Montparnasse de Mikhaël Hers

« Montparnasse » était projeté ce vendredi 17 juin dans le cadre de la rétrospective du festival Côté court de Pantin (20e édition). L’occasion de revenir sur un film qui a écumé les plus grands festivals depuis sa sortie (Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2009, Clermont-Ferrand en 2010) et a obtenu le Prix Jean Vigo en 2009.

Un triptyque de tranches de vie

Trois histoires, se déroulant toutes à Montparnasse, la nuit. Le film de Mikhaël Hers raconte la nature complexe des relations entre les uns et les autres, et pourtant, tout paraît évident, simple. L’auteur se concentre sur la redécouverte, ou sur la façon dont on croit connaître quelqu’un alors qu’il y a toujours plus à voir, toujours un échelon de plus à gravir dans l’intimité. D’abord deux sœurs qui s’ouvrent enfin leurs cœurs, ensuite un gendre et son beau-père, puis deux amis d’amis…

Il y a une progression entre les couples que mettent en scène ces trois histoires. D’abord une histoire de famille, les personnes avec qui l’on a grandi, ceux ‘que l’on n’a pas choisi’ ; puis la belle-famille qu’on ne choisit pas forcément non plus mais dont les liens n’ont pas à être aussi forts qu’avec sa propre famille ; enfin les amis d’amis, presque des étrangers. Dans ces histoires, chaque situation impose moins de codes sociaux que la précédente, et l’intimité est de moins en moins contrainte, de plus en plus forte.

Raconter l’indicible

Il faut louer le scénario de ce film, construit autour du spectateur, afin de l’emmener toujours plus loin dans le non-dit et la compréhension implicite, et cela sans jamais le perdre. La première partie, « Sandrine », utilise un moyen très efficace pour présenter rapidement les personnages : deux femmes se parlent, prennent des nouvelles l’une de l’autre. Chacune fait un point sur sa vie, son travail, ses amours. Ce procédé, parfois utilisé de manière trop évidente, est ici habile. Il est d’abord porté par de très bonnes actrices (Aurore Soudieux et Adelaïde Leroux), mais il est surtout complètement justifié, car c’est justement où veut en venir Sandrine: ce qui ne va pas, c’est sa vie. Elle s’exprime, se livre, cherche à mettre des mots sur son mal. Comme Florence, son amie, on comprend que c’est dur, sans savoir ce qu’il faudrait répondre. Une situation banale en somme, traitée sans voyeurisme.

La seconde partie, « Aude » (la meilleure) présente les personnages lors d’un dîner, également via les dialogues. Ils se connaissent sans se connaître, mais l’essentiel n’est pas eux. Il y a autre chose, quelque chose de simple dont ils ne peuvent pas parler. Le spectateur comprend rapidement de quoi il s’agit, partage leur secret, et une fois dans la confidence, a la sensation de partager ce dîner avec eux. Les personnages ne parleront pas de leur secret, pas ouvertement en tout cas. Ce n’est pas grave, ils ont d’autres choses à se dire. Ils digèrent le secret, ensemble, puis passent à la suite. Ce qu’il reste à la fin de l’histoire, c’est l’impression d’avoir franchi une étape ensemble.

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La dernière partie, « Leïla », continue cette progression dans les non-dits. Ici, la situation seule raconte l’état d’esprit des deux personnages. Le dialogue n’est que remplissage, on parle pour ne rien dire, pour ne pas laisser s’installer le silence. Si ce petit manège est plutôt amusant à observer au début, le procédé s’essouffle vite et devient ennuyeux. Mais qu’importe, la dernière séquence est très belle : légèrement empotés dans leurs dialogues trop creux au milieu de cette partie, les acteurs se révèlent à la fin et offrent une scène pleine d’émotion, un relâchement bien agréable après un film tout en retenue.

Le cinéma au service de l’histoire

La mise en scène est sobre, classique (dans le meilleur sens du terme), elle sert l’histoire, la traduit en image et en son. Des plans longs, des travellings dans les rues se baladant avec les personnages, des champs-contrechamps à table… Le dispositif est simple, léché; il s’efface pour laisser place aux acteurs, dans l’ensemble bons. La complicité dans le jeu n’est pas toujours au rendez-vous, mais ce ne sont pas les relations de franche camaraderie qui prédominent ici. Ce qu’on retient surtout dans ce film, c’est l’identification au personnage de Sandrine, les non-dits, la vision de l’intimité et la qualité du scénario de Mikhaël Hers.

Vincent Arbez

Consulter la fiche technique du film

« Montparnasse », un film à (re)découvrir. Si vous l’avez raté à Pantin, le film sera disponible dès le 5 juillet avec deux autres moyens métrages de Mikhael Hers, « Charell » et « Primrose Hill », sur le DVD de « Memory Lane », son premier long métrage. Édition : Ad Vitam

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