The Man with the beautiful eyes (L’homme aux beaux yeux) de Jonathan Hodgson

Bukowski : Trois divines syllabes aux senteurs nicotinées et aux vapeurs éthyliques.  Souffrances, scandales et sexes sont les S  qui parsèment toute l’œuvre du poète américain. Il y a du Gainsbarre chez Charles, et du Baudelaire aussi, Baudelaire dont il partage le prénom, les initiales et le goût de la provocation. Ses « Fleurs du Mal » à lui , il les a plantées dans chacun des vers incisifs et étonnants de simplicité de « The man with the beautiful eyes ».

Parmi les 13 élus de la rétrospective surprenante et audacieuse consacrée à la chaîne britannique Channel 4 à Anima, le film de Jonathan Hodgson et John Hannah « The man with the beautiful eyes » est une magnifique interprétation du poème éponyme de Charles Bukowski.

Dès les premières secondes, on plonge dans la pensée du poète qui revient sur un moment précis de son enfance : celui où il fait la connaissance de l’homme aux beaux yeux. Ce qui impressionne l’enfant-narrateur et ses amis, c’est le sentiment de liberté qui se dégage de l’homme. Une liberté enviable, une liberté à faire peur, une liberté qui se reflète jusque dans les pupilles si claires de l’étranger. Une liberté que ne peuvent admettre les parents qui leur interdisent fermement de côtoyer l’homme en question.

Par cette histoire d’enfants vivant leur première désillusion, les artistes fustigent une société enfermée dans un conformisme écoeurant, détentrice des valeurs morales et orchestrant, à sa manière et selon ses humeurs, les notions de Bien et de Mal. Notons le clin d’œil au très bon film de Charles Laughton « The Night of the hunter » (La Nuit du chasseur) avec les mots « Love » et  « Hate » tatoués sur les mains d’un des parents contestataires et faisant référence au personnage énigmatique de Robert Mitchum.

Sur la voix chaude et profonde de Peter Blegvad, les dessins naïfs de Jonathan Hodgson et John Hannah, défilent sous nos yeux. Les animateurs mêlent dessins, mots, collages, travail de caméra avec intelligence et pertinence au bénéfice d’une narration percutante. Tout au long du film, les mots de Bukowski glissent délicatement pour créer, dans un nouvel espace physique, une réelle poésie visuelle.

Marie Bergeret

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Article associé : l’interview de Clare Kitson, ex-responsable du Département Animation à Channel 4

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