Colectia de arome d’Igor Colibeanski

Dans la section Regards du Présent présentée au FIFF, à Namur, cette année, on a pu découvrir « Colectia de arome » d’Igor Colibeanski, un film qui pose un regard sans concession sur la Roumanie d’aujourd’hui.

Dans la lignée de ce que l’on appelle désormais la nouvelle vague roumaine, « Colectia de arome » aborde un contexte social difficile sous un angle réaliste proche du documentaire. Comme ses compatriotes reconnus pour leur sens du réalisme ainsi que pour l’âpreté de leur mise en scène, Igor Colibeanski fait preuve d’authenticité en présentant le quotidien de Victor et de celui de son père qui ont recours à une méthode dangereuse mettant en péril la vie de l’enfant pour pouvoir acheter les médicaments de la mère malade.

Si le film commence in media res dans l’obscurité matinale d’une cuisine où le père prend son petit-déjeuner, c’est pour mieux nous plonger dans une réalité sans espoir, confinée à un espace réduit, où le simple fait de manger ne répond plus à un plaisir social mais à une nécessité individuelle. De l’autre côté de l’appartement, dans une pièce dont on ne verra qu’un coin du lit, la mère est alitée. Personnifiée par sa voix, elle restera en hors-champ tout au long du film.

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Cobileanski décrit une cellule familiale fragile et dysfonctionnelle, qui ne peut s’épanouir normalement sa base étant défaillante. Il faut alors trouver des alternatives pour garder la survie du groupe quitte à dépasser les limites de l’acceptable. La solution du père est d’envoyer Victor se battre à mains nues contre un autre enfant de son âge pour la somme de 100€ à condition de ne pas abandonner le combat. A l’instar des combats de coqs, dans la fureur nourrie par l’appât du gain, les pères sont prêts à assister au lynchage de leur propre progéniture. Une progéniture qui selon Colibeanski demeure encore innocente à certains égards comme le montre la scène de complicité entre Victor et son père juste après le combat.

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La lutte aux accents barbares pousse le père de Victor à s’opposer à la dynamique mortifère et anxiogène dans laquelle il est enfermé. Il choisit d’arrêter son fils et de faire une croix sur les 100€ promis. En posant cet acte, il récupère sa dignité d’homme entachée par le besoin de sortir de l’impasse d’une situation précaire. Ironie du sort, malgré leur abandon, Victor et son père reçoivent tout de même l’argent. Immoral jusqu’au bout, « Colectia de arome » exhale un parfum de pourriture et de malaise qui met en lumière un profond déséquilibre collectif et individuel.

Marie Bergeret

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