Posledný Autobus (The Last Bus) de Ivana Laucíková et Martin Snopek

Introduit dans le circuit festivalier à Clermont-Ferrand, lauréat de son Prix du Jury Jeunes, montré en mai à l’une de nos séances Format Court, revu ensuite à la rentrée à l’Étrange Festival, « Posledný Autobus » offre un véritable choc esthétique, animé et musical. Ce film slovaque très maîtrisé révèle les instincts de chacun face à la peur, sur fond de saison de chasse, et fait douloureusement écho à une époque contemporaine peu éloignée.

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Parmi les films d’animation originaux, symboliques, durs et sombres repérés cette année – tous deux à Clermont-Ferrand -, il y a « Body Memory » de Ülo Pikkov et « Posledný Autobus » (The Last Bus) de Ivana Laucikova et Martin Snopek. Le premier montre, dans un espace sonore et visuel très marqué, des pelotes de laine animées, enfermées et liées les unes aux autres dans un train de marchandises. Le deuxième propose une chasse à l’homme-animal dans une forêt anonyme, enveloppée d’une musique énigmatique, envoûtante et lancinante. Les deux films nous proviennent des pays de l’Est : le premier est estonien, le deuxième est slovaque. « Body Memory » a déjà fait l’objet d’une critique sur le site il y a un an, nous n’en reparlerons pas (mais nous vous invitons à vous rendre sur la critique du film, signée Dounia Georgeon). Le deuxième film, par contre, mérite quelques lignes, pour son impact renouvelé à chaque visionnement.

« Posledný Autobus » débute avec des tirs, une course poursuite dans la forêt, des proies mi-humaines mi-animales. Un loup, blessé et traqué par des chasseurs, tombe sur un autobus occupé par un blaireau, un ours, un lapin et une famille de cervidés. Les passagers, voyant l’animal blessé, prennent peur et resserrent les rangs. Le loup s’engouffre malgré tout dans le bus et se planque à l’arrière, derrière un amoncellement de valises. Le véhicule démarre, avec ses animaux à bord. Plus tard, pendant la nuit, il s’arrête. Le lapin en descend et découvre une femme renard touchée par balle, encore en vie. De nouveaux tirs se font entendre, le lapin tente de sauver l’animal touché, mais le blaireau lui refuse l’accès à bord. A cet instant, le loup sort de sa cachette, s’interpose et permet au renard de monter. L’autobus repart, lorsque deux chasseurs l’interceptent au milieu de la nuit, les armes à la main. Ils sont à la recherche de belles fourrures, celle du renard en particulier. Les animaux leur font front, mais reculent vite quand l’un des hommes emmènent le lapin, plus téméraire que les autres, pour le tuer. Lorsque le chasseur revient, le renard leur est finalement livré par le loup, devant les passagers silencieux. Le lendemain, le loup est retrouvé mort.

« Posledný Autobus » réussit à s’emparer de l’attention de chacun par ses têtes d’animaux empaillées, sa musique absolument fascinante et répétitive, et les vraies natures de ses passagers face à la peur. On le voit dans le film, la masse se met à l’abri, ferme les yeux, n’éprouve pas d’état d’âme, cherche à sauver sa peau. Seule une poignée risque sa vie pour venir en aide à un être différent, menacé ou blessé.

Le synopsis du film parle d’ouverture de la chasse, de traque d’animaux sauvages. Forcément, on est amené à penser à une situation moins abstraite, plus contemporaine, où la traque à l’homme est/était de mise, où a dictature régnante distingue/distinguait les hommes et en assimile/assimilait certains à des bêtes à traquer et à persécuter. Ce parallèle tient bien évidemment au sujet mais aussi au réalisme du film alimenté par les costumes et les valises des animaux, à la prise de vues réelles dans la forêt et à la présence d’hommes, sournois petits dictateurs sur pattes.

Katia Bayer

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