulier, un attrait pour le mystère et l’iconique, un rendu poétique/sombre, un côté touche-à-tout, Alberto Vazquez nous intéresse. Ses films se ressemblent et diffèrent à chaque fois. On sent un artiste évoluer, avancer dans son travail et ses recherches, prendre des risques tant au niveau de la musique, des voix (espagnoles,  ça change !) que de l’animation.

Si les premiers films se faisaient sans beaucoup d’argent, Alberto Vazquez peut désormais compter sur le soutien d’Autour de Minuit qui l’a accompagné pour « Decorado » et son premier long, « Psiconautas », co-réalisé avec Pedro Rivero, basé sur le roman graphique homonyme de Vazquez.

En juin, le film sera présenté dans la compétition officielle des longs-métrages à Annecy et on y retrouvera les personnages animaliers de « Birdboy » dans un monde désolé, dévasté. « Decorado » ne sera pas loin puisqu’il est programmé aussi, dans la compétition des courts. À la Quinzaine des Réalisateurs, ces jours-ci, ce dernier n’a peut-être pas remporté le prix illy du court métrage (le seul pour la forme courte dans cette section), mais il a représenté le film d’animation le plus original qu’on aura vu à Cannes, toutes catégories confondues.

Katia Bayer

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Article associé : l’interview d’Alberto Vazquez

Une réflexion au sujet de « Decorado d’Alberto Vazquez »

  1. Merci beaucoup pour tous ces détails !

    Je sors de psiconautas, séance pendant laquelle a aussi été diffusé Decorado.
    Surprenant, et d’une poésie sombre, juste, avec un humour tranchant.

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