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Black Moon d’Amie Siegel

Une expérience opaque des désastres contemporains

Le court-métrage de la réalisatrice américaine Amie Siegel, Black Moon (USA, 2011), présenté à la Semaine Internationale de la critique, a les allures d’un « film d’horizons ». Horizon des collines dans un paysage de western californien traçant la fragile limite entre ciel et terre, horizon sur lequel avancent des personnages sans but sinon tuer pour survivre, horizon de la trajectoire visuelle transformant l’outil cinématographique en un œil indépendant et inquiétant sur un monde devenu le symbole du néant. Mais l’horizon n’est qu’une ligne et le cinéma qu’un passage. Alors il nous faut résoudre quelques énigmes; pourquoi l’armée des femmes combat-elle l’armée des hommes ? Pourquoi l’architecture du monde a trouvé forme dans les ruines des bâtiments en chantier ? Black Moon, librement adapté du film éponyme réalisé par Louis Malle et écrit par Joyce Buñuel en 1975, reprend du premier film sa noirceur métaphysique autant que sa sèche pesanteur. C’est un paysage métaphorique à décrypter. Peut-être un portrait des Amériques, dans toute sa terrible splendeur.

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Lignes à haute tension

Dans le film d’Amie Siegel, le mode d’appréhension du monde est l’épuisement. Les premiers plans en portent les marques profondes, telles des blessures inavouables mais évidentes. Un paysage de steppe, quelques femmes armées entrant par la gauche du plan comme des fourmis errantes. Des ombres au sol manifestent leur appartenance à l’humanité, une humanité tournée du côté de l’angoisse et de la tourmente. L’une des femmes soudainement stoppe la marche et se retourne pour faire face à la menace qui rôde. Aucun son, aucun signal n’est à l’origine de ce mouvement. L’arbitraire de l’instinct, sans doute. Le soleil épuise les corps et attise les peurs. Puis, on voit une dizaine de plans montrant des pylônes de lignes à haute tension, de routes tracées en prévision de la construction de nouveaux quartiers résidentiels, des bâtiments inachevés, des maisons dont on a bitumé les fenêtres et bloqué l’accès. Plus globalement, le film est un paysage meurtri, infiniment inachevé. Par conséquent, les corps féminins qui courent sans cesse s’épuisent autant que la réalité. La lumière du jour, toujours, étire l’horizon et déploie une lumière oppressante. Le spectateur, dans ce flux de paysages aériens, fait l’expérience de son propre horizon mental. Il en vient naturellement à mesurer la dimension allégorique : pourquoi le vide, l’errance et la mort auraient-ils recouvert le monde d’un drap de feu ?

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Les énigmes contemporaines

Suggérer, non pas expliquer. Tracer, non pas dessiner. Il s’agit de rendre sensible un hors-monde capable de signifier notre monde, un hors-champ opérant un basculement vers la réalité. Les énigmes de ce film sont aussi nombreuses que celles soulevées dans le film éponyme de Louis Malle, réalisé en 1975. La « lune sombre », par exemple, est l’extrême opposée de l’univers filmé, incendié par un soleil pâle. Ce titre invite à la suspicion, à sentir la présence d’une nuit dissimulée derrière le jour trop ostensible. Les bâtiments, aussi vides qu’une carcasse d’antilope en plein désert, dissimulent, eux aussi, une « lune noire ». Dans les plis de cet univers trop visible pour n’être que lui-même réside, en effet, l’âme de l’Amérique contemporaine. Les quartiers vides n’évoqueraient-ils pas les milliers de résidences desquelles on a délogé les Américains, victimes de la crise subprimes en 2008 ? Les longs travellings au milieu de ces rues à peine construites et déjà évidées de leurs fonctions n’incarnent-ils pas, par extension, l’Amérique post-crise financière ? Les femmes-soldats errantes ne seraient-elles par la métaphore des combattants occidentaux au Moyen-Orient, en Irak ou en Afghanistan ? Une guerre sans véritable but, mise à part l’habilitation d’une démocratie demeurée virtuelle. La déréalisation opérée dans le film finit donc par atteindre le réel. Mais tous ces points de référence ne sont qu’interprétations aventureuses.

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Futur présent

Au terme de la traversée, l’une des femmes-soldats trouve par terre un magazine dans lequel sont répertoriés tous les plans précédents du film. Chaque page fait revivre le mouvement du film sur un mode statique, imaginaire, virtuel. Mais, après avoir passé les premières pages, les images se font plus sombres; les photographies montrent les femmes-soldats couchées à terre, mortes. Aussi cette mise en abîme va-t-elle plus loin qu’un simple dédoublement de la fiction; elle agit comme la projection d’un futur qui n’a pas existé, un futur virtualisé dans les images du présent. Par conséquent, l’enjeu du film se clarifie et se focalise sur la question des pouvoirs de l’image. En effet, cette dernière séquence traite de l’ambiguïté des images, à la fois pleines d’une réalité guerrière ostensible et pourtant opaques à toute explication. La femme-soldat qui fait l’expérience de sa propre mort par l’intermédiaire de la photographie donne sens à notre réel, au sein duquel nous sommes devenus incapables de déceler, à travers l’omniprésence des images, la présence dissimulée de l’horreur. Black Moon est donc un poème post-moderne qui trace une trajectoire sinueuse, inscrite dans dans l’espace urbain comme dans une ligne de tranchées, vouée à la prise de conscience de la mort dans le futur imaginaire du présent. Une œuvre conceptuelle ? Plus qu’aucun autre film présenté au Festival de Cannes cette année.

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La barre horizontale qui découpe chaque plan est ainsi le point de départ d’un questionnement sur la capacité du spectateur à percevoir le désastre : comment les images doivent-elles prendre en charge les désastres contemporains ? Quel détour faut-il prendre pour rendre visible ce qui est là, dissimulé ? Les images de guerre ne sont-elles pas nécessairement des images de notre propre mort ? Sans prétendre répondre à ces questions, le film d’Amie Siegel révèle notre propension à oublier ce qui se déroule presque sous nos yeux, aux frontières de l’Europe, comme cela était évoqué à la fin de Nuit et brouillard (Alain Resnais, 1956) : « Nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps, et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin… »

Mathieu Lericq

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B comme Black Moon

Fiche technique

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Synopsis : Remake conceptuel du film de Louis Malle (1975), Black Moon, de l’artiste américaine Amie Siegel, se déroule dans le paysage d’apocalypse des habitations anéanties par la crise immobilière. Des femmes révolutionnaires traversent les terribles séquelles d’une guerre – ruines étrangement récentes d’un avenir qui jamais n’exista.

Genre : Fiction

Durée : 20’

Pays : États-Unis

Année : 2010

Réalisation : Amie Siegel

Scénario : Amie Siegel

Image : Christine A. Maier

Montage : Amie Siegel

Son : Gisburg

Costume : Allison Leach

Musique : EKG

Interprétation : Jess Atwood Gibson, Mem Kennedy, Tammy Klein, Anna Rosa Parker, Daniela Sea

Production : Amie Siegel Studio

Article associé : la critique du film

Attila Till : « J’aime montrer le matériel humain, le réalisme au possible »

On était plutôt ravi de vous proposer Attila Till en images. La rencontre avec l’auteur hongrois de l’épatant et terrible « Csicska », montré à la Quinzaine des Réalisateurs cette année, avait eu lieu dans un pavillon tunisien, le long de la Croisette. C’était sans compter les soucis techniques renvoyant cette interview aux considérations écrites. Attila Till filmé, parlant anglais et demandant une clope à la volée, ce sera pour une prochaine. En attendant, le voici en français dans le texte.

Comment vous êtes-vous retrouvé à faire des films ?

Attila Till : A la base, mes héros étaient Van Gogh et Toulouse-Lautrec. Je me destinais à la peinture sauf qu’il est apparu que j’étais un très mauvais peintre (rires). Pendant mes études aux Beaux-Arts de Budapest, j’ai commencé à m’intéresser aux films. J’ai fait un film sans écrire d’histoire, je voulais rejoindre l’école de cinéma de Budapest mais j’ai été rejeté. Puis, je me suis dit que si je voulais faire du cinéma, je devais commencer à écrire. J’ai lu énormément de livres, j’ai regardé beaucoup de films, et j’ai appris.

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« Csicska » est un film très réaliste. Ce mot est important pour vous ?

Vous avez vu ça ? C’est génial ! A l’écran, quand les acteurs parlent hongrois, est-ce possible de sentir qu’ils ne sont pas vraiment acteurs ? J’adore “Le Prophète”. Quand je vois ce film, je suis vraiment là-bas, dans cette prison. C’est impossible de ressentir cela juste avec des acteurs, il faut des non professionnels, des histoires, des émotions, des connexions entre les êtres humains. J’aime montrer ce matériel humain, des choses aussi réalistes que possible. Je ne m’encombre pas de détails précis en pré-production, ce qui m’intéresse, c’est les acteurs, pas le nombre de vaches à l’image !

Le film dépeint le rapport de pouvoir entre un homme et un esclave. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans la représentation de la répression ?

Je vis en ville et cette histoire prend place dans la campagne profonde hongroise, dans une plaine très sauvage et réaliste. Le personnage principal, la “Bête”, est le père, le chef de la famille. C’est un homme des temps modernes mais il vit comme à une époque ancienne et il a des comportements anciens, raison pour laquelle il a un esclave. Il y a 2000 ans, personne n’aurait été surpris de voir un esclave. dans une ferme. Depuis la révolution française, il n’y a plus d’esclaves. Mais j’ai une mauvaise nouvelle : à un niveau plus profond, ça n’a pas été un succès. Les gens ne veulent pas la révolution, la démocratie. Ils veulent une hiérarchie, une répression des faibles par les forts.

J’étais intéressé par les relations humaines extrêmes. Je me suis demandé si ce personnage était un cas unique ou généralise. En voyageant beaucoup à la campagne, j’ai réalisé que c’était général, que cela se passait dans mon pays.

Le film se base aussi sur des histoires vraies, sur l’esclavage moderne…

Cette histoire est une fiction, le fruit de mon imagination, mais évidemment, en art, il y a toujours des histoires vraies en arrière-plan. J’ai été inspiré par des programmes télévisés et par l’actualité. J’ai également rencontré des gens qui ont vécu des situations pareilles, des esclaves et des policiers qui m’ont raconté beaucoup d’histoires. J’ai entendu des choses très violentes, très négatives.

C’est un sujet de discussion très difficile. On estime à des milliers de personnes le nombre de personnes vivant en esclavage en Hongrie et dans les pays de l’Ouest. On ne sait pas pourquoi mais il y a des gens qui vivent vraiment dans le passé. Les plus forts mettent les plus faibles dans une seconde classe, à un autre niveau de distinction humaine. Si tu ne peux pas te battre, tu es un esclave.

L’esclavage n’est pas une mafia classique, c’est juste un comportement d’humain à humain. Les histoires ne sont jamais les mêmes. Il y a des crapules, des personnes solitaires, des orphelins, des gens qui vivent du lundi au dimanche dans des situations extrêmes. J’ai récolté, c’est vrai, beaucoup d’histoires vraies, mais ce film est juste inspiré par elles.

Parmi les scènes très fortes du film, il y en a une où le père apprend à ses enfants à tirer sur l’esclave.

Je pense que c’est un moment très important dans le film. En tant que réalisateur, je n’étais pas là. Je ne pouvais pas intervenir sur cette situation car elle était plus forte que moi. J’ai dit à mon cher ami Szabolcs, le personnage principal : “Vas-y, fais-le, tire sur ce type (avec des fausses balles évidemment).” On a improvisé, on a essayé et on y est parvenu. “A genoux, debout, à genoux, debout” : je ne pouvais pas écrire cela, j’aurais eu honte. C’est trop romantique pour moi, mais la manière dont Szabolcs l’agresseur, a dit ça était très réaliste.

Je trouve que c’est une scène triste, satanique et drôle à la fois. Je dois admettre qu’on est bien les seuls, les gens de l’équipe, à pouvoir rire sur cette scène car elle est trop choquante à l’écran. L’autre moment difficile, c’est quand le père traîne sa femme par terre pour la “donner” à l’esclave. Dans ces moments-là, il n’y a jamais un son dans la salle.

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Vous avez commencé par un long puis vous avez enchaîné avec un court. Voulez-vous faire encore des courts ?

Non, je ne pense pas. Je suis vraiment intéressé par les relations humaines, j’ai besoin de temps, de durée pour raconter des histoires. Quand c’est trop court, j’ai toujours l’impression de manquer de quelque chose. Dans ce film aussi, raison pour laquelle je préfère le long. J’ai appris à faire des courts avec « Csicska », c’est vrai. Je suis vraiment au début, ce n’est que mon deuxième film. Je suis comme un étudiant de deuxième année dans ma propre école de cinéma !

Comment cela se passe en Hongrie pour financer les films ? Vous avez de l’argent ?

De l’argent ? Non, pas d’argent ! L’industrie n’existe vraiment pas mais des changements sont censés avoir lieu grâce à de nouveaux systèmes d’aide. On verra ce que l’avenir nous réserve Moi, j’ai fait ce film grâce à mon argent et au pouvoir mon frère. En Hongrie, c’est une union qui marche : on a beaucoup de pouvoir mais pas de budget.

Est-ce que cela influence le style de films que vous faites ?

Non, c’est juste un fait. Il faudrait toujours avoir de l’argent pour faire des films mais quand on n’en a pas, que peut-on faire ? Au moins, c’est très clair. Cela ne m’a pas rendu triste quand j’ai fait le film, peut-être parce qu’à l’origine, je suis un peintre et que j’ai grandi parmi des artistes désargentés. Il y a des choses plus importantes dans la vie que l’argent. Si on a vraiment de l’imagination, on peut y arriver.

Propos recueillis par Katia Bayer

Article associé : la critique du film

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Kyle Henry : « Donnez à vos acteurs l’opportunité de contribuer à votre film »

Six ans après être venu présenter son premier long, « Room » à la Quinzaine des Réalisateurs, Kyle Henry revient à Cannes avec un court, « Fourplay : Tampa », l’un des quatre films d’une série sur les transgressions sexuelles. Entre humour, religion et sperme à la vanille, il explicite son intérêt pour l’être humain, son goût pour l’intuition des acteurs et son envie de continuer à grandir en tant qu’artiste. Entretien sans pareil.

Interview : Katia Bayer , Isabelle Mayor

Image, montage : Isabelle Mayor

Lire la critique de “Fourplay : Tampa” de Kyle Henry (Etats-Unis)

Pour information, « Fourplay : Tampa » sera projeté le jeudi 13 juin 2013, à 20h30, lors de la séance Format Court spéciale Quinzaine des Réalisateurs, au Studio des Ursulines (Paris 5e).

Corneliu Porumboiu : « Quand on est au début de sa carrière, c’est important que les réalisateurs dont on aime le travail nous disent qu’on est sur la bonne voie »

En 2004, Corneliu Porumboiu, étudiant à l’Université « I.L.Caragiale » de Bucarest, était invité à présenter son film « A Trip to The City » à la Cinéfondation.  Le festival de Cannes est resté une bonne adresse pour lui puisqu’il a remporté la Caméra d’Or avec son premier long-métrage « 12:08 à l’est de Bucarest » présenté à la Quinzaine des Réalisateurs et a reçu le Prix du Jury et le Prix Fipresci pour « Policier, Adjectif », sélectionné à Un Certain Regard. En mai dernier, Corneliu Porumboiu opérait un retour aux sources à Cannes en tant que membre du jury de la Cinéfondation, sept années après y avoir vu sa carrière débuter.

Corneliu Porumboiu. Interview du réalisateur et membre du jury de la Cinéfondation from Format Court on Vimeo.

Interview : Katia BayerIsabelle Mayor

Image, montage : Isabelle Mayor

Palmarès de la 14ème Nuit des Lutins

LUTIN DU MEILLEUR FILM : Monsieur l’Abbé de Blandine Lenoir

LUTIN DU MEILLEUR FILM D’ANIMATION : Logorama de H5 (François Alaux, Hervé de Crecy et Ludovic Houplain)

LUTIN DU MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE : Birds get vertigo too de Sarah Cunningham

LUTIN DU PUBLIC : Logorama de H5 (François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain)

LUTIN DE LA MEILLEURE RÉALISATION : Rudi Rosenberg pour Aglaée

LUTIN DU MEILLEUR SCÉNARIO : Nicolas Pariser pour La République

LUTIN DU MEILLEUR MONTAGE : Emmanuelle Pencalet pour Aglaée

LUTIN DE LA MEILLEURE PHOTO : Pénélope Pourriat pour Monsieur l’Abbé

LUTIN DE LA MEILLEURE ACTRICE PRINCIPALE : Géraldine Martineau pour Aglaée

LUTIN DU MEILLEUR ACTEUR PRINCIPAL : Xavier Gallais pour L’Amour propre

LUTIN DU MEILLEUR SON : Cédric Lionnet et Vincent Pateau pour C’est plutôt genre Johnny Walker

LUTIN DES MEILLEURS DÉCORS : Théophile de Montalivet pour Monsieur l’Abbé

LUTIN DE LA MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE : Olivier Babinet et Vincent Pateau pour C’est plutôt genre Johnny Walker

LUTIN DES MEILLEURS EFFETS SPÉCIAUX : Hendrick Dusollier pour Babel

LUTIN DES MEILLEURS COSTUMES : Claire Gérard-Hirne pour Monsieur l’Abbé

Nicolas Roy. Le cinéma sans compromis

Après avoir tourné plusieurs courts, le réalisateur québécois Nicolas Roy est sélectionné en compétition officielle à Cannes avec « Ce n’est rien ». Refusant de prendre le spectateur par la main, il signe là un film poignant sur l’inceste d’un point de vue original : celui d’un père, découvrant avec horreur ce que sa fille a subi et décidant de « régler » la situation au sein du cercle familial. Tension dramatique, sobriété, économie de moyens, direction d’acteurs, … : Nicolas Roy fait le point.

Interview : Katia BayerIsabelle Mayor

Image, montage : Isabelle Mayor

Lire la critique de « Ce n’est rien » de Nicolas Roy

Les films de fin d’études en compétition à Annecy

Beaucoup de films de fin d’études prendront le chemin d’Annecy la semaine prochaine. Répartis en quatre programmes, ils viennent d’Allemagne, de Finlande, d’Australie, des Pays-Bas, et d’ailleurs. En voici leurs titres.

F1

Venus de Tor FRUERGAARD – Danemark

Setkání de Sangeun WON – République Tchèque

Weiss kein Weiss d’Anna BERGMANN (DIT SAMO) – Allemagne

Walkman – Nora JUNCKER – Belgique

Baka!! d’Immanuel WAGNER – Suisse

Heavy Heads d’Helena FRANK – Danemark

Collision de Sarah EDDOWES – Australie

Feestnummer de Danne BAKKER – Pays-Bas

Télégraphics d’Antoine DELACHARLERY, Lena SCHNEIDER, Léopold PARENT, Thomas THIBAULT – France

Kielitiettyni d’Elli VUORINEN – Finlande

Ah de Sung Hwan LEE – Corée du Sud

Laszlo de Nicolas LEMÉE – France

Hinterland de Jakob WEYDE, Jost ALTHOFF – Allemagne

Elnézést de Kati BESSENYEI – Hongrie

Flocons et carottes de Samantha LERICHE-GIONET – Canada

Out on the Tiles d’Anna PEARSON – Grande-Bretagne

F2

Elu kilukarbis de Stella SALUMAA – Estonie

Pimple de Tsung-min HUANG – Taiwan

The Eagleman Stag de Mikey PLEASE – Grande-Bretagne

Balatar Az Abrhaye Khakestary de Sare SHAFIPOUR – Iran

Animal Kingdom de Nils HEDINGER – Suisse

XICHT de Cornelius M. HEINZER – Suisse

Thursday de Matthias HOEGG – Grande-Bretagne

Fischmädchen de Julia Maria IMHOOF – Suisse

Rame Dames d’Étienne GUIOL – France

Plato de Léonard COHEN – France

Mighty Antlers de Sune REINHARDT – Danemark

Condamné à vie de Vincent CARRÉTEY, Hannah LETAÏF – Belgique

Les arbres naissent sous terre de Sarah BRÛLÉ, Manon BRÛLÉ – Belgique

De volgende de Barbara RAEDSCHELDERS – Belgique

Heimatland de Fabio FRIEDLI, Marius PORTMANN, Andrea SCHNEIDER, Loretta ARNOLD – Suisse

F3

Serenade d’Han Bit LEE – Corée-du-Sud

Loom de Ilija BRUNCK, Jan BITZER, Csaba LETAY – Allemagne

Fluffy Mc Cloud de Conor FINNEGAN – Irlande

Változás de Virag KISS – Hongrie

Aww Jeez de Michael GREANEY – Australie

Oh Happy Day de Justyna KRZYZANIAK – Allemagne

The Scarf de Carla VELDMAN – Canada

Trois petits points de Lucrèce ANDREAE, Alice DIEUDONNÉ, Tracy NOWOCIEN, Florian PARROT, Ornélie PRIOUL, Rémy SCHAEPMAN – France

Graffitiger de Libor PIXA – République Tchèque

Bach d’Anton DYAKOV – Russie

Sword Stained with Plum Blossom de Xiaoyuan BU – Chine

Die Kiste de Kyra BUSCHOR – Allemagne

La Nuit de l’ours d’Alexis FRADIER, Julien REGNARD, Pascal GIRAUD – Belgique

M’échapper de son regard de Chen CHEN – France

F4

On the Water’s Edge de Tommaso DE SANCTIS – Grande-Bretagne

Rendez-vous de Titouan BORDEAU – France

The Stone that Went in Circles de David BARLOW-KRELINA – Canada

Kuka kehtaa? de Sanni LAHTINEN – Finlande

Aleksandr de Rémy DEREUX, Maxime HIBON, Juliette KLAUSER, Raphaëlle RANSON, Louise SEYNHAEVE – France

Drug detstva de Yulia POSTAVSKAYA – Russie

Line de Hyeong-ik PARK, Hong-ran YOON – Corée du Sud

Voyage au champ de tournesols d’Alexandre SIQUEIRA – France

Bridge de Dina VELIKOVSKAYA – Russie

Captain Awesome: the Rumble in the Concrete Jungle de Ercan BOZDOGAN, Mikkel AABENHUUS SØRENSEN – Danemark

Blik de Bastiaan SCHRAVENDEEL – Pays-Bas

Zaliger de Nina GANTZ – Pays-Bas

Voed mij de Niels DEKKER – Pays-Bas

Eros de Pei-wen LEE – Taiwan

Annecy, les courts métrages en compétition

CM1

Sudd d’Erik ROSENLUND – Suède, Danemark

Birdboy de Pedro RIVERO, Alberto VÁZQUEZ – Espagne

Don’t Tell Santa You’re Jewish! de Jody KRAMER – Canada

Świteź de Kamil POLAK – Pologne, France, Canada, Suisse, Danemark

Pixels de Patrick JEAN – France

Schlaf de Claudius GENTINETTA, Frank BRAUN – Suisse

Metel de Maria MOUAT – Russie

Big Bang Big Boom de Blu – Italie

CM2

Something Left, Something Taken de Max PORTER, Ru KUWAHATA – États-Unis

Domashnij Romans d’Irina LITMANOVICH – Russie

The Waterwalk de Johannes RIDDER – France

La Détente de Pierre DUCOS, Bertrand BEY – France

Meniscus de Maria-Elena DOYLE – Nouvelle-Zélande

Xing de Michael NAPHAN – Canada

Conto do vento de Claudio JORDÃO, Nelson MARTINS – Portugal

Viagem a Cabo Verde de José Miguel RIBEIRO – Portugal

CM 3

Pl.ink! d’Anne Kristin BERGE – Norvège, Pologne

Kapitän Hu de Basil VOGT – Suisse

Paths Of Hate de Damian NENOW – Pologne

A Morning Stroll de Grant ORCHARD – Grande-Bretagne

O sapateiro de David DOUTEL, Vasco SÁ – Portugal

Les Ciseaux pointus de Laurent FOUDROT – France

Chroniques de la poisse d’Osman CERFON – France

Junk de Kirk HENDRY – Grande-Bretagne

Maska de Timothy QUAY, Stephen QUAY – Pologne

CM4

Nullarbor d’Alister (Colin) LOCKHART, Patrick SARELL – Australie

Dwa kroki za de Paulina MAJDA – Pologne

Miss Daisy Cutter de Laen SANCHES – France

Teatriños : Homenaxe ao mineral do repolo de Stephanie DUDLEY – Canada

A Lost and Found Box of Human Sensation de Martin WALLNER, Stefan LEUCHTENBERG – Allemagne

Der grosse Bruder de Jesús PÉREZ, Elisabeth HÜTTERMANN – Suisse, Allemagne

Night Sounds de Jacob STALHAMMAR – Suède

Kamene de Katarina KEREKESOVA, Ivana ŠEBESTOVÁ – Slovaquie

CM5

Zbigniev’s Cupboard de Magdalena Anna OSINSKA – Pologne, Grande-Bretagne

Blind Date de Nigel DAVIES – Grande-Bretagne

Luminaris de Juan Pablo ZARAMELLA – Argentine

Après moi de Paul-Émile BOUCHER, Thomas BOZOVIC, Madeleine CHARRUAUD, Dorianne FIBLEUIL, Benjamin FLOUW, Mickaël RICIOTTI, Antoine ROBERT – France

Kubla Khan de Joan GRATZ – États-Unis

Dimanche de Patrick DOYON – Canada

Clean Carousel d’Andreas BODKER – Danemark

Millhaven de Bartek KULAS – Pologne

The Monster of Nix de ROSTO – Pays-Bas, France, Belgique

Michel Gondry : « L’inspiration, il faut la voir comme une stimulation, pas comme une influence »

Il s’est fait connaître par le clip avant de se risquer au court et au long métrage. Continuant à faire des va-et-vient entre les formes et les idées, il vient de présider le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages officiels au dernier festival de Cannes. Rencontre avec Michel Gondry, filmeur filmé.

Interview : Katia Bayer

Image, montage : Isabelle Mayor

F comme Fourplay : Tampa

Fiche technique

Synopsis : A Tampa, un homme en proie à une crise de confiance personnelle cherche satisfaction dans les toilettes d’un centre commercial. Une comédie qui mêle toilettes et gang-bang.

Genre : Fiction

Durée : 17’

Pays : États-Unis

Année : 2011

Réalisation : Kyle Henry

Scénario : Carlos Treviño

Image : Pj Raval

Décor : Caroline Karlen

Montage : David Fabelo

Interprétation : Carlos Treviño, Bob E Smith, Stanley Roy, Sammy DeSilva, Michael Dalmon, Jose Villarreal

Production : A.O.K. Productions
, C-Hundred Film Corp

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Fourplay : Tampa de Kyle Henry

Rêverie extatique rose bonbon

La teneur fantasmatique d’un tableau accroché au-dessus du comptoir d’un saloon pourrait procéder d’une telle image; quelques palmiers aux couleurs pâles devant un fond rose bonbon. On y verrait quelques figures au centre, sirotant face au ciel crépusculaire, parlant d’amour et d’eau fraîche. Seulement voilà, le court-métrage américain Tampa, sélectionné à la dernière Quinzaine des Réalisateurs, n’est pas une peinture du dimanche et encore moins un paysage « carte postale ». Reprenant à son compte des clichés bien colorés, il dresse un univers tantôt vide tantôt plein où un homme, dans sa solitude, voit ses désirs osciller entre plénitude et frustration. Nous ne sommes donc pas exactement sur les plages exotiques de Floride mais dans les toilettes d’un centre commercial où seul les fantasmes les plus débridés sont acceptés. Ils s’agit d’une réalité bousculée qui laisse davantage place aux ombres qu’aux traits naturalistes : la carte postale devient une carte de vœux provocante où le rose n’impose qu’un calme apparent. Et pour cause. Toutes les limites de l’imaginable sont repoussées. En somme, une rêverie extatique appelant à la résurrection de la chair…

Septième art : septième ciel ?

Replacer les fantasmes érotiques au cœur du cinéma pour en extraire leur tonalité divine; tel est le pari de Tampa, le second segment d’un quadriptyque consacré à des rencontres sexuelles du septième type et conçu par le cinéaste américain Kyle Henry, qui fait du cinéma en le faisant résolument (ar)rimer avec provocation. Alors que le premier segment se déroulait à San Fransisco, le réalisateur a choisi ici pour décor les petits coins d’un centre commercial de Tampa, une cité de l’ « État ensoleillé ». Un homme au T-shirt rose bonbon, joué par le génial Jose Villarreal, un nouveau Priape visiblement en manque d’assouvissement (homo)sexuelle, voit ses envies trouver une concrétisation. Aussi les frontières entre la réalité et la fiction, entre la vérité et le désir, sont-elles progressivement rendues poreuses. Pendant que les cartes — en même temps que les hommes — se redistribuent, les envies sont plus fortes que la volonté et bientôt notre héros est bientôt dépassé par cette situation irrégulière. Les dieux modernes, les stars et les hommes politiques se mêlent à la partie. Pus généralement, les autorités morales du monde moderne se voient incarner des sex toys fétichisés. Dégoûté par la jouissance à laquelle il n’est que témoin, notre héros va néanmoins bientôt voir son rêve tourner à son avantage. L’excès repousse les limites de l’imaginable pour mieux annoncer l’arrivée de sa propre « extase » au deux sens du terme.

Résurrection de la chair

Si, comme nous le mentionnions en introduction, « érotique », « théologique » et « extatique » font bon ménage, il s’agit d’un ménage christique. L’apparition feutrée du Christ crée bien une combinaison des trois termes, avec toute la retenue, la pudeur et le sacré qu’il convient. L’explosion de jouissance qui avait succédée à la première étape du fantasme laisse alors place à la découverte d’un plaisir charnel inattendu, à la croisée du ciel et de la terre. Le temps fantasmatique, jouant autant sur l’imagination que sur la croyance religieuse, ressemble au temps divin de par sa dimension surnaturelle. La notion d’extase s’applique donc parfaitement à la trajectoire sexuelle démesurée du protagoniste. Cependant, comme la profondeur des choses n’advient que dans l’invisible et la surprise, rien n’indique au départ que les toilettes d’un centre commercial puissent accueillir la messe extatico-érotique à laquelle assiste le spectateur. Les pouvoirs mystiques sont à l’œuvre.

Le devenir du tripoteur

Le film fait singulièrement penser au Chant d’amour de Jean Genet (1950). Tout comme dans ce dernier, l’univers cinématographique renferme une mise à nu aussi rare que provocatrice. Il contribue à inattendue mise à nu des corps mais surtout à une mise à nu du processus fantasmatique. La durée de ce dernier est respectée, même s’il est absent de toute logique linéaire. Ce qui semble intéresser le cinéaste, c’est donc le devenir d’un homme face à sa frustration et à ses fantasmes. Cette œuvre n’est donc pas un film sur la pornographie mais un documentaire sur l’être humain, sa solitude, sa capacité à déformer le monde et se lier aux autres par désirs. Mais les deux prochains épisodes de la série Fourplay participeront-ils à cette même célébration christique rose bonbon ? Rien n’est moins sûr. Dans l’attente, il nous faudra faire face à nos propres fantasmes et faire preuve d’une patience… exquise. Et nous rappeler que, dans certains cas, la fiction dépasse de loin la réalité.

Mathieu Lericq

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Pour information, « Fourplay : Tampa » sera projeté le jeudi 13 juin 2013, à 20h30, lors de la séance Format Court spéciale Quinzaine des Réalisateurs, au Studio des Ursulines (Paris 5e).

Y comme Ya-Gan-Bi-Hang

Fiche technique

Synopsis : Un garçon qui n’a d’autre famille que son frère aîné couche avec un homme pour de l’argent. À court d’espèces, l’homme suggère une nouvelle rencontre pour le lendemain et lui demande son numéro de téléphone. Mais le portable du garçon est confisqué par son frère qui refuse de le rendre.

Réalisation : Tae-gyum Son

Genre : Fiction

Pays : Corée du Sud

Année : 2010

Durée : 21′

Scénario : Tae-gyum Son

Image : Man-wook Han

Montage : Tae-gyum Son

Son : In-kyung Lee

Interprétation : Min-ho Cho, Shin-hwan Chun, Hyun-woo Son

Production : Chung-Ang University

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Ya-gan-bi-hang (Fly by Night) de Tae-guym Son

Derrière un titre des plus complexes se cache un film des plus intéressants. Troisième prix de la Cinéfondation, Ya-gan-bi-hang de Tae-guym Son, réalisé en Corée du Sud, lie passage à l’âge adulte, amours nocturnes et rapports fraternels. Un autre aperçu de l’intimité et de l’amour au-delà des distinctions d’âge ou de genre.

Ce film réalisé à l’Université Chung-Ang s’intéresse à trois hommes : un garçon, un frère et un amant de passage. Le garçon se prostitue à l’insu de son frère aîné qui l’héberge sous son toit. Celui-ci gagne sa vie de manière plus classique, en vendant des tickets aux passants. Tous deux travaillent de nuit et se retrouvent le lendemain matin. Un soir, le garçon couche avec un homme plus âgé que lui, le Maître”, et le revoit le lendemain.

Parce que tout peut changer en l’espace d’une nuit noire, parce que l’amour vaut plus qu’une histoire de belles fesses, parce que les marches d’escaliers sont propices à la promiscité, ce film est à ranger dans les tiroirs de ses souvenirs. Les pluriels (silences, solitudes) y rencontres les singuliers (innocence, intimité, confiance, mensonge), la communication entre les individus y est simple et complexe à la fois, et la représentation des scènes d’amour homosexuel, plutôt taboue en Corée du Sud et plus largement en Asie, y est audacieuse et courageuse pour un film d’étudiant.

Intéressé par le thème de l’adolescence, moment de transition entre l’enfance et l’âge adulte, Tae-guym Son fait intervenir dans son casting restreint Min-ho Cho, un comédien non professionnel et réservé dont l’intériorité se reflète dans le non-jeu. Encore enfant, son personnage à l’air boudeur et au regard absent se retrouve à jouer des jeux d’adulte sans en maîtriser pour autant les codes et sans arriver à se positionner par rapport à son propre désir.

Au-delà de l’encouragement et de l’enveloppe transmis au réalisateur, la récompense de Cannes devrait bel et bien aider le film gagner en visibilité. Une bonne nouvelle lorsqu’on sait que Tae-guym Son travaille depuis cinq ans sur ce scénario.

Katia Bayer

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Le FIFI lance son appel à projet

Le festival international du film indépendant se déroulera du 2 au 4 septembre 2011 à Saint Germain de salles (03). A cette occasion, il lance un appel à projet pour diffuser les films (tous formats) sur le festival.

appel

Télécharger le bulletin d’inscription du festival international du film indépendant (pdf – 156,29 ko)

Consulter le règlement du festival international du film indépendant (pdf – 104,66 ko)

Contact :
Association Ptigart
Mairie
03140 Saint Germain de salles

Le site du festival : www.ptigart.com

Jolis Courts de Mai – Avignon

Pour la troisième année consécutive, le collectif ET DOC ! termine sa saison par une nuit consacrée aux courts métrages, « Jolis Courts de Mai », le vendredi 27 Mai à partir de 18h.

Espace (les cinémas Utopia et le Théâtre des Doms, voisins à « l’ombre du Palais des Papes ») et temps (une soirée en trois étapes et trois programmes entrecoupés de pauses conviviales) à la veille de l’été pour découvrir principalement des créations récentes de formats «courts».

Le Théâtre des Doms (Vitrine Sud de la création contemporaine en Communauté francophone de Belgique) propose systématiquement des œuvres cinématographiques venant de Wallonie et de Bruxelles au cours de la première séance de cette soirée – Et Toc, C’est du Belge! – où vous pourrez découvrir cinq films, cru 2010, en présence de Marie Bergeret du site belge Format Court.

Les deux autres séances – Et Doc!, C’est long c’est court! et Et Hop! C’est Utopique! – ont été concoctées par l’association Cinambule et se termineront par l’intervention de Franco F.Revelli, réalisateur de _Petite histoire d’une république libre.

*Le collectif ET DOC !, constitué dès 2002, propose une saison de programmation de films documentaires sur Avignon et le Vaucluse et il regroupe six structures très différentes (un cinéma d’auteurs/Utopia, une équipe locale de syndicalistes/CGT, des associations de diffusion du cinéma en milieu rural/Cinambule, Filmodéon et Cinéval, deux lieux culturels/Théâtre des Doms et Akwaba).

LES FILMS AU PROGRAMME

ET TOC! C’EST DU BELGE!

THÉÂTRE DES DOMS  : 18h • 94 minutes

NA WEWE – IVAN GOLDSCHMIDT

NUIT BLANCHE – SAMUEL TILMAN

THERMES – BANU AKSEKI

POUR TOI, JE FERAI BATAILLE – RACHEL LANG

SOUDAIN ON SONNE – MARIA KÖRKEL

Entracte salé

ET DOC! C’EST LONG C’EST COURT!

CINÉMA UTOPIA : 21h15 • 75 minutes

MONSIEUR L’ABBÉ – BLANDINE LENOIR

HYMEN – CÉDRIC PRÉVOST

CHIENNE D’HISTOIRE – SERGE AVÉDIKIAN

Entracte sucré

ET HOP! C’EST UTOPIQUE!

CINÉMA UTOPIA : 23h30 • 88 minutes

SIT IN – FRÉDÉRIC DUBREUIL

PETITE HISTOIRE D’UNE RÉPUBLIQUE LIBRE – FRANCO F. REVELLI

UNFINISHED ITALY – BENOIT FELICI

LA RÉVOLUTION DES CRABES – ARTHUR DE PINS

Le Voyage dans la lune de Georges Méliès par Serge Bromberg

Présenté en ouverture officielle du festival de Cannes avant le film de Woody Allen et en séance de rattrapage quelques jours plus tard grâce aux demandes insistantes des membres de la presse et des festivaliers, Le Voyage dans la lune de Georges Méliès a été projeté dans une version inédite, en couleurs et en musique. Le court métrage le plus célèbre du magicien français, premier film classé au patrimoine de l’UNESCO, montre une succession de tableaux en couleurs originales peintes à la main avec une musique additionnelle écrite par le groupe Air. Trois structures sont liées à cette restauration et à cette sauvegarde minutieuses : Lobster et les fondations Groupama Gan et Technicolor. Retour sur une résurrection miracle avec Serge Bromberg.

Comment avez-vous été mis en contact avec cette version colorée du Voyage dans la lune ?

En 1993, un anonyme a déposé à la Cinémathèque de Barcelone une collection de plus d’une centaine de boîtes des films des premiers temps dont on ne sait rien, puis, il a disparu. Il y a donc un vrai mystère sur cette copie, on ne sait pas d’où elle vient.

Saviez-vous qu’elle existait ?

Oui, bien sûr. Pratiquement tous les films de Méliès étaient proposés au coloriage. On savait qu’il y avait probablement eu des copies coloriées mais on ne savait pas le nombre exact et on ne le saura jamais. Quand Anton Jimenez, le conservateur de la Cinémathèque, a récupéré ces boîtes, il a rapidement constaté qu’il y avait une copie du Voyage dans la lune en couleur et que le film était complètement décomposé. Le film nitrate n’est pas pérenne, celui-là était totalement pétrifié. Les laboratoires lui ont dit que c’était impossible de récupérer le film.

En 1999, on s’est rencontré après la projection de L’Araignée d’or de Segundo de Chomón, un film perdu, en couleurs, que nous avions retrouvé et restauré. Anton Jimenez a souhaité m’acheter une copie. J’ai refusé de lui en vendre une, je lui ai proposé à la place un échange avec un de ses tirages en couleurs. Il n’avait rien de ce type mais il avait Le Voyage dans la lune de Méliès dont il m’a donné le nitrate. À la fin, il a souri et m’a dit : « Si vous réussissez à tirer dix photos de ce nitrate, vous êtes les rois du monde ! ». Effectivement, quand le nitrate est arrivé, l’idée d’en extraire une photo ressemblait à de la science-fiction.

Eric Lange, l’homme de l’ombre avec qui je travaille depuis longtemps, m’a dit qu’il fallait faire décomposer le film encore d’avantage pour qu’il devienne tout mou. Dans sa cave, il a installé un petit appareil photo et mis le film sous cloche avec un produit appelé le dessiccateur. On a attendu des mois. Tous les jours, Eric ouvrait la cloche et rien ne se passait. Un jour, pourtant, un petit morceau d’image s’est décollé, puis un deuxième, et un troisième. Au bout de deux bonnes années, un tableau trempait encore alors que les autres s’étaient décomposés et décollés entre temps. On avait pu tout photographier et sortir 95% du film avec les moyens de l’époque.

À ce moment-là, vous aviez retrouvé les couleurs d’origine du film ?

Absolument, elles étaient impeccables, mais avec plein de défauts. On comptait avoir deux ou trois images, et tout d’un coup, on s’est retrouvé avec 95% du film. Il devenait plausible de le restaurer sauf que les technologies 2K et les outils numériques n’existaient pas donc les données sont restées sur deux disques durs.

En 2008, le 2K est arrivé. On a été voir les prestataires qui nous disaient que ça allait coûter cher et qu’ils n’étaient pas en mesure de restaurer le film. On était au point zéro. Finalement, la phase moderne de la restauration a commencé en 2010 avec le risque pris conjointement entre Lobster et les deux fondations Groupama Gan et Technicolor qui ont payé plus d’un demi-million de dollars sans savoir si la restauration était possible et combien de temps elle allait prendre. Cela a en fait pris un an, avec huit personnes à plein temps à Technicolor, sur Sunset Boulevard à Hollywood, sous la direction de Tom Burton. Chaque semaine, on alternait avec des moments d’espoir et de désespoir.

Vous parlez de désespoir. Quand ce travail a-t-il commencé à prendre forme ?

Honnêtement, j’ai été désespéré pendant un bon moment, jusqu’au jour où Tom Burton a réussi la performance de mettre deux fichiers en parallèle : sur la droite, les images en noir et blanc et sur la gauche, les images en couleur correspondantes. Il avait une épine dorsale, un squelette, et il disposait les morceaux de chair à la bonne place. Il allait pouvoir reconstituer la chair manquante. Quand on a vu ça, on savait que ça allait demander un temps démentiel mais que c’était continu.

Les couleurs d’origine qui apparaissent dans le film offrent une toute nouvelle lecture du film. Que sait-on à leur sujet ?

La copie que nous possédons est une énigme parce qu’elle est issue d’une deuxième génération, d’un négatif de sauvegarde ou pirate, on ne le sait pas. Elle est à l’évidence espagnole puisque le drapeau français est colorié en rouge et jaune. Les perforations Edison montrent que c’est une copie qui date au maximum de 1905. Elle a été coloriée de l’époque où Méliès était au sommet de son succès. Le style de coloriage est tellement conforme et typique de ce que Méliès demandait et tellement complexe et achevé qu’il ne peut pas s’agir d’un coloriage fait à la va-vite par un exploitant qui possédait de la couleur.

Aujourd’hui, les animateurs doivent travailler à partir d’une charte graphique, respecter les teintes pour la conformité visuelle. Était-ce déjà le cas à l’époque ?

Très probablement, Madame Thuillier, une coloriste possédant un atelier à Paris, avait déterminé avec Méliès les chartes de couleur sur chaque film et chaque tableau. Quand Méliès envoyait un film au coloriage, les colorieuses devaient s’adapter à la charte déterminée. Il est clair qu’il ne supervisait pas le coloriage après-coup mais que l’atelier le faisait.

Savez-vous quels autres films ont été déposés par cet anonyme espagnol ?

Il y avait quatre films apparemment coloriés par un autre atelier et beaucoup moins intéressants.

30 copies de ce Voyage vont être données aux 30 grandes Cinémathèques du monde entier. Faire circuler ce film, est-ce une façon d’essayer de toucher ce donateur ?

Cela s’est passé il y a 18 ans. Je ne sais pas si il est encore vivant. Si il assiste à une projection, on ne saura même pas qu’il sera là ! Anton Jimenez est décédé il y a deux ans. Il n’a vu le film ni terminé ni commencé. Je lui avais promis que le nom de la Cinémathèque de Barcelone apparaîtrait sur le générique. C’est le cas, il également remercié à la fin. Sans lui, le film n’existerait plus, il aurait terminé dans une poubelle.

Vous venez de retrouver une partition originale composée pour le Voyage que personne ne connaissait. Est-ce que ce n’est pas ce morceau qui devrait accompagner le film ?

En 1903, un Anglais, Ezra Read a effectivement composé un morceau, The Trip to the Moon, qui correspond tableau pour tableau au film de Méliès. Ezra Read connaissait probablement Méliès car celui-ci était parti en Angleterre faire ses premières armes et avait même acheté sa caméra à un Anglais, Robert William Paul, étant donné que les frères Lumière ne voulaient pas lui en vendre une. Il est donc possible qu’il ait demandé à son camarade Read, un compositeur assez doué et très reconnu à l’époque, de faire une musique pour son film.

Ceci dit, Méliès n’a jamais exigé aucune musique en particulier lors de l’édition de ses catalogues et la vente de ses films. Chacun était libre de mettre la musique qu’il voulait, ce qui légitime d’une certaine manière notre entreprise de combiner un film de 1902 et une musique de 2011 et d’en faire un objet cinématographique qui traverse les siècles pour être finalement un objet du présent qui brille dans les yeux de celui qui le regarde.

Vous continuez à accompagner les films muets au piano tout en donnant aussi accès aux images à d’autres personnes, comme à Air, qui livrent leur propre interprétation, le temps d’un ciné-concert. Pourquoi ?

C’est leur regard. On me dit qu’il faut passer la musique d’époque, mais depuis, il y a eu Darius Milhaud, David Bowie, Les Beatles, AC/DC, Michael Jackson. Quelque part, les gens ne connaissent plus les musiques de l’époque, il faut les prendre par la main et la musique est un passeport. Je ne dis pas que c’est le passeport absolu mais c’est un moyen pour que le film circule dans le monde entier et voyage vers le jeune public. On m’a demandé de signer pour l’exclusivité de la musique de Air sur le film, j’ai refusé. Le film doit être montré avec n’importe quelle musique, celle que les gens auront choisie.

Vous avez l’impression que les jeunes n’arrivent pas à accéder au film original, sans musique et en noir et blanc ?

Ils ne s’y retrouvent pas. À la limite, j’ai envie que ce film se retrouve dans les boîtes de nuit, que les jeunes dansent sur Air et qu’à la fin, ils se disent : « Mais c’est quoi, ça ? Méliès ? Mais c’est quoi ? ». J’ai envie qu’ils se lâchent et qu’ils s’initient à un moment donné à son univers.

Propos recueillis par Katia Bayer

Article associé : Georges Méliès : la cinémagie des premiers temps

Ce n’est rien de Nicolas Roy

Ce n’est rien du canadien Nicolas Roy fait partie des neuf films retenus en compétition officielle à Cannes, cette année. Portant sur un sujet plus que difficile, le viol d’une petite fille, le film est centré sur le ressenti du père, Michel, joué par un Martin Dubreuil tout en force et en fragilité.

Nicolas Roy, quatre courts métrages à son actif, revient au cinéma avec une histoire de drame, traversé par des thèmes qui lui sont chers (la famille, la désolation ambiante, l’isolement et la mort), qu’il continue à interroger de film en film.

Son précédent court, Jour sans joie, présenté notamment à Locarno, suivait le voyage en voiture d’un homme (Martin Dubreuil déjà) se rendant aux funérailles de sa mère en compagnie de sa femme. La noirceur de cette histoire, la tension provoquée par l’accident de voiture et l’économie de parole, très présentes dans ce film, se retrouvent intensément dans Ce n’est rien.

Au début du film, Michel accompagne sa fille Marie chez le médecin. Celui-ci demande au père après avoir auscultée la fille : « Tu ne sais pas avec qui elle était ? « . Le père répond non. Puis, sort cette phrase fatidique : « Il ne s’est rien passé ». A partir de là, la douleur du père fait écho au mutisme de l’enfant. Ils ont en commun le silence et l’isolement, toute parole et tout contact étant impossibles vu les circonstances. L’homme, dans sa souffrance, se heurte à l’incompréhension de sa mère et à la disparition mystérieuse de son père. Parti à sa recherche, il hurle seul dans sa voiture, frappe violemment le volant, et dégaine une arme. Il n’est plus le même. D’ailleurs, comment pourrait-il encore l’être ?

Ce n’est rien dresse le portrait d’un homme dont la vie bascule le jour où il découvre que sa fille a été victime d’une agression sexuelle. En proie tour à tour au chagrin, au déni et à la rage, il s’embarque pour un voyage impulsif, dans un désir de vengeance, préférant régler seul les problèmes familiaux, sans aide extérieure, quelque soit l’issue de sa décision.

Nicolas Roy laisse ses personnages s’exprimer peu, comme à son habitude. Seuls leurs ressentis, leurs regards, leurs silences, et leurs choix, comptent, d’autant plus que le sujet qu’ils évitent de mentionner est tabou. Du début à la fin du film, la tension est palpable, que ce soit sur le siège arrière, aux côtés de Marie, dans le cabinet du médecin, au contact de la grand-mère ou lors de la traque du pédophile présumé. Des coupes entre les plans et un montage dynamique complètent cette tranche de vie sombre, à vif dans laquelle le spectateur se retrouve confronté, une fois n’est pas coutume, à une émotion étrange, sans pareille liée à la gravité du sujet et à la sobriété du traitement. Ce n’est rien ? C’est déjà beaucoup.

Katia Bayer

Article associé : l’interview de Nicolas Roy

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C comme Ce n’est rien

Fiche technique

Synopsis : Michel s’occupe seul de sa fille Marie. Aujourd’hui, leur vie monotone tourne au drame.

Genre : Fiction

Pays : Canada

Durée : 14’30 »

Année : 2011

Réalisation : Nicolas Roy

Image : Mathieu Laverdière

Son : Dominique Chartrand, Olivier Calvert

Musique : Thomas Augustin

Montage : Nicolas Roy

Interprétation : Martin Dubreuil, Eloise Bisson, Danielle Fichaud, Jean-Joseph Tremblay, Aline White

Production : Voyous Films

Articles associés : la critique du film, l’interview de Nicolas Roy

SHORT SCREENS #7 : Le court métrage sur grand écran

Septième édition de Short Screens, projections mensuelles de courts métrages en salle de cinéma, avec une séance de films éclectiques et atypiques, une programmation d’aujourd’hui et d’hier. Rendez-vous le 26 mai à 19h30 à l’Actor’s Studio, à Bruxelles.

Au programme :

« Domino » de Sandy Claes (Animation, Belgique, 2007, 2′)

– « Sirène de Lune » de Psyché Piras (Fiction, Belgique, 2007, 15′)

– « Tussilago » de Jonas Odell (Documentaire/Animation, Suède, 2010, 15′) : Prix Format Court au Festival Anima 2011 !

– « Mademoiselle Mantre  » de Cécile Cozzolino (Fiction, France, 8’55 »)

– « Tao m’a dit » de Léo Médard (Documentaire, Belgique, 2010, 18′)

« The Corridor » de Sarah Vanagt (Documentaire, Belgique, 2010, 7′)

– « Songes d’une femme de ménage »  de Banu Akseki (Fiction, Belgique, 2007, 15′)

Un projet à l’initiative de l’asbl Artatouille, Format Court et Nuit&Jour.

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