Ça défile sur Format Court : l’édito de cuir, remercié, retourne en coulisses tandis que son remplaçant s’impatiente, prêt à déployer, en une printanière, ses cyber ailes écrites.
Flash-back. En janvier, nous évoquions Jan Švankmajer, l’un des plus grands cinéastes d’animation qui soit, considéré même par Thierry Lebas comme l’un des plus grands cinéastes, tout court. Le même mois, nous étions en compagnie de Rudi Rosenberg, Amal Kateb, Juliette Soubrier, Florence Loiret-Caille et Damien Manivel, au Festival d’Angers, une manifestation pour laquelle les premiers plans qui comptent sont souvent les premiers courts. Au passage, nous consacrions un dossier spécial au Festival pointdoc, le tout premier festival en ligne de films documentaires qui prépare déjà, fort de son succès public et critique, sa deuxième édition virtuelle.
Février = mois chargé. En premier lieu, la programmation du Festival Hors Pistes nous a intéressés par son lien au cinéma hybride et aux nouvelles narrations. Ensuite, les 11èmes journées cinématographiques de Saint-Denis, dédiées au thème La comédie du travail, nous ont permis d’interroger, non sans humour parfois – dixit Mathieu Lericq – les relations de l’homme et de son travail, avec Aki Kaurismäki et Luc Moullet. Puis, ce fut au tour du Focus Clermont-Ferrand d’être l’invité du site et de mettre en perspective les propos de Jacques Kermabon, Marc Faye, Benoît Forgeard, François Vogel, Blandine Lenoir, Félix Dufour-Laperrière, Jonathan Caouette, Nicolas Provost, Andrea Martignoni, Benoît Felici et Banu Akseki.
Ce mois-là se termina dans la paillette : la Berlinale retirait tout juste son tapis rouge (25 films courts concouraient pour la statuette de l’ursidé doré, comme Amaury Augé nous le faisait remarquer) que les cinq films nommés au César du Meilleur court métrage avaient droit à un Focus, dans la journée qui précéda le sacre sculpté de « Logorama ».
En mars, loin des considérations politiques et judiciaires sur l’actualité du moment, nous étions dans les parages du festival Travelling qui mettait pour sa 22ème édition le Mexique à l’honneur, un Mexique « complexe et unique en son genre, bonhomme et cruel, latin et contrasté ». La Belgique et le cinéma d’animation suivirent avec un focus sur le Festival Anima, en croquis et en points de vue avec Andreas Hykade, Gil Alkabetz, Anita Killi, Bill Plympton et Peter Lord. Le festival fut aussi pour nous l’occasion de remettre le tout premier Prix Format Court au meilleur court métrage, catégorie films professionnels à Jonas Odell pour son film « Tussilago », ayant eu le triple mérite de redéfinir à sa façon le documentaire, de disposer d’une mise en images subtile et recherchée, et de livrer un témoignage individuel, celui d’une femme otage de l’Histoire. Concrètement, Jonas Odell bénéficiera d’un focus personnalisé sur Format Court, mis en ligne courant avril, et « Tussilago » sera projeté en salles. Ce Prix, nous l’espérons, en suscitera d’autres, ailleurs mais toujours en courts.
Il reste quatre jours avant le poisson d’avril, le mois n’est donc pas terminé. D’autres idées stimulent nos esprits, nos claviers et nos déplacements en festivals. Retrouvez-nous, si vous le voulez bien, ces jours-ci autour du Festival de films de femmes de Créteil, du Cinéma du Réel, du Festival Courtisane et des Rencontres du moyen métrage de Brive.
A l’occasion de l’exposition Kubrick (mars-juillet 2011), la Cinémathèque française organise un grand concours avec DailyMotion, et propose aux internautes de réaliser un court-métrage de moins de 5 minutes autour de Stanley Kubrick et de son œuvre. Fiction, animation, expérimental, 3D, exercices typographiques… tous les formats sont les bienvenus, l’essentiel étant de ne pas recycler d’images tirées des films de Kubrick.
Ce concours est le prolongement d’un ambitieux projet proposé par la Cinémathèque : mettre sur le devant de la scène toute cette génération de créateurs qui, depuis 15 ans, s’est penchée sur l’oeuvre kubrickienne, lui rendant hommage, la questionnant, la remixant. A vous de jouer pour rejoindre cette talentueuse équipée.
Synopsis : Deux cow-boys passent leurs journées à l’ombre d’un rocher, mais, à la nuit tombée, ils rejoignent une contrée qui recèle leurs fantasmes érotiques. Ils s’y enfoncent toujours un peu plus loin, à la rencontre d’êtres dangereux et ensorcelants.
Réalisation : Andreas Hykade
Scénario : Andreas Hykade
Musique : Steffen Kahles
Voix : David Michael Williamson
Design des personnages : Andreas Hykade, Sabine Huber
Animation : Greg Haney, Andreas Hykade, Anita Ortega
Simplicité complexe. Poésie psychédélique. Abstraction torturée. Musicalité pour enfants comme pour adultes. Noir, blanc et autres couleurs. Le travail d’Andreas Hykade, récompensé du Grand Prix à Anima pour « Love & Theft », ne manque pas de combinaisons multiples. Entretien en fin de séance et en ouverture d’un nouveau chapitre.
À chaque rencontre avec un animateur, une question inaugurale et prévisible apparaît : d’où vient son intérêt pour le genre animé ? Quelle serait votre réponse ?
J’ai toujours dessiné et aimé voir des films d’animation, comme beaucoup d’animateurs. Je pense que les gens apprécient cela comme un moyen d’expression mais aussi comme un moyen d’indépendance. Un jour, j’ai vu un film sur le processus de fabrication des films animés, j’ai tenté l’expérience par moi-même, avec une caméra super 8 et un petit personnage. Je n’aurais jamais cru que ça allait marcher, et pourtant, ça a été le cas ! J’avais fait un dessin après l’autre, et ça a commencé à bouger. Cela m’apparaissait comme de la magie, je pensais qu’il fallait avoir de grandes capacités pour y arriver, alors que c’était à la portée de tout le monde. J’avais 15 ans, j’avais écrit ma propre histoire, cela s’appelait : « Johan à la recherche de son visage » (rires) ! C’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser à l’animation. Je pensais même que j’irais chez Disney directement après mes études !
Après, j’ai eu des contacts avec l’animation indépendante pour adultes. C’était quelque chose de tout à fait nouveau pour moi, de bien plus intéressant. C’était un territoire non défraichi dans lequel je pouvais m’exprimer comme artiste et trouver ma liberté, ce qui n’est pas quelque chose de facile à identifier quand on travaille sur des films pour enfants.
Vos dessins sont parfois minimalistes, parfois chargés en détails. Quand avez-vous découvert votre style ?
Après mes premières années d’études. Je viens du réalisme, à l’époque, je dessinais tout. Quand on commence dans l’animation et qu’on se met à dessiner chaque cheveu de chaque personnage, cela prend beaucoup de temps. Pour moi, c’est une souffrance terrible, le facteur de temps perdu. On prend cinq ans pour créer et le résultat dure cinq minutes, c’est hors de proportion.
En travaillant ainsi, j’ai réalisé que je n’y arriverais pas, que je ne serais pas efficace. J’ai donc cherché un style simple et rapide à reproduire. Une fois que je l’ai trouvé, je me suis senti en confiance.
Autre mélange dans vos films, celui de la simplicité et de la complexité…
Quand j’ai commencé, je ne savais pas ce que je faisais. Mon école, l’Académie des Beaux-Arts de Stuttgart, était plutôt nouvelle, personne ne me disait quoi que ce soit sur la technique. Je n’ai pas appris, j’ai fait. Dans mes premiers travaux, je ne savais pas vers quoi j’allais, je faisais intervenir mon inconscient, je prenais beaucoup de temps pour créer. J’ai réalisé que c’était trop douloureux, donc j’ai commencé à travailler consciemment, j’ai réfléchi à la manière d’inclure le public dans ma réflexion et je me suis dirigé vers la simplicité. À partir de « The Runt », j’ai travaillé différemment : j’ai commencé à me concentrer et j’avais une histoire.
Pensez-vous que la musique peut aider le public à entrer dans vos films ? Dans « Ring of Fire », elle est par exemple très présente, au plus près des personnages.
Oui. La musique est un élément clé pour véhiculer des émotions, elle est très importante pour mes films. Probablement, j’en ai utilisé trop mais c’était nécessaire, et puis, j’aime collaborer avec différents musiciens. Sur « Ring of Fire », la musique était très spéciale. Le film parle d’une histoire d’amour triangulaire, basée sur une histoire personnelle entre un ami, sa femme et moi. L’homme est musicien, c’est lui qui a composé la B.O. du film, il a mis toute sa rage, sa passion et son agression dans ce son. Je crois que vous pouvez encore l’entendre aujourd’hui, d’ailleurs, le film entier ne marcherait pas sans cette musique.
Sur « Love & Theft », la collaboration avec le musicien a été aussi intéressante. Tout le film a été animé sur un certain rythme. Toutes les 8 secondes, un changement de personnage avait lieu. On a juste parlé de courbes. Avec un musicien, on peut parler en termes abstraits, chose difficile à faire avec un animateur.
Dans vos films précédents, les éléments féminins étaient soit provocants soit protecteurs, et les masculins insufflaient la peur auprès de leur entourage. Est-ce que vous avez envie de continuer à creuser ce type de personnalité ?
J’essaye à vrai dire de les laisser de côté. Je fais des films pour enfants maintenant (ndrl la série « Tom & The Slice of Bread with Strawberry Jam & Honey »), c’est une première étape. Les films que j’ai faits avant sont tous liés à Altötting, l’endroit où j’ai grandi, un coin pas très joli, démodé, empoisonné d’une certaine manière. Je pense que j’avais à décrire ce que je voyais, d’où je venais, mais aujourd’hui, j’ai envie d’ouvrir un nouveau chapitre et d’exprimer les choses d’une autre manière.
Aujourd’hui, quand vous revoyez vos films, qu’en pensez-vous ?
Parfois, je ne les comprends pas, parfois, je les trouve dérangeants par endroits, parfois, je les trouve bons. Un de mes amis dit qu’en art, tout dépend de ce qu’on a pris au petit déjeuner. Je pense qu’il a raison, tout dépend de l’état d’esprit dans lequel on est.
« The Runt » ressemble autant à un conte pour enfants qu’à une histoire pour adultes. Comment l’avez-vous imaginé ?
Au début, je voulais raconter une histoire de frères et de lapins, mais mon projet allait dans tous les sens. Au même moment, j’ai commencé à donner des cours d’animation. Je disais aux étudiants de se concentrer, de se poser des questions, d’être aussi précis que possible, et en regardant mon travail, je me suis dit que je devais faire de même. Dans le film, l’enfant doit tuer le lapin après un an, je me suis dit que je travaillerais aussi sur une période d’un an, en termes d’histoire, d’animatique, et de design des couleurs.
Pour « Love & Theft », vous avez utilisé des symboles et des références en matière d’animation. Comment avez-vous considéré le travail d’antropomorphie, de succession de dessins ?
Cela faisait plus de dix ans que je n’avais pas animé. Les films pour enfants, je les ai écrits, réalisés, dessinés, conçus musicalement, mais je n’ai pas eu le temps de les animer. Pourtant, animer, faire bouger les dessins, voir une chose en devenir une autre, est le moment le plus épanouissant pour moi. J’ai essayé d’animer sur « The Runt », mais c’était différent, les personnages ne bougeaient pas, alors que « Love & Theft » est justement basé sur le mouvement. L’animation était simple et efficace, chaque ligne en devenait une autre, j’en ai donc tiré beaucoup de joie.
Vous aviez dressé une liste de personnages que vous aimiez pour le film ?
J’en avais beaucoup. J’ai commencé avec 600 personnages qui m’ont inspiré. À la fin, je n’en avais plus que 36. Je les a choisis car je voulais de l’interaction entre eux.
Êtes-vous proche du travail de Jim Woodring ? Son trait apparaît dans votre film.
Oui, il est dans le film. J’aime Frank et la grenouille. Dans les série « Tom & The Slice of Bread with Strawberry Jam & Honey », il y a une famille de grenouilles qui sont des références à Jim. Je ne l’ai jamais rencontré, mais j’aimerais beaucoup lui acheter un dessin de grenouille !
Où en est votre projet de long métrage ?
Je pense à un film sur la vie de Jésus, à partir de trois perspectives, l’une féminine, les deux autres masculines. Dans les courts, on doit toujours se limiter, à la fin, on se retrouve toujours à jeter des choses, et je voudrais m’ouvrir un peu, je voudrais me poser un moment.
C’est un sacrifice pour vous de jeter ?
Oui, parfois. Les épisodes sur « Tom » durent tous cinq minutes alors que mes histoires font toujours six minutes. Je me retrouve à devoir jeter une minute et c’est un sacrifice car parfois, je dois me débarrasser du meilleur. Il y a ce qu’on a besoin et ce qu’on veut; comme on ne peut pas jeter ce qu’on a besoin, on doit jeter le reste.
Mais parfois, ce qu’on veut revient plus tard..
Oui, mais c’est brisé. Ça glorifie la chose donc c’est perdu pour toujours. Je pourrais vous parler des dix meilleurs gags que j’ai eus pour cette série et qui n’ont jamais existé. Peut-être ils reviendront, oui, mais il y aura de toute façon une perte.
Rouvrez-vous parfois vos anciens carnets de croquis ?
Si je suis désespéré, oui (rires) ! Je les regarde parfois, je les garde depuis 1990. Cela fait 21 ans maintenant que je les accumule. Sinon, ma mère a gardé ceux que je faisais quand j’étais enfant, mais c’est le cas de toutes les mères !
Filmmaker of some renown, Gil Alkabetz has wowed the animation world on several occasions, notably with his riotously hilarious « Rubikon », winner of the Funniest Film Award at Annecy, and more recently with « Der Da Vinci Timecode », an incomparable experience that redefines the perception of classical art by subjecting it to the specificity of film language. Earlier this month, the animation director was in Brussels for the Anima Festival, as part of the jury for the International Competition, and took time out between screenings to talk to Format Court about the ever-evolving universe of animation and how some people never learn from their experiences.
Growing up as you did in a kibbutz, what first drew you to cinema and particularly to animation ?
My childhood was quite some time ago! My first exposure to cinema was through our neighbour’s 8mm project. We used to watch cartoons like « Bugs Bunny », « Disney », etc. That was all I knew of animation back then, but I was already fascinated by this genre more than any other. So I always knew I wanted to study animation, and when I was about 19 I saw for the first time films from the National Film Board and Zagreb Film, which was a whole other world than cartoons. This motivated me to go into to the Bezalel Academy of Arts and Design. At the time, they had no real animation department. There was a very good chance of making animation films but through other sections. I studied Graphic Design and Illustration. Today it’s very different. There is a special animation department and a four-year degree course.
Now that you’re based in Germany, do you still follow the animation scene in Israel ?
I do sometimes. For instance, last year I did a workshop in a school in the south of Israel. I’ve noticed that in Israel, like in the rest of the world, with new possibilities and technologies like the advent of the Internet, people get into animation very early and already have a lot of knowledge in the field. Young people around 20 know a lot about animation techniques and visual language, things which I didn’t know at their age. But the animation scene in Israel is quite polarised. There’s very little state support, though things are changing slightly since « Waltz with Bashir ». On the other hand, there are many students graduating every year. But most of them can’t go ahead after that. So they get into the industry and make commercials. It’s still not easy to make non-commercial animation films there.
Already in your first film « Bitzbutz », there are stylistic elements that we find in your later works: monochromatism, organic movements, limited or no verbal narration and use of music to narrate. Did you have these things in mind when you made « Bitzbutz »?
No, not at all. « Bitzbutz » was my graduation film at the Bezalel. This just happened to be the kind of film I made and then it led to other styles. Maybe if I had made another kind of film it would have taken me in another direction. The reasons I made « Bitzbutz »the way I did was primarily due to economic and time constraints. Since it worked, and was well received in school, I developed this style I guess.
What brought you to Germany and to the Film Bilder studios ?
I initially worked for a short while in the late 80s in an animation studio in Israel. They weren’t very common then, as there was virtually no market for animation. But with that professional experience I was invited by the Stuttgart Art Academy to make « Swamp ». Stuttgart is really a cultural centre for short animations. So I initially came to Germany for studies. But I already had a few connections with Film Bilder, which also started off in Stuttgart and so I eventually made some films with them.
« Rubicon », arguably your best received film, won the Funniest Film Award at Annecy, which is quite en achievement. Where did the idea come from ?
For « Rubicon », prior to finalizing the script, I had written about 5 other scripts, some more serious and even a horror story. And this particular storyboard got the best reaction. So I decided to go ahead with it. I was not sure how it would turn out. But it all seemed to work when I decided to give up the idea of a narrative and all relationships between characters, etc. I wish I knew where my ideas come from, but I have no clue. Every film comes from nothing and my experience doesn’t help me either. When I make a film, I can’t say I learned something for the next one. It’s like I always have to restart from zero. I feel every film I make is the first and the last one. I never believe I can make another.
Do you still think so?
Yes, even more so with time! I never know what to do next. And then suddenly it comes to me, but I haven’t really worked out a system. I usually let time decide. Once in a while I have an idea, and when I have an idea that stays in my head for a long time I think maybe this could make a film. But the sources are very different, they come from all over. Very often they’re old ideas that I once had and couldn’t do anything with, but then years later I think I can turn them into films.
How did you come about creating Sweet Home Studios?
I created Sweet Home Studios with my wife, partly because of the new technological possibilities in the last few years. Not so long ago, though it seems prehistoric now, to make animation you needed to work in a studio with very expensive equipment, costing up to hundreds of thousands of Euros, you needed optical equipment and editing tables, etc. It couldn’t be done alone. But then when computers came in, everything changed and you could work at home. Today all the programs are available and you can work a lot faster. There’s less reason to be tied to the studio. So we thought we’d make the studio at home. This has its flip-side though; you have less feedback and lack the dynamic of working in a big team.
« Der Da Vinci Timecode » is completely different to your other animation films. How did the notion of animating a known work of art come to you?
This was one of the concepts that I did develop. I made a film called « Travel to China », where I wanted to use only one image for the whole film. I drew the image myself and used the same principle as in « Der Da Vinci Timecode », placing the camera on different parts of the same picture. But the problem was, once the movement began the audience forgot that is was one single picture and tended to relate to it as a film. To solve this problem, I thought that if I took a known picture, no one would think it was a film but they’d know it was one single picture. That was my motivation for « Der Da Vinci Timecode ». In a sense it’s a very strict limitation to use only one image, and maybe a little artificial. But when you decide : that’s my limitation and I won’t add any animation or effects, you become more creative somehow. You discover things you wouldn’t have suspected. I like this reduced minimal idea.
When you’re not making films, you’re busy teaching. How do you marry being an artist and a teacher ?
It isn’t easy. Teaching is interesting but it activates quite another part of the brain. You become a critic. Students come with ideas they’ve already thought about. So they’ve already done the hard work of coming up with a concept, which you see as a ready thing and relate to. It’s a dangerous position for an artist because you get into this way of reacting and it sometimes comes at the expense of thinking and inventing for yourself. On the other hand, it’s very interesting, that’s the danger. You can see someone’s idea and see the potential and discuss about it. As a teacher I don’t focus much on the technical aspect as I’m not that good at it. My students are much better in fact! So I work on the concept. How they tell a story with pictures. Many students are very talented with technical skills and a strong visual sense but the concept and idea can be very difficult to express. Nobody helps them with the idea, most professors say : “Come up with an idea and see me”. So there is a big demand for help in this area.
Have you ever considered making a feature length animation or passing on to live action ?
Live action is not at all my thing. There are many different kinds of animators but many of them, and I belong to this category, are like children making films. I don’t mean children’s films though. Live action tends to deal with adult subjects and relations with people. I don’t feel I could deal with actors and such situations. But animation in a feature-length format is something I often think about. I’d love to make a structural story that’s not just based on a small situation. I’m thinking of something totally different from the short format. It would be a great challenge for me and something I’d love to try sometime. It’s interesting for me to see if I can hold people’s attention for such a long time.
La 32ème édition du festival du film court de Villeurbanne aura lieu du 18 au 27 novembre 2011. Peuvent y être inscrits les films concourant pour la compétition française et francophone, numérique 2D/3D ou européenne.
Compétition française et francophone
– Tous les genres
– Produits après le 1er janvier 2010
– Pays de production : tous les pays francophones
– Support de diffusion 16mm, 35mm, Beta SP, Beta Num
Compétition numérique 2D/3D
– Durée n’excédant pas 20 minutes
– Produits après le 1er janvier 2010
– Pays de production : tous les pays francophones
– Support de diffusion vidéo : Fichier Numérique, Beta SP, Beta Num
– Genres : Animation, expérimental, vidéo d’art, comprenant des séquences infographiques 2D ou/et 3D. Les films de commandes et publicitaires ne seront pas retenus, seuls les films à fort potentiel créatif pourront être sélectionnés.
Compétition européenne
– Durée n’excédant pas 40 minutes
– Tous genres
– Produits après le 1er janvier 2010
– Support de diffusion pellicule : 35 mm, 16 mm
– Support de diffusion vidéo : Beta SP, Beta Num, DVD
– Pays de production : les 27 pays de l’Union Européenne ainsi que l’Islande, la Norvège, la Suisse, la Serbie, la Croatie, l’Ukraine, la Russie, la Moldavie, la Bosnie, le Kirghizstan, le Kazakhstan, l’Albanie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, le Lichtenstein, l’Ouzbekistan, le Monténégro et la Turquie.
Les films non francophones doivent être sous-titrés en français.
Le cinéaste Gil Alkabetz a impressionné le monde de l’animation à plusieurs reprises, entre autres avec « Rubicon », court hilare qui remporta le prix du film le plus drôle à Annecy, et « Der Da Vinci Timecode », expérience unique qui redéfinit la lecture d’une œuvre d’art classique en le soumettant aux spécificités du langage cinématographique. Membre du jury international lors du dernier Festival Anima à Bruxelles, l’animateur nous a consacré un moment pour aborder l’univers de l’animation en constante évolution et le fait que certains n’apprennent jamais de leurs expériences.
Ayant grandi dans un kibboutz, qu’est-ce qui vous a attiré vers le cinéma, et en particulier vers l’animation?
Mon enfance, c’était il y a bien longtemps ! Mon premier contact avec le cinéma eu lieu grâce au projecteur de notre voisin. Nous regardions des dessins animés comme Bugs Bunny et les films de Disney. C’était tout ce que je connaissais de l’animation à l’époque, mais déjà je me sentais attiré par ce genre. J’ai voulu étudier l’animation, et quand j’avais 19 ans, j’ai découvert des films du National Film Board et de Zagreb Films. C’était un tout autre monde par rapport aux cartoons. Ceci m’a motivé à aller à la Bezalel Académie des Arts. A l’époque, ils n’avaient pas vraiment de section d’animation. Il y avait plein de possibilités d’en faire, mais il fallait passer par un autre département. Donc j’ai étudié le dessin graphique et l’illustration. Aujourd’hui, tout ça a changé. Ils ont une grande section animation avec un programme de 4 ans.
Maintenant que vous êtes installé en Allemagne, suivez-vous encore l’animation israélienne ?
Oui un peu quand même. Par exemple, l’année dernière, j’ai organisé un atelier dans une école au sud du pays. J’ai constaté qu’en Israël, comme dans d’autres pays, avec les nouvelles possibilités technologiques, et l’arrivée de l’Internet, les gens entrent dans l’animation très tôt et avec beaucoup de connaissances dans le langage visuel et les techniques d’animation, ce que moi je ne maîtrisais pas à leur âge. En Israël, le milieu de l’animation est fort polarisé. D’un côté, il y a peu de soutien de l’Etat, même si les choses sont en train de changer suite aux films comme « Valse avec Bachir ». D’autre part, il y a de plus en plus d’étudiants qui sortent des écoles d’animation. Mais la plupart ne peuvent pas aller plus loin donc ils se tournent vers la publicité et les films commerciaux. C’est encore très difficile de faire des films non commerciaux là-bas.
On voit dès votre premier film, « Bitzbutz », des éléments stylistiques qui semblent marquer vos autres films : le monochromatisme, des mouvements organiques, une narration limitée et absente, souvent reprise par la musique. Aviez-vous ces éléments en tête dès le début?
Non, pas du tout. « Bitzbutz » était mon film de fin d’études à la Bezalel. C’est une coïncidence que ce film s’est fait ainsi, et ça m’a amené à explorer ce genre de style. Si je l’avais fait autrement, j’aurais surement eu un tout autre style. Le choix de faire « Bitzbutz » de cette manière a été dicté par des contraintes économiques et liées à temps. Mais ça a marché, le film a été bien reçu, alors je suppose que j’ai développé mon style.
« Bitzbutz »
Qu’est-ce qui vous a amené en Allemagne et au Studios Film Bilder ?
Au début, après mes études à la Bezalel, j’ai travaillé pendant un an et demi dans un studio d’animation israélien. Il y en avait peu à l’époque. Grâce à cette expérience, j’ai été invité à Stuttgart par l’académie d’art pour réaliser « Swamp ». Stuttgart est un véritable centre culturel, surtout en ce qui concerne les courts métrages animés. Donc je suis venu en Allemagne pour étudier encore, mais j’avais déjà des contacts avec Film Bilder, qui a aussi commencé à Stuttgart. J’ai fini par faire des films avec eux.
« Rubicon » a gagné le prix du court le plus drôle à Annecy, ce qui n’est pas rien. D’où est venue cette idée loufoque ?
Avant de finaliser le scénario pour « Rubicon », j’avais essayé au moins 5 autres idées, certaines plus sérieuses et même une histoire d’horreur. Mais ce scénario-ci a été le mieux reçu. Donc j’ai décidé de le tourner. Je n’avais aucune idée de ce que ce film aller devenir. Mais tout s’est mis en place dès que j’ai décidé d’abandonner la narration et les rapports entre les personnages.
Si seulement je savais mieux d’où venaient mes idées. A vrai dire, je n’en sais rien. Chaque film vient de rien et de nulle part et mon expérience ne m’aide pas du tout. Quand je fais un film, je ne peux jamais dire que j’ai appris quelque chose pour le suivant. Je dois toujours recommencer de zéro. C’est comme si chaque film que je faisais était le premier et le dernier. Je ne crois jamais que je pourrai en faire un autre.
Encore aujourd’hui ?
D’autant plus avec le temps ! Je ne sais jamais quoi faire après. Et puis tout à coup, une idée me parvient. Mais je n’ai pas encore trouvé de système. Je soumets mes idées au test du temps. Quand j’ai une idée qui mijote dans ma tête et qui perdure pendant un moment, je finis par croire que je peux la réaliser. Mes sources sont diverses, mais ce sont souvent de vieilles idées que je n’ai pas pu réaliser et que je pense pouvoir les convertir en films des années plus tard.
Comment avez-vous créé Sweet Home Studios, votre maison de production ?
Je l’ai créé avec ma femme, entre autres, en raison des avancées technologiques dont je parlais. Il n’y a pas si longtemps, même si ça paraît préhistorique (!), pour faire une animation, tout devait se faire dans des studios. On avait besoin de matériel très cher et très sophistiqué, des tables de montage, des appareils optiques, etc. qui coûtaient des centaines de milliers d’euros. Ce n’était pas possible de faire de l’animation tout seul. Mais avec l’arrivée de l’ordinateur, tout a changé et on peut travailler de chez soi. Aujourd’hui tous les programmes sont disponibles et on travaille beaucoup plus rapidement, sans être obligé de passer par les studios. C’est pour ça qu’on a pensé à faire un studio à domicile. Le seul inconvénient, c’est le manque de recul et les avis constructifs qu’on peut recevoir en travaillant dans une grande équipe.
« Der Da Vinci Timecode » est un ovni dans votre filmographie. Comment avez-vous conçu l’idée de retravailler une œuvre d’art?
En effet, c’est quand même un concept que j’ai longtemps développé. J’ai fait une animation qui s’appelle « Travel to China » dans laquelle j’ai voulu utiliser une seule image pour tout le film. Je l’ai dessinée moi-même et j’ai utilisé le même principe que pour « Der Da Vinci Timecode », c’est-à-dire, placer la caméra à différents endroits du tableau pour avoir des plans rapprochés. Mais le problème c’est que, dès que le mouvement commençait, le spectateur oubliait qu’il s’agissait d’une seule image. Alors j’ai décidé de refaire cette expérience, mais avec une image très connue, que le spectateur ne pourrait pas confondre avec des dessins originaux. C’est comme ça que « Der Da Vinci Timecode » est né. Quelque part, s’imposer une telle restriction peut paraître un peu artificiel. Mais quand on décide que ceci est sa limitation et qu’on n’ajouter aucune autre animation ni effet, on devient curieusement plus créatif. On découvre des choses qu’on n’aurait jamais soupçonnées. J’aime bien cette idée de réduire le concept un strict minimum.
Lorsque vous ne faites pas de films, vous enseignez l’animation. Comment marie-t-on la carrière d’un artiste et d’un enseignant ?
Ce n’est pas facile. L’enseignement est très intéressant, mais ça implique une autre partie du cerveau. On devient critique. Les étudiants viennent avec des idées auxquelles ils ont déjà pensé. Alors le travail de réflexion et de concept a déjà été fait, et on se trouve devant une idée finalisée à laquelle on doit réagir. C’est un peu dangereux pour l’artiste parce que ça pourrait fonctionner au détriment de sa propre créativité. D’un autre côté, c’est quand même très intéressant, c’est ça justement, le danger.
En tant qu’enseignant, je ne me focalise pas trop sur l’aspect technique des choses, que souvent mes élèves maîtrisent mieux que moi parfois ! Alors je travaille sur le concept avec eux. Il y a beaucoup d’étudiants qui sont très doués techniquement, mais qui ont du mal à exprimer l’idée de base, le concept. Et ils n’ont quasi aucune aide avec ça, les professeurs leur disent « viens me voir quand tu auras une idée ». Donc il y a une forte demande de ce point de vue.
Avez-vous déjà été tenté soit par la live-action ou par le long métrage ?
La live-action n’est vraiment pas ma tasse de thé. Je pense qu’il y a différentes sortes d’animateurs, mais une grande partie d’entre eux, y compris moi-même, sont comme des enfants qui font des films. Je ne dis pas qu’ils font des films pour enfants. La live-action traite des sujets plus complexes et des rapports entre des gens. L’idée de travailler avec des acteurs et sur de telles situations ne me tente pas trop.
Par contre, j’ai souvent pensé à tenter une animation en format long. J’aimerais pouvoir réaliser une histoire structurelle qui ne se base pas uniquement sur de petites situations. Ce serait quelque chose de complètement différent du court, et cela représenterait un grand défi pour moi. J’aimerais voir si je parviens à garder l’attention du public aussi longtemps.
Auréolée en 2010 à Clermont-Ferrand et à Annecy notamment, pour son court métrage « Sinna Mann », la réalisatrice norvégienne Anita Killi, fidèle aux méthodes traditionnelles de l’animation, aime opposer dans ses films une forme simple et naïve à des sujets forts, tels que la guerre ou la violence domestique dans le but de susciter le débat.
Ton style et ta façon artisanale de travailler restent en marge du paysage contemporain de l’animation. Quelles sont tes influences artistiques ?
Naturellement, comme beaucoup, j’ai été fort influencée par le travail du Russe Youri Norstein. J’aime beaucoup ses plans parce que, en tant que spectateur on peut choisir ce que l’on veut voir tant ces images sont travaillées et détaillées. J’aime aussi beaucoup la poésie qui s’en dégage. La notion de temps y est étirée, c’est un cinéma fort contemplatif. Mais quand j’étais étudiante, j’ai également été influencée par l’animation venue d’Europe de l’Est, de Tchéquie, par exemple.
Tu es venue présenter « Sinna Mann » à Anima, pourquoi avoir choisi d’adapter cette histoire ?
J’étais à la recherche d’une histoire et j’en ai lues beaucoup avant de tomber sur le travail de Gro Dahle et de son mari, l’illustrateur Svein Nyhus. Au départ, je voulais adapter un autre roman, « Kind » mais lorsque j’ai contacté Gro, elle m’a dit que le projet d’adaptation était déjà pris par quelqu’un d’autre. J’ai alors découvert « Sinna Mann » et j’en suis littéralement tombée amoureuse. Même si certains me disaient que c’était peut-être un sujet trop difficile à adapter, je trouvais au contraire que c’était très intéressant. J’avais envie de m’adresser aux enfants mais surtout aux adultes, aux pères abusifs, aux mères silencieuses qui pourraient éventuellement se remettre en question après avoir vu le film en se disant : « Je n’ai pas envie de ressembler à cela ». J’ai alors entamé des recherches sur la violence et je me suis rendue compte que dans les films d’animation, celle-ci était abordée par l’utilisation d’animaux pour camper les personnages. J’ai trouvé cela dommage qu’au XXIème siècle, on n’était toujours pas capable de s’adresser aux enfants sans passer par l’allégorie ou la métaphore.
En jetant un regard à ta filmographie, on constate très vite ton désir de faire passer un message fort à travers une animation « enfantine ». Pourquoi ce choix ?
Parce que le plus important pour moi, c’est de faire des films que les enfants puissent regarder en se posant des questions. Mais je pense que mes films, « Sinna Mann » et « The Hedge of Thorns » en particulier, sont des films d’enfants qui s’adressent principalement aux adultes.
Quelle est la réaction des enfants quand ils voient ces films ?
Ils ne sont pas effrayés. Pour eux, les thèmes que j’aborde (la guerre et la violence domestique) sont en quelque sorte naturels, j’ignore pourquoi mais en général, la réaction des adultes est souvent plus forte. Les enfants aiment poser des questions, ils se demandent pourquoi le père dans « Sinna Mann » est fâché ou encore pourquoi le père dans « The Hedge of Thorns » revient de la guerre avec une médaille. Certains disent que c’est parce qu’il a gagné la guerre alors que d’autres pensent que c’est parce qu’il a tué des gens. Les questions que ces films suscitent auprès des enfants m’intéressent beaucoup et motivent mon travail de création.
En quoi consiste ta façon de travailler ?
C’est assez artisanal. Cela s’appelle le « cut-out ». J’élabore un story-board détaillé, ensuite, je dessine tous les décors et les personnages, je les découpe et j’assemble les personnages afin qu’il puissent bouger leurs membres. Je réalise l’animation de façon chronologique en plaçant les décors et les personnages sous des plaques de verres de 60 à 90 cm d’épaisseur. J’ai environ une petite dizaine de niveaux de plaques de verre différents. Au-dessus de tout cela, je place une caméra 35 mm qui peut se déplacer verticalement et horizontalement.
Comment gères-tu l’arrivée des nouvelles technologies ?
Je ne sais pas du tout comment gérer cela. J’imagine que je dois intégrer ces nouvelles technologies, certainement plus rapides. D’autant plus que j’ai un projet de long et je me rends compte que ma façon de travailler coûte trop cher parce qu’elle prend plus de temps. Par ailleurs, je travaille un peu « à l’aveugle » puisque je ne peux pas toujours visualiser ce que je filme, d’une certaine façon, c’est un peu risqué. J’avoue que je suis fort partagée car j’ai l’impression que les gens ne trouvent pas le « cut-out » assez intéressant or j’ai envie de leur prouver le contraire.
Penses-tu qu’en abandonnant le « cut-out », tu perdrais un peu de ton art ?
Exactement, et c’est cela qui me fait un peu peur ; perdre les sensations et l’atmosphère que j’essaye de faire passer grâce à cette façon de travailler. D’un autre côté, je sais que cela pourrait être intéressant étant donné que je ne connais absolument rien en informatique, je peux juste envoyer des e-mails. C’est la raison pour laquelle j’aime beaucoup me rendre en festivals, pour voir des films et rencontrer des gens qui travaillent différemment. Je trouve cela très enrichissant.
Tu parlais d’un projet de long-métrage…
Oui, parce que mon père et mon mari me disent que je devrais songer à commencer à gagner de l’argent avec mes films, ce qui n’est pas vraiment le cas avec le court métrage. Le long est encore une adaptation. J’ai eu envie d’utiliser un personnage de la tradition norvégienne, celui du gnome qui apparaît pendant la période de Noël. Contrairement au Père Noël, il n’offre pas de cadeaux. Il est doux et prend soin des animaux et des hommes mais il peut aussi se montrer diabolique avec ceux qui ne respectent ni la nature, ni les autres. J’y ai volontairement ajouté le personnage d’une petite fille qui comme le gnome, refuse la société de consommation et la superficialité entourant la fête de Noël, aujourd’hui. De même, on peut y voir les différences entre la ville et la campagne. Moi, je viens de la campagne, nous avons une ferme. Dans le film, je voudrais montrer l’atmosphère de la vie à la ferme et essayer de rendre les choses plus réelles. Je trouve cela important, même en animation. J’aime l’idée que je m’inspire aussi de ma vie pour écrire des histoires.
Synopsis : Florian et Malene sont les meilleurs amis du monde. Chaque jour, ils jouent près du ruisseau. Un jour, la guerre éclate et les enfants ne peuvent plus jouer ensemble parce chacun est situé dans la camp adverse.
Réalisation : Anita Killi
Scénario : Anita Killi adapté du roman ” Flon Flon et Musette” (1993) de Elizbieta
Ce vendredi 18 mars, lors de la remise des prix animée par Philippe Reynaert, les Jurys du 20ème Festimages 2011 ont rendu leurs verdicts. La compétition réunissait 18 films d’écoles de cinéma du Nord et du Sud du pays.
Délibération du JURY ETUDIANTS
Ce Jury était composé de six étudiants venant des sections E-business, Kiné, Communication et Conseillers sociaux de la Haute Ecole Provinciale de Hainaut-Condorcet. Il était présidé par Nabil BEN YADIR, réalisateur des « BARONS »
Le Prix des Etudiants à été remis à « Badpakje 46 » de Wannes Destop (KASK)
Le prix est doté de 650 € par PME 3000. Initié par la Haute Ecole provinciale Condorcet, PME 3000 est une action pilote de formation continuée en initiation à l’esprit d’entreprise axée sur l’apprentissage par l’action, le coaching, le travail en équipe. En s’associant à ce Prix, PME 3000 souhaite encourager les initiatives de création d’entreprises audiovisuelles dans le Hainaut.
Delibération du JURY PROFESSIONNEL
Le jury était composé de Marijke PINOY (comédienne), Stéphane BISSOT (comédienne), Thierry DE COSTER (acteur, producteur, auteur), Geneviève KINET (WBI), Bénédicte BOURGEOIS (acheteuse RTBF), Mathias DESMARRES (réalisateur).
GRAND PRIX (1500 €), offert par la SABAM – Les enfants de la mer/mère – de Annabel Verbeke (RITS)
PRIX DE LA MEILLEURE ANIMATION (500 €), offert par la Ville de Charleroi – L’oeil du paon – de Gerlando Infuso (La Cambre)
PRIX DU MEILLEUR DOCUMENTAIRE (500 €), offert par le Direction Générale des Affaires Culturelles du Hainaut – A l’intérieur – de Raphaël Le Toux Lungo (INSAS)
PRIX DE LA MEILLEURE FICTION (500 €), offert par la Province du Hainaut – Pour toi, je ferai bataille – de Rachel Lang (IAD)
PRIX SPECIAL DU JURY (500 €), offert par le Conseil de Etudiants de la Haute Ecole Condorcet – Filomena – de Julio Lopes (Sint Lukas).
Synopsis : Le monde vous paraît-il cohérent et compréhensible ? Mais pourquoi se battre pour comprendre lorsque l’on peut profiter de la vie en passant par tant d’échelons de non sens…
Si la fiction roumaine a le vent en poupe, la qualité du cinéma d’animation reste en revanche bien modeste. Preuve en est la rétrospective accordée à Anima, en présence de Mihai Mitrica, le directeur du Festival Anim’est, qui, s’excusant à l’avance du niveau des films présentés, précisait qu’il n’y avait pas de réelle école d’animation dans son pays. On le regrette : une grande partie des films d’animation (le cas roumain n’est pas isolé) se limite à l’innovation graphique, à l’effet visuel, à l’anecdote formelle sans vraiment élaborer la narration. Au-delà de l’exercice de style, certains courts métrages de la sélection ne manquent ni d’esprit ni d’originalité.
Ariadné Fonala (Ariadne’s Thread) de Attila Bertóti
Et si le destin de cette naïve Ariane ne tenait qu’à un fil, et si Thésée n’était pas ce héros fort et indestructible et si le Minotaure était doté d’une intelligence humaine, la bête ne serait sans doute pas morte et le monde serait à réinventer… Dans des teintes jaune sombre monochromatiques et un dessin simple, animé de mouvements de caméra dynamiques, Attila Bertóti revisite le mythe de Thésée et du Minotaure avec un humour certain. Il s’amuse à réinterpréter la même histoire légendaire de trois points de vue différents, celui d’Ariane, l’amoureuse transie à l’entrée du labyrinthe, celui de Thésée, perdu dans la belle invention de Dédale, prêt à affronter le monstre et enfin celui du Minotaure, faisant le pied de grue en attendant le héros qui se fait très discret.
Immerse de Weareom
Deux minutes suffisent au collectif Weareom pour nous plonger dans les abysses d’un no man’s land abstrait. 20 000 lieues sous la mer du mystère flottent des machines inconnues et des sensations palpables d’angoisse viennent traverser le corps et l’esprit, immergés dans les ténèbres de l’inconscience. Ce très court est avant toute chose une expérience visuelle et auditive intéressantes à laquelle se greffe une chute amusante qui nous ramène à la surface de la réalité. Doté d’une réalisation maîtrisée et effervescente, « Immerse » semble tout droit sorti d’un cerveau dangereusement créatif.
Grand Café de Bogdan Mihăilescu
Sans doute le plus délicat de la série, « Grand café » propose un voyage poétique dans le temps. Un retour dans le passé pour retracer le destin d’Emile Reynaud, l’inventeur du Praxinoscope. Cet engin, breveté en 1877, donnait l’illusion du mouvement grâce à la création de dessins décomposés en 12 positions présentés de manière cyclique. En somme, si les frères Lumière sont les pères du documentaire, Méliès, celui de la fiction, nul doute que Reynaud est à l’origine du cinéma d’animation. Le film de Mihăilescu est une sorte d’hommage en ombre chinoise à celui qui, des heures passant, dessinait, coloriait, peignait des petites illustrations avec l’intention de transmettre, dans la salle obscure et attentive, toute la féérie de la pantomime lumineuse. Laissant derrière lui un parfum de nostalgie, le film reste fort contemporain dans sa manière de refléter la fragilité du travail des cinéastes d’animation, derniers vrais artisans de la profession que les nouvelles technologies viennent convoiter avec le risque de leur voler leur art.
How to Deal with Nonsense de Veronica Solomon
Difficile de décrire le film de Veronica Solomon tant il échappe joyeusement à la logique. Suggérant un rêve sous LSD, il présente un certain nombre de créatures abracadabrantes au milieu d’un océan imaginaire. Un banc de sapins verts traverse des eaux troubles pour se retrouver aux côtés de nuages vaporeux. Entre les deux, un arbre rose, géant (mais est-ce un arbre au fond ?) qu’escaladent d’heureux reptiles sisyphiens. Au sommet, un hamster solitaire se prend pour Elvis. Pèlerinage hallucinogène, « How to deal with nonsense » semble avoir tout dit en un titre évocateur. Solomon aime assembler des réalités n’ayant aucun lien entre elles provoquant des situations humoristiques totalement absurdes à l’image du théâtre d’un certain Ionesco.
Synopsis : Voici rassemblés les éléments fondamentaux du célèbre mythe grec: le labyrinthe, le Minotaure, Thésée, Ariane et bien évidemment le fil. Que la recherche commence !
Réalisation : Attila Bertóti
Genre : animation
Durée : 9’
Année : 2009
Pays : Roumanie/Hongrie
Animation : Attila Bertóti
Son : Várhegyi Rudolf
Musique : Kevin Macleod
Production : Lakatos Róbert, Szántai János, Muhi András
Synopsis : Une histoire vraie ? Sans doute que c’est ainsi que cela s’est passé au début du siècle dernier, dans un monde en noir et blanc parfois teinté au Sépia, l’art apporta la couleur.
Synopsis : Le film interroge de façon conceptuelle le niveau microscopique de l’existence ainsi que l’espace intérieur qui nous entoure, invisible à l’œil nu.
La 7ème édition du festival Paris Courts Devant aura lieu du 13 au 16 octobre 2011 au Cinéma des Cinéastes, Paris 17ème. Un appel à candidatures 2011 a été lancé sur le site du festival. Les films produits en 2010 et 2011, d’une urée maximum de 20 minutes sont à envoyer avant le30 avril pour les films de 2010 et le 30 juin pour les films de 2011.
Pour connaitre les conditions de participation, cliquez par ici.
• Fiction et compagnie : Les films de fiction produits par une société de production et/ou ayant obtenu un visa.
• Films sans pression : Films d’écoles de cinéma, d’associations ou autoproduits.
• Du rififi dans les écoles d’anim : Les films de fin d’études des écoles d’animation françaises, promotion 2011.
• Coups de coeur/ coups de gueule : Les films inclassables, improbables, résolus et gonflés, qu’ils soient produits ou autoproduits.
• Films de musique : Les films dont la musique est l’argument, le vecteur, le sujet, le personnage principal… Comédies musicales, fictions, documentaires, clips, live…
• Si loin si proche : La sélection internationale, films de tous pays, en français ou sous-titrés en français.
N’oubliez pas d’envoyer vos DVD à
Festival Paris Courts Devant
Sélection 2011
8 cour Saint-Pierre
75017 Paris-France
Son trait et son style n’appartiennent qu’à lui : irrégulier, imparfait, crayonné, souvent drôle, de plus en plus émouvant avec les années. Ancien caricaturiste, Bill Plympton s’est glissé dans l’animation comme on s’introduit dans un pyjama, avec habitude, volupté et simplicité. Offrant à tour de bras des dessins de vaches et de chiens au Festival Anima, l’Américain aborde pour nous sa carrière, son indépendance face aux grands studios, et son intérêt pour l’animation pour adultes. Interview fleuve, avec en exclusivité l’animatique de « Cop Dog », le prochain court métrage de l’Ami Plympton.
Vous dessinez depuis longtemps. Qu’est-ce qui vous a attiré dans le dessin, étant enfant ?
Enfant, j’explorais la vie, je découvrais le monde à travers mes dessins, ça m’apparaissait comme une aventure, une exploration. À la maison, on avait un carnet pour prendre des messages téléphoniques. Il contenait des centaines de pages, je me souviens m’être dit que je pourrais tout y dessiner. J’ai donc commencé à dessiner un cheval, puis une vache, puis un avion, … À la fin, j’avais dessiné tout ce qui existe. C’est la philosophie à la base de mes films : je veux montrer tout à tout le monde. Évidemment, c’est impossible (rires) mais c’est ce que j’aime faire, c’est ce qui me procure de la joie.
Vous continuez à prendre des cours de dessin, à faire des croquis devant la télévision. Pourquoi avez-vous encore besoin d’apprendre à dessiner ?
Eh bien, j’ai des problèmes avec les mains, j’ai des grandes difficultés à les dessiner, je les fais donc très petites. J’adore dessiner les visages et j’essaye de m’améliorer en les dessinant. Parfois, j’ai besoin de regarder des photographies, mais je voudrais arriver à un point où je visualise tout dans mon cerveau et où j’extrais les images de mon imagination. C’est mon but.
Vous avez expérimenté beaucoup de styles dans votre carrière. Quand avez-vous trouvé votre propre style graphique, votre touche personnelle ?
Ce que je fais aujourd’hui, vous pouvez le voir dans les dessins que je faisais à l’âge de 14 ans. C’est une sorte de technique rayée. Très tôt, j’ai développé mon propre style, et maintenant, je reviens à ces dessins. Je vois comment mon style a commencé, c’est très intéressant.
Avez-vous gardé tous vos dessins, tous vos carnets de croquis ?
J’essaye, parfois, je les perds, en particulier ceux que j’ai faits à l’école. Ça remonte à longtemps, à 40 ans. J’ai perdu beaucoup de dessins.
Est-ce que le fait d’avoir été caricaturiste pour différents journaux vous a aussi appris à dessiner différemment ? Est-ce que ça vous a aidé pour la suite, en animation ?
C’est sûr. Dans mes jeunes années, à l’âge de 20 ans, quand je faisais des dessins politiques et de la bande dessinée, j’ai développé un style très rapide et fluide et une perception particulière de l’humour car je devais faire un dessin par jour. Ces deux disciplines, dessiner vite et avoir des idées humoristiques, je les utilise aujourd’hui en animation. Quand je fais un long métrage, je suis tout seul. Pour réaliser tous les dessins, 30.000 peut-être, je dois en faire 200 par jour et être très rapide. Mais je n’envisage pas ça comme du travail. Pour moi, c’est un plaisir de m’asseoir devant ma table de dessins et de faire plein de dessins chaque jour. C’est très chouette, c’est même relaxant (rires) !
Et vous n’avez plus la pression du dessin quotidien.
Exactement. Et je n’ai pas non plus la pression de producteurs, de distributeurs ou de publicitaires qui me diraient que je dois finir ceci ou changer cela. Je n’ai pas à m’inquiéter de ces choses-là.
Cela explique pourquoi vous êtes un animateur indépendant ?
Je pense, oui. Mais je ne suis pas riche. Mes vêtements sont vieux et je n’ai pas de grande maison. Tout mon argent va dans mes films. C’est mon plaisir, c’est cela qui me rend heureux.
Avez-vous expérimenté la pression pour y réagir autant ?
J’ai eu quelques projets commandés par les grands studios, un pilote pour MTV, un programme de 30 minutes pour Cartoon Network, mais je n’ai pas rencontré de problèmes particuliers. Comme je suis plutôt rapide, il n’y avait pas beaucoup de pression excepté pour le storyboard, mais ce n’était juste pas pour moi. Je voulais créer des films pour adultes, développer mes propres idées et mon propre humour qui est, c’est vrai, parfois très spécial.
Avez-vous rencontré de la pression avec Kanye West pour le clip « Heard Em Say » ?
Oui, un peu (rires) ! Kanye West est un artiste très visuel, je respecte son talent. Quand j’ai fait le clip pour lui, il était dans mon appartement, au-dessus de mon épaule, et il me disait, pendant que je dessinais : “Non, change ça, je suis plus beau que ça !”. Là, je viens de terminer un clip pour Weird Al Yankovic. Il est à l’opposé, il m’a laissé carte blanche, il m’a dit : “Fais ce que tu veux, je l’accepte”.
Vous mentionnez la liberté. Dans votre travail, vous vous montrez très libre, vous faites de l’animation pour adultes, vous dessinez le sexe, la provocation, la transformation des corps, la laideur. Qu’est-ce qui vous intéresse dans le politiquement incorrect ?
D’abord, je ne peux en aucune manière rivaliser avec Pixar, Disney et Dreamworks. Ils ont tellement d’argent, de possibilités de distribution que je serais fou si j’essayais d’entrer en compétition avec eux, alors, je développe un monde différent, je prends une direction différente en animation mais ce n’est pas juste à cause d’eux. Quand j’étais caricaturiste pour des magazines et des journaux, quand je faisais de l’humour pour adultes pour Penthouse, Playboy, Huslter, je pensais tous les jours aux idées que je dessinais. Les animaux qui chantent des chansons heureuses, ce n’est pas moi, ce n’est pas à ça que je pense. Moi, je pense à l’amour, à la jalousie, au sexe, à la sensualité, aux sept pêchés capitaux. Je veux faire des films sur ces sujets car c’est ce qui m’obsède. C’est donc pour ça que j’emprunte un chemin différent, très rare aux États-Unis, mais plus populaire en Europe.
Seriez-vous intéressé à l’idée de faire de l’animation pour enfants ?
Si le budget est correct, je pourrais le faire. Mais comme je le disais, je rivaliserais avec Disney et Pixar, et c’est impossible de se battre contre ça, c’est trop dur.
Les studios ciblent principalement les enfants. Pour vous, c’est plus facile de vous adresser aux adultes ?
Oui. Mon public visé, c’est surtout des gens de 16 à 30 ans. Ce sont les gens qui m’apprécient, car je fais quelque chose d’unique et drôle qu’ils ne peuvent pas voir à la télévision. Mon travail leur plaît, je crois, pour ces raisons.
Pour évoquer votre popularité et votre humour, on ne peut passer à côté du personnage du chien qui apparaît de film en film. Le chien est un animal familier, commun en animation, drôle, facile à dessiner. Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans ce personnage ?
La raison pour laquelle il est si populaire et pour laquelle j’aime le dessiner, c’est que les gens peuvent s’identifier à lui car il est à la recherche de l’amour, de l’amitié. Il cultive le désir que quelqu’un puisse s’occuper de lui, mais cela n’arrive jamais (rires) ! À chaque fois, il fait quelque chose de stupide : il tue son maître ou celui-ci le rejette. Je pense que les gens se disent : “Pauvre chien, il ne trouve pas son âme sœur ». Tout le monde peut s’identifier à ça car tout le monde est à la recherche de son partenaire de vie.
Parfois, on lie un animateur à un personnage. Avant celui-ci, vous n’en aviez pas trouvé ?
Non, je n’ai jamais eu de personnage. J’en ai essayé plusieurs, la plupart étaient humains et personne ne les aimait réellement. Mais quand j’ai dessiné le chien, j’ai été choqué de voir à quel point il était populaire et à quel point les gens se connectaient réellement à lui. J’avais prévu de faire un seul film, « Guard Dog », mais les gens me réclamaient plus de chiens. J’ai donc fait « Guide Dog », « Hot Dog », « Horn Dog » et le nouveau, « Cop Dog » que je prépare actuellement et que j’espère terminer cet été.
Vos personnages ne sont jamais au sol, ils sont toujours en mouvement, en train de voler. Comment cela se fait-il ?
Oui, c’est vrai, comme c’est de l’animation, ça saute, ça vole dans tous les sens. Quand j’ai fait mon long métrage « Idiots et Angels », j’ai pensé à « Peter Pan », à « Dumbo l’éléphant », aux « Ailes du désir », le film de Wenders, à La Métamorphose de Kafka dans lequel un homme se réveille le matin avec des ailes dans le dos et ne supporte pas sa condition.
« The Cow Who Wanted to Be a Hamburger » semble faire une pause dans votre « parcours canin ». Non seulement l’animal change au profit d’une vache, mais le style est différent, les couleurs sont plus saturées que d’habitude, et le film a un côté doux-amer. Dans vos films précédents, si un homme mourait à cause d’un chien, cela provoquait l’hilarité auprès du public. Ici, la relation entre une mère et son enfant renvoie à une réelle émotion.
Merci. Ce projet est lié à un autre film, « The Fan and the Flower », que j’ai fait il y a quelques années et qui a été écrit par Dan O’Shannon, un scénariste de télévision qui collabore à « Modern family », un programme très populaire aux États-Unis. Il a le talent d’arracher les émotions, de faire surgir des larmes. De même, j’ai senti que je devais essayer de devenir plus émotionnel et plus profond psychologiquement avec mes personnages. C’est ce que j’ai tenté avec ce film; je suis content que vous ayez remarqué l’émotion de l’histoire et pas seulement son humour.
Ce mélange apparaissait aussi dans « Idiots and Angels ».
Oui, je voulais faire un film plus psychologique, plus axé sur les personnages, et pas seulement autour des blagues et du sexe déjanté. Je pense que ça a plu aux gens. Ma mère l’a aimé, et elle n’aime en général pas mes films. Même si elle ne correspond pas à mon public cible, quand elle aime un de mes films, je me sens bien !
Que vous dit-elle quand vous lui montrez d’autres films ?
Elle ne veut pas les voir (rires) ! Elle a détesté « Santa, les années fascistes ».
Quelle est la place accordée à la poésie surréaliste dans vos films ?
Quand j’étais illustrateur dans les années 70 et 80, j’étais fou de surréalisme, pas spécialement poétiquement, mais surtout visuellement. Magritte, Topor, je m’y référais beaucoup dans mes illustrations. Quand je me suis mis à l’animation, ça a été naturel d’utiliser le surréalisme. D’ailleurs, mes films qui ont le mieux marché ne comportent pas de dialogues, ils ont juste une imagerie surréaliste. C’est ainsi, par mon surréalisme, que la plupart des gens savent qui je suis. Pour moi, c’est donc très important. Certaines animations américaines, comme Les Simpson, South Park ou les Disney typiques, me semblent trop réalistes. Elles ne comportent pas cette fantaisie, cette imagination surréaliste pour laquelle l’animation est parfaite.
Il y a quelques mois, une annonce a circulé sur le Web. Elle proposait aux animateurs du monde entier de se réapproprier une séquence de votre film, « The Guard Dog ». Comment avez-vous développé cette idée au nom de « Global Jam » et comment considérez-vous ces nouvelles images ?
Il y a un an, alors que j’étais à un festival en Floride, j’ai vu un film « Circle ». Le réalisateur avait récupéré sur Internet plein d’images de cercles, les avait rassemblées et en avait fait un film. J’ai trouvé ça génial et je me suis dit que j’aimerais bien refaire un film de la même manière, c’est-à-dire gratuitement. J’ai d’abord pensé à « Your Face » mais il ne comportait qu’un seul plan, ce n’était pas possible de faire des coupes, donc j’ai décidé de prendre « Guard Dog », un de mes films préférés, et de le découper en 70 plans. J’ai répandu sur le Net une question : “Aimeriez-vous vous retrouver dans un film de Bill Plympton ?” et le concept a pris. Un des plans, celui de la petite fille qui rit, est d’ailleurs composé de nombreuses images. L’animateur a lui aussi proposé sur le net de participer à son image. Il y a donc 102 petites filles qui rient dans un seul plan ! « Global Jam » est une expérience fascinante pour moi, je suis ravi que l’idée ait pris. Le film est même très bien considéré par des festivals prestigieux alors que je n’y ai rien fait (rires) !
Combien de réponses avez-vous eu ?
Plus de 200 personnes ont voulu y participer, mais nous ne pouvions pas prendre tout le monde. Nous n’avions pas d’opinion critique, le talent n’était pas pris en compte. N’importe qui pouvait participer, les premiers arrivés étaient les premiers servis. Au final, on trouve un amateur chinois de dix ans comme un animateur professionnel de chez Disney.
Hormis les questions de production, qu’est-ce qui vous intéresse dans la forme courte ?
J’aime les films courts. C’est un genre génial, sous-estimé. Vous pouvez raconter des histoire magnifiques, complexes et très profondes dans un laps de temps court. J’aime le format, j’espère pouvoir continuer à en faire longtemps. Cet hiver, j’ai fait quatre courts en l’espace de quelques mois, en plus, ils me font gagner de l’argent car ils sont très populaires.
Votre travail est très respecté en Europe. Est-ce parce que vous avez un point de vue subversif sur votre pays ?
Non, je crois que je suis populaire ici pour d’autres raisons. L’une d’elles est que je m’occupe de tout sur mes films. Je réalise, j’écris, je fais toute l’animation, la colorisation, les décors. C’est quelque chose d’unique, et je crois que les Européens le comprennent. Une autre raison est que mes films ne sont pas pour les enfants, mais pour les adultes. Je pense que les Européens approuvent mieux les films d’animation pour adultes, comme « Les Triplettes de Belleville », « Persepolis » et « Valse avec Bachir ». Aux États-Unis, on ne peut pas vaincre Disney et on ne représente pas les tabous comme ça. Les Européens l’acceptent dans le dessin, et je crois aussi qu’ils m’apprécient parce que je suis indépendant. Je ne dépends pas des studios hollywoodiens, du gouvernement ou de diverses sociétés, ce n’est que mon argent qui finance mes films. Par contre, je ne pense pas que je suis si critique envers les États-Unis, je sais que beaucoup de gens n’aiment pas ce pays, ça ne me dérange pas, mais moi, j’aime l’Amérique et je suis heureux d’y vivre. Ma critique porte plus sur le “big money, big business, big ego”.
Pensez-vous que la situation pourrait changer aux États-Unis ?
Elle est lentement en train de changer, en partie à cause de moi mais aussi grâce à de nouveaux jeunes animateurs qui veulent faire des films indépendants et développer des idées d’adultes. L’arrivée du roman graphique et les bandes dessinées pour adultes jouent aussi. En Europe, elles sont apparues il y a 30 ans, aux États-Unis, elles sont plus récentes. Les mœurs commencent à évoluer, les gens aussi.