Nouvel Hair d’Hadrien Bels

Connaissez-vous le terme heimat ? C’est un mot allemand difficilement traduisible en français. Il signifie à la fois « maison » et « endroit où l’on se sent chez soi ». Si il n’est jamais prononcé dans Nouvel Hair, le nouveau court-métrage d’Hadrien Bels offre cependant à notre avis une belle réflexion sur ce mot si particulier. À l’occasion de sa présentation en compétition des court-métrages en sélection officielle du Festival de Cannes 2026, Format Court vous en propose la critique que voici.

Les temps changent pour Skander. Propriétaire d’un salon de coiffure au cœur de Marseille depuis de nombreuses années, il envisage désormais de revendre le bâtiment afin de couler une retraite paisible dans son pays natal. Mais alors que la chaleur ne faiblit pas, que la proposition d’une jeune parisienne intéressée par le lieu se fait attendre et que le neveu de Skander attend fébrilement un appel téléphonique de la banque pour une réponse liée à une demande de crédit, il réfléchit…

La première grande réussite de Nouvel Hair, c’est son impeccable tenue d’unité. Un décor (le salon de coiffure), une journée, une poignée de personnages et la chaleur étouffante de la cité phocéenne : tous les ingrédients d’un huis-clos brûlant sont réunis. Pour son contexte caniculaire, on serait tenté de penser au classique Un après-midi de chien (1975) dans lequel Al Pacino jouait un braqueur de banque nerveux et très pressé. Mais à l’inverse du film de Sidney Lumet, le court-métrage d’Hadrien Bels joue la carte du temps long et de l’attente. Il laisse à son personnage principal l’espace de la réflexion. En cherchant à retourner dans son pays natal afin de reconnecter avec ses origines, Skander ne serait-il pas en fait en train d’abandonner sa véritable maison ? Un choix va se dresser devant lui, alors qu’il sent le désarroi de son ambitieux neveu qui peine à réunir les fonds nécessaires pour lancer son propre business. Doit-il miser sur son propre avenir (couler des jours paisibles dans un autre pays), ou sur celui de la jeunesse qu’il laisse derrière lui ? Nouvel Hair parvient, sans jamais faire de Skander un grand bavard, à montrer le tiraillement d’un homme qui a passé son existence à investir un lieu qu’il ne pensait peut-être jamais considérer comme sa véritable maison. Son heimat. Le temps de quelques regards silencieux sur les rues poussiéreuses des quartiers de Marseille, on décèle dans Nouvel Hair une mélancolie douce et amère, celle d’un adieu que l’on aurait du mal à exprimer en quelques mots.

Mais alors comment restituer ce sentiment de familier dans un film court et resserré comme celui-ci ? L’autre belle qualité du film, c’est sa propension à faire vivre Marseille à l’écran en si peu de temps. La ville existe à travers la lumière chaude, la langue parlée par les jeunes du coin, le bout de rue qu’on aperçoit depuis la fenêtre du salon… Elle existe même à travers la présence d’un certain embourgeoisement incarné par Juliette, jeune parisienne venue au Sud pour démarrer une affaire qui semble directement exportée de la ville lumière, au grand désarroi de Skander. À l’image, le travail sur une longue focale qui écrase les distances permet d’incarner un sentiment d’étouffement constant qui règne sur le salon de coiffure. La bande-son est chargée des bruits de la ville, des soliloques des jeunes qui discutent, d’une superposition de dialogue qui fatigue volontairement l’oreille… Tout comme Skander, le spectateur est placé dans un espace de tiraillement constant où l’on ne sait plus toujours où donner de la tête. La mise en scène se joue d’une confusion qui se fait le miroir avec celle qui règne dans l’esprit de cet homme qui tente de garder la tête froide par tous les moyens.

Sans rien dévoiler de l’issue du film, on peut affirmer sans crainte que Nouvel Hair faisait partie du haut du panier de cette compétition des courts-métrages cannois. Il nous a marqué pour ambiance étouffante mais chaleureuse, sa mélancolie douce-amère et sa galerie de personnages (et d’interprètes !) incroyables de naturels, de drôlerie et de tragique. Un film qui exprime avec une beauté sincère qu’on ne choisit jamais vraiment un lieu sans choisir les personnes qui le peuplent.

Antoine Abdul-Jalil

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Article à venir : l’interview du réalisateur

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