Petit déjeuner & Ce qu’on doit faire de Karim Moussaoui

Avant de tourner cette année « Les Jours d’avant », Prix Format Court au Festival du Film Francophone de Namur (FIFF), Karim Moussaoui a tourné deux courts métrages en 2003 et 2006. Ces films, réalisés sans moyens, ont été les premières expérimentations d’un réalisateur n’ayant pas fait d’école mais ayant concrétisé ses envies de cinéma au moment de l’arrivée du numérique.

Petit déjeuner

Filmé en sépia, le premier court métrage de Karim Moussaoui, « Petit déjeuner » couvre en un instant très court (6 minutes) le petit déjeuner partagé entre un homme et une femme. Sur un air de jazz et le ronronnement d’une 35 mm, le couple s’apprête à partager le premier repas de la journée. La femme prépare le café et les toasts, l’homme s’habille. Sans échanger la moindre parole, ils s’installent à table et mangent, comme si de rien n’était, sauf que la femme observe son conjoint qui, lui, évite à tout prix son regard. Le temps de terminer sa cigarette et de se recoiffer, l’homme enfile son blouson et s’en va pour de bon. La porte claque, la femme s’effondre.

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De ce « Petit déjeuner », la tension est bel et bien palpable. Tout passe par les yeux ou la fuite (du regard, de la maison). Les seuls sons proposés sont ceux des tasses et de l’environnement sonore. Comme si les personnages n’avaient plus rien à se dire, comme si il était déjà trop tard. La femme pourrait retenir son compagnon par une parole, un geste, mais ne tente même pas de le faire. Celui-ci est ailleurs, déjà parti, loin de ses habitudes. Ce petit déjeuner, leur dernier moment passé ensemble, est le chapitre final de leur histoire.

Plus proche de l’essai que de la création originale, le premier film de Karim Moussaoui est une adaptation libre d’un poème de Jacques Prévert, Déjeuner du matin. Dans ce texte très touchant, la souffrance côtoie la solitude d’un être abandonné par l’autre. Le film de Moussaoui s’inspire de ces thèmes et réussit à installer une atmosphère en jouant la carte de la simplicité et de l’expérimental.

Ce qu’on doit faire

Autre film auto-produit, « Ce qu’on doit faire » a été réalisé trois ans après « Petit déjeuner ». Il suit la déambulation nocturne de Hakim, un personnage paumé abandonné par sa femme, noyant sa solitude dans l’alcool. Un soir, en rentrant chez lui, il assomme un individu qui lui demande du feu dans la rue. Plus tard, il se met à sa recherche et le retrouve dans une mosquée secrète.

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Filmé de nuit, à Alger, Ce qu’on doit faire » est plus long que le précédent (25 minutes). À nouveau, le réalisateur choisit d’adapter un texte préexistant (The Copulating Mermaid of Venice, une nouvelle de Charles Bukowski) et a la bonne idée de situer son histoire en Algérie, son pays d’origine, un lieu qui l’inspire et qu’il connaît bien. Malheureusement, la verve de Bukoswki est absente du film, le scénario est par moments obscur, et le son fait défaut, notamment lorsque les paroles échangées entre Hakim et son ami sont couvertes par le bruit de la télévision allumée. Néanmoins, comme dans le premier film, Moussaoui installe une atmosphère, capte joliment les gros plans et soigne sa bande-son. Des ingrédients qui feront quelques années plus tard le succès mérité des « Jours d’avant ».

Katia Bayer

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