Molf-e Gand de Mahmoud Rahmani

« Molf-e Gand » n’est pas passé inaperçu à la troisième édition du Millenium International Documentary Film Festival. Sélectionné en compétition internationale, le film de Mahmoud Rahmani y a remporté le Prix spécial du Jury grâce à son originalité et son audace.

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Mohammad Ghadizadeh est un fonctionnaire iranien, du moins on le suppose, comme beaucoup de gens de son âge (il est né en 1972), il a été marqué par le conflit Iran-Irak (1980-1988) qui, avoue-t-il, à l’instar du cinéaste irakien Sahim Omar Kalifa, lui a volé son enfance.

Devant la caméra de Mahmoud Rahmani, il accepte de faire (re)vivre ses souvenirs et de raconter à sa manière comment il a vécu la guerre ainsi que sa capacité étant enfant, à prévoir les événements (Molf-e Gand) qui augurait davantage les mauvaises nouvelles que les bonnes.

L’entretien débute dans le noir complet pour préserver l’anonymat, puis, Mohammad Ghadizadeh accueille malgré lui la caméra de Mahmoud Rahmani qui le filme en plan rapproché assis derrière son bureau. Son évocation du passé, digne d’un Roberto Begnini fait rire tant elle est théâtrale. Il interprète, grossit, transforme, surjoue les événements qui lui sont arrivés. Rahmani filme tout, chaque geste, chaque parole, sans coupure ni concession. La notion de moment vérité prend alors tout son sens, enclavée dans une durée qui semble indéterminée. Et quand le cinéaste, devenu spectateur et non plus meneur, participe et trouve un certain lyrisme visuel aux propos de l’interviewé, celui-ci redevient l’homme de tous les jours, celui qui a connu et vécu la guerre et ces considérations artistiques provoquent en lui un mélange de fureur et de tristesse. “Comment peut-on trouver beau, esthétique des hommes et des femmes qui vivent dans la peur de mourir sous les balles?”

Ainsi, les déclarations de Ghadizadeh bien que fort expressives, cachent un traumatisme insurmontable et nous rappelle aussi que la réalité va souvent bien au-delà de la fiction. Et là, où l’on s’accordait à trouver un témoignage anecdotique, surgit une révélation documentaire qui nous dépasse, rendant ce plan-séquence si unique.

Marie Bergeret

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