La Fugue de Jean-Bernard Marlin

Après avoir raflé de nombreuses récompenses en festival, notamment le prestigieux Ours d’Or à la Berlinale 2013, « La Fugue » de Jean-Bernard Marlin concourt aujourd’hui pour le César du meilleur court métrage.

Dans cette fiction tournée comme un documentaire, caméra à l’épaule, toujours en mouvement, qui ne sait se poser que pour suggérer l’attente avant un nouveau départ, le réalisateur porte son regard sur un duo tout en tension : Médina Yalaoui, une adolescence en colère, le matin de son jugement au tribunal pour un délit, et Adel Benchérif, son éducateur autoritaire et bienveillant qui l’accompagne à son procès.

C’est un moment de vie suspendu où tout peut basculer. Et tout bascule. Elle, comme un oiseau tombé du nid, sans repère, décide sur un coup de tête de fuir le tribunal et ses conventions sans même attendre le verdict. S’en suit une fugue, brève, dans Marseille. Dans un montage au rythme soutenu, on focalise alors sur la recherche de la jeune fille par son éducateur démuni et dans l’incompréhension.

C’est toute l’ambivalence de la relation ado en rupture/éducateur qui est traitée ici. L’attachement est fort mais la confiance ne tient qu’à un fil dans ces vies qui ne sont au départ liées que par l’institution qui a punis les délinquants.

Dans « La Fugue », il n’y a qu’un comédien professionnel, l’éducateur magistral d’ailleurs dans son interprétation. Les jeunes sont tous des amateurs empreints de toute la spontanéité et la violence de leur âge. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Dans ce microsome que nous montre Jean-Bernard Marlin, ces jeunes sont insaisissables, Sabrina est perdue quand il la filme au milieu du monde la justice. À l’opposé, lui est calme, cadré, posé dans les séquences au tribunal mais semble presque perdre pied quand il la recherche dans le quartier des jeunes…

Le réalisateur saisit ici les impressions, les émotions dans les visages des personnages, toujours filmés de biais, très proche de leurs visages comme pour ne pas se poser frontalement en juge de leurs dires. On suit littéralement l’action avec une caméra qui est toujours située à l’arrière du duo. Ce film était au départ pensé comme un documentaire selon les propos du réalisateur, et cela se ressent dans ce qui est devenu une fiction à vif. Marlin dépeint une de ces réalités toutes proches, de ces fêlures quotidiennes chez des ados fragiles.

Dans « La Fugue », le réalisateur a su trouver d’intelligents ressorts de mise en scène pour proposer un récit touchant autour d’une relation compliquée entre une adolescente et son éducateur. Il s’agit presque là d’une histoire de passage de l’enfance à l’âge adulte pour cette jeune femme sans doute confrontée à l’un des premiers grands choix de vie : accepter de réparer ses erreurs passées ou fuir, toujours…

Fanny Barrot

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Article associé : l’interview de Jean-Bernard Marlin

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