Sonámbulo de Theodore Ushev

Dans son nouveau court métrage présenté au festival d’Annecy et de Toronto cette année, Theodore Ushev met en scène un kaléidoscope d’images animées sur la chanson Opa Hey de son compatriote bulgare Kottarashky. Un poème audiovisuel au rythme palpitant qui respire l’âme des Balkans.

Des formes organiques, tantôt abstraites tantôt anthropomorphiques, s’animent sur une musique syncopée composée entre autres de captations de terrain de diverses régions de la Bulgarie. Des sombreros et des robes dansent dans le vent, entraînant ainsi le spectateur dans leur chorégraphie allègre et ensoleillée. Le résultat est une vidéo hypnotique et accrocheuse bien que très courte, qui nous fixe dans une sorte de transe et nous laisse en vouloir plus.

L’animateur multi-primé avait déjà eu l’occasion de collaborer avec le musicien considéré comme un maestro du psychédélisme balkan. Le clip qu’il a réalisé pour la chanson « Demoni » en 2013 avait déjà figuré en compétition officielle à Annecy, en plus de gagner de nombreuses récompenses dans le monde. Réalisée à partir de dessins sur des vinyles tournants, cette petite animation s’inspirait de la même esthétique de formes dansantes qu’on retrouve dans « Sonámbulo ».

Contrairement à la narration chargée des « Journaux de Lipsett » ou au discours hautement énigmatique des « Rossignol en décembre », nous assistons ici à une autre facette d’Ushev : celle du formalisme pur, évocateur des grands maîtres du cinéma expérimental tel Len Lye. Cependant, loin d’être gratuite, l’animation abonde de références dont la plus évidente est la citation de la Romance Sonámbulo de Federico García Lorca, qui ouvre le film et lui prête son titre :

« Dessus la lune gitane,
toutes les choses la regardent
mais elle ne peut pas les voir ».

Sonambulo_07_300dpi

Comme dans le poème de García Lorca, un certain surréalisme s’infiltre dans l’image, comme si tout était permis sous cette lune ignorante et dans cet état de semi-conscience. Le dessin par ailleurs est clairement inspiré de l’univers de Joan Miro, rappelant la fraîcheur et la simplicité enfantine du coup de pinceau de ce dernier.

Autre référence aussi frappante qu’improbable : l’usage de la police de caractères fétiche de Woody Allen, à savoir le Windsor. S’agirait-il d’un clin d’œil au roi de la comédie ou alors le jeune réalisateur autodidacte affirme-t-il ainsi sa volonté de se démarquer du courant dominant et de célébrer sa spontanéité et son originalité à travers son art ? La réponse est sans doute soufflée dans le vent qui caresse la robe de la bien aimée, titillant l’imaginaire avec ses couleurs et son sentiment de liberté et de folie.

Adi Chesson

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