Brest. Impressions partagées

Vérifiez dans votre agenda. Entre les Tonnerres de Brest (rassemblement maritime en juillet) et Noël à Brest (marché de Noël en décembre), le Pays de Brest accueille en novembre le Festival européen du film court. Jusqu’ici, Format Court se tenait à distance géographique mais non éditoriale (voir nos précédents Focus 2010 et 2009) du festival. Cette année, un nouveau rapprochement s’est effectué entre les deux structures en F. Journal de bord.

Brest, avec 20€ en poche pendant quatre jours, c’est possible. Surtout quand on a oublié son porte-monnaie rose à Paris, avec la distraite carte bleue à l’intérieur. Résultat : emprunts, sandwiches, fréquentation assidue de l’espace bénévoles (ça y est, on est grillé pour l’année prochaine !), et surtout, surtout, pas de cadeaux souvenirs incrustés de coquillages. Tragique entrée en matière.

ubu

© KB

Arrivés à la gare de Brest, après cinq heures de trajet, les yeux s’écarquillent. C’est la toute première fois qu’on met les pieds, pointure 38, à Brest. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on a dépassé Rennes. Malgré tout, on cherche des repères, une affiche de festival, un scampi, Nolwenn Leroy, quelque chose de familier. Rien. On suit alors, avec sa grasse valise, un petit groupe snob (acheteurs télé, producteurs) pour arriver au Quartz, le centre culturel brestois, jouxtant la Cinémathèque de Bretagne. Là, en hauteur, une affiche d’Ubu Cantona donne le hoquet à la troupe. C’est réussi pour le familier.

À l’intérieur, une fourmilière de jeunes gens s’active. On les trouve partout : en salle, aux toilettes, en atelier vidéo, au café. Le reste du public ne se déplace que le soir pour les films européens et les Cocote Minute (films très courts). Au marché, des boxes ont été emménagés pour les pros préférant l’accès aux séances privées. Les échanges sont rares entre eux, certains restent une seule nuit, le temps de présenter un film, de voir le maximum de courts et de repérer les auteurs intéressants de la sélection. Car c’est un fait, la programmation de Brest est connue et reconnue pour son bon niveau, certains festivals n’hésitant pas à loucher sur les films retenus et primés.

 © Moosh Belmont

© Moosh Belmont

Outre les bons films vus et conservés en mémoire (retrouvez à ce sujet notre reportage sur la programmation Cocote Minute et notre prochain article sur la sélection européenne), des couleurs chaudes enveloppent le Quartz, contrastant avec la grisaille et le froid extérieurs : l’espace pro est recouvert d’arrosoirs, de petits lapins, d’amanites tue-mouches et de feuilles de laurier. Même rengaine, même décor au coin photo : on y trouve du papier peint lumineux, des lutins, des cadres vides, des sièges tout doux et des bottes à fleurs. Les enfants posent, les journalistes aussi. À l’étage, un salon de thé, champêtre à souhait, dégage lui aussi une atmosphère particulière, avec son mobilier de récup’, ses théières de grand-mère et ses ustensiles de jardin. Tout en prenant le thé sur un lit surélevé, on se met à écouter les réalisateurs présents interviewés en direct par des étudiants de Brest, entourés de champignons et de gazon factices.

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Après quelques tasses et quelques films (huit programmes, ça fatigue quoi qu’on en dise), l’envie de délaisser la profession (“Dis donc, comment ça s’appelle encore ton blog ?”) et de sortir explorer la ville se fait ressentir. On nous prévient, pourtant : “Il n’y a rien à voir ici. Cette ville est déprimante, les gens boivent comme des trous, ils sont suicidaires mais ils ne partiraient pour rien au monde”. Voilà pour l’avertissement. Par manque de temps, on sait déjà qu’on ne pourra pas aller au port croquer des crabes et à l’aquarium géant réclamer un pingouin pour les fêtes de fin d’année. Alors, on fixe stupidement le sel de Guérande et les palets bretons au supermarché, on part à la recherche d’un dictionnaire pour comprendre le breton, on découvre une vitrine pleine d’animaux en peluche, on goûte des trucs bizarres à la soirée France Télévisions à défaut de connaître du monde, on se demande pourquoi à cette période, la presse n’est que régionale alors que le festival est le deuxième le plus important en France, on n’est en conséquence pas mécontent d’être là, on comprend que Brest est bien chouette en allant au Vauban, où des concerts et des verres se repèrent jusqu’à une heure avancée, on quitte finalement la ville, à moitié endormi, avec un Paris-Brest, comme cadeau attentionné (“Comme ça, tu sauras ce que c’est”). Les doigts recouverts de crème, on se demande quel film l’emportera au palmarès, on croit beaucoup à Anca Miruna Lazarescu et à son film « Apele Tac » (gagné !), en reprenant la route en sens inverse pour un voyage de plus de cinq heures. Arrivés à Paris, on cherche des repères, un contact humain, des arrosoirs colorés, Eric Cantona, bref quelque chose de familier. Rien. On repart alors, vers le métro avec sa grasse valise, à distance, cette fois, d’un petit groupe snob. Brest est déjà loin.

Katia Bayer

Sujet associé : Brest. Les instantanés

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