Leidi de Simón Mesa Soto

Le jury court-métrage du Festival de Cannes, présidé par Abbas Kiarostami, a remis il y a quelques jours la Palme d’or du court-métrage 2014 à « Leidi », film d’école de Simón Mesa Soto, jeune réalisateur colombien faisant ses études à la London Film School. Initalement sélectionné à la Cinéfondation, programme cannois consacré aux films d’écoles, « Leidi » s’est finalement retrouvé dans la tant convoitée sélection officielle.

Pour son premier film, Simón Mesa Soto a voulu montrer la condition de vie difficile des adolescentes qu’il a connues dans son pays natal, la Colombie. De retour chez lui, dans un territoire qu’il connaît bien, il est allé à la rencontre de nombreuses mères adolescentes colombiennes dont la jeune Alejandra Montoya Villa, dans un foyer spécialisé, et s’est imprégné de leurs histoires. La timidité et la douceur de cette fille-mère l’ont touché et c’est tout naturellement qu’il a choisie cette non-actrice pour jouer le personnage principal de son film. Proche de ce qu’elle a personnellement vécu, Alejandra Montoya Villa incarne le rôle de Leidi avec simplicité et justesse.

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Le film suit une journée de Leidi, adolescente tout juste formée, peu de temps après la naissance de sa fille. Le père n’a pas fait signe de vie depuis plusieurs jours, il n’a peut-être même jamais vu sa fille. Leidi l’attend mélancoliquement en observant le ciel brumeux, courbée sur son balcon. Envoyée par sa mère chercher des plantains, elle croise une connaissance qui lui annonce qu’il a vu le père de l’enfant avec une autre fille. Leidi entreprend alors, sa fille dans les bras, une errance dans la ville à sa recherche, se faisant promener de personne en personne jusqu’à retrouver le père, adolescent d’une quinzaine d’années lui aussi, sur son lieu de travail.

Les personnages évoluent à Medellin, grande ville colombienne. Chaque cadre fait preuve d’une réelle composition mettant en valeur aussi bien les deux protagonistes que la ville, devenant alors un personnage à part entière.

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Le réalisateur ne cherche pas à dénoncer un phénomène avec ce film mais plutôt à dresser le portrait d’une jeune femme, qui peut en représenter tant d’autres. Il ne choisit pas la voie du sentimentalisme qui voudrait attendrir le spectateur en provoquant artificiellement ses émotions. Aucune musique extra-diégétique n’est rajoutée pendant le film, seuls les sons de la ville dans laquelle les personnages évoluent et les rares paroles qu’ils s’échangent se font entendre. Avec des longs plans fixes, Simón Mesa Soto prend le temps de suivre Leidi, la laissant évoluer au rythme qui est celui de la vie de ces jeunes mères colombiennes, dotées de responsabilités bien trop élevées pour leur âge. Le choix de tourner en 35 mm renforce le sentiment de réalité qui se dégage du film en proposant de belles couleurs contrastées.

Cette tranche de vie que Simón Mesa Soto nous présente aurait aussi bien pu être le début d’un long-métrage dans lequel on observerait comment une très jeune mère ferait pour élever son enfant, seule. « Leidi » est en tout cas, très probablement le début d’une carrière de cinéaste prometteuse pour son auteur.

Zoé Libault

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