15 Iulie de Cristi Iftime

« Le temps prend son temps »

15-julie

De passage à Brasov, une jeune femme, accompagnée de son petit ami, rend visite à son père le jour de son anniversaire. Ils n’ont que quinze minutes devant eux car la mère les attend pour dîner. Seulement voilà que le père vient de faire des travaux et se trouve sale. Il s’en va prendre une douche laissant sa fille et son copain attendre avec la grand-mère. Assis tous les trois devant la télévision, les deux jeunes font mine de patience. Mais sitôt le père sorti de la salle de bain, il est déjà temps pour le couple de repartir. Au résultat, une scène qui n’a pas lieu, ou plutôt un lieu qui n’a pas de scène.

Ce qu’on retrouve souvent dans la vague des nouveaux films roumains, c’est leur attention au temps. Ils ne sont ni dans le passé, ni dans la projection mais dans une recherche de ce qu’est le présent. Ils mettent l’accent, de manière très particulière, sur le fait de filmer des temps différents qui se frôlent les uns aux autres, comme des courbes d’une figure fractale. « 15 iulie » est un film qui se passe pendant le temps que se passe l’histoire, c’est-à-dire : le temps d’une douche. Car, bien qu’il y ait des ellipses, on est bien là à attendre que cette douche se termine. Cristi Iftime, le réalisateur, s’intéresse à cette attente en ce qu’elle permet de voir se révéler le temps même de l’attente. Cette durée qui apparaît, ce sont les rapports familiaux non pas en termes de psychologie, mais plutôt en termes de physique : la fille qui aime son père ne peut pas le rejoindre dans son temps, et lui ne sait plus de quel temps vient sa fille (il est aussi question d’Est et d’Ouest dans cette histoire). Car cette fille, encore sans contrat d’embauche et habitant la capitale est trop prise par le temps des autres : celui du copain, celui de la mère, celui du père et ses projections. Entre elle et son père, il y a un amour si proche mais des temps si éloignés.

Un très beau plan montre la jeune femme en train d’attendre son père devant la porte de la salle de bain tandis que la grand-mère, hors champ, cause avec le père, lui aussi hors du cadre, laissant la fille muette, au centre. Ce qui est encore plus beau dans « 15 iulie », c’est la place de la caméra qui permet de voir ce qu’il y a entre les personnages, ce décalage des temps qui divergent. Et tandis qu’ils subissent la lourdeur du temps, nous, grâce à la mise en scène sobre et discrète du cinéaste, nous pouvons voir non seulement le sentiment, mais l’idée historique qui découle de ce temps.

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