Le court-métrage « Made in Breizh » à l’honneur au 30ème festival du film court de Brest

Comme le réalisateur, producteur et fondateur du festival Olivier Bourbeillon l’a déclaré lors de la présentation de la séance spéciale « Tout a commencé en Finistère » lors du dernier festival du film court de Brest qui s’est terminé le 15 novembre dernier : « Ce n’est pas parce qu’on vient de Bretagne qu’on est des ploucs !». En effet, alors qu’une grande partie des courts métrages français que nous voyons aujourd’hui sont produits à Paris, la Bretagne, avec une quarantaine de sociétés de production cinématographique, est indéniablement une terre de cinéma.

Pour son 30ème anniversaire, le festival du film court de Brest fait la part belle à un cinéma breton de qualité à travers plusieurs programmes hors compétition : deux programmes « Made in Breizh » constitués de productions récentes qui mettent en avant de jeunes talents et « Tout a commencé en Finistère », une sélection de courts métrages réalisés ou produits dans le département du Finistère lors de ces quinze dernières années.

Parmi ces films finistériens, on découvre ou redécouvre avec plaisir, le film d’Olivier Bourbeillon « Une femme dans la rue », produit par Paris-Brest Productions. Leena, jeune peintre finlandaise dans la Bretagne du XIXème siècle, est lassée de ne peindre que falaises, vagues et rochers. Elle souhaite peindre des corps, des visages, de l’humain. Sur la plage, elle rencontre un jeune homme qui finit par accepter de lui servir de modèle. Dans ce film, la beauté des paysages, sauvages et indomptables, est à l’image de ce bel inconnu, farouche, fougueux, mais qui finit par se laisser dompter par la jeune artiste. La côte bretonne, son village pentu en pierre et ses habitants un peu méfiants finissent par charmer la jeune peintre mais aussi les spectateurs. Le film nous transporte d’un vaste espace naturel à la rue jusqu’à la chambre, nous fait pénétrer dans une intimité entre deux personnages où la passion artistique et la tension sexuelle sont palpables.

Produit la même année, en 2000, également par Paris-Brest Productions, on rit puis s’attendrit devant « Les filles du douze » de Pascale Breton. Produit en Finistère mais tourné à Lorient, le film commence comme une comédie un peu légère autour d’un groupe de femmes seules, une bande de copines qui se serrent les coudes, de l’allumeuse invétérée à la jeune fille un peu timide. Le film prend peu à peu le temps de poser ces personnages féminins, a priori un peu vulgaires et bêcheuses, pour nous faire entrer dans leur intimité, dans leur passé, et comprendre leurs blessures. On se prend soudain à ressentir de l’empathie pour ces personnages, et « Les filles du douze », au départ un peu futile, à l’image de ces personnages, parvient à capter toute notre attention, à nous faire rire et à nous émouvoir au travers d’un récit qui se déploie progressivement et subtilement.

Dans « Le Baiser », réalisé en 2005 par Stefan Le Lay et produit par la société de ce dernier, Les Films du Varech, une scène de baiser prend une toute autre tournure lorsque la pellicule se déchire lors de la projection et que le monteur la recolle à l’envers. La réaction des personnages se renverse alors en même temps que la situation. Mélange de fantastique et de comédie burlesque, « Le Baiser » joue avec les codes du cinéma et plus particulièrement avec ceux du montage, processus capable à lui seul de modifier toute la narration du film. Ce court métrage de quelques minutes seulement, écrit en une soirée et tourné en deux jours avec un petit budget, avait remporté le Grand Prix au festival du film court de Brest en 2005.

Dans ce programme 100% finistérien, on retrouve également le décalé « Comptes pour enfants » de Gael Naizet, le troublant « Erémia Erèmia » d’Olivier Broudeur et Anthony Quéré, et les bouleversants « Nous » d’Olivier Hems et « Clôture » de Mickaël Ragot. Ce dernier met à l’honneur la langue bretonne, que l’on entend rarement au cinéma, à travers le personnage touchant de Joséphine, éleveuse de vaches. Dans un enchaînement ritualisé, les bêtes sont tour à tour menées à l’abattoir, jusqu’à ce que Joséphine elle-même, après avoir laissé partir avec amertume sa dernière vache, fasse ses adieux à la terre. Film de terroir, mais aussi film sur l’attachement aux êtres, « Clôture » est avant tout l’histoire d’une rencontre entre son réalisateur et son personnage principal. Au moment de présenter la séance, alors que Joséphine est présente dans la salle, on nous dit que du haut de ses 90 ans, cette dernière s’occupe toujours de ses vaches. On se demande alors quelle est la part de fiction et la part de documentaire dans un film qui brouille un peu les pistes en mettant en scène une femme qui joue son propre rôle avec beaucoup d’amour et de simplicité.

les-guerriers-Maxime-Caperan-Thomas-Finkielkraut

Place maintenant aux jeunes réalisateurs et aux productions d’aujourd’hui. Dans le programme « Made in Breizh », quelques films se démarquent. « Les Guerriers », film d’école de Maxime Caperan et Thomas Finkielkraut, dresse le portrait de Thomas, un adolescent de seize ans à fleur de peau. La caméra resserrée sur ce personnage nerveux le suit lors d’une journée où tout va basculer. Entre petits deals avec les copains, tensions familiales et étreintes avortées, les plans serrés sur cette figure d’adolescent en ébullition nous font ressentir l’enfermement et la frustration de près. Seuls les moments de virées, de déplacements mis en musique, en scooter ou en voiture, semblent apaiser un moment le climat de tension autour de Thomas, jusqu’au dénouement libérateur, le départ, le vrai, une échappée vers de nouvelles aventures, vers une liberté qui lui permettra peut-être de se trouver.

Dans un tout autre registre « Miaou Miaou Fourrure » d’Erwan Le Duc, dont nous avions déjà évoqué sur Format Court le précédent film « Jamais Jamais », est, à l’image de son titre, farfelu, une comédie dramatique délurée produite par 10:15 Productions. On y retrouve Maud Wyler, que l’on avait déjà pu voir devant la caméra d’Erwan Le Duc, ainsi qu’Alexandre Steiger, qui forment un duo fraternel remarquable. Dans l’immense demeure familiale, Alice réunit ses deux enfants, « qui s’entendent comme chien et chat », et décide de disparaître, de façon radicale, en se suicidant, afin de mieux les réunifier. Entre folie et sagesse il n’y a qu’un pas et le personnage d’Alice, mère sacrificielle, en est un bon exemple. Entre un fils couvé qui ne semble pas avoir résolu son complexe d’Œdipe, et une fille qui a préféré déserter pour se réfugier dans une vie plus « normale », selon les mots de sa mère, tout dans ce film est « borderline », et ne tient qu’à un fil. Lorsque intervient la mort de ce pilier familial, le frère et la sœur décident de se barricader dans la maison et de sauver ce qu’il leur reste de vie de famille, nourrissant leurs souvenirs et leur révolte enfantine. Dialogues et situations cocasses s’enchaînent et Erwan Le Duc parvient à détourner le drame pour en faire un récit comique et absurde, ou les personnages, touchants dans leur détresse, construisent leur forteresse pour mieux retrouver leur complicité.

Ensemble, ces films, et d’autres qui n’ont pu être évoqués ici, mettent en avant une production locale foisonnante, où existent également des initiatives de soutien à la création comme le concours de scénario Estran, organisé pour la sixième année par l’association Côte Ouest, ou encore le dispositif d’accompagnement aux projets et à l’écriture de Groupe Ouest. Alors qu’il y a 30 ans, à l’initiative de quelques réalisateurs et producteurs locaux, naissait un festival qui nous permet d’ouvrir un œil curieux sur des productions venues de toute l’Europe, il suffit parfois de regarder juste autour de soi, dans notre ville, dans notre région, pour trouver quelques pépites.

Agathe Demanneville

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