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Conversation avec Sameh Alaa, Palme d’or du court-métrage 2020

Sameh Alaa est un jeune cinéaste égyptien. À Bruxelles, il vit, écrit et imagine des films, courts comme longs. Il a réalisé un film sur l’absence et le courage qui nous a tapé dans l’oeil, à la rédaction : I am afraid to forget your face. Celui-ci faisait partie de la compétition officielle de Cannes 2020 où il a remporté la Palme d’or du court-métrage lors de la dernière édition du festival. À l’occasion de cet entretien, il évoque entre autres sa formation à Prague et à Paris, son intérêt pour le partage d’émotions, son expérience de l’auto-production et l’encouragement offert par le prix cannois.

Pour information, Format Court organise jeudi 4 mars 2021 dès 19h sur Beem une rencontre en anglais entre Samah Alaa et Vasilis Kekatos, Palme d’or du court 2019 pour son film The Distance between us and the sky. À l’occasion de notre nouveau cycle intitulé « Dialogues », les deux films seront projetés en ligne (seulement en France pour une question de droits). Une rencontre sera également organisée entre les deux cinéastes, leur chef opérateur commun, Giorgos Valsamis, ainsi que Zoé Klein, membre du comité de sélection de Cannes. 

Format Court : Tu as étudié à la FAMU et à l’EICAR. On parle rarement du cinéma égyptien, pourtant il y a une école au Caire…

Sameh Alaa : Oui, nous avons une école de cinéma en Egypte. Ils prennent très peu d’étudiants, peut-être huit par an, et souvent, ce sont des étudiants qui ont de la famille dans le cinéma. C’est difficile de rentrer dans cette école et je n’ai même pas essayé. J’ai pris différents cours et j’ai travaillé comme assistant-réalisateur, mais je voulais continuer à étudier. La République tchèque était la solution idéale. C’est moins cher, ce sont de très bonnes études et le pays a développé une très forte histoire liée au cinéma. Ces trois choses m’ont plu. Des amis sont allés dans cette école et j’ai pu leur demander comme c’était. Je ne savais pas que j’allais continuer mes études mais à la fin de l’année, je me suis dit qu’il fallait que je travaille plus, que c’était juste le début. Paris était parfait comme second choix, comme ville de cinéma. J’étais très heureux d’aller étudier là-bas.

Qu’est-ce que tu as appris à la FAMU ?

S.A. : Ça dépend des professeurs. Les étudiants viennent de différents endroits. Tu discutes avec eux pendant dix minutes et ils te parlent d’un film dont tu n’entendras plus jamais parler ! Grâce à ça, tu gagnes en profondeur et tu comprends mieux ce que tu apprends. C’est très important de partager et d’apprécier le savoir.

Comment les jeunes cinéastes égyptiens font-ils pour montrer leurs films ? Y a-t-il beaucoup de festivals ? Est-ce difficile de faire des films sur place ?

S.A. : Je crois que c’est beaucoup plus simple de faire des films aujourd’hui, avec un téléphone ou avec différents logiciels de montage que n’importe qui peut utiliser. Tu peux tout faire par toi-même. Le seul problème pourrait venir de toi. Tu peux vouloir des choses trop spécifiques. Par exemple, tu veux faire un film de science-fiction mais il ne t’arrive que des complications ou alors, tu veux faire un film avec une esthétique particulière, comme moi. Tu as besoin d’argent. Il m’a fallu deux ou trois ans pour faire l’un de mes courts-métrages, pour rassembler l’argent et pour pouvoir le faire. Ce n’est pas si dur de faire des films, mais il faut prendre en compte les limites. Si tu aimes vraiment faire du cinéma, tu en feras parce que tu ne peux pas t’arrêter.

Parfois, surtout pour les jeunes, c’est difficile de s’accrocher. Il faut vraiment avoir confiance en soi pour pouvoir continuer.

S.A. : Oui, et c’est pourquoi je dis à tout le monde : « Ce n’est facile mais il faut oser ». Si tu échoues ou que personne ne voit ton film, ce n’est pas grave, fais-en un autre. Mais si tu fais juste un film pour être dans tel festival ou pour avoir du succès, tu n’y arriveras pas. Ça fonctionne dans l’autre sens. Il faut être passionné et continuer à faire des films.

Ton film, Le Steak de tante Margaux, réalisé à l’EICAR est très différent…

S.A. : J’avais trop de limites créatives à l’école et je ne pourrais pas dire qu’il me représente. D’abord, il est basé sur une histoire qui n’est pas la mienne. Deuxièmement, j’avais des règles de tournage, des indications spécifiques de temps. Je ne pouvais pas filmer un adolescent, et c’était mon obsession à ce moment-là. Je ne pouvais pas non plus filmer la nuit. Il y avait beaucoup de règles.

Tout de même, j’avais envie de faire ce que j’avais imaginé, alors je considérais ce film comme un exercice. Comment filmer, comment diriger les acteurs ? L’école nous répétait aussi tout le temps que c’était un exercice et qu’on apprenait quelque chose de nouveau. C’est ma réalisation et beaucoup de choix m’appartiennent mais le film ne me représente pas.

Pourquoi est-ce important de raconter de vraies histoires ? Le cinéma peut nous permettre d’inventer ce qu’on veut mais ton travail est direct, honnête, simple.

S.A. : Je me souviens que pour Fifteen, mon film précédent, il y avait beaucoup de choses qui m’affectaient et je voulais refléter ces émotions, les partager. J’aime beaucoup partager. Sans cette notion, le film serait ennuyant. Parfois, un cinéaste parle à tes émotions et tu te sens moins seul. Je trouve ça beau. C’est ce qu’apportent les grands films. Quand j’ai vu Bleu de Kieślowski, je me suis senti énormément concerné, même si le film se passe en France. J’aime cette impression. Fifteen se concentre beaucoup sur les émotions, les histoires des personnages. J’ai discuté avec de nombreuses personnes du sujet comme si nous nous connaissions. Les frontières étaient abolies…

Le cinéma a un pouvoir. On discute tout le temps mais on ne parle pas vraiment, on ne dit pas ce qu’on ressent à l’intérieur. La beauté du cinéma, c’est le fait de faire la lumière sur des coins sombres et d’exprimer ce qu’il y a l’intérieur. C’est comme un rêve : tu te réveilles et tu trouves quelque chose à l’intérieur de toi.

Comment écris-tu tes films ? À quoi ressemble cette étape ?

S.A. : C’est un procédé très long. Je ne suis pas ce genre d’auteur qui dit : « Je me lève à 8h du matin et j’écris jusqu’à 17 heures, et je le ferai jusqu’à mes 70 ans ». Je ne sais pas faire ça. Je crois que j’écris plus visuellement, comme on fait des bandes-dessinées. J’ai un fil conducteur dans la tête qui est souvent assez simple. Et puis, petit à petit, je commence à réunir des scènes. Des moments qui me viennent quand j’écris et plus souvent quand je n’écris pas (rires) ! La plupart du temps, c’est quand je fais quelque chose d’autre, comme cuisiner.

J’allais dire « cuisiner »… La nourriture, c’est important ?

S.A. : Oui, je peux plus parler de cuisine que de cinéma ! Je crois que le fait de cuisiner ressemble beaucoup à la façon de faire des films. Tu manges quelque chose qui est un mélange de beaucoup de choses, comme par magie. Tu ne peux pas connaître exactement le goût de ceci ou de cela mais tu peux connaitre le goût de l’ensemble.

La question de l’auto-production m’intéresse beaucoup. Tes films ont été faits sans beaucoup d’argent…

S.A. : Je crois sincèrement qu’il n’y a pas de recettes. Il faut utiliser sa propre recette. N’écoute jamais quelqu’un qui te dirait en tant que cinéaste : « Ca, c’est la façon de faire ». Il n’y a pas de façon de faire. Il faut choisir la sienne.

L’auto-production, ça veut dire, concrètement, que l’équipe ne sera pas vraiment payée le temps du tournage.  Les gens ont d’habitude de travailler puis d’être payés. Je le comprends, c’est important. Je dis à mon équipe : « Faire ce court-métrage, c’est comme partir en voyage. Quand il rapportera de l’argent, je le partagerai avec vous ». La personne qui te rejoint  travaille surtout parce qu’elle croit au projet. C’est important d’avoir avec soi ce genre de personnes. Les plus créatifs ont travaillé avec moi sur mes précédents films. Nous n’avions pas d’expériences incroyables mais nous avons appris ensemble. La seule chose qui compte, c’est d’y croire. Nous aimons tous le cinéma.

Tu as été admis à la Résidence de la Cinéfondation pour préparer ton premier long. Sur quoi travailles-tu ?

S.A. : Je travaille sur deux ou trois choses à la fois, des courts et des longs. J’aime bien essayer de nouveaux formats, trouver des nouveaux défis. Et j’aimerais commencer à travailler sur les histoires que j’écris depuis longtemps. J’ai beaucoup d’histoires à raconter qui sont sur mes étagères…

Vas-tu tourner encore là où tu as grandi, en Égypte ? Ou serais-tu intéressé à l’idée de tourner ici, à Bruxelles ou à Paris ?

S.A. : Oui, bien sûr mais une fois que j’aurai une vue complète sur ces villes. Je suis en Europe depuis huit ou neuf ans et je suis toujours en train de découvrir des choses. Peut-être, dans le futur, je ferai quelque chose en Belgique ou en France, ou sur un continent complètement différent ! J’aimerais beaucoup ça. J’ai l’impression que nous partageons tous le même langage d’une certaine façon. Les gens peuvent regarder ton film, ne pas comprendre les dialogues mais tout de même l’apprécier. Je veux vraiment faire des films de cette manière, avec des émotions visuelles.

Que penses-tu d’Internet ? Tu as décidé par exemple de mettre Fifteen en ligne il y a quelques temps et tu l’as retiré momentanément, le temps que le temps soit diffusé en salle en Egypte.

S.A. : Je dois beaucoup à Internet, parce que j’y ai vu beaucoup de films. La plupart des mes connaissances, je les dois au net. Il ouvre sur le monde. En Égypte, nous avions des cinémas, des festivals, mais tu peux imaginer qu’en 2005 ou 2006, il n’y en avait pas beaucoup. Alors tu cherches, tu lis et tu prends le temps pour cela. J’ai décidé de partager Fifteen pour que les jeunes puissent le voir. Je ne veux pas qu’ils soient comme moi, à regarder une bande-annonce pendant six ou sept ans et à rêver à ce qu’il y a dans le film.

Comment s’est passée cette année, après le prix à Cannes ? As-tu pu assister à d’autres festivals ?

S.A. : J’ai réussi à aller à San Sébastián, à Cannes et au Caire. J’étais très heureux de ces trois endroits, je n’y étais jamais allé. Je suis allé au Caire juste comme spectateur, sans le film. Ces trois ou quatre mois ont été importants pour moi.

Parlons de Giorgos Valsamis, le directeur de la photographie de I am afraid to forget your face mais aussi de The Distance between us and the sky de Vasilis Kekatos (Palme d’or du court 2019). Quelle est ta connexion avec Vasilis ? Comment vous êtes-vous retrouvés à travailler avec le même chef op ?

S.A. : Dans l’histoire du cinéma, on trouve beaucoup d’amitiés, comme Jarmush et Kaurismäki, des amitiés que j’adore observer. Il y a quatre ans, j’ai rencontré Vasilis à un atelier, à Malte je crois. Directement, nous avons accroché sur les projets de chacun. J’ai beaucoup entendu parler de Giorgos par Vasilis. J’étais impressionné : c’est un intellectuel très calme, qui connait très bien le cinéma. J’ai rencontré beaucoup de directeurs de la photographie mais je n’en ai jamais rencontré qui regardaient vraiment des films, qui étaient amoureux du cinéma. Giorgos, quand il finit un court-métrage, il est calme. Quand il finit un long-métrage, il est calme. C’est un homme passionné et j’adore les gens passionnés ! Quand nous sommes ensemble tous les trois avec Vasilis, je peux avoir envie de faire un film grâce à l’énergie que nous avons !

Et faire un film ensemble, Vasilis et toi ?

S.A. : Comment, en co-réalisant ? Je ne sais pas. Je crois que ce serait problématique. Il bouge beaucoup la caméra, je ne la bouge pas autant.

C’est difficile de travailler sur un projet après une exposition comme celle de Cannes. J’ai vu que tu étais le premier réalisateur égyptien à avoir remporté la Palme. Comment tu as vécu tout ça ?

S.A. : C’est un prix spécial. Etre à un festival c’est bien mais ce n’est pas comme la première fois. Le premier festival où je suis allé, je sautais dans tous les sens. J’étais très content à Cannes mais c’était une étape. J’ai encore beaucoup d’histoires à raconter. Avoir de la reconnaissance, c’est important. Ça peut m’aider à raconter une autre histoire.

Pour être honnête, même si je ne gagne pas de prix, je continuerai. Rien ne m’arrêtera. Le cinéma ne me fait pas gagner de l’argent, à l’inverse d’un autre boulot. Le cinéma est un loisir et il le restera. Je crois que si on veut être riche ou célèbre, le cinéma n’est pas le meilleur endroit. Il y a beaucoup d’autres endroits où on peut atteindre ces buts, et bien plus simplement. Mais le cinéma est un monde magnifique et je veux juste continuer à faire des films.

Propos recueillis par Katia Bayer

Traduction et retranscription : Agathe Arnaud

Article associé : la critique du film

Dialogues #1. Projection-rencontre : Sameh Alaa et Vasilis Kekatos

Format Court a le plaisir de vous inviter à son nouveau rendez-vous digital : « Dialogues ». Pour inaugurer ce cycle, nous avons le plaisir d’organiser une rencontre sur Beem, une nouvelle plateforme digitale alliant projections et échanges, autour des deux derniers lauréats de la Palme d’or du court-métrage : Sameh Alaa, primé à Cannes en 2020, et Vasilis Kekatos, gagnant en 2019.

Cet événement inédit aura lieu le jeudi 4 mars 2021 à 19h et sera animé – en anglais – par Katia Bayer et Yohan Lévy (Format Court). Pour des questions de droits, la projection sera limitée à la France.

À l’occasion de ce rendez-vous inédit, les courts-métrages I am afraid to forget your face et The Distance between us and the sky, tous deux primés à Cannes, seront diffusés sur Beem.

La projection des films sera précédée d’un bref échange avec Zoé Klein, membre du comité de sélection du Festival de Cannes, et sera suivie d’un entretien avec les deux cinéastes, Sameh Alaa et Vasilis Kekatos, accompagnés de leur chef opérateur commun, Giorgos Valsamis.

Pour assister à cette projection-rencontre, il vous suffit de créer votre compte et de réserver votre place (tarif unique 3 €) !

Event Facebook : ici !

A propos des intervenants

Vasilis Kekatos, né en 1991, est un auteur grec, réalisateur et boursier de l’Institut de Sundance. En 2018, son court-métrage « The Silence of the Dying Fish » est sélectionné et récompensé dans de grands festivals, Locarno, Sundance, Palm-Springs et Tallinn Black Nights. Il gagne avec son dernier film « La Distance entre le ciel et nous » la Palme d’Or du court-métrage, ainsi que la Palme Queer au 72ème Festival de Cannes. Pendant le confinement de 2020, à la demande de la Fondation Onassis, Vasilis crée « As you Sleep the World Empties », un court-métrage qui connaît un grand succès en ligne et qui est plus tard distribué dans des salles de cinéma. Vasilis Kekatos n’est pas seulement un réalisateur, il évolue aussi dans l’art de la photographie et a été récemment commissionné par Vogue Greece et Gucci. Il travaille actuellement sur son premier long-métrage.

Voir aussi : notre critique du film et notre entretien avec Vasilis Kekatos

Né au Caire, en Égypte, Sameh Alaa a étudié la littérature allemande at l’Université du Caire. Avant de s’installer en Europe, il a travaillé comme assistant-réalisateur dans des films commerciaux et sur des longs-métrages. En 2016, il obtient son diplôme de cinéaste à l’école de cinéma EICAR de Paris. La première de son premier film, Fifteen, se déroule au Festival de Toronto en 2017, le film obtient plusieurs prix dans le monde. Son dernier film « I am afraid to forget your face » est le premier film égyptien à gagner la Palme d’or du court-métrage du festival de Cannes 2020. Sameh travaille actuellement sur son premier long-métrage.

Voir aussi : notre critique du film et notre entretien avec Sameh Alaa

Né à Kelafonia, en Grèce, en 1991, Giorgos Valsamis a étudié la finance et la comptabilité à l’Université d’Athènes et le cinéma à Hellenic Cinema and Television School Stavrakos. Ses créations incluent des longs-métrages, des courts-métrages, des documentaires et des clips musicaux. Ses courts-métrages ont été diffusés et ont gagné des prix dans différents festivals de cinéma autour du monde, parmi eux le Festival de Cannes, le festival de Locarno, Tirana, Zinebi, Sarajevo, Palm Springs, Sundance et Villeurbanne. En 2019, il travaille en tant que chef opérateur avec Vasilis Kekatos pour « La Distance entre le ciel et nous ». En 2020, il travaille aussi avec Sameh Alaa sur « I am afraid to forget your face ». Il a collaboré avec Linhan Zhang sur le film « The Last Ferry From Grass Island » (Cinéfondation 2020). Il vit et travaille à Athènes.

Après un bac L, Zoé Alice Klein poursuit des études de Cinéma à l’université Paris VIII au cours desquelles elle multiplie les stages au Festival de Cannes, chez Memento Films ou encore en tant que critique cinématographique et assistante d’agents artistiques. Une fois sa licence obtenue, elle se voit titularisée au département films du Festival de Cannes en tant qu’assistante de programmation. Elle gère, entre autres, la compétition courts métrages depuis six ans et en a intégré le comité de sélection en 2017. Quand elle ne prépare pas le festival, elle fait de la post-production et traduit des scénarios de l’anglais au français. Elle est également lectrice en courts métrages pour le CNC.

Vas-y voir de Dinah Ekchajzer et Souvenir souvenir de Bastien Dubois

« C’était comment avant ? » demandent les enfants à leurs grands-parents. La question reste parfois sans réponse. Alors, à l’âge adulte, ils partent à la recherche de ces histoires que les grands-parents n’ont pas racontées. Cette quête, c’est celle de Dinah Ekchajzer dans son film Vas-y voir. Pour ce court-métrage de fin d’études de la Fémis qui vient de remporter le prix Égalité de Diversité au festival de Clermont-Ferrand, la jeune réalisatrice a composé selon une contrainte, celle d’utiliser des images d’archives. Facile pour Dinah Ekchajzer dont la grand-mère était férue de cinéma. Facile, vraiment ? Le grenier est rempli de cassettes audio, de films, de photographies et surtout de mystères. Madeleine quitte la France sur un coup de tête avec sa fille, Félicie. Toutes deux parcourent l’Afrique de la Coopération. Elles sont accompagnées d’Abdou, domestique de la famille originaire d’un petit village du Niger. C’est l’histoire de la grand-mère de Dinah Ekchajzer, c’est aussi l’histoire de l’après-colonisation, de la coopération, de l’indépendance des pays africains.

Le film est fait d’assemblages d’images et de sons récoltés durant ces années de voyages. La petite-fille réalisatrice utilise ces archives abondantes pour créer un film de traces : vestiges des souvenirs familiaux, stigmates de la colonisation. Dinah Ekchajzer cherche un visage parmi les photographies, les sensations d’un lieu, d’un moment. Elle veut aussi comprendre ce qu’est la coopération et ce que cette relation diplomatique entre pays d’Afrique et pays d’Europe pouvait engager comme complexités entre blancs et noirs, entre français et nigériens. Mais au lieu de fournir des explications, les archives familiales révèlent un nouveau mystère, celui de la relation entre le « boy » noir, Abdou, et la patronne blanche, Madeleine.

Le film d’animation Souvenir souvenir de Bastien Dubois, un autre court-métrage récompensé à Clermont-Ferrand (prix du meilleur film d’animation francophone), raconte une histoire familiale liée à la colonisation française. Mais à la différence de Dinah Ekchajzer qui profite d’une abondance d’archives, le réalisateur fait face au silence de son grand-père. Ancien combattant français, celui-ci refuse de lui raconter la guerre d’Algérie. Alors tout est possible et imaginable, même les pires horreurs. Ce vide devient une terrible obsession pour le petit-fils également cinéaste qui comble avec d’autres images, fictionnelles mais inspirées de faits réels. Ces images fantasmées des violences de la guerre tentent de remplir le manque mais ne peuvent remplacer le témoignage du grand-père. Les représentations des soldats français qui évoquent les dessins animés d’adultswimm contrastent avec la douceur des images à travers lesquelles le réalisateur se met en scène avec sa famille.

Les deux réalisateurs, Dinah Ekchajzer et Bastien Dubois, ont ceci de commun qu’ils enquêtent sur les mystères de leur famille respective. Pourtant, leurs films sont tout à fait opposés. Souvenir souvenir est une investigation sans preuves, sans victimes, sans témoignages. Vas-y voir, une fouille archéologique dans une multitude d’images et de récits. Pourtant, les deux films voyagent côte à côte. La logorrhée visuelle de l’un est aussi opaque que le mutisme de l’autre. Absence et foisonnement sont tous deux des barrières à l’enquête. Il faut alors composer avec : les cinéastes inventent des stratagèmes pour chercher du sens. Ils construisent les images, soit par le collage de différentes photographies, soit par l’invention. L’enquête devient vaine : sa seule résolution possible est l’inachevé. Chacun à sa manière, Dinah Ekchajzer et Bastien Dubois, accepte que les mystères ne puissent être dévoilés. Les secrets de famille restent secrets car les morts partent avec leur histoire. Mais lorsque les failles de la mémoire sont acceptées, le silence du passé n’est plus tragique mais apaisé.

Agathe Arnaud

Oscars 2021, les courts shortlistés

Hier, les nominations des César mais aussi les présélections des Oscars ont été annoncées par les Académies respectives. La cérémonie américaine, la 93ème déjà, reportée au 25 avril pour cause de pandémie a dévoilé sur son site internet les shortlists de 9 catégories dont celles traitant du court. 30 films sont concernés en fiction, documentaire et animation. Bonne info : Genius Loci de Adrien Merigeau, Prix Format Court à notre dernier festival, fait partie des courts retenus.

Fiction

Bittu de Karishma Dev Dube (Inde, USA)
Da Yie de Anthony Nti (Belgique, Ghana)
Feeling Through de Doug Roland (USA)
The Human Voice de Pedro Almodóvar (Espagne, USA)
The Kicksled Choir de Torfinn Iversen (Norvège)
The Letter Room de Elvira Lind (USA)
The Present de Farah Nabulsi (Palestine)
Two Distant Strangers de Travon Free (USA)
The Van de Erenik Beqiri (France, Albanie)
White Eye de Tomer Shushan (Israël)

Documentaire

Abortion Helpline, This Is Lisa de Janet Goldwater, Mike Attie, Barbara Attie (USA)
Call Center Blues de Geeta Gandbhir (USA, Mexique)
Colette de Anthony Giacchino (France, Allemagne, USA)
A Concerto Is a Conversation de Ben Proudfoot & Kris Bowers (USA)
Do Not Split de Anders Sømme Hammer (USA)
Hunger Ward de Skye Fitzgerald (USA)
Hysterical Girl de Kate Novack (USA)
A Love Song for Latasha de Sophia Nahli Allison (USA)
The Speed Cubers de Sue Kim (USA)
What Would Sophia Loren Do? De Ross Kauffman (USA)

Animation

Burrow de Madeline Sharafian (USA)
Genius Loci de Adrien Merigeau (France)
If Anything Happens I Love You de Michael Govier et Will McCormack (USA)
Kapaemahu de Hinaleimoana Wong-Kalu, Dean Hamer et Joe Wilson (USA)
Opera de Erick Oh (Corée du Sud, USA)
Out de Steven Hunter (USA)
The Snail and the Whale de Max Lang et Daniel Snaddon (Royaume-Uni)
To Gerard de Taylor Meacham (USA)
Traces de Tavert Macian et Hugo Frassetto (France, Belgique)
Yes-People de Gísli Darri Halldórsson (Islande)

César 2021, les 9 courts finalistes

Voici donc les 9 titres courts retenus au premier tour de vote par les membres de l’Académie, dévoilés ce mercredi 10 février sur le site internet des César. Les lauréats seront connus le 12 mars prochain. Pour info, le second tour de vote se déroulera du 15 février au 12 mars à 16h, quelques heures avant le début de la 46e Cérémonie des César. Ce vote se déroulera exclusivement en ligne.

Deuxième bonne info : pas moins de 7 équipes sur les 9 retenues ont participé à notre After Short spécial César organisé jeudi passé en collaboration avec l’ESRA sur Zoom ! Cette soirée passionnante, s’étant déroulé pendant plus de 3h en présence de plus de 40 professionnels, sera bientôt mise en ligne 🙂

Côté fiction, 5 films sur 24 ont été retenus pour le César du Meilleur Court-Métrage :

L’aventure atomique réalisé par Loïc Barché, produit par Lucas Tothe et Sylvain Lagrillère (Punchline Cinema)

Baltringue réalisé par Josza Anjembe, produit par Nelson Ghrénassia (Yukunkun Productions)

Je serai parmi les amandiers réalisé par Marie Le Floc’h, produit par Lionel Massol et Pauline Seigland (Films Grand Huit)

Qu’importent si les bêtes meurent réalisé par Sofia Alaoui, produit par Margaux Lorier et Frédéric Dubreuil (Wrong Films)

Un adieu réalisé par Mathilde Profit, produit par Jeanne Evzan et Larthe Lamy (Apaches Films)

En animation, 4 films sur 10, sont en lice pour le César du Meilleur Court-Métrage d’Animation :

Bach-Hông réalisé par Elsa Duhamel, produit par Sophie Fallot (Fargo)

L’Heure de l’ours, réalisé par Agnès Patron, produit par Ron Dyens (Sacrebleu Productions)

L’Odyssée de choum réalisé par Julien Bisaro, produit par Claire Paoletti (Picolo Pictures)

La tête dans les orties réalisé par Paul Cabon, produit par Jean-François le Corre et Mathieu Courtois (Vivement Lundi !)

Films de frontières aux César 2021

En attendant l’annonce des nominations, certains courts-métrages présélectionnés aux César 2021 ont retenu notre attention. Ainsi, certains s’amusent de la frontière entre le documentaire et la fiction. Certaines fictions sont de vrais reportages anthropologiques et politiques sur le terrain tandis que certains documentaires nous racontent des histoires…

Pour commencer cette sélection, parlons d’un vrai film de frontière, Bab Sebta de Randa Maroufi. A la frontière entre l’Espagne et le Maroc, la porte de Ceuta vit de la contrebande, un trafic estimé à 1500 millions d’euros par an. Tous les jours, des milliers de personnes s’organisent dans ce petit lieu, entièrement reconstitué dans le film. Dans de longues séquences en panoramique ou en traveling, policiers, trafiquants et voyageurs s’affairent. Files d’attente, postes de gardes, contrôles des papiers et des biens transportés : voilà les quelques scènes de la porte de Ceuta que le film reconstruit. Pour ce faire, la réalisatrice choisit un grand plateau comme décor. Cette mise en scène très sobre prend des airs à la façon de Dogville. Mais au lieu des tristes chiffons du film de Lars von Trier, Bab Sebta est fait des couleurs vives des paquets, des casquettes et des tenues marocaines ; au lieu d’une sombre dystopie, Randa Maroufi fait le tableau d’un lieu vivant et agité.

Ainsi, le film fait de la porte de Ceuta le lieu de mise en scène du contrat de fiction entre l’auteur et le spectateur, contrat selon lequel le spectateur doit tout admettre pour vrai. En effet, par ce procédé de mise en scène, le film demande un effort du spectateur pour croire en la réalité du lieu malgré l’absence d’arrière-plan. Si le film dévoile ses coulisses, il n’en est pas moins didactique. Différentes voix-off accompagnent le spectateur. L’une, presque pédagogique nous informe du lieu et ses particularités ; d’autres sont des témoignages qui donnent au film une nouvelle épaisseur. Ces déclarations intimes complètent en creux la reconstitution plus ou moins artificielle du lieu.

Vous savez ce que c’est une Crystal Shower ? Eux, ils savent et ils en abusent avec plaisir en boîte de nuit. Eux, ce sont les jeunes très privilégiés que Virgil Vernier nous montre dans Sapphire Crystal. Le réalisateur, déjà connu pour ses longs-métrages Mercuriales (2014) et Sophia Antipolis (2018) n’est pas à son premier film sur le sujet : en 2010 il tourne Pandore, un film documentaire sur les rapports de forces sociaux qui s’exercent à l’entrée d’une boite de nuit. Cette fois, le cinéaste raconte comment la jeunesse dorée de Genève fait la fête : drague, jeux d’alcool et confidences salées mais aussi champagne, coke et prostituée. Non pas comme une comédie bollywoodienne où la richesse est un décor merveilleux pour le spectateur, ici l’étalage de richesses sert un triste propos d’analyse sociale. Le film prend alors des airs de documentaire : Virgil Vernier a demandé à des acteurs non-professionnels de jouer leur propre rôle. Tournées avec un IPhone, les images ressemblent à des stories sur Instagram. C’est avec une ambition presque anthropologique que le film dessine le portrait de cette jeunesse. Au travers des scènes, on découvre l’obsession de la réussite, l’entre-soi et surtout le show-off. Tout semble exister pour et par la frime. Genève est à l’image de leur arrogance. Les enseignes Rolex brillent dans la nuit et la fontaine, immense symbole phallique, n’est qu’une représentation démesurée des douches de champagne que ces jeunes pratiquent pour s’amuser.

Dans un monde lointain, on remplace les femmes par du silicone. Non, ce n’est pas de la fiction mais bel et bien le documentaire Tsuna Musume Haha, d’Alain Della Negra et Kaori Kinoshita. Le film documente cette pratique étrange qu’est celle de la sex doll, une poupée à taille humaine plus vraie que nature. Mal nommée « jouet sexuel », elle n’interagit jamais avec l’homme qui s’amuse plus à la manier, à l’habiller, à l’éduquer qu’à la pénétrer. La caméra nous montre davantage de mises en scène de la vie domestique, voire conjugale, que de mise en scène sexuelle. Le trou vaginal fondateur impose à la femme-objet le rôle d’esclave sexuel, mais pas seulement… La poupée est aussi compagne, amie, mère. Il est troublant de voir des hommes rapprocher ces différentes attributions à une femme en plastique. Ici, ce qui remplace la femme est un objet de totale soumission à qui même la mort est interdite. Obligée à subir une lente dégradation, la poupée n’est plus utile quand le trou est trop dilaté (l’aisselle aussi, nous confie un homme, se déchire vite). Malgré le malaise sous-jacent, le film ne se fait pas une critique acerbe de la société japonaise mais un tableau déconcertant et joyeux.

En effet, le film jette un regard plein de sympathie, jamais moqueur ou ironique, sur ces hommes qui aiment très sincèrement leurs sex dolls. Il semble chercher un indice de vie dans ces poupées, peut-être dans un regard, lors de la création à l’usine, ou encore même, à leur enterrement au temple ? Dans ce drôle de monde sans femmes, les poupées vivent et les hommes s’occupent d’elles avec bienveillance. Si tout semble inventé de toute pièce, c’est que le film est en fait construit des petites fictions que ces hommes s’inventent pour eux-mêmes, pour mieux vivre leur solitude. Un jour même peut-être pourront-ils avoir des enfants avec elles…

Il serait préférable de penser que ce film n’est pas un documentaire mais bel et bien une œuvre de science-fiction tant il raconte en sous-texte l’horreur des rapports entre hommes et femmes au Japon.

Alors que Bojina Panayotova fait des repérages pour un film en Bulgarie, elle rencontre Ivan dans un immeuble délabré. C’est l’immeuble dont il s’est fait expulser, avec tous les habitants. Seuls les chats et les chiens continuent d’y vivre et Ivan vient les nourrir tous les jours. Mais ce jour-là, ses deux chiens ont disparu. Caméra à la main, Bojina Panayotova suit ce personnage touchant dans sa recherche.

Sous couvert d’une enquête, L’Immeubles des braves, avec sa caméra embarquée et ses courses-poursuites, nous raconte l’inquiétude et le sentiment d’oppression de citoyens. Le film relève au travers de ce périple les tensions de la société bulgare en 2014 et les répercussions d’une crise politique. Il règne dans le film un climat lourd d’inquiétudes (la caméra n’est d’ailleurs jamais bienvenue). Sans le dire, Ivan est en colère contre les politiques de la ville. Mais l’homme est surtout épuisé par son éviction et paranoïaque face aux menaces qu’on lui adresse.

Avec ses airs de film d’action, le documentaire nous tient en haleine jusqu’à la fin où il nous est malheureusement rappelé qu’il n’y a pas de dénouement, heureux ou tragique, dans la vraie vie mais seulement du silence, de l’attente et peut-être un peu d’espoir.

Pour finir cette sélection dans la joie, parlons du film de Marie Losier, Felix in Wonderland. Ce documentaire musical, bourré d’énergie et d’humour, est une invitation à voyager dans le monde déjanté de l’artiste musicien Felix Kubin. L’allemand haut en couleur dissèque l’étrangeté de l’homme dans ses compositions et ses créations audiovisuelles. Accompagné de divers outils, le mythique synthétiseur KORG MS20 ou de nombreux microphones, il expérimente toutes sortes de sons et trouve la musicalité partout où il va. À l’image de son monde bariolé, le film se fait succession de différentes scènes, entre expériences, créations, études. De la même manière que Felix Kubin utilise tous les objets imaginables pour faire de la musique, Marie Losier monte différents matériaux pour confectionner son film : clips, archives, reportage… Aussi effréné qu’un bon solo de synthé, le montage nous balade dans le monde fantastique de Felix Kubin.

Agathe Arnaud

Sébastien Betbeder : « Le court, une bouée d’air pour tenter des choses »

Après avoir été sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand 2020, Jusqu’à l’os fait partie des films présélectionnés aux César 2021. Le court-métrage de Sébastien Betbeder est inspiré de l’histoire vraie de Nicolas Belvalette aka Usé, musicien amiennais devenu candidat du Parti sans cible pour dénoncer la fermeture de son local.

Format Court : On sent beaucoup de spontanéité dans le film. Est-il le fruit d’une longue réflexion ou d’une envie elle aussi spontanée ?

Sébastien Betbeder : Le film s’est fait dans une urgence, une rapidité, comme pour Inupiluk où, sur une proposition de Frédéric Dubreuil (producteur, Envie de tempête Productions), j’ai profité de la venue de deux Inuits en France pour faire un film. De la même façon, la musique de Usé me touche énormément depuis son premier album sorti en 2016 mais je n’avais jamais eu la chance de le voir sur scène alors qu’on m’avait parlé de prestations scéniques exceptionnelles. Lorsque je vais finalement voir son concert, je suis sous le charme de sa performance, de la puissance indemne de ses morceaux sur scène, et je me rends compte qu’il est un personnage de fiction à lui tout seul. Je connaissais son parcours, que je trouvais aussi très cinématographique. Je savais qu’il avait créé en 2014 à Amiens l’Accueil Froid, à la fois salle de concert, bar, lieu de résidence artistique et studio qui accueillait beaucoup de musiciens de la scène underground d’Amiens jusqu’à ce que la Mairie décide de fermer le lieu pour raisons administratives. Je savais aussi qu’il avait alors décidé de se porter candidat à l’élection municipale en créant le Parti sans cible dont le programme, utopique, fantasque, burlesque et poétique, est de l’ordre de la performance artistique.

Cela fait pas mal de tes films où l’on retrouve Thomas Scimeca au casting. Etes-vous devenus inséparables ?

S.B. : On se retrouve avec Thomas sur un registre de l’humour assez singulier et sur notre envie de faire évoluer son personnage de film en film, de le faire grandir. Mes personnages ne sont pas fermés et Thomas a ce truc adolescent qui lui permet d’aller loin, d’emmener son personnage dans plusieurs directions. Au concert d’Usé, je me rends compte non seulement que c’est un personnage incroyable à filmer mais aussi de sa ressemblance avec Thomas Scimeca. Je me dis qu’il y a un duo à inventer. Après être allé au bout de son élection avec 2.2% des voix, Usé a été nommé personnalité de l’année par le journal Le Courrier Picard. En rentrant, j’écris donc le projet en faisant de Thomas Scimeca ce journaliste du Courrier Picard qui interviewe Usé quelques années après sa candidature pour savoir ce qu’il est devenu.

Tes films mettent souvent en scène des personnages qui ne se comprennent pas. L’incompréhension, le manque de communication entre les êtres est-il un thème qui t’obsède ?

S.B. : Disons que c’est un procédé de comédie que j’aime beaucoup. Cela me passionne quand des êtres qui ne se connaissent pas vont, le temps d’un film, apprendre à se connaître, à faire un bout de chemin ensemble, à s’appuyer sur l’épaule de l’autre. Les incompréhensions, de l’intention ou du langage, sont des moteurs de comédies qui me parlent et me touchent. L’incommunicabilité ou la difficulté d’échanger sont les sujets de tous mes films. Cela a pas mal à voir avec la réserve et la timidité de mes personnages. Mais pour autant cette incompréhension n’est jamais stérile, elle ouvre sur autre chose. Usé avait besoin de rencontrer Thomas pour grandir, il le sent dès le premier rendez-vous. Il a besoin de lui et s’accroche à lui pour vivre ce parcours d’incompréhension et d’amour. L’incompréhension est la première étape d’une relation.

Jusqu’à l’os a été un retour au court après plusieurs longs-métrages. C’est assez rare comme cheminement.

S.B. : Si je pouvais, j’aimerais faire encore plus de courts, et j’ai du mal à comprendre que ce ne soit pas plus une évidence. Une histoire n’a pas la nécessité d’être dans un format long. J’ai écrit Jusqu’à l’os en quinze jours, dans un mouvement, et ça faisait sens de le tourner vite pour profiter de cette énergie. Je n’aurais pas eu la patience d’attendre le long-métrage, et j’aurais eu du mal à vendre un tel projet en long. Le court est une bouée d’air pour tenter des choses. Je sortais de plusieurs longs-métrages et c’est un combat d’imposer mon cinéma parmi les productions françaises. J’ai besoin parfois de ne pas avoir à discuter sur le casting, l’équipe, l’esthétique du film et le court donne cet espace de totale liberté. Je n’ai jamais considéré le court comme une carte blanche pour arriver au long, c’est un objet qui a sa raison d’être dans ce format-là. Peu de réalisateurs de ma génération n’ont pas à faire de concessions et je n’ai pas l’impression d’en faire quand je fais un court-métrage. Un autre poncif que je déteste c’est quand on parle de « film de la maturité ». Si on disait que mes longs-métrages n’étaient que des premiers films, ça m’irait très bien. Chaque film est une nouvelle aventure, j’essaie de retrouver cette virginité à chaque nouveau projet, en court comme en long.

Propos recueillis par Yohan Levy

Article associé : notre focus sur 4 des courts présélectionnés aux César 2021

Focus sur 4 courts métrages présélectionnés aux César 2021

Cette année, 24 courts-métrages sont présélectionnés aux César 2021 (liste complète ici).
 Ces films seront soumis au premier tour vote des membres de l’Académie ce mercredi 10 février. En attendant l’annonce des nominations, découvrez quelques-uns d’entre eux qui nous ont marqués.

Sororelle, court-métrage d’animation signé Frédéric Even et Louise Mercadier, explore tant bien les relations humaines que le paysage morose qu’il y dépeint.
 Titre emprunté à un mot aujourd’hui, disparu des dictionnaires, “sororelle” définit ce qui est propre aux sœurs. Le ciel est bleu, le vent souffle doucement, les oiseaux gazouillent, tout semble si calme et pourtant, un cataclysme est sur le point d’arriver. Trois sœurs, trois manières différentes de réagir face au danger prééminent.
 La raison de la menace ? Une mer houleuse arrivant de nulle part, venant tout engloutir sur son passage, là où la terre est plate.  À première vue, aucun moyen de survie.

Les personnages de ce film sont faits de résine et de papier froissé ressemblant à de la pierre. Ces matières rigides viennent s’opposer à celles plus douces de la mer composée de coton et de vieux chiffons. Les sœurs articulées ressemblent à des pantins, ici manipulés par les forces de la nature.

L’attente du raz-de-marée se fait longue et la panique prend place, les corps se dégradent avec le sel qui vient les ronger petit à petit. La somatisation de la peur détruit avant même l’arrivée du réel danger.
Le rapport à soi et aux autres se transforme lorsque notre vie est menacée, lorsque la panique prend place.

La mer, symbolique de l’inconscient, vient submerger les pensées des sœurs, les emmenant dans leurs angoisses les plus profondes, les confrontant les unes aux autres. La peur éloigne et fait naître en nous de nouveaux sentiments. C’est d’ailleurs le sujet abordé dans Yandere.

Une Yandere (terme japonais) désigne une personne malade et amoureuse, une personne que l’amour vient à rendre malade voir psychotique.
 Réalisé par William Laboury en 2019, Yandere est un court-métrage de fiction, lunaire et futuriste. Il nous emmène, par sa poésie, dans un univers à mi-chemin entre le technologique et le fantastique.

Mais c’est surtout d’une histoire d’amour dont il est question ici. Maïko, la petite amie holographique de Tommy se sent délaissée lorsque celui-ci rencontre une autre fille, bien réelle. Son cœur se brise, sentiment qu’elle n’avait jamais connu auparavant, ses larmes coulent et parviennent jusqu’à sa bouche. Littéralement, elle goûte aux larmes, et à toute la tristesse qui vient avec, puis comme dans toutes les étapes du deuil, s’ensuit la colère, la rage. C’est l’histoire d’un cœur meurtri qui passe, en un claquement de secondes, de l’amour à la haine.

Couleurs vives et flashy dans un style manga, alternant le rouge et le bleu électrique, le film nous parle d’un monde proche du nôtre, dans lequel l’objet tient une place importante. Au Japon, la croyance selon laquelle les objets possèdent une âme est très répandue, c’est d’ailleurs ce qui questionne le réalisateur, William Laboury. Quelle est donc la frontière entre l’organique et la robotique, voire le non organique de manière plus générale ? Si Maïko, au stade de poupée, est capable d’aimer qu’est-ce qui la différencie de nous ? La colère l’a autorisée à devenir humaine et la souffrance à s’émanciper et à briser ses chaînes. L’objet est capable de ressentir et d’aimer.

Yandere amène pleins de questions sur le monde et nos manières d’aimer dans un monde où l’amour semble être relayé au second plan.
 Malgré cela, il reste important, c’est ce que Shakira, film de 25 minutes, réalisé par l’actrice et réalisatrice Noémie Merlant, défend.

Ce court-métrage nous emmène en banlieue parisienne, proche de la gare du Nord, dans un camp de Roumains, installé sur la voie ferrée. Shakira est une jeune fille de 17 ans, elle cherche à se faire de l’argent pour rembourser les dettes de son grand frère, figure paternelle de la famille.
 Afin d’y parvenir, elle se rapproche d’un groupe de jeunes, le gang aux pinces, pour tenter de sauver ses proches de la rue.
 L’adolescente n’a pas froid aux yeux, d’une beauté charmante et disgracieuse à la fois, elle n’hésite pas à accoster Marius, l’un des membres du gang. Elle force l’admiration, fait preuve de témérité, et n’a pas grand chose à perdre de toute façon.
Noémie Merlant montre, dans son film, la réalité et la précarité des habitacles de ceux qu’on appelle communément les Roms.

Au plus proche du réel, la réalisatrice tient à briser les clichés établis autour de cette communauté pour en dévoiler son quotidien. Un quotidien de courage et de débrouille.
 Elle démontre alors que ces adolescents ne sont que des enfants qui grandissent trop vite, vivant dans la misère, obligés de voler pour, non pas vivre, mais survivre.
 Aucun comédien sur le plateau, seulement des vrais roumains arrivés en France, récemment, mettant en scène leur propre existence.
 La caméra suit Shakira et le gang de très près, déambulant secrètement dans un Paris nocturne aux couleurs rougeâtres.
 Mais dans ce chaos, un amour naissant, symbole d’espoir semble apparaître, pourrait-il sauver Shakira ?
 Cette fiction aux allures de documentaire nous confronte directement à une réalité bien présente et Noémie Merlant nous transmet un message important : comprendre avant de juger.

Joyeusement lugubre, Jusqu’à L’os de Sébastien Betbeder, réalisé en 2019, dresse le portrait d’une figure emblématique d’Amiens, Usé. Musicien et politicien, anciennement candidat aux élections municipales, il se livre à un journaliste, Thomas, fraîchement débarqué dans la ville paisible.

Dès lors, se profile une balade, entremêlant ébriété et religion, musique et politique, sur fond de partage et moments intimes volés à la nuit.
 Cette soirée symbolise la jeunesse, les souvenirs et le temps qui passe.
 La rencontre de ces deux âmes perdues, Usé (Nicolas Belvalette) et Thomas (Thomas Scimeca), se fait pleine d’humour et de poésie. Le parti politique fondé par l’amiénois – le parti Sensible ou Sans Cible – prônait nature et ivresse, tout ce dont ce monde manque et que ce court-métrage nous donne.

Dans le plus grand calme, la mort rôde, et la musique expérimentale, à l’image d’Usé, rythme l’histoire à la manière d’une horloge mal réglée, trop rapide.
 Le film retranscrit nos désillusions par son authenticité, c’est d’ailleurs Nicolas Belvalette, l’interprète d’Usé qui a directement inspiré le réalisateur Sébastien Betbeder. De nombreux éléments sont réels et font de ce court-métrage, un film engagé, défendant nos libertés.
 Le personnage d’Usé dessine, à lui seul, une caricature de la société, une société où l’on ne croit plus en rien, ni en la politique, ni en la religion, et pourtant ce sont elles qui dirigent nos vies. Les deux amis cherchent un sens à tout cela, à rire, à oublier et se souvenir, mais surtout à profiter de la vie entièrement, jusqu’à l’os, avant qu’il ne soit trop tard.

Manon Guillon

Article associé : les choix des courts en lice vus par notre collaborateur, Piotr Czarzasty

Focus sur quelques nommés aux César 2021 du court métrage

Format Court vous propose de donner son sentiment sur 7 des 24 court-métrages sélectionnés pour l’édition 2021 des César. Les notions d’amour et de conviction se révèlent comme les deux principaux fils conducteurs de ces films. Un sentiment puissant d’un côté, une idée solidement ancrée de l’autre – tous deux justifiant les motivations et les actes des personnages.

Un Adieu de Mathilde Profit aborde ce sentiment d’amour sous l’angle de la relation père-fille. Une histoire très touchante d’un père qui doit se résoudre à l’idée de voir sa fille quitter le nid familial pour commencer des études à Paris. Pour repousser l’échéance de cet adieu inévitable, le père accompagne sa fille à Paris en voiture, l’aide à emménager et va jusqu’à dormir sur le plancher dans la minuscule studette de 9m2 de sa fille pour y passer la nuit avant de repartir le lendemain. Durant ces 24 h ensemble, le père et la fille communiquent très peu finalement et le plus souvent sur des sujets terre à terre. En s’attardant sur les timides échanges de regards, les silences et les non-dits, le film nous laisse deviner très vite que leurs liens si étroits à une époque ont fini par se distendre. Les tentatives du père de rattraper le temps perdu se heurtent au triste constat qu’il n’a plus de sujet de conversation avec sa fille qui semble elle aussi ne plus vraiment connaître son père. Tous les deux évoluent désormais dans des mondes différents. La qualité du jeu de ce duo père-fille ne nous laisse cependant aucun doute sur la force du sentiment, toujours présent qui les lie. La réalisatrice Mathilde Profit nous livre ici un récit plein de justesse et de sensibilité.

Reprenant cette thématique d’adieu dans la relation parent-enfant, Homesick, de Koya Kamura nous offre un véritable crève-cœur. Le film nous transporte à Fukushima, deux ans après la catastrophe. Murai, un ancien habitant de la ville, réside dans un campement de fortune à l’extérieur de la zone contaminée. Equipé de sa combinaison anti-radiation, il retourne régulièrement dans la zone pour ramener à d’autres déplacés des objets qui leur appartenaient. Mais il y retourne avant tout pour passer du temps avec l’esprit ou la vision de son fils disparu, apparaissant en chair et en os, toujours vêtu d’un t-shirt de basket sans manches. Une disparition que Murai n’a jamais acceptée. C’est précisément autour de ce déni que se concentre le récit de Homesick, mettant en scène ce père de famille accroché à son passé et incapable de faire le deuil de sa femme et de son enfant. Jouant avec son fils au baseball, parlant de son fils au présent, racontant ses journées à sa femme à travers des messages vocaux, Murai répète le même rituel. Alors qu’au début du film, le spectateur pourrait encore être amené à douter de la mort de la famille de Murai, celle-ci devient évidente avec cet effet de répétition des schémas. Malgré cette évidence, Koya Kamura réalise un coup de maître en parvenant à susciter une émotion très forte dans une scène cathartique où le fils, qui n’est qu’une vision de son père, le délivre de sa souffrance en lui demandant de le laisser enfin partir. Fort de sa narration lente et posée, accompagnée de cadres poétiques, Homesick ne vous laissera pas insensible.

Cet attachement à la famille est un sentiment central dans le film de Marie Le Floc’h. Je serai parmi les amandiers parle de la cellule familiale perçue comme quelque chose de sacré, qu’il faudrait préserver à tout prix. C’est le combat de Maysan, une immigrée syrienne installée en France, dont le monde s’effondre lorsque son mari Iyad décide de divorcer. Le film n’amène pas ce sujet frontalement. Il laisse intelligemment le spectateur observer la distance froide adoptée par Iyad envers Maysan. Une distance à peine voilée lors de la fête d’anniversaire de leur fille Nour où tous les deux ne semblent désormais s’adresser qu’à elle, le père évitant même le regard de la mère. Nour apparaît ainsi très vite comme le seul élément reliant Iyad à Maysan. Mais lorsque la famille obtient le statut de réfugié, sécurisant ainsi sa vie en France, et surtout celle de Nour, Iyad prend cette nouvelle comme une occasion idéale pour enfin quitter Maysan. Un vrai point de départ du film qui voit Maysan désespérément s’accrocher à toute possibilité pour retenir Iyad, allant même jusqu’à envisager le sabotage de la procédure d’attribution du statut – la seule issue qui pourrait repousser l’échéance. Masa Zaher incarne ici Maysan et sa performance porte le film. Elle nous fait véritablement ressentir les émotions qui traversent son personnage entre son amour pour Iyad et Nour, et la souffrance qui en découle. Une performance renforcée par les choix de cadrage qui mettent Maysan au centre de l’attention de la caméra. Le seul reproche que l’on pourrait faire au film est sa durée. Le film se termine en effet là où l’on s’y attend le moins. Alors qu’on était impatient de connaître la suite, le film nous laisse sur notre faim.

D’une certaine manière, Mars Colony évoque aussi une histoire d’amour qui finit mal. Le réalisateur Noël Fuzellier, aborde concrètement la question de la détresse provoquée par l’absence d’amour. Dans un futur proche où la colonisation d’autres planètes du système solaire est sérieusement envisagée, Logan, 16 ans, est un adolescent tourmenté. Orphelin de sa mère, battu par son père, il évacue sa frustration par un comportement violent à l’école. Les seules choses qui donnent pour lui un sens à son existence sont la protection de son frère cadet et… l’idée de participer à la colonisation de Mars. Un soir, il reçoit la visite d’un homme de l’âge de son père qui assure venir du futur et être Logan, dans sa version plus âgée. Il confie au jeune Logan une mission qui pourrait changer le destin de l’humanité. Derrière ses apparences d’un film de science-fiction, Mars Colony se concentre sur un thème très universel de la quête de sens chez un adolescent issu d’une famille dysfonctionnelle et monoparentale. La visite d’un Logan de 40 ans de plus ne semble pour Noël Fuzellier qu’un moyen pour démontrer que la définition d’un objectif vertueux et la motivation pour y parvenir finissent par canaliser les émotions et mieux ancrer l’individu dans la société. Ainsi, pour réaliser la mission, Logan devient subitement plus poli et respectueux de ses camarades. Quand cette mission ne se révèle être qu’un piège tendu par des élèves martyrisés jadis par Logan, le film prend le pari audacieux de présenter cette expérience comme salutaire pour le personnage principal alors qu’une issue plus sombre était tout autant envisageable. Assez classique dans sa mise en scène, Mars Colony réussit à travers son écriture et un jeu d’acteurs solide, à embarquer le spectateur dans son récit ménageant avec brio un effet d’ultime surprise.

En continuant dans le registre de l’amour au cinéma, Invisível Herói de Cristèle Alves Meira nous propose une histoire tout à fait originale. Navigant entre fiction et documentaire, le film suit les péripéties de Duarte, un aveugle d’une soixantaine d’années, qui parcourt Lisbonne à la recherche de son ami Leandro pour lui transmettre une chanson qu’il a écrite spécialement pour lui. Sauf que personne ne semble avoir vu ni entendu parler de Leandro. Le film, tel un documentaire d’enquête, relate les rencontres successives de ce personnage inoffensif et attachant qui se mue en journaliste-enquêteur. L’éventuel ressenti de Duarte sur les difficultés de ne pas trouver son ami semble relégué au second plan face aux situations souvent comiques générées souvent par Duarte abordant de parfaits inconnus, que ce soit à la plage, dans la rue ou sur un chantier. Duarte n’a pas l’air très préoccupé non plus par les maigres avancées de sa recherche. Derrière son éternel sourire et sa bonne humeur, on commence à déceler une certaine malice, suggérant que la recherche de Leandro serait peut-être seulement un jeu. Le dénouement de l’histoire, qui confirme cette intuition, laisse perplexe. Leandro se révèle être Luz, l’amoureuse secrète de Duarte, qu’il fréquente régulièrement dans la même boîte de nuit. Malgré un épilogue charmant de ces retrouvailles amoureuses, emprunt d’émotion et de poésie, on arrive difficilement, en tant que spectateur, à saisir la raison d’avoir été si joyeusement mené en bateau dès le début par Duarte.

En sortant du registre de l’amour voué pour quelqu’un, Massacre, de Maïté Sonnet, parle, lui, de l’amour pour un territoire. Deux soeurs adolescentes voient leur vie basculer lorsqu’elles apprennent qu’elles doivent déménager de l’île où elles ont grandi pour s’installer sur le continent. Le coupable de cette situation est tout trouvé. Ce sont les touristes. À cause d’eux, la vie sur l’île est devenue trop chère pour les parents des deux jeunes filles. L’aînée vit cette situation comme un vrai drame et finit par entraîner sa sœur dans un plan maléfique visant les touristes. Le long travelling d’introduction montrant des algues échouées sur la plage et en leur sein, le cadavre d’un oiseau pris au piège, tout cela sur fond d’une musique angoissante, donne immédiatement le ton du film. Comme dans un film moderne d’épouvante, on retrouve au début les fameux plans en vidéo amateur réalisés par des protagonistes joyeux ne se doutant encore absolument pas de la suite morbide des événement. Cette fin sombre, le film la prépare méthodiquement, par touches successives, en opposant d’abord la position sociale précaire de la famille des jeunes filles à celle d’une famille de touristes aisés disposant d’une maison de vacances sur l’île. Leur maison est nettoyée régulièrement par la mère des deux sœurs, qui est femme de ménage. Le constat de cette situation alimente la haine de la sœur aînée. Une haine que l’on ressent monter de manière de plus en plus forte à travers notamment des plans qui s’attardent longuement sur le regard noir de la jeune fille. Une haine qui trouve son exutoire dans des actes de plus en plus radicaux. Dirigée dans un premier temps sur les plantes de la maison des touristes massacrées au jet d’eau ou sur un carreau de vitre brisé de la même manière, la colère de la jeune fille se reporte sur les touristes eux-mêmes, observés avec défiance du regard à leur arrivée en ferry ou profitant de leur maison de vacances. Le motif des algues toxiques, létales pour l’homme et parsemant les plages de l’île revient aussi régulièrement, donnant une indication claire sur ce que l’on devine devenir plus tard l’arme du crime. La réalisatrice Maïté Sonnet construit intelligemment son récit dans lequel tous les éléments sont réunis pour amener ses héroïnes principales à un passage à l’acte qui apparaît irrémédiable pour elles. Seul bémol, la composition de certains cadres renvoie de manière trop évidente à des œuvres de peinture, enlevant ainsi par moments au film son réalisme. Un choix artistique qui permet toutefois une interprétation différente de la fin du film, où ledit « massacre » est mis en scène de manière presque poétique et onirique, comme s’il était issu uniquement de l’imaginaire des jeunes filles.

L’aventure atomique de Loïc Barché semble aussi opérer dans un registre onirique et irréel montrant des soldats en combinaison anti-radiation errant au beau milieu d’un désert à perte de vue, tels des astronautes sur la surface de la lune. L’aventure atomique est l’histoire de sept soldats chargés d’effectuer des prélèvements à la suite d’une explosion nucléaire sur un site d’essais de l’armée française en Algérie. Alors que leur mission se déroule sans encombre, le groupe, isolé dans le désert, loin de son véhicule, est pris au piège par le changement de direction du nuage nucléaire. Loïc Barché fait le choix de reposer le film sur le conflit entre le scientifique du groupe, passionné par l’énergie atomique et son potentiel pour l’avenir de l’humanité, et le capitaine, un militaire expérimenté qui semble de plus en plus en décalage par rapport à ses jeunes soldats parlant de nouvelles technologies mais n’ayant aucun recul sur les dangers potentiels de celles-ci. L’un des atouts du film réside dans le choix du désert comme théâtre de cette opposition entre l’humanité et les dangers inhérents au progrès de la science. Un désert tantôt majestueux par son étendue et l’homogénéité de son paysage, tantôt menaçant à l’égard des personnages qui se retrouvent laissés à sa merci. Ce décor d’une symbolique ambivalente, accompagné d’une musique d’anticipation, transforme ce film en un huit-clos saisissant, laissant monter graduellement un effet de menace conjuguée et impitoyable de la nature et de la bombe, invention mortifère de l’homme. Le récit se trouve malheureusement quelque peu éclipsé par le personnage du scientifique, très caricaturé, qui est prêt à tout pour finir sa mission, même au détriment de la santé et de la vie de ses collègues. Le sacrifice ultime du capitaine interroge également. Alors qu’il fait creuser des fosses pour mettre chaque soldat, et supposément soi-même, à l’abri en se recouvrant de sable, sa décision d’ôter sa combinaison et disparaître dans le nuage radioactif n’apparaît pas justifiée. Enfin, le manque total de réaction des soldats face à la disparition du capitaine, une fois le danger écarté, apparaît étonnant. Cette fin étrange déconcerte et enlève à la qualité globale du film.

Piotr Czarzasty

Article associé : les choix des courts en lice vus par notre collaboratrice, Manon Guillon

#César 2021

Alors que l’édition 2021 des César se profile (la cérémonie a lieu le 12 mars prochain) et que l’annonce des nominations a lieu ce 10 février, Format Court vous propose d’en savoir un peu plus sur certains des 36 films en lice. Ce focus est publié après la tenue de notre nouvel After Short dédié aux César organisé le 4 février dernier, ayant rassemblé 26 équipes et plus de 40 professionnels sur Zoom.

Retrouvez dans ce dossier spécial :

César 2021, les courts primés

L’interview de Agnès Patron, réalisatrice de L’heure de l’ours, César du Meilleur Court-Métrage d’Animation 2021

L’interview de Sofia Alaoui, réalisatrice de Qu’importe si les bêtes meurent, César du Meilleur Court-Métrage 2021

L’interview de Mathilde Profit, réalisatrice de Un adieu

L’interview de Elsa Duhamel, réalisatrice de Bach-Hông

L’interview de Loïc Barché, réalisateur de L’Aventure atomique

L’interview de Julien Bisaro, Claire Paoletti, réalisateur et co-autrice et productrice de L’Odyssée de Choum

L’interview de Marie Le Floc’h et Jalal Altawil, réalisatrice et comédien de Je serai parmi les amandiers

César 2021, les 9 courts finalistes

César et courts 2021, les nommés 

Films de frontière aux César 2021

– Focus sur 4 autres courts métrages sélectionnés aux César 2021

– Focus sur 7 nommés aux César 2021 du court métrage

– La critique de Le Gardien, sa Femme et le Cerf/Sh_t happens de David Stumpf et Michaela Mihalyi

– La critique de Matriochkas, de Bérangère McNeese

– La critique de L’Heure de l’ours, de Agnès Patron

– L’interview de Sébastien Betbeder, réalisateur de Jusqu’à l’os

– L’interview de William Laboury, réalisateur de Yandere

– L’interview d’Ariane Labed, réalisatrice d’Olla

Clermont-Ferrand 2021, le palmarès

Le Festival de Clermont-Ferrand vient de s’achever ce weekend en ligne. Voici le palmarès des 3 sections compétitives. Nous publierons prochainement des papiers liés au festival.

Compétition internationale

Grand prix : Sestre (Soeurs) de Katarina Resek (Slovénie)

Prix spécial du jury : The trees (Les arbres) de Ramzi Bashour (Etats-Unis, Liban)

Prix du public : God’s daughter dances (Shin-mi danse) de Sungbin Byun (Corée du Sud)

Prix du meilleur film d’animation : Affairs of the art (L’art dans le sang) de Joanna Quinn (Royaume-Uni, Canada)

Prix étudiant : Hilum (Remède) de Don Josephus Raphael Eblahan (Philippines)

Prix Canal+/Ciné+ : Al-Sit de Suzannah Mirghani (Soudan, Qatar).

Prix du meilleur film européen : Dalej Jest Dzien (Au-delà est le jour) de Damian Kocur (Pologne).

Prix du rire Fernand-Raynaud : Badaren (Le nageur) de Jonatan Etzler (Suède)

Labo

Grand prix : Gramercy de Jamil McGinnis et Pat Heywood (Etats-Unis)

Prix spécial du jury : Santiago 1973-2019 de Paz Corona (France).

Prix du public et Prix des effets spéciaux par Adobe : Maalbeek d’Ismaël Joffroy Chandoutis (France)

Prix étudiant : Letters from Silivri (Lettres de Silivri) d’Adrian Figueroa (Turquie, Allemagne).

Prix Festivals connexion Auvergne-Rhône-Alpes : Letters from Silivri d’Adrian Figueroa.

National

Grand prix, prix étudiant et prix du meilleur film documentaire : Mat et les Gravitantes de Pauline Penichout

Prix spécial du jury et Prix Adami d’interprétation (meilleur comédienne) : Palma d’Alexe Poukine (France, Belgique)

Prix du public : Confinés dehors de Julien Goudichaud

Prix égalité et diversité : Vas-y voir de Dinah Ekchajzer

Prix Adama d’interprétation (meilleur comédien) : Harrison Mpaya dans Malabar de Maximilian Badier-Rosenthal

Prix de la meilleure musique originale (Sacem) : Enrico Ascoli pour The Nightwalk (Une nuit) d’Adriano Valerio

Prix Canal+. :The nightwalk (Une nuit) d’Adriano Valerio

Prix du meilleur film d’animation francophone (SACD) : Souvenir souvenir de Bastien Dubois

Prix de la meilleure première oeuvre de fiction (SACD) : Nous ne sommes pas encore morts de Joanne Rakotoarisoa

Prix de la presse Télérama : Les mauvais garçons d’Elie Girard

Prix Procirep du producteur de court métrage : Films Grand Huit

Bourse des festivals Auvergne-Rhône-Alpes : Tout rime avec chaos de Baptise Petit-Gats (Yukunkun Prod)

P comme Palma

Fiche technique

Synopsis : Jeanne emmène sa fille en weekend à Majorque, mais se préoccupe surtout de photographier la peluche mascotte de la classe. De plus, des soucis financiers font surface.

Genre : Fiction

Durée : 39′

Pays : France, Belgique

Année : 2020

Réalisation : Alexe Poukine

Scénario : Alexe Poukine

Image : Colin Lévêque

Montage : Agnès Brückert

Son : Ophélie Boully

Interprétation : Alexe Poukine, Lua Michel

Production : Kidam, Wrong Men

Article associé : la critique du film

Palma d’Alexe Poukine

Comment le monde peut-il être aussi dur que doux ? Dans la violence, Alexe Poukine trouve toujours la tendresse. Son film Palma, récompensé ce weekend du Prix Spécial du Jury national et du Prix Adami d’interprétation (meilleur comédienne) pour elle-même, au festival de Clermont-Ferrand, en témoigne…

La réalisatrice belge avait déjà surpris avec son long-métrage Sans frapper qui redéfinissait le témoignage de viol. Diffusé dans différents festivals en 2019 et 2020 dont le FIFF ou Premiers Plans, il étonnait par sa douceur vis-à-vis de la violence des témoignages. Après s’être effacée entièrement derrière la caméra pour recueillir des témoignages, Alexe Poukine dresse dans Palma un portrait d’elle-même. Non pas comme réalisatrice, mais comme mère.

Dans la classe de sa fille, Kiki fait office de mascotte. Tous les weekends, les familles des enfants se partagent la peluche à tour de rôle. A l’occasion, ils prennent une photo qu’ils collent dans un cahier, grand recueil des souvenirs partagés avec les enfants. Mais pour une mère en difficulté financière – c’est le portrait qu’Alexe Poukine fait d’elle-même – le cahier impose une compétition auprès des autres parents. Face au bonheur des autres, la mère doit se serrer la ceinture pour offrir à sa fille et à Kiki un weekend à Majorque. Alors, il faut cacher la pauvreté, cacher les immeubles laids de la ville espagnole. On cherche palmiers et eau bleue pour prendre la meilleure photo à coller sur le cahier. L’obsession tourne au vinaigre et ce n’est qu’en balançant la peluche sous les roues d’une voiture que la fille pourra retrouver sa mère – ultime caprice ou geste rédempteur ? Le talentueux jeu de Lua Michel parvient à contenir autant d’enfantillage que de gravité. Le portrait est réussi et l’actrice de six ans remporte le prix d’interprétation au festival d’Angers.

À l’égal d’héroïnes grecques sorties d’une tragédie, nos deux personnages essuient les revers et bravent fatigues et humiliations. Leurs déchirements, que ce soient caprices d’enfants ou fuites maternelles, sont de cruelles vérités sur la maternité. Mais sous la dureté advient la tendresse. Malgré la rudesse du portrait, le film fait de la relation mère-fille un trésor d’amour. C’est aussi que la réalisatrice réussit le pari de n’extraire d’une situation précaire aucun misérabilisme. Grâce à une réalisation parfaite, la misère n’est pas source de pathétique excessif. Le film saisit des moments de vie comme pris au vol (la scène de déambulation nocturne a d’ailleurs été en partie improvisée, inventée par les quelques gars qui se trouvaient là). Ce mélange de mise en scène et d’improvisation, d’acteurs et de non-professionnels, apporte beaucoup de justesse au film qui ne se soumet pas à de prévisibles schémas narratifs. La photographie, discrète et soignée, donne au film beaucoup de douceur (Colin Lévêque est le directeur de la photographie de Palma mais aussi celui des Particules de Blaise Harrison). En jouant sur du clair-obscur ou en misant sur des couleurs adoucies, les images montrent en transparence de la douceur. Le décor majorquin n’est pas mirobolant. Pourtant immeubles décrépis, plages bondées et terrasses sous filet font de beaux plans. Dans ce qui est laid, Alexe Poukine montre le beau ; et dans ce qui est méchant, l’amour.

Agathe Arnaud

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Déroulé de l’After Short César de ce jeudi 4.2 sur Zoom

Ce jeudi 4.2.2021, ne manquez pas notre premier After Short de l’année consacré aux 36 courts-métrages présélectionnés aux César 2021. Cet événement, organisé en partenariat avec l’ESRA, aura lieu sur Zoom en présence de 26 équipes de films en lice soit 42 professionnels (25 réalisateurs, 16 producteurs, 1 chargée de diffusion).

Pour rappel, il n’y aura pas de diffusion en ligne de films en lice aux César. Nous vous invitons toutefois à consulter notre événement Facebook : les liens des films disponibles sur la Toile y sont publiés jusqu’à l’événement ainsi que les photos et bios de nos invités. Jetez-y un œil pour pouvoir leur poser des questions et glaner des conseils et anecdotes de tournage pendant la soirée.

La soirée débutera à 18h30 avec une brève rencontre avec Margaux Pierrefiche (responsable des courts-métrages au sein de l’Académie des César), Marie-Pauline Mollaret (membre du comité de sélection animation) et Bernard Payen (membre du comité de sélection des courts).

Gabriel Harel, réalisateur de La Nuit des sacs plastiques, César du meilleur court-métrage d’animation 2020, sera présent au début de l’After Short. Nous diffuserons également une petite vidéo envoyée par Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller, réalisateurs de Pile Poil,  César du meilleur court-métrage 2020. Les deux réalisateurs sont actuellement en tournage de leur premier long-métrage, Le Déhanché d’Elvis.

Ensuite, 4 panels seront proposés. Vous pouvez assister à l’événement dans son intégralité ou en fonction des interventions qui vous intéressent.

L’événement est ouvert à tous, tout au long de la soirée. Pour vous inscrire à cet événement (si vous n’êtes pas étudiants à l’ESRA), il vous suffit de vous rendre sur Eventbrite (PAF : 5 €). Un lien Zoom vous sera automatiquement communiqué.

Voici le déroulé de l’After Short. 

18h30 – 18h50 : Introduction

Katia Bayer (Format Court) et David Azoulay (ESRA)
Margaux Pierrefiche (Académie des César)
Bernard Payen + Marie-Pauline Mollaret (membres des comités de sélection)
Gabriel Harel, réalisateur de La Nuit des sacs plastiques, César du meilleur court-métrage d’animation 2020
Bonus : Vidéo de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller, réalisateurs de Pile Poil, César du meilleur court-métrage 2020.

Groupe 1 : 18h50-19h20. Rencontre animée par Katia Bayer et Manon Guillon avec les équipes de films suivants :

Mars Colony (Noël Fuzellier, réalisateur, Les Films Norfolk)
19 (Marina Ziolkowski, réalisatrice)
Massacre (Maïté Sonnet et Ethan Selcer, réalisatrice et producteur, Quartett Production)
L’heure de l’ours (Agnès Patron, réalisatrice, Sacrebleu Productions)
L’immeuble des braves (Bojina Panayotova et Vincent Le Port, réalisatrice et producteur, Stank)
Baltringue (Lea Chesneau, chargée de diffusion, Yukunkun Productions)

Groupe 2 : 19h20 – 20h. Rencontre animée par Yohan Levy et Julia Wahl avec les équipes de films suivants :

Bab Sebta (Randa Maroufi et Sophie Penson, réalisatrice et productrice, Barney Productions)
The loyal Man (Lawrence Valin et Simon Bleuze, réalisateur et producteur, Agat Films & Cie)
Homesick (Koya Kamura et Rafael Andrea Soatto,réalisateur et producteur, Bandini Films) Olla (Ariane Labed, réalisatrice)
Blaké (Vincent Fontano, réalisateur)
Un adieu (Mathilde Profit, Jeanne Evzan et Larthe Lamy, réalisatrice et productrices, Apaches Films)
Shakira (Anaïs Bertrand, productrice, Insolence Productions)

Groupe 3, Spécial Animation : 20h – 20.40. Rencontre animée par Katia Bayer et Manon Guillon avec les équipes de films suivants :

L’odyssé de Choum (Julien Bissaro et Claire Paoletti, réalisateur et co-autrice et productrice, Picolo Pictures)
Mouton, loups et tasse de thé (Marion Lacourt, Edwina Liard et Nidia Santigao, réalisatrice et productrices, Ikki Films)
Sororelle (Frédéric Even et Louise Mercandier, réalisateur et réalisatrice)
Traces (Sophie Tavert Macian, réalisatrice)
Swatted (Ismaël Joffroy Chandoutis, réalisateur)
Le gardien, sa femme et le cerf (Patrick Hernandez, producteur, Bagan Films)
Symbiosis (Nadja Andrasev et Emmanuel-Alain Raynal, réalisatrice et producteur, Miyu Productions)

Groupe 4 : 20h40 – 21h10. Rencontre animée par Grégoire Bouvry et Piotr Czarzasty avec les équipes de films suivants :

Comment faire pour (Jules Follet, Marie Lesay, réalisateur et productrice, Rue de la Sardine)
Qu’importent si les bêtes meurent (Sofia Alaoui et Margaux Lorier réalisatrice et productrice, Wrong Films)
Je serai parmi les amandiers (Marie Le Floc’h, réalisatrice)
Invisível Herói (Cristel Alves Meira et Gaëlle Mareschi, réalisatrice et productrice, Fluxux Films)
L’aventure atomique (Loïc Barché et Lucas Tothe, Punchline Cinema)
Matriochkas (Bérangère MacNeese et Lucas Tothe, Punchline Cinema)

21h10-21h15 : Conclusion

Nouvel After Short César 2021, jeudi 4.2 sur Zoom !

En ce début d’année, le magazine en ligne Format Court vous invite à la reprise de ses After Short, ses soirées de networking réunissant la communauté active et dynamique du court-métrage, le jeudi 4 février 2021 à partir de 18h30 sur Zoom.

Ce nouveau rendez-vous, organisé en partenariat avec l’école l’ESRA, sera consacré aux 36 courts-métrages présélectionnés aux César 2021.

Attention : il n’y aura pas de diffusion en ligne de films prévue à l’occasion de cette soirée ! Nous partagerons par contre les liens des courts présélectionnés qui sont disponibles sur le Net sur l’événement Facebook dédié.

Cette soirée, ouverte à tous et en accès payant (sauf pour les étudiants et les anciens de l’ESRA), se déroulera en présence d’équipes de courts–métrages présélectionnées aux prochains César (soit 42 professionnels confirmés !).

Une rencontre avec Margaux Pierrefiche (responsable des courts-métrages au sein de l’Académie des César), Marie-Pauline Mollaret (membre du comité de sélection animation) et Bernard Payen (membre du comité de sélection des courts) introduira la soirée à partir de 18.30.

Pour participer à cet événement, il vous suffit de vous rendre sur Eventbrite (PAF : 5 €). Un lien vous sera communiqué après règlement afin d’assister à la rencontre qui aura lieu en direct sur Zoom.

N’hésitez pas à consulter l’événement Facebook spécialement créé pour l’occasion. Nous y publierons les bios et photos des intervenants ainsi que les liens des films représentés à l’After Short, qui sont disponibles sur la Toile.

La rencontre débutera à 18h30 précises. 26 équipes ont confirmé leur présence (liste susceptible de modifications) !

En lice pour le César 2021 du meilleur film de court-métrage

– Marina Ziolkowski, réalisatrice de 19 (Many Films)
– Lea Chesneau, chargée de diffusion de Baltringue de Josza Anjembe (Yukunkun Productions)
– Randa Maroufi et Sophie Penson, réalisatrice et productrice de Bab Sebta (Barney Productions)
– Noël Fuzellier, réalisateur de Mars Colony (Les Films Norfolk)
– Lawrence Valin et Simon Bleuze, réalisateur et producteur de The Loyal Man (Agat Films & Cie)
– Maïté Sonnet et Ethan Selcer, réalisatrice et producteur de Massacre (Quartett Production)
– Koya Kamura et Rafael Andrea Soatto, réalisateur et producteur de Homesick (Offshore)
– Bérangère McNeese et Lucas Tothe, réalisatrice et producteur de Matriochkas (Punchline Cinéma)
– Ariane Labed, réalisatrice de Olla (Apsara Films)
– Mathilde Profit, Jeanne Ezvan et Marthe Lamy, réalisatrice et producteurs de Un adieu  (Apaches Films)
– Jules Follet et Marie Lesay, réalisateur et productrice de Comment faire pour (Rue de la Sardine)
– Loïc Barché et Lucas Tothe, réalisateur et producteur de L’aventure atomique (Punchline Cinéma)
– Sofia Alaoui et Margaux Lorier, réalisatrice et productrice de Qu’importe si les bêtes meurent (Envie de Tempête Productions)
– Marie Le floc’h, réalisatrice de Je serai parmi les Amandiers (Film Grand Huit)
– Cristèle Alves Meira et Gaelle Mareschi, réalisatrice et productrice de Invisível Herói (Fluxus Films)
– Vincent Fontano, réalisateur de Blaké (We Film)
– Bojina Panayotova et Vincent Le Port, réalisatrice et producteur de L’immeuble des braves (Stank)
– Anaïs Bertrand, productrice de Shakira de Noémie Merlant (Insolence Productions)

En lice pour le César 2021 du meilleur film d’animation (court métrage)

– Agnès Patron, réalisatrice de L’heure de l’ours (Sacrebleu Productions)
– Nadja Andrasev et Emmanuel-Alain Raynal, réalisatrice et producteur de Symbiosis (Miyu Productions)
– Marion Lacourt, Edwina Liard et Nidia Santiago, réalisatrice et productrices de Moutons, loup et tasse de thé…, (Ikki Films)
– Julien Bisaro et Claire Paoletti, réalisateur et co-autrice et productrice de L’Odyssée de choum (Picolo Pictures)
– Frédéric Even et Louise Mercadier, réalisateurs de Sororelle (Papy3D Productions, JPL Films)
– Sophie Tavert Macian, réalisatrice de Traces (Les Films du Nord)
– Ismaël Joffroy Chandoutis, réalisateur de Swatted (Le Fresnoy)
– Patrick Hernandez, producteur de Le gardien, sa femme et le cerf (Bagan Films)

G comme Le Gardien, sa Femme et le Cerf

Fiche technique

Synopsis : Dans une petite résidence peuplée d’animaux, un cerf en deuil tente de noyer son chagrin dans l’alcool tandis qu’une fête bat son plein au sous-sol. Un couple d’humains est en charge de l’entretien de l’immeuble et des repas. Pas facile de faire régner l’harmonie au sein de cette étrange communauté.

Genre : Animation

Durée : 13′

Pays : Slovaquie, France

Année : 2019

Réalisation : Michaela Mikalyiova, David Stumpf

Scénario : Michaela Mikalyiova, David Stumpf

Musique : Olivier de Palma

Montage : Katarína Pavelková

Production : Bagan Films, BFILM

Article associé : la critique du film

 

Le Gardien, sa Femme et le Cerf / Sh_t happens de David Stumpf et Michaela Mihalyi

À première vue, avec ses traits doux, ses couleurs chatoyantes et ses animaux forestiers anthropomorphiques, on pourrait croire que Le Gardien, sa Femme et le Cerf est une adaptation d’un album pour tout petits. On nous vend même une certaine mièvrerie en nous montrant ce couple de cerfs amoureux courir l’un vers l’autre au ralenti. Et rapidement, on nous fait comprendre qu’il n’en est rien : en un éclair (littéralement), un personnage meurt avec notre innocence, laissant son compagnon esseulé pleurer. Dans cette introduction de trente secondes, l’ambiance est posée : cet univers enfantin sera parasité par un humour absurde et une ambiance parfois carrément crasseuse.

Le film d’animation de David Stumpf et Michaela Mihalyi nous propose de suivre les trois personnages-titres embarqués dans un drame vaudevillesque au cœur d’un immeuble sur un bateau, tous trois ayant la particularité de subir différents démons comme l’alcoolisme, l’aliénation, la frustration sexuelle et surtout la solitude. Le style enfantin accentué par le travail de bruitage permet une irrévérence jouissive : celui de voir ses animaux tout mignons sortis d’un dessin animé sur Debout les Zouzous se mettre des murges, uriner dans le hall de leur immeuble et se rouler de langoureuses galoches. Passé cet humour un brin grossier mais diablement efficace, le film met en exergue la saleté de l’environnement, dans lequel tous ses figurants animaliers semblent se complaire et que nos trois protagonistes subissent bien malgré eux. Ce qui fait qu’il jongle avec virtuosité entre gaudriole vulgos issu d’un imaginaire que l’on pourrait rattacher aux années étudiantes (les réalisateurs, aujourd’hui âgés de trente ans, étaient eux même étudiants en animation à l’école de cinéma de Prague) et une mélancolie assez touchante.

Ce deuxième aspect est accentué par la réalisation d’une grande sobriété durant la majorité du film. Les plans sont souvent fixes, ponctués de temps en temps par de lents travellings et la mise en scène à un côté théâtral : vues de face ou de profil en plan en général larges. Les réalisateurs ne cherchent pas à être excessifs, laissant le rythme comique imprégner le spectateur sans avoir besoin d’être hystérique ni même spécialement rapide. Au contraire, ça nous permet de ressentir une gêne provoquant du cringe humor comme quand les animaux à qui la femme du gardien apporte à manger s’embrassent pendant de longues et embarrassantes secondes (le sound design servant une fois de plus très bien l’instant) ou encore lorsque ladite femme joue avec un concombre enduit de sauce sur fond de musique tout droit sortie d’un film érotique des années 70. Cela donne encore plus d’impact quand, vers la fin, le gardien sort de ses gonds en découvrant « son » fils et que la mise en scène devient soudain brusque et emplie d’effets comme si nous assistions à un bug électronique, le tout accompagné d’une musique électronique étrange et déprimante.

Les deux cinéastes ont le talent de nous faire comprendre les enjeux sans le moindre dialogue parlé. Dès le premier plan de chacune des quatre parties, on comprend immédiatement les tenants et aboutissants des personnages. Méchant sans être cruel, ce court-métrage fut sélectionné à la compétition « Orizzonti » à la Mostra 2019 et est actuellement dans la liste restreinte des nominés au César du meilleur court-métrage d’animation, ce qui laisse présager une carrière intéressante pour l’irrévérencieuse équipe slovaque.

Arthur Castille

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William Laboury : « On ne peut pas prévoir ce qu’on va ressentir devant un personnage qu’on n’a pas filmé, il faut rester ouvert »

Après avoir été sélectionné au TIFF et au dernier Festival de Clermont-Ferrand, Yandere fait partie des courts-métrages présélectionnés aux César 2021. Le court-métrage de William Laboury raconte le parcours de Maïko, la petite amie holographique de Tommy qui va voir ce dernier la quitter pour une fille bien réelle.

Format Court : Tu as une formation de monteur. Avant de tourner tes films, les as-tu déjà montés dans ta tête ?

William Laboury : J’ai l’habitude de prévoir énormément à l’avance le découpage au point de faire des story-boards animés. Ce sont des images fixes avec du fondu pour les mouvements sur lesquelles je monte le son enregistré pendant les répétitions avec les comédiens. Pour Yandere, la chef-déco a fait un sketch-up de la chambre en 3D pour que je puisse balader la caméra dedans à la bonne focale et voir ce qu’on verra à l’écran dans les bonnes proportions. Monter la maquette me permet aussi de voir si le film fait bien la durée que j’estime. Sur Fais le mort, mon deuxième court, Arte voulait que le film fasse moins de 8 minutes, et je me suis rendu compte grâce au story-board animé qu’on était plus autour de 10-11 minutes. Du coup, j’ai réécrit avant de tourner pour ne pas avoir à couper au montage.

Tu n’as donc jamais de surprise au montage ?

W.L. : Il y a toujours des surprises. On ne peut pas prévoir ce qu’on va ressentir devant un personnage qu’on n’a pas filmé, il faut rester ouvert. Au début, pour Yandere, on avait du mal à s’attacher au personnage de Maiko, qui est un hologramme en 3D. Tout le travail du montage, qui a duré quatre mois, a été de lui donner de l’humanité. C’est passé par l’ajout de sa voix-off, de plans montrant ses émotions (comme ceux du cœur en 3D), et par un changement de chronologie. Quand on commençait le film avec Maiko (en 3D) et Tommy humain, on croyait que c’était Tommy le personnage principal. Alors j’ai commencé par la fin, avec elle d’emblée humaine, qui raconte son histoire à un autre hologramme pour qu’on voit l’humain en devenir avant de voir l’hologramme. C’est la première fois que je tordais autant un film au montage pour revenir au scénario. En montage, on dit souvent que le film est là quelque part dans les rushs, plus que dans le scénario. En principe je suis d’accord, mais pas là. Le film qui était dans les rushs n’était pas le mien, je préférais tordre les rushs, pour raconter ce que je voulais raconter.

Le Japon est présent dans ta filmographie d’auteur comme de monteur. Qu’est-ce que tu aimes dans ce pays ?

W.L. : C’est une coïncidence. Je connais très mal le Japon, je n’y ai passé que deux semaines de vacances il y a deux ans. Quand j’ai fait Hotaru, je voulais quelque chose d’exotique, dans une jungle autour d’un centre spatial. J’ai hésité entre la Guyane et le Japon et j’ai choisi le Japon. Mais ce pays n’avait jamais le même statut dans ma tête pour ces films. Pour Yandere, le film a été inspiré par les personnages virtuels. J’ai été frappé par le nombre de mascottes au Japon. Les marques sont toujours associées à un petit personnage, il y a même des chanteuses virtuelles qui montent sur scènes comme des hologrammes. Je me suis dit que si les personnages virtuels étaient aussi développés au Japon, c’est qu’il y avait une raison, et j’ai compris que l’animisme, cette croyance que les objets ont une âme, était très développée là-bas. J’ai donc eu envie de créer un personnage virtuel et j’ai cherché dans les mangas quel caractère il pouvait avoir. C’est là que j’ai trouvé quatre types de femmes amoureuses, dont la Tsundere, hyper amoureuse mais qui fait tout pour le cacher en étant exécrable comme dans Hey Arnold, et la Yandere, fée ultra jalouse qui fera tout pour éliminer ses rivales et qu’on retrouve aussi dans la culture américaine avec par exemple la fée Clochette qui déteste Wendy.

La technologie est un personnage récurrent dans tes films. Trouves-tu qu’elle fait plus de mal que de bien à l’homme ?

W.L. : Je n’ai pas vraiment d’avis sur la question, qui est plus politique que liée au cinéma. Je préfère que ce soit des auteurs ou des penseurs qui me parlent de technologie plutôt que Black Mirror. Je n’attends pas de la fiction qu’elle me dise qu’un truc est moralement bien ou pas, mais plutôt qu’elle me fasse découvrir des personnages nouveaux. Dans mes films, la technologie est souvent un prétexte pour parler d’une situation qui n’existe pas dans le présent mais qui est plausible et pas purement fantastique. Dans Yandere, la technologie n’est pas le fond du film, elle est secondaire. Maiko est un hologramme mais qui n’a plus rien de technologique quand elle pleure et qu’elle grandit. Je voulais questionner la relation qu’on peut avoir avec des personnages pas réels, mais pas forcément des robots. Après avoir parlé avec un ami de mon idée, il m’a envoyé la publicité d’une entreprise japonaise qui vend des cylindres en verre avec un hologramme dedans qui écrit des messages à son propriétaire toute la journée. Quand j’ai vu cette pub, je me suis senti obligé de me mettre à la place de l’hologramme car elle avait un visage, un corps, contrairement à un tamagotchi par exemple. C’est cette frontière brouillée entre ce qui est humain et ce qui ne l’est pas qui m’a beaucoup intrigué.

Propos recueillis par Yohan Levy

Vos films préférés en 2020

Ce mois-ci, Format Court fête son 12ème anniversaire (bouchon !). Après avoir publié il y a quelques jours notre propre Top 5 des meilleurs courts-métrages de l’année, voici les résultats de votre propre Top, suite à notre appel publié récemment sur notre site internet.

4 films ont remporté le plus de suffrages. Voici lesquels :

Sprötch de Xavier Seron (Belgique)

I am afraid to forget your face de Sameh Alaa (Egypte, France)

Homeless Home de Alberto Vázquez (Espagne, France)

Maalbeek de Ismaël Joffroy Chandoutis (France)

Le nouveau Top 5 de l’équipe de Format Court !

Depuis 11 ans déjà, les membres de Format Court se prêtent à l’exercice du Top 5 des meilleurs courts-métrages vus pendant l’année écoulée. Rituel oblige, voici les films qui ont le plus marqué notre équipe cette année, par ordre de préférence !

Sachez que vous avez jusqu’au lundi 4 janvier inclus pour nous envoyer votre propre Top 5 par mail. Nous publierons les noms de vos films préférés sur Format Court.

Katia Bayer

Le Passant de Pieter Coudyzer (Belgique)
All Cats Are Grey in the Dark de Lasse Linder (Suisse)
Maalbeek de Ismaël Joffroy Chandoutis (France)
I am afraid to forget your face de Sameh Alaa (Egypte, France)
Why Slugs have no legs de Aline Höchli (Suisse)

Clément Beraud

I am afraid to forget your face de Sameh Alaa (Egypte, France)
Maalbeek de Ismaël Joffroy Chandoutis (France)
Notre territoire de Mathieu Volpe (Belgique)
David de Zach Woods (Etats-Unis)
On hold de Laura Rantanen (Finlande)

Manon Guillon

Filles bleues, peur blanche de Lola Halifa-Legrand et Marie Jacotey (France)
Ailleurs de Theo Gottieb (France)
Maalbeek de Ismaël Joffroy Chandoutis (France)
Dustin de Naïla Guiguet (France)
L’âge tendre de Julien Gaspar-Oliveri (France)

Julien Savès

The Fall de Jonathan Glazer (Royaume-Uni)
Homeless Home d’Alberto Vázquez (Espagne, France)
A la mode de Jean Lecointre (France)
The Art of Filmmaking de Gaspar Noé (France)
La Vie Nue d’Antoine d’Agata (France)

Emilie Sok

Une soeur de Delphine Girard (Belgique)
Maalbeek de Ismaël Joffroy Chandoutis (France)
Machini de Frank Mukunday et Trésor Tshibangu (Congo, Belgique)
David de Zach Woods (Etats-Unis)
Sapphire Crystal de Virgil Vernier (France)

Margherite Stopin

Maalbeek de Ismaël Joffroy Chandoutis (France)
The Balloon Catcher de Isaku Kaneko (Japon)
À la mer poussière de Héloïse Ferlay (France)
Genius Loci de Adrien Merigeau (France)
David de Zach Woods (Etats-Unis)