L’Orient à petit feu de Jacques Debs

Programmé hors compétition au Festival Millenium cette année, « L’Orient à petit feu » visite le nœud complexe du Proche-Orient sous un angle culinaire pour mettre en avant les ressemblances fondamentales entre quatre peuples qui se retrouvent pourtant continuellement dans les tensions. Un pari de proportion (g)astronomique savoureusement réussi.

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À travers le témoignage de femmes issues du Liban, de la Syrie, d’Israël et de la Palestine, chacune liée au monde ou au métier de la cuisine, Jacques Debs s’interroge sur l’identité conflictuelle. D’autres thèmes apparaissent alors en filigrane, un des plus saillants étant la position de la femme. Entre une jeune fille visiblement émancipée qui reste néanmoins attachée aux conventions conjugales (« le chemin vers le cœur d’un homme passe par son estomac ») et des femmes, souvent voilées, au premier abord plus traditionnelles qui, après des années de vie difficile, ont réussi à s’éloigner du système conservateur. Le film rend pleinement compte du fossé entre le point de vue occidental et une autre réalité enveloppée dans des généralisations stéréotypées.

La démarche distanciée du réalisateur ainsi que le rapport de chaque personnage à sa propre culture permettent de remettre en question la rigidité des mœurs. À travers sa narration personnelle et autobiographique, chaque personnage fait indirectement mais surement référence au poids de la religion, que celle-ci soit chrétienne, judaïque ou musulmane, mais aussi aux enjeux sociopolitiques qui divisent des sociétés au bout du compte plus similaires que divergentes. En filmant longuement un chant folk qui célèbre la suprématie de l’identité libanaise sur la base de la cuisine pourtant pan-orientale, Debs pose un regard ironique sur le zèle patriotique prépondérant. On retrouve la même ironie dans les plans larges de la chaîne Macdonald dans les grandes villes contrastant les traditions hermétiques et la globalisation consumériste. À la frontière du long métrage, ce documentaire ambitieux parvient à donner une voix personnalisée à chaque parti du plus sévère conflit humanitaire de notre époque. Un bel exemple de la puissance douce qui surmonte les tabous et les censures pour se faire entendre.

Adi Chesson

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