Gitanjali Rao : « L’Inde fait partie de mon histoire et m’inspire. Si j’essaye de m’y échapper, j’y reviens toujours »

Découvert sur un DVD, « Printed Rainbow » nous a charmés il y a quelques années pour sa poésie, sa palette graphique et ses petites boîtes d’allumettes, synonymes d’invitations à l’évasion. Vu en salle il y a quelques jours, « True Love Story » nous a touchés également pour son mélange d’émotions, de sons et de couleurs. Huit ans séparent ces deux films tous les deux sélectionnés à la Semaine de la Critique et réalisés par l’illustratrice et animatrice indienne Gitanjali Rao, auteur d’autres courts (« Blue », « Orange ») que nous vous invitons à découvrir. Cette semaine, nous avons rencontré Gitanjali Rao à Cannes. L’occasion d’en savoir plus sur son travail, son média, ses difficultés et son identité.

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Peinture animée

L’animation est un média qui m’a toujours intéressée. Cela fait vingt ans que je mélange la peinture et l’animation. Comme je prends beaucoup de temps pour m’améliorer, je continuer à faire des courts métrages. Je cherche à ce que mon style soit proche de la réalité. Dans mes films, on ne vole pas mais on voyage entre le réel et la fantaisie. L’animation favorise réellement l’évasion à différents niveaux.

Poésie visuelle

J’utilise très peu de parole dans mes films. Pour moi, l’expression passe par la peinture, par la poésie visuelle. Même à l’écrit, il m’est difficile de présenter un scénario. Une seule image peut raconter une histoire. Pourtant, avec le temps, j’apprends à raconter les choses, à être un peu moins dans le visuel. Les gens n’ont pas besoin de tout voir, je laisse leur imagination marcher.

L’importance du détail

Les gens qui connaissent l’Inde et Bombay comprennent dans mes films des choses différentes que ceux qui ne connaissent pas mon pays. C’est pour ça que mes films sont si détaillés. C’est comme pour une peinture, chacun y voit ce qu’il veut.

Forme & fond

Mes peintures et mes illustrations répondent aux questions que je me pose. Seulement, les histoires que j’ai envie de raconter ne sont pas originales. Seules la forme et la manière de raconter sont intéressantes. Grâce à l’animation, un média “frais”, je sens que je peux emmener les spectateurs dans des émotions différentes telles que le bonheur, la tristesse ou la colère.

Inspiration

Mes films sont fortement liés à mon pays. Je viens de là, j’y vis. L’Inde fait partie de mon histoire et m’inspire. Si j’essaye de m’y échapper, j’y reviens toujours.

Bollywood

Quand je présentais « Printed Rainbow » à l’étranger, on me demandait souvent pourquoi Bollywood était si différent de la réalité. Je répondais qu’en Inde, on ressentait le besoin de s’éloigner du quotidien et que le cinéma offrait précisément cela : une évasion, une possibilité d’oublier les problèmes rencontrés dans un pays pauvre. Le cinéma indien propose justement cela, des rêves. Pour nous, le cinéma n’a pas la même image qu’en France, à nos yeux, c’est de la fantaisie et les stars de Bollywood sont apparentées à des dieux.

Couleurs

On me dit souvent que mes films sont très colorés mais on oublie qu’il s’agit d’animation. On peut tout se permettre. L’Inde est très colorée et j’ai envie de refléter cela dans mes films.Si faisais de la fiction, mes images seraient plus ternes.

Petits budgets

Je ne reçois pas d’aides du gouvernement pour faire mes films. Il n’y a pas de profit pour les courts métrages. On doit chercher nous-mêmes des aides privées mais c’est très difficile pour des courts d’animation qui par nature coûtent très chers.

Je continue à faire des courts car j’aime ça mais c’est difficile, et ça l’est encore plus pour le long-métrage. J’auto-finance mes projets, j’ai des aides extérieures (l’Aide aux cinémas du monde, Les Films d’Ici), mais je n’ai pas de co-producteurs indiens. En Inde, très peu de producteurs font confiance aux projets indépendants, ils financent plutôt des gros films commerciaux dont la portée artistique est malheureusement bien faible.

True Love Story

Chaque jour, j’ai plein d’idées, mais je les garde dans un coin de ma tête.  J’ai mis deux ans pour raconter « True Love Story », une histoire de 19 minutes. « True Love Story » est un fragment, une partie d’un projet de long qu’on espère faire financer. Si on ne trouve pas d’argent, il existera en tant que tel, en tant que court métrage. On espère beaucoup que la sélection à Cannes donnera un coup de pouce au projet et intéressera de potentiels financiers à nous rejoindre sur le long.

Propos recueillis par Katia Bayer

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