L’Art des Thanatier de David Le Bozec

Profession : bourreau

Découvert au festival Court Métrage, « L’Art des Thanatier », le premier film professionnel de David Le Bozec, nous a beaucoup séduits par son histoire originale (la vie et la fin d’un bourreau), son aspect fantastique, sa palette graphique et sa partition musicale.

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Cela fait un moment que nous n’avons pas fait d’intéressantes découvertes en animation. Il y a quelques mois, nous vous avions présenté « Mademoiselle Kiki et les Montparnos » d’Amélie Harrault. En cette fin d’année, nous vous proposons désormais d’en savoir plus sur « L’Art des Thanatier » de David Le Bozec.

Le film évoque l’histoire de Prosper Thanatier, né au XVIIIème siècle, digne héritier d’une longue lignée de bourreaux, considérant sa profession comme un art et une tradition. Comme ses prédécesseurs, il travaille main dans la main avec la mort et aime le travail bien fait. Il vit par et pour son métier, œuvre avec zèle à l’application des sanctions et s’entoure amoureusement de multiples instruments de belle torture. Ses mains sont en permanence rouge de sang, ses seules compagnes sont des têtes de mort : Prosper est un artisan, un artiste. Un vrai.

Un sombre jour, pourtant, cette vie parfaite change. L’industrialisation est en marche, le savoir-faire disparaît et la pratique de la mort est reconsidérée. La guillotine fait son apparition : désormais, on tue différemment, rapidement, sans douleur et égalitairement. La mode est à la Révolution française et les condamnations-exécutions s’intensifient. En peu de temps, Prosper n’occupe plus qu’une fonction banale, celle de simple technicien. Le jour de la première exécution, la guillotine déraille et la mort tarde à faire son travail. Rapidement, la nouvelle s’ébruite : l’erreur serait humaine.

Devant « L’Art des Thanatier », retraçant un destin individuel dans une période trouble (celle de la Révolution française et de ses exécutions en masse), on est capable de s’interroger sur la qualité de l’animation proposée. Les plans se succèdent à la manière d’une collection de tableaux, ce qui est certes très esthétique, mais qui manque un peu de fluidité. La faute aux moyens, probablement. On sent néanmoins dans ce conte noir un énorme travail de recherche et un projet porté de longue date par un jeune réalisateur. Le film retient aussi l’intention par la grande qualité de ses aquarelles, l’excellent travail vocal de Jean-Claude Dreyfus, l’humour du scénario (« Mais Monsieur, la mort, c’est toute ma vie »), la sublime musique originale (Olivier Calmel) et l’étrangeté du rapport étroit entre la mort et le progrès.

Katia Bayer

Consulter la fiche technique du film

 Article associé : l’interview de David Le Bozec

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