Manoman de Simon Cartwright

« Manoman » de Simon Cartwright, un court-métrage d’animation hilarant et accrocheur d’une durée de 11 minutes, nous rapproche du côté obscur de la force et nous invite en même temps à perdre le contrôle total, comme ses protagonistes. Primé par le Jury Prix Format Court au Festival Court Métrange, nommé aux BAFTA et ayant fait ses débuts à la Cinéfondation 2015, ce film est loin de rendre indifférent le public et les jurys festivaliers. Projeté ce soir à Paris, à l’occasion de la nouvelle Soirée Format Court au Studio des Ursulines, il est accompagné d’une exposition de dessins et croquis préparatoires autour du film.

Après avoir étudié au College of Art d’Edinburgh, Simon Cartwright rend son travail de fin d’études à la prestigieuse école britannique National Film and Television School (NFTS). Le résultat est « Manoman » , produit par Kamilla Kristiane Hodøl. À travers ce film, il nous raconte l’histoire de Glen, un homme ordinaire ayant des conflits internes non résolus, qui décide de trouver une solution à ses problèmes en participant aux séances de “Thérapie Primal”, une technique psychologique conçue par Arthur Janov. Pendant l’une d’elles, son moi intérieur, sortant littéralement des toilettes, devient une présence humaine auto-destructrice nommée Manny. Ce nouveau personnage hétérogène, frankesteinien et inégal, semble libérer une bête intérieure incontrôlable. Un Bacchus fou, psychopathe faisant glisser le protagoniste vers une fin cathartique et brutale, à travers un voyage nourri de testostérone rendant hommage à la fantaisie la plus névrotique et sombre.

Cette comédie noire et fantastique explore certains aspects de la masculinité, notamment le machisme dans un monde sauvage et les idéaux d’une virilité portée à son maximum. Ce court-métrage nous invite à la découverte de soi grâce à l’introversion de Glen et à l’impitoyable Manny. Le film joue sur nos peurs primaires et irrationnelles de l’inconnu dans un monde empli de “violence, sexe et rock’n’roll”.

Glen & Manny, antagonistes animés représentant nos instincts primaires, font appel à l’ironie et l’absurde, peuvent renvoyer à des films tels que « Fight Club », « Orange Mécanique  », « Dr Jekyll et Mr Hyde », « Le Seigneur des Anneaux », mais aussi à “Das Unbehagen in der Kultur” de Sigmund Freud.

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À l’origine, « Manoman » devrait être réalisé en stop-motion, mais cette idée a été rejetée par la NFTS qui la considérait comme trop laborieuse. Cartwright propose alors un mélange entre marionnettes à tige en silicone et animation numérique. Seulement, la production se complique à cause du poids des marionnettes, qui ne permet pas de mouvement fluide et léger dans les décors. L’introduction de tiges métalliques dans les bras des personnages confère par contre une esthétique unique à ce court-métrage, à mi-chemin entre l’artificialité du théâtre (sans trucages) et une variante du cinéma en stop-motion. L’expression faciale des personnages, réalisée grâce à une infographie numérique très austère mais adéquate aux mouvements, permet d’introduire littéralement de la vie dans leurs yeux et d’offrir une réelle interaction entre les marionnettes. Toujours dans le film, l’influence minimaliste et primitiviste du sculpteur Henry Moore se fait ressentir, notamment en ce qui concerne les formes arrondies, simples et solides des personnages.

Ce film voyou et explosif offre une vision totalement originale de la tension entre exigences pulsionnelles et restrictions imposées par la culture dominante. En mélangeant les techniques, Simon Cartwright montre des personnages tels qu’ils sont, en offrant au spectateur habitué aux grands effets spéciaux, les fils de fer bruts de ses créatures de silicone. Malgré une technologie de pointe, « Manoman » retourne aux origines du cinéma, sans avoir besoin de renforts de grandes trucages ou d’hyperboles techniques. Une libération, un enchantement, de l’hyperréalisme cinématographique pour un film formidable, punchy, restant longtemps en mémoire.

Adriana Navarro Álvarez

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