« It was on earth that I knew joy » est un titre qui interpelle. L’évocation d’un film qui éveille la curiosité sans doute car lorsque l’on apprend son existence, il n’est pas encore visible, mais également parce qu’il est présenté comme un hommage à « La Jetée » de Chris Marker. Il n’en aura pas fallu plus pour se saisir de l’agenda. Une date de diffusion annoncée : 9 mars 2011, un site internet : Fubiz, le rendez-vous était pris !
Prenons un réalisateur trentenaire tout droit sorti de la prestigieuse Fémis (Jean-Baptiste de Laubier), auquel nous aurons le soin d’ajouter une référence cinématographique illustre (« La Jetée » de Chris Marker), et des images d’illustration du film lumineuses qui présagent d’une belle photographie (visibles sur le site du producteur et sur la page Facebook dédiée au film). Voilà des bases artistiques rassurantes pour un projet de court métrage.
Ajoutons à cela, une production maline, non spécialisée en cinéma mais plutôt en culture urbaine au sens large, qui a le vent en poupe (Sixpack France à ne pas confondre avec la société de distribution autrichienne Sixpackfilm). La touche finale vient avec la mise en place de la diffusion en exclusivité sur un site internet. Un Buzz organisé en quelque sorte…
Jean-Baptiste de Laubier pose rapidement le décor : l’hommage ouvert. On retrouve de façon tout à fait explicite de nombreuses références à « La Jetée » : un récitant, une fin du monde, un lexique même… Pourtant, le réalisateur propose également, et c’est ce qui fait surtout l’intérêt du film en terme de création, un travail sur le souvenir et sur l’image de l’enfance.
Il s’extrait alors un peu de son hommage à Marker en proposant une vision personnelle du souvenir. Il ne s’engouffre pas dans l’interprétation fade du film, et propose une re-création ancrée dans un cinéma très actuel voire un peu trop clippesque mais dotée d’un travail visuel assez fascinant. Il filme des images de différents espaces du globe qu’il monte dans un rythme effréné où le temps n’a plus de sens. Ces sortes d’hallucinations » visuelles font sens quand elles sont données comme les symboles de la forme que peuvent prendre les souvenirs humains, un peu flous, muables…
De Laubier réussit à donner de la fragilité à ce qu’il met en image. Les hommes que l’on voit à l’écran sont filmés tels des fantômes tantôt en contre jour, tantôt flous ou encore voilés. Ils perdent leurs contours comme on perd la mémoire des visages au fil du temps. Rien ne semble prêt à être fixé éternellement dans une mémoire si celle-ci est humaine.
Face à cette fragilité sensible, il oppose dans sa mise en scène, la froideur d’un matériel technique d’enregistrement volontairement désuet. En effet, le film est sensé proposer une action en 2090 après la disparition de la vie humaine sur terre. De Laubier a pris le parti de mettre en scène un dialogue entre deux « personnages robotiques » : un magnétophone à bandes et l’objectif d’une caméra dotés de la parole. Ces objets, très ancrés dans la réalité des années 2010, semblent évidemment anachroniques dans une vision du futur de 2090. Ce choix un peu déroutant fait sans doute partie de l’hommage mais décale également le récit dans un fantasme de science-fiction à l’ancienne. De Laubier ne cherche pas la crédibilité du récit, son propos est au-delà, plus universel.
« It was on earth that I knew joy » ne restera peut être pas gravé dans l’histoire du cinéma, mais le film propose une interprétation moderne de la place de l’humanité dans un environnement imprévisible et fragile. Le réalisateur réussit dans ce film d’anticipation à captiver sur la durée le spectateur grâce à une atmosphère qui oscille entre l’onirique et le cauchemardesque.
Les films d’écoles offrent un intérêt particulier pour l’amateur de l’animation – ce genre à potentiel illimité où toute représentation imaginable semble réalisable –, dans la mesure où ils montrent à la fois une certaine fragilité chez ces artistes en bourgeon et une fraicheur désinhibée résultant d’une imagination riche. Ce n’est donc guère étonnant qu’Anima, le premier festival belge de l’animation, ait consacré deux séances de courts aux films d’écoles internationaux. Coup d’œil sur quatre coups de cœur.
D’une rare crudité d’Émilien Davaud, de Jérémy Mougel et de Marion Szymczak
Ce film collectif parvient de Supinfocom (Arles) et dépeint un monde de plantes anthropomorphisées, où chaque fleur, chaque fruit et chaque feuille a un visage et des sentiments humanisés. La scène se présente comme une corne d’abondance dans laquelle la naissance, la croissance et la mort se suivent dans une danse cyclique, rythmée par les airs bouffons d’une trompette moqueuse. Esthétisée à souhait, cette idylle verte donne à voir une toute autre façade de la nature, affreuse, inexorable et surtout arbitraire. En suscitant une véritable empathie végétale capable de plonger même des végétaliens dans une crise éthique – chose pour le moins originale -, le film sort le spectateur de ses références anthropocentriques. En même temps, il s’avère curieusement pertinent au regard de l’actualité mondiale, par sa réflexion sur la Nature capricieuse et les conséquences dramatiques sur les habitants de la Terre. Convenablement située entre simplicité et recherche, sur le plan de la forme et du contenu, cette « rare crudité » est à la hauteur de son titre et de tous les jeux de mots que celui-ci évoque.
Farat de Velislava Gospodinova
Court métrage bulgare issu de la New Bulgarian University, « Farat » est un tour de force qui montre parfaitement la versatilité du genre animé. Doublement citationnel, le film met en images une interprétation du poème « Le gardien du phare qui aimait trop les oiseaux » de Jacques Prévert, avec comme partition le célèbre Prélude en do dièse mineur pour piano de Rachmaninoff. Amoureux des oiseaux, le gardien ne peut supporter qu’ils meurent en masse contre les vitres de son phare et, son amour vainquant sa conscience professionnelle, il décide d’éteindre le sémaphore, ce qui provoque ironiquement le naufrage d’un cargo de milliers d’oiseaux. Le parti pris de Gospodinova de s’éloigner de l’humour noir et de la rhétorique quelque peu prosaïque des vers de Prévert (Les oiseaux il les aime trop | Alors il dit tant pis je m’en fous) dote le film d’une gravité et d’un côté dramatique puissant. En même temps, à l’aide du travail musical turbulent et morcelé de Tsvetan Chobanoff, la réalisatrice parvient à traduire avec justesse le symbolisme du poème à l’image (la récurrence du mot “milliers” à travers la surcharge dans le dessin, le chagrin exagéré de l’homme tourmenté, …). Avec son dessin incisif, surréaliste et agité, « Farat » réussit son pari ambitieux d’adapter une œuvre littéraire à l’écran.
Cardboard de Sjors Vervoort
Sur fond d’images live action de la ville se muent des morceaux de carton animés. Avec une vitesse comparable à celle du battement empressé du paysage urbain qu’ils traversent, ils se présentent tantôt comme de petites bêtes furtives tantôt comme des objets monumentaux. Le matériau devient le sujet même et l’hybridité des médiums se fait outil de narration. Entre du Time-Lapse et du Street Art, cette animation hétéroclite brouille les pistes de la perception et ce faisant, poursuit la tendance popularisée par l’artiste-phénomène Blu (« Muto », « Big Bang Big Boom »), même si le travail de graffiti urbains de ce dernier paraît d’emblée plus audacieux car plus “réel”. Néanmoins, sur le plan purement cinématographique et malgré des limitations narratives, Sjors Vervoort parvient à rendre son expérience hybride plus percutante et plus fraîche que la technique monotone de l’Italien, notamment grâce à la durée succincte et au rythme entrainant de « Cardboard ».
Mumkin Boukra de Thibault Huchard
Diplômé de l’École de dessin Émile Cohl de Lyon, Thibault Huchard livre avec « Mumkin Boukra » une animation, une adaptation elle-aussi, sur le récit-cadre des “Mille et Une Nuits”, qui raconte la jalousie et la vengeance d’un Sultan rendu cocu par une de ses femmes et la rencontre avec Shéhérazade, la conteuse des mille et une histoires.
Tant dans l’image que dans la bande-son, l’orientalisme règne, mais toujours avec goût et raffinement. Les plans fluides coulent les uns dans les autres, comme autant d’images associatives qui s’ensuivent dans un kaléidoscope illustrant tour à tour les éléments du récit, le passage du temps et le symbolisme psychologique derrière l’action. De ce point de vue, l’esthétique de Huchard n’est pas sans rappeler le travail de Florence Mihaile, personnage redoutable dans l’animation française.
En tant que film “muet”, « Mumkin Boukra » assume les codes du cinéma muet. Notamment, la part majeure de la narration s’effectue par le biais d’intertitres. Mais loin des simples textes superposés entre les plans, ceux-ci font intégralement partie de l’image et achèvent ce “macabre festin” en s’envolant dans un nuage de calligraphie esthétisée représentant le pouvoir de la narration.
Synopsis : Un sultan découvre sa femme dans les bras d’un autre homme. Il fait exécuter les amants et s’abandonne à une rage vengeresse, jusqu’à l’arrivée de Shéhérazade…
Synopsis : La vie est absurde, et le jeu du destin parfois cruel. Quelles conséquences peuvent survenir d’une décision faite par amour ? Mort, souffrance ? D’après le poème « Le gardien du phare aime trop les oiseaux », de Jacques Prévert.
Du 6 au 11 avril 2011, se dérouleront les 8èmes Rencontres européennes du moyen métrage de Brive, organisées par la Société des Réalisateurs de Films. Films de genre, portraits, journaux intimes, fictions, documentaires de création, films expérimentaux, … : 21 regards éclairés de jeunes auteurs européens, pour certains en première mondiale, seront proposés tout au long de la semaine du festival.
Sélection 2011
Because we are visual de Gerard-Jan Claes et Olivia Rochette/Belgique / 2010 / Expérimental / 47 minutes
Broadway de Aminatou Echard – 1ère Monde – / France / 2011 / Documentaire / 50 minutes
Doté d’une jaquette signée du dessinateur belge François Schuitten, le DVD Best of Anima n°7 regroupe l’ensemble des courts métrages primés au Festival d’animation Anima en 2010. La galette contient pas moins de neuf courts métrages d’animation aux styles variés, accompagnés de quelques bonus (bande-annonce, autoportraits). Le DVD est édité par Folioscope, en collaboration avec Cinéart.
Il y a dans ce DVD quelques oeuvres illustres, multi-récompensées et diffusées, comme « Logorama » des H5 (produit par Autour de Minuit), lauréat d’un Oscar en 2010 et d’un César en 2011, et « Madagascar, Carnet de Voyage » de Bastien Dubois (produit par Sacrebleu), nominé aux Oscars en 2011.
On y trouve également l’oeuvre expérimentale de Gil Alkabetz sur le tableau de la Cène de Da Vinci, le fascinant et déconstruit « Der Da Vinci Timecode », lauréat d’un coup de coeur en 2010, ainsi que le fan film impressionnant de Bruno Collet sur Bruce Lee, « Le Petit Dragon » (produit par Vivement Lundi !), véritable ode au maître d’arts martiaux qui raconte comment une figurine à son effigie prend vie dans la chambre d’un fan et se frotte à divers dangers environnants ; un court très maîtrisé techniquement, notamment dans son mélange d’animation en volume et de prises de vues réelles, et qui porte un regard d’enfant, généreux et plein d’authenticité, sur son sujet.
D’autres oeuvres viennent enrichir la sélection, comme « Orsolya » de Bella Szederkenyi, film étudiant narrant l’histoire d’une jeune fille, mal dans sa peau, qui se déplace de manière particulière, la tête à l’envers. Ayant du mal à s’intégrer à la société, elle essaye de trouver une utilité à ce « moyen de locomotion », en offrant ses services pour attraper des objets ayant roulé sous les meubles, hors de portée des gens. C’est alors qu’elle fait la rencontre d’un homme se réfugiant sous un lit, qu’elle l’aide à en sortir, et qu’un amour naît entre eux deux. Voilà une jolie historiette soutenue par un trait simple mais assuré.
« Au Bal des Pendus » de Johan Pollefoort (produit par Les Films du Nord, La Boîte,… et le CCRAV), propose, lui, un univers poétique radical, sombre et surréaliste, au graphisme hachuré, avec une mixité de styles et de techniques, à base de retouches et d’assemblages divers. Il y est question d’une fanfare d’animaux exécutant une danse macabre dans un style jazz hip hop, de fantômes squelettes dans un hôpital, d’un homme en armure jouant aux échecs avec la Mort. Rempli de symboles, de références et d’images fortes, ce petit ovni s’inscrit durablement dans notre mémoire et n’a pas démérité son prix SACD.
« Divers in the Rain » d’Olga et Priit Pärn est un film estonien qui a obtenu le Grand Prix d’Anima 2010 du meilleur court métrage international, suivi d’une belle carrière en festivals. Réalisé à deux mains, dans deux styles différents mais complémentaires (un style associé à chaque personnage principal), ce court raconte un amour à distance entre un plongeur et une dentiste qui exercent leurs talents à deux moments différents de la journée (le jour pour le plongeur, la nuit pour la dentiste). Ils ne peuvent se voir que par intermittence, ce qui met en péril leur couple. Oeuvre protéiforme, cultivant le burlesque à la Jacques Tati, « Divers in the Rain » distille une grande mélancolie et adopte un ton doux-amer tout au long de son récit. Le film est traversé d’images saisissantes comme ce paquebot sorti de nulle part qui coule lentement (symbole du couple qui se noie), mais aussi ces cauchemars terrifiants faits par la femme, trahissant un sentiment de peur quant à l’avenir. Une oeuvre complexe et pas facile d’accès, mais qui vaut le détour de par sa richesse thématique.
Deux oeuvres finissent de nous enivrer, il s’agit en premier lieu de « Grise Mine » de Rémi Vandenitte (réalisé au sein de l’atelier de La Cambre), fable ironique sur les problèmes engendrés par le progrès industriel. Nous suivons un mineur, victime d’un coup de grisou, errer sans but, coincé sous les profondeurs de la terre. Il doit trouver de quoi se nourrir pour survivre et ne pas céder à la folie. Un jour, il déniche une sortie et réapparaît à l’air libre, seulement, le monde tel qu’il le connaissait a changé, les mineurs sont maintenant des automates et la mine est devenue une attraction touristique. Dans un noir et blanc somptueux, jouant sur la lumière et les ombres, « Grise Mine » porte un regard critique et désabusé sur la société du travail prônée par notre monde moderne, qui pratique le profit au détriment de l’humain. Un propos servi par une narration simple et efficiente (l’utilisation de l’ellipse est brillante), et une grande légèreté dans le traitement.
La deuxième oeuvre en question, « Aral » de Delphine Renard et Delphine Cousin (produit par l’atelier collectif Zorobabel), parle aussi de la fin d’un monde, à savoir, comme l’indique le titre, celui de la mer desséchée d’Aral, en Asie centrale. Catastrophe environnementale due au détournement de plusieurs fleuves pour des considérations purement économiques, l’assèchement de la mer d’Aral a appauvri la région et les gens qui la peuplaient. Dans ce contexte réel, le récit se concentre sur un jeune garçon, confié à un oncle violent, qui tente désespérément de convaincre son meilleur ami de rester avec lui, au lieu de vouloir fuir ce lieu désertique avec sa famille. Parallèlement, l’oncle essaye de s’enfuir de son côté avec l’aide d’un passeur. Finalement, le passeur arnaquera l’oncle et le garçon parviendra à monter de manière clandestine à bord de la voiture familiale de son ami, qui l’accueillera à bras ouverts. Fable optimiste et mélancolique, Aral étonne par la justesse psychologique de ses protagonistes et la délicatesse dont les réalisatrices font preuve pour évoquer ce désastre écologique et social.
Synopsis : Lucille, une gardienne de phare solitaire, cherche un compagnon sur le Net. Oubliant les dangers de la drague par Internet, elle prépare un dîner romantique en tête-à-tête.
Genre : Animation
Durée : 3’36 »
Année : 2010
Pays : Royaume-Uni
Synopsis : Lucille, une gardienne de phare solitaire, cherche un compagnon sur le Net. Oubliant les dangers de la drague par Internet, elle prépare un dîner romantique en tête-à-tête.
Réalisation : Nigel Davies
Scénario : Nigel Davies
Son : Kim Christensen, Gary Mcintyre
Montage : Dan Williamson, Nikk Fielden
Animation : Theresa Whatley, Jo Hepworth, Nigel Davies, Eve Coy, Andy Lavery
Co-fondateur du studio Aardman connu et reconnu pour son savoir-faire en matière de pâte à modeler et et son panel d’animateurs maison talentueux (Nick Park, Darren Walsh, Peter Peake, Luis Cook, Richard Goleszowski, …), Peter Lord était l’invité du festival Anima ces jours-ci. Co-auteur avec Nick Park de « Wallace et Gromit », co-réalisateur de « Chicken Run », il revient sur ses débuts dans l’animation, le style Aardman, l’évolution des techniques et l’importance du réalisme. Discussion sur fond de petits miracles et d’accent franco-anglais.
On connait bien Aardman, moins ses débuts, en 1972. Comment les choses ont commencé pour vous et David Sproxton, le co-fondateur du studio ?
J’ai rencontré David à l’école, à l’âge de 12 ans, et aujourd’hui encore, on travaille ensemble. On a commencé à animer des papiers découpés pour le plaisir de l’expérimentation car son père avait une caméra. Si il n’en avait pas eu une, nous n’aurions probablement jamais commencé. L’animation est une activité très prenante, très excitante. C’est une opération répétitive, une façon très étrange de passer sa journée, mais à la fin, quelque chose de l’ordre du miracle apparaît à l’écran.
Nous avons eu de la chance car le moment était propice. On connaissait quelqu’un à la télévision lié à « Vision on », un programme pour enfants qui utilisait différents styles d’animation. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’animateurs professionnels, les films étaient plutôt amateurs. David et moi, nous étions de très jeunes amateurs et la télévision nous a acheté un film.
Quel type d’histoires racontiez-vous à cette époque ?
Les premières images ne comportaient pas d’histoire du tout, c’était juste des fragments qui bougeaient. Après, on a décidé de raconter une histoire, une blague, un gag. Si nous n’avions pas fait cela, nous ne l’aurions jamais vendue parce que personne n’aurait été intéressé juste par des fragments en mouvement. Notre film durait 20 secondes, c’était l’histoire d’un type qui, en marchant, rencontre un trou noir dans le sol, le tâte du pied, le traverse sans tomber, fait trois autres pas et tombe dans un trou invisible. Il disparaît, sa main ressort et tire le trou. Cette histoire est simple, mais elle a sa forme. On a appris des choses sur l’importance des personnages seulement par la suite. « Vision on » nous a acheté des courts métrages pendant trois ou quatre ans, et pendant ce temps, on a appris à raconter des histoires, à animer, à manier l’artisanat. Quand on a commencé, notre carrière a démarré petit à petit. Comme il n’y avait pas de marché en Angleterre, c’était très dur de vendre un film. Ça a pris du temps, peut-être 20 ans pour développer Aardman.
Dans vos productions, vous privilégiez une approche très réaliste, que ce soit dans la lumière, les décors, les mouvements de caméra, etc. Pour quelle raison ?
Oui, ce que nous faisons est très réaliste. Nos personnages sont ancrés dans la réalité. Comme on travaille avec des marionnettes, des espaces et des objets réels, je crois que ça encourage à une certaine forme de naturalisme. Dans beaucoup de films d’animation américains, les personnages bougent de manière très violente, avec des grands mouvements extravagants, pour amuser les enfants, à la manière d’un spectacle. Je ne pense pas en fonction de ce rythme, je pense seulement en termes de performances très réalistes. Pour moi aussi, l’animation doit être exagérée et simplifiée, mais elle doit se baser sur la réalité. Nous aimons suggérer à notre manière que le monde n’est pas que le plateau. De petites indications sont censées signifier que quelqu’un a vécu là vingt ans avant qu’une caméra n’apparaisse.
Pour vous, la réalité, c’est la vérité ?
De différentes manières, on essaye de suggérer la vérité, mais visiblement, tout ce qu’on fait est un grand mensonge (rires) ! Si le spectateur croit dans le personnage et la situation, alors, l’histoire fonctionne. Si il n’y croit pas, c’est plus compliqué. Il faut aussi prendre en compte la manière dont il va réagir à l’histoire. J’aime l’idée que le spectateur ait de l’empathie pour le personnage, comme quand Wallace dit quelque chose de stupide et que Gromit lève les yeux au ciel. Les gens croient en lui, comprennent ce qu’il ressent, ils ont de l’empathie pour lui, comme ils en auraient dans la réalité.
Est-ce que vous demandez aux animateurs qui travaillent avec vous de faire preuve d’empathie, de croire dans leurs personnages ?
Oui, on en parle beaucoup. Pour moi, c’est naturel mais parfois, je vois que les animateurs n’y pensent pas. L’animation, spécialement celle des marionnettes, est à la fois un art et un artisanat. Quand vous jouez au piano, ce qui compte, c’est l’expression et la dextérité, mais parfois, les gens sont seulement intéressés par la maîtrise parfaite de la technique et pas par ce que dit la musique. Même chose avec l’animation, certains animateurs sont presque surpris quand vous leur parlez des pensées, des sensations et des motivations des personnages.
Chez Aardman, la famille s’agrandit avec le temps, avec des profils et des films très contrastés. Les films de Nick Park ne ressemblent pas à ceux de Peter Peake ou de Darren Walsh.
Ce qui est étonnant, c’est que beaucoup de réalisateurs ont fait des films chez Aardman et qu’en fait, Nick Park est le seul à faire des choses gentilles ! Peter Peake, Darren Walsh, Richard Goleszowski, Luis Cook, aucun d’entre eux ne veut créer des personnages aimables et adorables ! Les gens pensent qu’à Aardman, on accumule les personnages drôles, mais la plupart ne le sont pas. Quand Richard Goleszowski, a commencé chez nous, je pense que ça a été dur pour lui car les clients voulaient des films drôles et réclamaient le style Aardman, sauf que n’était pas ce qu’il avait envie de faire.
Ça veut dire quoi le style Aardman ?
Je ne sais pas ce que ça veut dire, excepté quelque chose de très ancré dans la culture et les références anglaises, et un intérêt assez grand pour le naturalisme, la réalité, la vie de tous les jours. Mais quand les gens parlent du style Aardman, ce qu’ils veulent vraiment, c’est deux gros yeux et une grande bouche sur un visage, c’est-à-dire le style personnel de Nick.
Dans le court « Blind Date » de Nigel Davies présenté cette année à Anima, Aardman travaille avec de l’animation traditionnelle. C’est quelque chose qu’on avait déjà remarqué avec « The Pearce Sisters » de Luis Cook. Est-ce que cela correspond à un vœu de laisser de côté la pâte à modeler ?
Ce n’est pas un vœu. On ne s’est jamais assis en réunion en disant : “Cette année, Messieurs, nous avons besoin d’animation traditionnelle” (rires) ! Nigel collabore avec nous depuis longtemps, comme freelance, il dessine très bien et n’avait pas fait de film personnel depuis l’école. Il est venu avec une idée qu’on a trouvé bonne et on a fait le film ensemble. On aime l’animation en volume à Aardman, c’est notre spécialité, notre histoire, notre base, on espère ne jamais la changer, mais on s’intéresse aussi à l’infographie, à l’animation Flash, au dessin traditionnel. Personnellement, cela m’importe peu de savoir comment l’animation est faite à partir du moment où elle est de qualité.
Wallace et Gromit sont revenus au court après « Le Mystère du lapin-garou ». Quelle est la place du court métrage chez Aardman ?
Comment dites-vous en français ? Lapin-garou.. Garou.. Tiens… A vrai dire, la place est très complexe. Je fais attention aux courts métrages, j’assiste à un festival qui les met en avant, vous mêmes, vous êtes spécialisés dans ces films courts, mais pour nous, à Aardman, c’est très difficile de les financer. Par exemple, je suis très fier des « Pearce Sisters », mais c’est un film qui a nécessité beaucoup, beaucoup d’argent. Il n’a évidemment pas coûté plus cher qu’un « Wallace et Gromit », mais ça reste un budget important car le film a demandé une grande équipe et car Luis est un grand, un terrible perfectionniste ! C’est vrai qu’on investit bien plus à Aardman sur « Wallace et Gromit », mais nous sommes confiants, nous nous disons que les fonds dégagés reviendront dans les prochaines années. Sur un film comme « The Pearce Sisters », on investit énormément en étant confiants : l’argent ne reviendra jamais (rires) !
Alors que vous préparez votre prochain long métrage, « Pirates ! », comment voyez-vous vos tout premiers films, alors que les techniques se sont considérablement développées depuis vos débuts ?
Ça fait longtemps que je ne les ai pas revus. Mes films n’étaient pas parfaits, ils ont un côté primitif, mais parfois, ils comportent de bonnes idées, comme « Adam ». J’ai revu récemment le tout premier épisode de « Morph », une série apparue en 1977. L’histoire est ahurissante, je me demande comment on a pu nous payer pour ça ! Pour la technique, je crois, car personne d’autre n’avait fait animer, vivre et penser un morceau de pâte à modeler. Quand on voit les films d’il y a quelques années, techniquement, ils étaient inférieurs. Dans les écoles de cinéma, on pouvait juger derrière les mauvaises techniques si l’idée était bonne ou pas. Aujourd’hui, les idées ne sont pas spécialement meilleures qu’il y a vingt ans, mais les techniques sont tellement sophistiquées, font tellement “pro” que parfois elles dépassent l’histoire.
En presque 40 ans de travail, excepté votre identité, qu’est-ce que vous croyez avoir créé à Aardman ?
Manifestement, nous avons crée quelque chose qui sera dans les livres d’histoire de l’animation. Avant Aardman, il n’y avait pas vraiment de studio reconnu dans le pays. La chose la plus importante qu’on ait faite, c’est de développer à Bristol une petite culture de studio qui s’est petit à petit répandue dans le monde. À Aardman, nous sommes intègres, altruistes, drôles, terriblement démodés, peu intéressés par l’ego, l’ambition et la compétition. J’espère que le studio restera debout pour ça, qu’il se maintiendra encore pendant 40 ans. Vous savez, dans notre ville, à Bristol, les gens disent qu’on est important. Quand vous arrivez à l’aéroport de Bristol, vous êtes accueillis par le sourire de Wallace et Gromit ! À Bristol, les gens sont fiers des avions, des montgolfières et d’Aardman. La ville s’identifie à nous, c’est plutôt bien !
Le 30ème Festival international du film d’animation de Bruxelles s’est clôturé hier soir, avec la traditionnelle remise des prix. Format Court, proche du cinéma d’animation et du Festival Anima, a décerné le Prix Format Court, récompensant le meilleur court métrage dans la catégorie professionnelle, à Jonas Odell pour « Tussilago »(Suède), un film qui a eu le triple mérite « de redéfinir à sa façon le documentaire, de disposer d’une mise en images subtile et recherchée, et de livrer un témoignage individuel, celui d’une femme otage de l’Histoire ».
Jonas Odell bénéficiera d’un focus personnalisé sur Format Court et « Tussilago » sera projeté dans les prochains mois en salles, à Bruxelles et à Paris.
Le Jury Format Court, composé de Katia Bayer, Marie Bergeret, Adi Chesson, Désiré Dupas, Nadia Demmou et Julien Savès, a également délivré une Mention spéciale à « Let’s Pollute » (États-Unis) de Geefwee Boedoe, un « film ironique, percutant et extrêmement contemporain malgré son ton rétro et paternaliste ».
PRIX DÉCERNÉS PAR LE JURY (Gil Alkabetz, Pascale Faure, Mihai Mitrica)
GRAND PRIX ANIMA 2011 OFFERT PAR LA RÉGION DE BRUXELLES CAPITALE (2500 € + LOGICIEL TOON BOOM ANIMATE D’UNE VALEUR DE $699,99) : LOVE AND THEFTde ANDREAS HYKADE
PRIX ANIMA 2011 DU MEILLEUR COURT MÉTRAGE, CATÉGORIE FILMS PROFESSIONELS (LOGICIEL TOON BOOM STUDIO D’UNE VALEUR DE $329,99) : RUBIKA de CLAIRE BAUDEAN – LUDOVIC HABAS, MICKAËL KREBS, JULIEN LEGAY, CHAO MA, FLORENT ROUSSEAU, CAROLINE ROUX, MARGAUX VAXELAIRE
PRIX ANIMA 2011 DU MEILLEUR COURT MÉTRAGE, CATÉGORIE FILMS D’ÉTUDIANTS (LOGICIEL TV PAINT D’UNE VALEUR DE 475 €+ ABONNEMENT D’UN AN AU STASH MAGAZINE D’UNE VALEUR DE $474) : SWIMMING POOL de ALEXANDRA HETMEROVA
Mentions spéciales : SZOFITA LAND de ZSOFIA TARI et SOBACHJA PLOSHCHADKA (DOG-WALKING GROUND) de LEONID SHMELKOV
PRIX ANIMA 2011 DU MEILLEUR COURT MÉTRAGE, CATÉGORIE FILMS POUR JEUNE PUBLIC (LOGICIEL TOON BOOM STUDIO, D’UNE VALEUR DE $329,99) : MOBILE de VERENA FELS
Mention spéciale : WHISTLELESS de SIRI MELCHIOR
PRIX ANIMA 2011 DU MEILLEUR CLIP VIDÉO (LOGICIEL TOON BOOM STUDIO, D’UNE VALEUR DE $329.99) : BEN HORA de NICOLAS BIANCO LEVRIN & JULIE REMBAUVILLE
Mention speciale : OK GO “THIS TOO SHALL PASS” de OK GO PARTNERSHIP
PRIX ANIMA 2011 DU MEILLEUR FILM PUBLICITAIRE (LOGICIEL TOON BOOM STUDIO, D’UNE VALEUR DE $329.99) : AMNESTY INTERNATIONAL “DEATH PENALTY” de PLEIX
Mention speciale : NOKIA ‘DOT’ de SUMO SCIENCE
PRIX DÉCERNÉ PAR LE JURY JEUNE DE TÉLÉBRUXELLES
LE PRIX COUP2POUCE/TÉLÉBRUXELLES DU MEILLEUR COURT DE LA NUIT ANIMÉE : Präzise Peter (der) de Martin Schmidt
PRIX DÉCERNÉS PAR LE PUBLIC
PRIX DU PUBLIC DU MEILLEUR COURT MÉTRAGE (LOGICIEL TOON BOOM STUDIO, D’UNE VALEUR DE $329.99) : Rubika, de Claire Baudean, Ludovic Habas, Mickaël Krebs, Julien Legay, Chao Ma, Florent Rousseau, Caroline Roux, Margaux Vaxelaire
PRIX DU PUBLIC DU MEILLEUR COURT MÉTRAGE, CATÉGORIE FILMS POUR JEUNE PUBLIC (LOGICIEL TOON BOOM STUDIO, D’UNE VALEUR DE $329.99) : MOBILE de VERENA FELS
PRIX DU PUBLIC DU MEILLEUR COURT DE LA NUIT ANIMÉE (LOGICIEL TOON BOOM STUDIO, D’UNE VALEUR DE $329.99) : Vicenta, de Sam
PRIX DU PUBLIC DU MEILLEUR LONG MÉTRAGE PARRAINÉ PAR FEDEX (CRÉDIT FEDEX D’UNE VALEUR DE 2.500 €) : CHICO & RITA de FERNANDO TRUEBA, JAVIER MARISCAL, & TONO ERRANDO MARISCAL
PRIX DU PUBLIC DU MEILLEUR LONG MÉTRAGE JEUNE PUBLIC : ARRIETTY / KARIGURASHI NO ARRIETTY (ARRIETTY LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS, THE BORROWERS) de HIROMASA YONEBAYASHI
PRIX DÉCERNÉS PAR LES PARTENAIRES
PRIX BETV DU MEILLEUR LONG MÉTRAGE (ACHAT DES DROITS DE DIFFUSION) : SUMMER WARS de MAMORU HOSODA
PRIX FORMAT COURT DU MEILLEUR COURT MÉTRAGE, CATÉGORIE FILMS PROFESSIONNELS (FOCUS SUR WWW.FORMATCOURT.COM + PROJECTIONS EN SALLE) : TUSSILAGO de Jonas Odell
Mention spéciale : LET’S POLLUTE de Geefwee Boedoe
Compétition nationale
PRIX DÉCERNÉS PAR LE JURY (Bruno Collet, Jean-François Pluijgers, Jan Van Rijsselberge)
GRAND PRIX DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE (MEILLEUR FILM DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE) (2.500 € + LOGICIEL TOON BOOM ANIMATE, UNE VALEUR DE $699.99) : KIN de l’Atelier collectif Zorobabel
PRIX DE LA SACD (2000 EUROS) : L’OEIL DU PAON de Gerlando Infuso
PRIX TVPAINT DU MEILLEUR COURT MÉTRAGE ÉTUDIANT BELGE (LOGICIEL TV PAINT + ABONNEMENT D’UN AN AU STASH MAGAZINE D’UNE VALEUR DE $474) : LA NUIT DE L’OURS d’Alexis Fradier, Julien Regnard, Pascal Giraud
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PRIX COUP2POUCE/TÉLÉBRUXELLES DU MEILLEUR COURT ÉTUDIANT (ACHAT DE DROITS DE DIFFUSION) : CONTRE TOUT CONTRE de YOANN STEHR
PRIX DÉCERNÉS PAR LES PARTENAIRES
PRIX BETV (1.500 EUROS INCLUANT LES DROITS DE DIFFUSION) : RUMEURS de FRITS STANDAERT
PRIX DE LA RTBF (1.500 EUROS INCLUANT LES DROITS DE DIFFUSION) : KIN de L’ ATELIER COLLECTIF ZOROBABEL
Invité à Lille à l’occasion de la Fête de l’Anim et de sa thématique Allemagne, l’Afca et les Rencontres Audiovisuelles proposent mardi 15 mars 2011 à 19h30 une soirée à Paris pour (re)découvrir le travail de Gil Alkabetz, en sa présence.
Né à Tel Aviv en 1957, Gil Alkabetz a suivi ses études en design graphique à l’Académie d’Art et de Dessin de Bezalel, à Jérusalem. Depuis 1984, il réalise des films d’animation. En 1992, son film Swamp lui vaut de remporter le Ruban d’or. Il travaille en Allemagne depuis 1995. Les films Rubicon et Morir de Amor lui ont valu de remporter déjà de nombreuses distinctions dans le monde entier. Ancien animateur du studio Filmbilder, il fonde en 2001 sa propre société de production, Sweet Home Studio.
De 2004 à 2006, il est successivement professeur aux prestigieuses école de cinéma d’animation de The HFF, “Konrad Wolf”, Potsdam Babelsberg et de la Filmakademie Baden Wuttermberg. Egalement connu pour les animations du long métrage Cours Lola Cours, la simplicité de ses dessins et son talent pour les scénarios ont fait de Gil Alkabetz l’un des plus importants réalisateurs d’animation allemande contemporaine.
Programme
Bitzbutz de Gil Alkabetz and Bezalel Academy of Art and Design, Israël, 1984, 2’45.
Deux créatures, une toute petite et un monstre, luttent l’une contre l’autre. Une allégorie animée sur la confrontation du Bien et du Mal, de la Lumière et des Ténèbres.
Swamp de Gil Alkabetz and Art Academy Stuttgart, Allemagne, 1991, 11’.
Une interprétation pacifique et remplie d’humour noir de la résolution des conflits.
Yankale de Gil Alkabetz and Studio Film Bilder, Allemagne, 1995, 9’10.
Un jour, Jakob L., employé de bureau, arrive en retard à son travail.
Rubicon
Rubicon de Gil Alkabetz and Studio Film Bilder, Allemagne, 1997, 6’55
Tentative de résolution d’une devinette classique : comment faire traverser une rivière à un loup, un mouton et un chou, chacun son tour et sans que l’un ne mange l’autre ? La solution rationnelle de problèmes théoriques ne fonctionne pas vraiment dans la réalité.
The tampon is here de Gil Alkabetz and Studio Film Bilder, Allemagne, 1997, 2’.
Un petit film sur la menstruation pour « Dr. Mag Love », une émission pour parler de la sexualité aux jeunes sur la Chaine ZDF.
Trim Time de Gil Alkabetz and Studio Film Bilder, Allemagne, 2002, 2’30. _ Un arbre, un petit monsieur, une paire de ciseaux et un peigne… les quatre saisons !
Travel to China de Gil Alkabetz, Allemagne, 2002, 2’45.
Une seule image raconte l’histoire d’un homme qui passe toute sa vie a rêver de partir de chez lui et de voyager loin. Cependant son monde est immobile et, dans un tel monde, le voyage – comme le mouvement – n’existe que dans l’imagination.
Morir de Amor
Morir de Amor de Gil Alkabetz, Allemagne, 2004, 12’40.
Tandis que leur propriétaire fait sa sieste, deux perroquets dans leur cage ressassent de vieux souvenirs.
A Sunny Day – Ein sonniger de Tag Gil Alkabetz, Allemagne, 2007, 6’20.
Le soleil se lève comme chaque matin, mais aujourd’hui, il découvre qu’il n’est pas aussi bienvenu qu’il l’espérait.
Knitted Nights – Wollmond de Gil Alkabetz, Allemagne, 2009, 6’25.
Une mamie ambitieuse s’est mis en tête de tricoter un pull pour la lune, mais elle n’a pas tenu compte dans ses calculs du fait que sa « cliente » croît et décroît. En dépit de sa déception, elle parvient à assouvir sa fièvre du tricot. Troisième épisode d’une série d’animations pour les enfants autour du temps.
The Da Vinci Time Code de Gil Alkabetz, Allemagne, 2009, 3’.
Un tableau est découpé et ses différentes parties, qui ont des formes similaires, nous permettent de découvrir des mouvements secrets.
Infos pratiques :
Mardi 15 mars 2011 à 19h30 Cinéma Le Denfert, 24 place Denfert Rochereau, Paris 14e – M°Denfert-Rochereau
Tarif unique : 5 euros. Gratuit sur présentation de la carte d’adhérent Afca ou d’une invitation, dans la limite des places disponibles. Rens. Afca, 01 40 23 08 13, contact@afca.asso.fr
Durée approx. de la séance : 2h. Séance animée par Isabelle Vanini, programmatrice du Forum des images. En présence de Gil Alkabetz.
Retrouvez la programmation de la Fête de l’Anim, à Lille, du 17 au 20 mars, sur www.fete-anim.com
Anima, le Festival d’animation, c’est merveilleux. Bien sûr, il y a les films qui permettent de s’enchanter, de voyager, de s’envoler loin très loin de la réalité morose et grisâtre du quotidien ronronnant de notre pauvre condition humaine…. Mais Anima, ce sont aussi des réalisateurs venus du monde entier pour nous faire partager un peu de leur univers et de leur magie.
Contrairement à beaucoup d’autres festivals de cinéma, où l’apparence prime sur l’essence, les professionnels de l’animation se distinguent bien souvent des autres par leur humilité et leur candeur. Pour être animateur, c’est clair, il faut une bonne dose de patience, beaucoup d’amour, et des tonnes de sincérité. On le sait, un film d’animation est un travail de Titan qui ne bénéficie pas de la même visibilité que le film de fiction. Pas de « people » en animation, mais des hommes et des femmes investis dans la création, des conquérants à l’âme d’enfant.
Les grands, les plus grands viennent donc à Anima, sans fards ni paillettes, accordant généreusement leur temps si précieux aux spectateurs.
Autour de la table, dans un nouveau resto bruxellois bondé, le papa de « Harpya », Raoul Servais et celui de « Kirikou », Michel Ocelot, se retrouvent pour déjeuner. Le premier, poursuit depuis plus de cinquante ans, son petit bonhomme de chemin, luttant contre vents et marées pour défendre un cinéma indépendant et le plus souvent auto produit. Le second, au contraire, compose avec les grands studios de production et les distributeurs du monde entier. À leur manière toute personnelle, ils se sont imposés dans le monde de l’animation avec la même noblesse et une intégrité sans faille, et chacun éprouve un respect admiratif pour le travail de l’autre.
« Azur et Asmar », c’est tellement beau, que je n’arrivais plus à suivre l’histoire. J’étais trop absorbé par les décors et les personnages », avoue le réalisateur belge à son confrère français. Pas question ici de discours théoriques sur les techniques, de propos alambiqués de professionnels : ce qui prime, c’est bien l’émotion, un point c’est tout !
Ils échangent leur sensation, parlent cuisine, se retrouvent sur leur amour pour le chocolat et discutent cinéma. Alors que Raoul Servais, curieux et boulimique, a déjà vu en salles tous les films récents, Michel Ocelot, lui, reste sur ses gardes : « Je ne vais plus au cinéma. J’y souffre trop. » De la souffrance à « Bambi », il n’y a qu’un pas, et les voilà qui embrayent sur les histoires qui font pleurer les enfants, et les films de Walt Disney. « Mon préféré, je crois que ça reste « Pinocchio» », confie Raoul à Michel, « Moi, c’est sans hésitation « La belle au bois dormant… » répond Michel à Raoul.
Il faut dire qu’en matière de princesses, Michel Ocelot s’y entend. Pour preuve, après « Princes et Princesses », il signe « Les Contes de la nuit », son dernier né, qui sortira en France en juillet, seul film français sélectionné lors de la dernière Berlinale. Le réalisateur y a associé le film en silhouettes découpées, inspiré du théâtre d’ombres, avec la technique actuelle de la 3D : « C’est fou que ce film ait été sélectionné à Berlin. Moi, je continue juste à faire mes petites histoires, mes petits contes, comme avec « Princes et Princesses ». J’ai laissé mes ciseaux et mon papier au profit de l’ordinateur, et bizarrement, ça ne fait pas vraiment gagner du temps. Par contre, ça permet des décors fous. C’est une orgie de couleurs, ce film ! » Et au vu de l’affiche qu’il a entièrement réalisée, cela en met en effet plein la vue.
Et ce film, va-t-il nous faire pleurer ? « On ne sait jamais quand on écrit une histoire si elle va faire pleurer. Ce qui est sûr, c’est que dans mes films, ce sont toujours les adultes qui pleurent, jamais les enfants ! »
Mais il est temps de se quitter déjà… car le train pour Paris attend. Michel Ocelot se promet de revenir dans cette ville qu’il aime. « Quand je viens ici, il faut que j’aille voir la Grand Place, c’est vraiment un endroit particulier. Bruxelles aussi, avec ses petits détails Art Nouveau ». L’allusion à l’art nouveau lui évoque immédiatement les dessins d’Aubrey Beardsley qu’il admire… les volutes noires et blanches de l’illustrateur britannique s’échappent, arabesques précieuses et irrévérencieuses au-dessus des toits… Décidément, la compagnie d’animateurs transforme le décor… en mieux, beaucoup mieux !
Synopsis : Miss Daisy Cutter est un court-métrage animé par Laen Sanches sur la chanson Nux Vomica des Veils. Si Walt Disney s’était fait un mauvais trip sous acides, ça aurait pu ressembler à ça. On vous aura prévenu.
Musical du début à la fin, « Miss Daisy Cutter » a tout d’un clip. C’est pourtant en tant que court-métrage qu’il a cette année été sélectionné au Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand et au Festival Anima de Bruxelles. Court-métrage donc, et d’animation qui plus est.
Pour la musique, le morceau rock « Nux Vomica » du groupe The Veils, bien qu’actuelle, est de circonstance, puisque Laen Sanches déclare avoir « voulu réinterpréter certains des archétypes de l’esthétique pop-rock-punk-psychédélique des années 60 et 70 ». On retrouve en effet dans ce film un psychédélisme similaire à celui du clip « The Wall » des Pink Floyd, de même que la marche mécanique des célèbres marteaux militaires, ici remplacés par des squelettes armés. La couleur n’est cependant pas au rendez-vous : c’est dans un noir et blanc brouillonné mais saillant que les images imprègnent nos rétines… Et quelles images !
Laen Sanches affirme avoir recherché son style graphique dans la peinture, la gravure, le manga et la bande dessinée. Il est vrai que « Miss Daisy Cutter » trouve son dynamisme avec ses planches « splitées » et ses onomatopées. En raison de sa forme composite, il a même quelques traits communs avec l’adaptation faite par Robert Rodriguez de « Sin City ». On pense aussi au « Renaissance » de Christian Volckman, du moins pour le noir et blanc.
Du reste, « Miss Daisy Cutter » est surtout un clip hallucinatoire. Or dans ce domaine, peu de films atteignent un tel degré de performance. Laen Sanches dit lui-même : « Si Walt Disney s’était tapé un mauvais trip, voilà à quoi auraient pu ressembler ses hallucinations ». Sanches a développé ce projet sans storyboard ni scénario. Il a fait ce film comme on rédigerait un cadavre exquis. Ses propos nous éclairent d’ailleurs sur sa technique d’ »improvisation »: « Travailler délibérément dans une approche surréaliste, créer et animer dans une technique de « dessin automatique », produire quelques secondes d’animation chaque jour sans penser à ce qui a été fait le jour d’avant ».
« Miss Daisy Cutter » respecte cependant le ton du texte original des Veils via des paroles adressées au Seigneur. Il ne s’agit pas de prières mais d’une suite de reproches qui s’étendent finalement à l’humanité.
On voit dans le film un œil ailé, figurant sans doute Big Brother, who is watching you. Des langues se dressent comme des serpents, pouvant tout aussi bien être des langues de vipères que les langues de bois des politiciens. Des torpilles explosent en amats de dollars, profits monétaires que sont les guerres pour les grandes puissances économiques de notre monde. Sous une série d’yeux voyeurs, le chevauchement de missiles se transforme en rodéo érotique ; le désir prenant le pas sur la raison, un homme initialement suspendu à un cerveau volant se retrouve suspendu à une femme nue. Les codes barres pleuvent, froids comme la neige. Les squelettes armés continuent leur marche sur fond de vagues de pouvoir qui écrasent tout sur leur passage. L’amalgame se fait entre homme et chien. La mort rôde. Les morts versent des larmes épaisses, ils pleurent l’or noir qui causa leur perte. Des fourmis, prolétaires en rébellion, sont attaquées par une armée de serpents. La hiérarchie mène la danse d’une main de fer et toute tentative d’éclaircie s’échappe en une fumée noire. Mais quand l’insecte travailleur s’en prend à l’hégémonique figure du profit, ce sont des flammèches colorées qui s’envolent anéantir tous les maux, notes d’espoir pour un monde meilleur. De quoi en prendre plein la vue, surtout que Laen Sanches ne s’est pas privé de nous livrer une version 3D de son film.
Au cœur des choix artistiques du FIDMarseille ; le documentaire. Défendu comme un art du témoignage sans critère de format, le festival accueille des films et des artistes qui jouent avec la transversalité des arts. Depuis trois années, un tournant décisif a été pris, celui d’accueillir au sein de la sélection officielle, des films de fiction aux côtés des documentaires. Pour la sélection officielle du FIDMarseille 2011 (6-11 juillet), les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 18 mars 2011.
Déjà remarqué et apprécié lors de la sortie en festivals de « Espèce(s) de patate(s) », Yoann Stehr, étudiant à la Cambre, nous revient en force avec un petit film bien plus audacieux. Sélectionné à Anima cette année, « Contre, tout contre » ou le credo de la solitude et de la volupté puise dans le filet des images cinématographiques qui nous habitent et qui nous construisent pour traiter, non sans une mordante ironie, de la solitude contemporaine.
Rien de plus excitant pour un faiseur d’images que de s’exprimer en se servant d’images déjà réalisées par d’autres en les mélangeant, les superposant, les accolant, les découpant, bref, en les manipulant pour en offrir une interprétation nouvelle, hybride et personnelle. Ainsi pourrait se résumer le travail de Yoann Stehr, devenu en l’espace de deux films, une figure quasi incontournable du cinéma expérimental belge à l’instar d’un certain Nicolas Provost.
Pour « Contre, tout contre », il reprend de façon très convaincante la technique du Found Footage déjà aperçue dans certains films du réalisateur flamand. La forme y est littéralement au service du contenu et est traitée avec une réelle ingéniosité. Montrer le gouffre illusoire de la célébrité dans le milieu des strasses et paillettes du septième art en une surabondance d’images (prix reçus et extraits d’images de films et d’actualités) laisse entrevoir la terrible solitude qui lui fait écho, celle dont on ne parle qu’en hommage d’une star éteinte.
Yoann Stehr pose un regard pertinent et caustique sur ce monde étincelant et pas toujours cohérent : « tout ce qui fout la merde est sponsorisé ». Par ailleurs, la voix off renvoie toujours à la (vraie) réalité qui se cache derrière les images, elle permet un décalage intéressant et critique et ouvre une dimension métadiscursive à ce petit film expérimental riche et dense. Le ton irrévérencieux qui le guide en fait un produit hétéroclite prodigieux permettant, » à la lisière du monde, (de) se rencontrer enfin ».