Cândido de Zepe

Dance with death

Présenté dans de nombreux festivals dont celui d’Anima, de Cracovie, d’Amiens et de Téhéran, « Cândido » est le tout dernier court métrage de Zepe (José Pedro Cavalheiro), réalisateur portugais diplômé de l’École supérieure des Beaux-Arts de Lisbonne et de La Cambre à Bruxelles. Sensualité XXL et rythme noir sont au rendez-vous.

candido

Une femme abattue, consommant des cigarettes à la chaîne et des antidépresseurs, tâche en vain de joindre son amoureux par téléphone. Celui-ci, installé en face de chez elle, entraîne sa victime vers le désespoir et la chute.

« Cândido » est un film avant tout sensuel, sobre et très mûr, grâce aux descriptions subtiles et approfondies de ses personnages. La femme, dont on ne voit jamais le visage, est une amazone aux rondeurs exagérées qui arrive à peine à être contenue dans le cadre. Elle évoque la vamp de jadis qui, ayant perdu ses charmes en même temps que sa silhouette, finit en toxicomane ravagée. Son chien est en quelque sorte un symbole d’elle-même, obèse, maltraité et geignard. Quant à Cândido, l'(anti)héros éponyme, il s’agit d’un homme froid, sadique, maître de son monde et manipulateur par excellence, perché tel un vautour en attente de sa proie. La caractérisation des personnages se retrouve aussi dans les détails. À titre d’exemple, le fil téléphonique rongé démontre le côté obsessionnel voire désespéré de la femme, et le temps pris par Cândido pour réagir à la sonnerie du téléphone (et pour raccrocher aussi sec) révèle son caractère dur et intransigeant.

Évoquant un sujet relativement morbide, « Cândido » traite de la manipulation, par le biais d’un registre fin et esthétisant. Le dessin est marqué par des couleurs ternes et une ligne forte et foncée, évocatrice de l’Expressionnisme. L’animation témoigne d’un ‘travail de caméra’ extraordinaire : la mise en scène, proche de la live action, est enrichie par des plans subjectifs, des travellings réalistes, et des perspectives vertigineuses. Ces éléments évoquent de véritables mouvements de caméra, tout comme le traitement du cadre : la femme est capturée dans de très gros plans quasiment claustrophobes, tandis que le manipulateur Cândido est animé dans des plans larges et aérés.

Autre élément esthétique : la musique. Elle prend alternativement la forme d’un tango syncopé pour la femme, et une succession d’accords secs et pesants pour Cândido. Le résultat est un va-et-vient langoureux entre deux personnages et deux lieux, une chorégraphie narrative qui emporte doucement le spectateur.

Le titre laisse supposer une ironie évidente. Allusion au cynisme qui entoure le personnage trop ‘Candide’ de Voltaire [« ce sont des ombres à un beau tableau »] ou clin d’œil inversé à Candida, l’héroïne honnête et forte de Shaw ? Quoi qu’il en soit, « Cândido » est un remarquable exploit d’animation qui répond parfaitement à la définition du ‘Grand Art’, rien que par sa capacité de transformer des choses qui a priori ne sont pas belles.

Adi Chesson

Consultez la fiche technique du film

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *