Tous les articles par Katia Bayer

C comme Coming Attractions

Fiche technique

coming-attractions

Synopsis : L’expression « cinéma des attractions » décrit une relation unique entre l’acteur, la caméra et le public des débuts du cinéma, qualité qui disparaît ensuite dans le cinéma « moderne » après 1910. Ce film cherche à réunir publicité, cinéma du début et film d’avant-garde.

Réalisation : Peter Tscherkassky

Genre : Expérimental

Année: 2010

Durée : 25’10’’

Pays : Autriche

Son : Dirk Schaefer

Montage : Eve Heller, Peter Tscherkassky

Production : Peter Tscherkassky

Article associé : la critique du film

Coming Attractions de Peter Tscherkassky

Présenté au Festival Cinéma du réel, le dernier court métrage de Peter Tscherkassky explore la culture pop sous le couvert d’images publicitaires auxquelles le réalisateur confie des intentions bien plus complexes que celles qu’on leur donne naturellement.

Elaboré à base de rushes de films publicitaires des années 50 et de morceaux de films de cinéma, « Coming Attractions » nous immerge dans un spectacle qui regorge de matière filmique.

coming

Les morceaux de pellicules travaillés sont cisaillés, démembrés, découpés par un réalisateur-monteur qui ne jure que par la matière argentique. Tscherkassky met en œuvre son savoir faire, acquis au gré des expérimentations, pour faire émerger un sens caché aux images. Dans ses mains, un « stylo laser » magique, qui ne le quitte plus depuis plusieurs films et qui élabore la surimpression à la manière d’un orfèvre aveugle, laissant – un peu – sa chance au hasard. On découvre alors, au détour d’une transparence, un visage en bordure du cadre qui répond de manière anachronique à celui d’une femme en gros plan qui déchire l’écran de sa beauté sensuelle.

On dit qu’à force de répétitions de l’exposition d’un sujet à un phénomène donné, ledit sujet finit inévitablement par l’apprécier. « Coming Attractions » joue certainement sur ce registre tant dans la forme que dans le fond. Du cinéma documentaire de Tscherkassky naît la proposition d’un point de vue sur ce produit qu’est la matière film et sur les phénomènes d’attractions que peuvent induire les images données à voir dans celui-ci. Ici, les gestes simples et mécaniques des ménagères montrées dans les spots ventant des produits (jamais montrés à l’écran dans le film) deviennent sensuels et changent de sens lorsqu’ils sont découpés, ralentis, accélérés dans une répétition lancinante de chaque séquence.

coming-attractions

Le montage atteint son paroxysme quand le réalisateur l’emploie, sans distinction de genre (pub ou film), sur des gros plans de visages de femmes. Au détour d’un regard, il transfigure un plan, plus ou moins anodin, en un appel peu farouche. Ces œillades sont-elles autant d’incitations à consommer (pour les spots de pub), à nourrir une intrigue (pour les films de cinéma), ou bien à venir voir de plus près ce qui peut se passer dans cette expérimentation ?

« Coming Attractions » repense la réception des images de consommation. Tscherkassky prend le parti, comme à son habitude, de transfigurer le message initial des rushes dont il dispose. Cependant, la particularité de « Coming Attractions » vient de la nature même des images utilisées.

Si dans ses précédents films il utilisait des rushes de fictions de cinéma, l’emploi de bouts de films de consommation de masse, en parallèle à ceux de cinéma, propose une lecture juste de ce qu’était (et ce qu’est toujours ?) la culture pop : un amalgame complexe de perceptions artistiques, culturelles, sociales et consuméristes.

Fanny Barrot

Consulter la fiche technique du film

Palmarès du 33ème Festival International de Films de Femmes

Meilleur court-métrage étranger :

Little Children, Big Words de Lisa James Larsson (Suède)

500€ offerts par le Festival

Meilleur court-métrage français :

L’invention des jours heureux de Sandrine Dumas (France)

Achat de droits de diffusion sur les antennes de CINÉCINÉMA

PRIX DE L’ASSOCIATION BEAUMARCHAIS – Meilleur court-métrage francophone à :

Au milieu de nulle part ailleurs de Annick Blanc (Canada)

1500€ et une bourse d’aide à l’écriture

PRIX DU JURY UNIVERSITE PARIS EST CRETEIL – Meilleur court-métrage européen à :

Little Children, Big Words de Lisa James Larsson (Suède)

1500€ par l’Université Paris Est Créteil

MENTION SPÉCIALE

(The Importance of ) Hair de Christina Höglund (Suède)

PRIX « PROGRAMMES COURTS ET CREATION CANAL + » – Meilleur court-métrage à

Chacun son goût de Hyun Hee Kang (France)

Achat des droits de diffusion par Canal +

PRIX FRESNES AVEC LE SERVICE PÉNITENTIAIRE D’INSERTION ET DE PROBATION 94

Depuis 2004, le Festival organise et anime des projections-débats pour les détenues de la Maison d’Arrêt de Fresnes. Cette action culturelle en milieu carcéral est le fruit de la solide collaboration, nouée depuis plusieurs années avec le SPIP 94*.
En 2008, le Festival crée le prix « Fresnes ». Les détenues constituent un jury encadré par l’équipe du Festival et visionnent les courts métrages en compétition afin d’en primer un de leur choix.
La réalisatrice élue est invitée à la Maison d’Arrêt de Fresnes afin de rencontrer le jury.

… Un ange passe de Leyla Bouzid (France)

Palmarès du Cinéma du réel 2011

Le jury international, composé de Marta Andreu (productrice, Espagne), Gueorgui Balabanov (Cinéaste, Bulgarie), Marie-Hélène Dozo (monteuse, Belgique), Jean Gaumy (photographe et réalisateur, France) et Mehran Tamadon (réalisateur, Iran), a décerné les prix suivants :

* GRAND PRIX CINÉMA DU RÉEL :
Palazzo delle Aquile de Stefano Savona, Alessia Porto, Ester Sparatore (France, 2011)
Doté de 8 000 euros par la Bpi avec le soutien de la Procirep

* PRIX INTERNATIONAL DE LA SCAM :
Distinguished Flying Cross de Travis Wilkerson (Etats-Unis, 2011)
Doté de 4 600 euros

Le jury Premiers Films, composé de Raed Antoni (réalisateur, Palestine), Maria Bonsanti (programmatrice festival dei Popoli, Italie) et Dominique Marchais (réalisateur, France), a décerné le prix suivant :

* PRIX JORIS IVENS :
Il Futuro del mondo passa da qui d’Andrea Deaglio (Italie, 2010)
Doté de 7500 euros par Marceline Loridan Ivens, La Fondation Européenne Joris Ivens et l’association Les Amis du Cinéma du réel
* Mention spéciale : Eine ruhige Jacke de Ramón Giger (Suisse, 2010)

Le jury international et le jury Premiers Films ont décerné conjointement le :

* PRIX DU COURT MÉTRAGE
Extraño Rumor de la tierra cuando se atraviesa un surco (secuencia 75, huerto de Juana López, Toma 01) de Juan Manuel Sepulveda (Mexique, 2011)
Doté de 2 500 euros par la Bpi et par Vectracom (deux Betanum avec incrustation du sous-titrage)

Le jury des jeunes, composé de 5 lycéens et de Vanina Vignal (cinéaste) a décerné le prix suivant :

* PRIX DES JEUNES – CINÉMA DU RÉEL :
Exercices de disparition de Claudio Pazienza (Belgique/France, 2011)
Doté de 2 500 euros par le Centre Pompidou, avec le soutien de la Mairie de Paris.
* Mention spéciale : Fragments d’une révolution , Anonyme (Iran/France, 2011)

Le jury des bibliothèques, composé de Christine Puig (médiathèque José Cabanis, Toulouse), Joël Gourgues (médiathèque Pierre et Marie Curie, Nanterre), Emmanuel Valentini (bibliothèque Marguerite Yourcenar, Paris) et du cinéaste Jean-Patrick Lebel, a décerné le prix suivant

* PRIX DES BIBLIOTHÈQUES :
La Mort de Danton d’Alice Diop (France, 2011)
Doté de 6 000 euros, par la Direction générale des médias et des industries culturelles
* Mention spéciale :
The Ballad of Genesis and Lady Jaye de Marie Losier (États-Unis/France, 2011)

Le Jury de l’Institut français, composé de François Caillat (réalisateur), Elsa Cornevin (attachée audiovisuelle à l’Ambassade de France à Lisbonne – Portugal), Anne Coutinot (chargée de mission au département cinéma de l’Institut français), Christine Houard (chargée de mission au département cinéma de l’Institut français), Anne-Catherine Louvet (chargée de mission au département cinéma de l’Institut français) a décerné le prix suivant :

* PRIX LOUIS MARCORELLES :
Fragments d’une révolution , Anonyme (Iran/France, 2011)
d’une valeur de 10 000 euros, comprenant l’achat de droits et l’édition d’un dvd multilingue
* Mention spéciale : The Ballad of Genesis and Lady Jaye de Marie Losier (Etats-Unis/France, 2011)

Le Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique – Direction des patrimoines – ministère de la Culture et de la Communication a décerné le prix suivant :

* PRIX PATRIMOINE DE L’IMMATÉRIEL :
La Place de Marie Dumora (France, 2011)
Doté de 2 500 euros

Elégie de Port-au-Prince d’Aïda Maigre-Touchet

Stupeur et tremblements

Présenté au Cinéma du Réel à Pompidou dans la compétition Contrechamp français, le film d’Aïda Maigre-Touchet rend hommage au poète et troubadour haïtien, Dominique Batraville. En suivant l’écrivain sur les ruines de Port-au-Prince, la réalisatrice offre une lecture lyrique d’une ville et d’un peuple qui traditionnellement « a un pied dans la vie et l’autre dans la mort ».

elegie

Dominique Batraville parcourt la capitale haïtienne, scandant son amour inconditionnel à l’âme de celle qui fut autrefois comparable à Genève pour sa propreté et son « bien-vivre », et qui n’est aujourd’hui plus que ruines et désolation.

Grâce à un rythme lent, une empathie marquée par le respect et l’admiration de son sujet, « Elégie de Port-au-Prince » fait apparaître une foule de détails qui, à travers la fenêtre du présent, habitent la ville maudite et la font renaître de ses cendres. Parce que son âme, selon Batraville, même perfide, même damnée, survit dans l’Art qui la libère et la transporte loin de la souffrance matérielle.

L’artiste est ce messager surgi des décombres affirmant que sa ville reste habitée sous le manteau poussiéreux de la misère. Des ruines jaillit un renouveau et de la perte naît l’espoir de la (re)construction.La caméra de la réalisatrice se faufile sur les chemins escarpés de la première République Noire, suivant un guide exalté tout en gardant une jolie distance critique . Quand le cinéma croise les frontières du réel.

Marie Bergeret

Consulter la fiche technique du film

Focus Cinéma du réel 2011

Du 24 mars au 5 avril derniers s’est déroulée, au Centre Pompidou, la 33ème édition du Cinéma du Réel, le festival international de films documentaires. Au programme, des courts et des moyens métrages en compétition nationale et  internationale ainsi que des séances spéciales et des rétrospectives.

cinema-du-reel

Découvrez dans ce focus :

La critique de « La Bohème » de Werner Herzog (Royaume-Uni)

L’interview de Javier Packer-Comyn, directeur artistique du festival

La critique de « Coming Attractions » de Peter Tcherkassky (Autriche)

La critique de « Elégie de Port-au-Prince » d’Aïda Maigre-Touchet (France)

Le Palmarès 2011

La programmation

Festival Courtisane 2011 – le palmarès

Winners of the 2011 competition: Sarah Vanagt and Miranda Pennell

The 10th edition of the Courtisane Festival for film, video and media art closed on Sunday 3rd April 2011. At the award ceremony, the festival jury − Marina Kozul (HR, organiser/curator), Adam Pugh (UK, curator/writer/organiser) and Vincent Meessen (BE, visual artist/curator) − announced the Belgian and international winners. Directly afterwards the winning works were shown again. The prize for the best Belgian work was awarded to Brussels based filmmaker/visual artist Sarah Vanagt (°1976) for her latest video, The Corridor (2010). It’s the second time Sarah Vanagt is a Courtisane Festival laureate, in 2007 she won the Belgian competition with First Elections.

http://www.balthasar.be
http://www.courtisane.be/en/festival/2011/programme/intimate-portraits

The jury statement on The Corridor:
We appreciated the film’s proposal to re-evaluate the relationship between humans and animals on a political level – and in particular its suggestion that the basis of this relationship may be inverted, so that the animal cares for the human.
In doing so, it questions notions of domesticity and humanity, bestiality and consciousness with understated rigour, revealing a dignity of purpose and of realisation.
The film is courageous, too, for choosing to reveal its own process, and for its subsequent restraint: in speaking quietly, it achieves a clarity and depth which might in other hands have been lost.

The international award was handed out to Miranda Pennell (°1963), a London based film and video artist with an extensive background in contemporary dance and visual anthropology, for Why Colonel Bunny Was Killed (2010). The work of Miranda Pennell isn’t new to the audience of the Courtisane Festival either. In 2008 her short film Drum Room was screened at the festival, and in 2007 You made Me Love You.

http://www.mirandapennell.com
http://www.courtisane.be/en/festival/2011/programme/other-side

The jury statement on Why Colonel Bunny Was Killed:
The politics of difference and of inequality also hung above this work. Rephrasing the title of a photograph included in the film, ‘Why Colonel Bunny Was Killed’ transforms a caption into a statement, changing the status of the original as a means to interrogate the documentation of history.
Using original documents to highlight the symbolum of power and thereby to exhume the clues left by the would-be victors, the artist re-evaluates part of her own history to speak of a wider thruth; at once to challenge the authority of the archive of supposidly impermeable documents and to reacquaint us, as a western audience, with a degree of doubt about the legitimacy of our worldview.
In doing so, the artist also illuminates an entirely contemporary yet parallel situation, and taken together these elements speak not only of her personal resolve but of the circularity of history itself – and of its continuity bias for power and the powerful. “Facts, after all, are opinions.” (Gandhi)

D comme Dr Nazi

Fiche technique

dr-nazi-2

Synopsis : Charles Chinaski est un type à problèmes et se considère comme responsable de la plupart de ses problèmes. Il décide un jour de consulter le premier docteur venu.

Réalisation et scénario : Joan Chemla d’après la nouvelle « Dr Nazi » de Charles Bukowski

Genre : Fiction

Durée : 15′

Année : 2010

Pays : France

Image : Yorgos Arvanitis

Son : Damien Tronchot

Montage : Béatrice Herminie

Montage son : Damien Tronchot

Mixage son : Aymeric Dupas

Interprétation : Nicolas Clerc, Bernard Waver, Céline Samie

Production : KG Produtions

Article associé : la critique du film

Dr Nazi de Joan Chemla

Après « Mauvaise route » (2008), Joan Chemla a choisi de sortir des sentiers battus en réalisant « Dr Nazi », un court métrage inspiré de la nouvelle éponyme de Charles Bukowski. Lauréat du Prix Canal + à Clermont-Ferrand cette année et sélectionné à Créteil, au Festival International de films de femmes, le film traduit l’univers du romancier américain avec une aisance audacieuse.

« Dr Nazi » s’ouvre sur un montage élaboré d’images déclinant la signification du mot « fuck« , en anglais puis se substitue subtilement à la narration du film, en français. Si la prose bukowskienne exhale la bière et le gros rouge, le film de Joan Chemla, quant à lui, embaume l’éther et le formole des cliniques aseptisées. Charles Chinaski (alter égo fictif de l’écrivain maudit), ivrogne instable et asocial décide de consulter un médecin pour résoudre ses problèmes. Par facilité, il se rend chez le docteur Kiepenheuer situé à deux pas de chez lui.

dr-nazi-1

Au fil des consultations une étrange relation s’installe entre Chinaski, hypochondriaque croyant être atteint d’un cancer, et Kiepenheuer, ex-Nazi reconverti en thérapeute énigmatique. Les rapports entre le soigné et le soignant s’inversent vicieusement car le médecin trouve en Chinaski l’écoute idéale, l’autiste inapte et incapable de se révolter (« désolé, moi, je ne lutte pas »), sur laquelle il déverse ses frustrations et humiliations d’un mariage raté qu’il considère plus affligeant que son appartenance au nazisme.

La réalisatrice fait des choix judicieux pour rendre compte des angoisses de son personnage principal, victime d’un père tyrannique. Les pensées de Chinaski parviennent par le biais d’une voix off sensible et fragile qui expose une personnalité trouble. La blancheur immaculée répétée tout au long du film au travers de nombreux fétiches (radio, murs du cabinet de consultation, draps…) trahit une culpabilité refoulée bien au-delà d’une apparence idéale et bien comme il faut. Chemla alterne volontairement plans d’ensemble et plans rapprochés significatifs, sons d’ambiance et musique, qui tantôt participe à l’histoire, tantôt accompagne l’ascension de Chinaski vers l’éternité. Voilà un deuxième court pour Joan Chemla, chirurgicalement mis en scène.

Marie Bergeret

Consultez la fiche technique du film

S comme Stendali

Fiche technique

Synopsis : Ce documentaire de mise en scène constitue un des derniers témoignages d’un chant funèbre en griko (dialecte de l’Italie du Sud d’origine grecque), filmé à Martano, village du Salento, inspiré de la leçon du cinéma soviétique et de l’oeuvre ethnologique d’Ernesto De Martino.

Genre :  Documentaire

Pays : Italie

Durée : 11′

Année : 1960

Réalisation : Cecilia Mangini

Scénario : Pier Paolo Pasolini, Cecilia Mangini

Image : Giuseppe De Mitri

Montage : Renato May

Musique : Egisto Macchi

Interprrétation : Lilla Brignone

Production : Vette Filmitalia

Article associé : la critique du film

Stendali (Suonano ancora) de Cecilia Mangini

Dum pendebat filius

Documentaire sur les rites mortuaires dans la région des Pouilles au sud de l’Italie, « Stendali (Suonano ancora) » pose un regard sur la féminité dans sa dimension expressive et émotive. Une œuvre obscure et fascinante de Cecilia Mangini, mise à l’honneur dernièrement au Festival de Films de Femmes de Creteil.

À Martano, dans le talon de la botte italienne, jusqu’il y a peu de temps, la veille funéraire se faisait à domicile pour les femmes – auxquelles il était défendu d’assister à l’enterrement – en présence des pleureuses professionnelles, telles qu’on en trouve encore dans certains pays du Proche-Orient et dans quelques régions de l’Inde.

L’éloge funèbre, sous forme d’un chant scandé en griko (dialecte grec de la région), est traduit dans un registre hautement poétique par Pier Paolo Pasolini, collaborateur fréquent de la cinéaste. Hormis les personnes filmées, le seul « personnage », extradiégétique, est incarné par la voix de l’actrice italienne Lilla Brignone (« L’Ecclisse ») qui, par sa déclamation poignante, fait écho au tragique de l’eulogie croissante jusqu’à la frénésie. Le texte laisse entendre un renversement du rapport entre le mort et les vivants en faisant allusion au défunt comme un enfant nécessitant des soins quotidiens qu’il n’aura plus à force d’avoir quitté le monde des vivants : un déploiement idiomatique et archéen du thème de la Mater dolorosa et du culte marial omniprésent dans l’Europe méridionale.

L’humanisme de Mangini est doté d’une dimension engagée par le biais du prologue textuel de Pasolini, qui situe d’emblée le sujet dans le contexte historique d’une Italia anno zero sortant difficilement de la misère de la post-guerre. Ce traitement est renforcé formellement par une bande son sombre et une image maîtrisée dans laquelle la photographe-cinéaste et le chef op’ Giuseppe De Mitri alternent des tableaux collectifs dignes des cinéastes soviétiques et de gros plans intimes, évoquant des scènes de la Pietà. Le tout imprégné de la sévérité quasi orthodoxe de l’esthétique des Pouilles.

Témoignage précieux de mœurs disparues, « Stendali » sonne toujours et rappelle que la réalité peut se révéler parfois bien plus spectaculaire que la fiction.

Adi Chesson

Consulter la fiche technique du film

W comme The Winter Boy

Fiche technique


Synopsis : Une mère tente de réconforter son fils, mais il se renferme de plus en plus dans le silence à chacune de ses tentatives. Leur relation troublée devient encore plus tendue lors d’une visite à un aquarium voisin. Jusqu’au moment où le fils découvre une raison de s’ouvrir à nouveau à sa mère.

Genre : Fiction

Durée : 8′

Pays : Nouvelle-Zélande

Année : 2010

Réalisation : Rachel House

Scénario : Kylie Meehan

Image :  Leon Narbey

Production : Pounamu Pictures Ltd

Interprétation :  Tahei Simpson, Te Aho Whitu

Montage : Peter Burger

Son : Dave Whitehead

Article associé : la critique du film

The Winter Boy de Rachel House

Qu’il est chouette de découvrir parmi dix courts moyens un film sympa comme « The Winter boy ». Issu de Nouvelle-Zélande au même titre que le tatouage maori, le film de Rachel House est projeté en France, au festival de Créteil.

Le film aborde, sous la forme d’une fiction, la relation compliquée entre un enfant enfermé dans son mutisme et une mère désespérée qui échoue à entrer en contact avec son fils après le décès de son mari. La non communication familiale prend un sens inédit lorsque l’enfant disparaît lors d’une visite à l’aquarium et est retrouvé au milieu d’un bassin de pingouins.

Rachel House joue avec les notions de méfiance, de maladresse, de bouleversement des repères, et de non-dits. Dans son film, le silence répond aux cris, le repli sur soi contraste avec la main tendue, l’ingratitude de la solitude jure avec la beauté des bancs de poissons.

« The Winter boy » est un court sur le ressenti, sur des petits gestes non aboutis, comme ces doigts qui se frôlent mais qui ne se touchent jamais et comme ces portes qui se laissent entrouvrir mais qui se referment brutalement sur le domaine privé. C’est aussi un film sur l’ouverture progressive à l’autre, sur la souffrance à la première personne, et sur nos copains, les pingouins. Rien que pour cela et pour sa fin très touchante, on lève le pouce, on tend l’oreille, et on garde l’œil alerte.

Katia Bayer

Consulter la fiche technique du film

Like Love de Sarah Cunningham

C’est quoi, l’amour ?

« Like Love » de Sarah Cunningham est un documentaire de la Fémis, traitant de l’amour, de l’acceptation de soi et du handicap. Le film est présenté ces jours-ci en compétition française dans le cadre du Festival de films de femmes de Créteil.

Sarah Cunningham avait déjà réalisé un documentaire, « Birds Get Vertigo Too », repéré aux Rencontres Henri Langlois et au Festival Silhouette, et nommé par ailleurs cette année aux Lutins du court métrage. Elle y filmait le lien amoureux entre Shaena, la voltigeuse et Barz le contrepoids, deux artistes du cirque, de leur intérieur à la piste. Le film bénéficiait d’une très belle photographie et d’un titre plus qu’énigmatique. Car oui, même les oiseaux pouvaient être fragiles et avoir le vertige.

like-love

Avec ce nouveau film, « Like Love », Sarah s’intéresse à nouveau à l’amour, à l’autre, aux doutes et aux joies de deux personnes en ménage. Plutôt que prendre des images dans un cirque ambulant, elle s’installe dans le quotidien d’un couple d’aujourd’hui. Ramona a une passion, le dessin, Jakob, lui, donne des cours de philosophie. Elle est libre de ses mouvements, il est paralysé dans un fauteuil roulant suite à un accident.

L’intérêt de ce film, c’est d’être présent, à bonne distance de ses sujets et en même temps de les aimer très fort (à la fin du film, Sarah offre une dédicace à Jakob). Le film est centré sur le couple, le handicap n’est jamais très loin, toujours présent à l’image et dans la discussion, mais on l’oublie, tout comme Jakob et Ramona tentent d’en faire abstraction. Ce qui reste, c’est l’amour et ses signes. Une fête d’anniversaire pleine d’amis déguisés, les dessins que Ramona fait de Jakob, et une cuisine où on échange les souvenirs enfouis.

Katia Bayer

Consulter la fiche technique du film

Voir le film en ligne

Focus Femmes/Créteil 2011

Créé en 1979, le Festival International de Films de Femmes de Créteil accueille des réalisatrices du monde entier, avec près de 150 films qui défendent avec talent le regard des femmes sur leur société. Sa 33ème édition a commencé le 25 mars et se poursuit jusqu’au 3 avril avec 27 courts en compétition. Ces points de vue de femmes, ces films sensibles, engagés et humanistes nous intéressent. Focus.

Retrouvez dans ce Focus :

Le Palmarès du Festival

La critique de « Dr Nazi » de Joan Chemla (France)

La critique de « Stendali (Suonano ancora) » de Cecilia Mangini (Italie)

La critique de « The Winter Boy » de Rachel House (Nouvelle-Zélande)

La critique de « Like Love » de Sarah Cunningham (France)

Les films courts sélectionnés (France, Europe, Monde)

L come Like Love

Fiche technique

like-love

Synopsis : À Brighton, Jacob et Ramona nouent jour après jour les liens de leur amour. A l’occasion d’une fête religieuse, Jacob se retrouve en famille et doit revivre le terrible souvenir du jour où il se brisa le cou en plongeant du mauvais côté d’une piscine.

Genre : Documentaire

Année : 2010

Pays : France

Durée : 30′

Réalisation : Sarah Cunningham

Scénario :  Sarah Cunningham

Image : Sarah Cunningham

Production : La Fémis

Article associé : la critique du film

Le Brussels International Fantastic Film Festival (BIFFF)

Du 7 au 19 avril prochain se déroulera la 29ème édition du BIFFF, à Tour & Taxis à Bruxelles. Au menu, de la schizophrénie, de la psychologie déviante, de l’aliénation et l’avant-garde fantastique.

bifff2011
Découvrez les courts métrages en compétition.

Post Mortem, Mathieu Harford
Un petit garçon de 9 ans est chargé de garder la maison pendant que la famille se rend à l’enterrement de son grand-père. Après le départ des parents, Eddy tombe nez à nez avec un vieillard qui retourne son grenier de fond en comble…

Condamné à vie, Hannah Letaïf & Vincent Carrétey
Charles tente de se suicider mais découvre qu’il est immortel ! Il va pourtant insister ; mais ce faisant, il va se retrouver l’auteur d’homicides involontaires !

Une Dernière Fois, Barney Frydman
Hugo découvre avec horreur qu’un mal étrange touche les gens autour de lui : leurs visages s’effacent ! Il décide alors de retrouver sa bien-aimée… pour une dernière fois !

L’Oeil du paon, Gerlando Infuso
Sibylle chasseresse, collectionneuse et artiste en fin de parcours, est en quête du dernier coup de pinceau… Dans la continuïté de Margot, Milovan Circus et Ange et Démon…

Love of the Dead, Sharnasky Brothers
Robert, survivant de l’apocalypse des zombies, a une petite amie affamée… Il se doit de la nourrir à intervalles réguliers… avec de la viande humaine fraîche !!!

Route 66, Romuald Voye
Papa propose au fiston, tout juste sorti de prison, un nouveau coup…

Le Concile lunatique, Arnaud Demuynck & Christophe Gautry
Un jeune homme ouvre la fenêtre de sa chambre et découvre un paysage lunaire qui le submerge et menace de l’enfermer dans une glace éternelle !

La Femme à cordes, Vladimir Mavounia-Kouka
Il se promène dans une fête foraine et regarde distraitement les spectacles autour de lui ; jusqu’à ce qu’un homme l’aguiche et lui propose d’entrer dans un établissement réservé aux hommes…

La Fin du Monde, Michael Havenith
Une histoire grotesque et pathétique, grinçante et désespérée… Une fable sur l’inconscience de la civilisation face à la transformation de son écosystème…

Point de fuite, Benjamin d’Aoust
Un homme, perdu dans ses fantasmes, enquête sur la disparition d’une femme…

Le site du festival

Festival Courtisane : Bienvenue aux formats visuels alternatifs

Le Festival Courtisane fête ses 10 ans! Une raison d’être fier mais pas une excuse pour se reposer sur ses lauriers. Courtisane a le regard rivé vers le futur tout en ayant les pieds bien ancrés dans le présent. La recherche de formats cinématographiques originaux et alternatifs ainsi que l’expérience apportent une fois encore leur lot de belles surprises à cette 10ème édition qui se déroule à Gand du 30 mars au 3 avril 2011.

Consulter le site du Festival

courtisane2011