Le Marin masqué de Sophie Letourneur

Il y a des films qui émeuvent, d’autres qui bouleversent, ou d’autres encore qui révoltent. Des films classiques, qu’on oublie parfois ou qui nous bousculent… et il existe aussi des films d’un autre type qui font l’effet de petits souffles, sont des respirations simples et réjouissantes, des sauts de puce d’émotions. « Le Marin masqué » serait à classer dans cette dernière catégorie. Primé au Festival Côté Court de Pantin (Grand Prix, Prix de la Presse et Prix de la Jeunesse), le dernier film de Sophie Letourneur suit l’échappée de deux jeunes femmes en Bretagne, entre petits problèmes et grandes (dés)illusions.

Dans « Le Marin masqué », Sophie Letourneur ouvre une parenthèse temporelle, spatiale et émotive dans le quotidien de deux trentenaires parisiennes. Leurs confidences sont mises en valeur, d’un point de vue esthétique, grâce à un noir et blanc contrasté et un jeu avec le format de l’image, tel un œilleton qui resserre le champ autour des personnages. Le spectateur est ainsi plongé dans l’intimité de la relation amicale des deux personnages.

Le film s’ouvre à la manière d’un road-movie. A l’intérieur d’une voiture, les conversations fusent, chaque fille racontant son histoire ou plutôt ses petites histoires… de cœur. Dans ce tête à tête féminin, il y a les dits et les non-dits qui se superposent, qui se contredisent et qui s’enchaînent.

Formellement, cette conversation à double niveau s’appuie sur les voix en in des personnages auxquelles sont ajoutées les voix en off, les pensées intimes de chacune. L’effet produit un certain comique de situation mettant en scène des filles plutôt « normales » et légèrement névrosées.

Lorsque ce voyage-confession s’achève, le marin masqué, souvenir d’un amour de jeunesse, n’est plus une figure fantasmée mais un individu en chair et en os bien ancré dans le présent. Les deux filles doivent composer avec ce troisième personnage un peu limité, qui provoque le temps d’une nuit un retour en adolescence.

Plus qu’un film de filles, ce court métrage croque un moment de vie et pose un regard insouciant, comme un clin d’œil, sur une génération. « Le Marin masqué » de Sophie Letourneur est un conte d’été où s’entremêlent légèreté, amitié, petits doutes et grands espoirs.

Fanny Barrot

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