Haramiste de Antoine Desrosières

La religion pour fond et l’adolescence 2.0 pour forme

Rim, 18 ans, et Yasmina, 17 ans se gaussent, s’aiment et se détestent dans ce film tendre et vierge de toute superficialité. Ce moyen-métrage, Prix du public au festival Côté Court, actuellement visible dans quelques salles, nous dévoile – à juste titre – le cul et le sexe sous les différents aspects et questions dont se posent deux jeunes adolescentes musulmanes. Question d’actualité pour questions taboues, ce film met en perspective une nouvelle génération et ses complexes sociétaux, à travers le prisme de la religion, le choc des cultures et de ses contraintes potentielles (virginité avant le mariage).

On pourrait y voir un film d’époque corrélant avec l’actualité, néanmoins, en suivant le fil de l’histoire on se rend compte que le réalisateur représente cette jeunesse dans son essence pure. Des filles qui se posent les mêmes questions que n’importe quelle autre fille de France. Malgré tout, l’actualité est le thème sociologique. Il a pour fond une religion qui les soumets à de nombreuses questions : Qu’est-ce qui est Haram (interdit / illicite en arabe) ? Le godemiché ? Le tampon ? La méfiance des garçons : « Frères mus (cf : musulman) frères j’m’amuse ».

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Cités, bétons, bâtiments, et jeunes qui discutent en bas des immeubles. Le décor est posé, dès les premières secondes, le contexte social est bien connu. Le plan est fixe, l’atmosphère y est froide. Nous sommes en hiver. Les deux jeunes filles donnent le ton. La mise en scène y est dénotée de toute chaleur et la joute verbale de mots crus et trash amène la petite touche de radiateur qui nous manque.

La froideur de la rue fait place à l’ambiance chaleureuse de la chambre, l’internet 2.0 prend le relais et c’est l’univers des réseaux de rencontre du plus trash au plus sage et sa magie du lien social qui viens porter une tentation liés à toutes ces interrogations. L’une va défendre les principes moraux pour éviter que l’autre ne passe pour une « pute » mais c’est dans un comique de situation – qui restera le passage phare de ce film – qu’elle associe les mots aux gestes pour décrire, avec précision, comment faire une fellation. Tout est dans le paradoxe de ces deux sœurs. Bien ou pas bien, la raison ou le cœur, la virginité ou l’amour. Haram ou pas Haram.

Jusqu’au bout on se demande si le désir va être plus fort que les principes moraux et religieux, si le ressort final va ajouter une touche de tentation ou une touche de politiquement correct peut-être un peu trop présent sur le sujet ces derniers temps.

Dans cette mise en scène, peu importe au final, ces longs plans fixes qui ne bougent que lorsque les deux sœurs montent le ton. Le réalisateur associe à la « dynamique » du film des enchaînements qui auraient pu parfois paraître monotones. Un cadrage frontal, un décor simpliste relatif à ces banlieues que la « majorité traditionnelle » ne voudrait pas voir, et c’est toute la réalisation d’Antoine Desrosières qui met en valeur une sociologie des dialogues.

Les deux jeunes actrices sont novices dans le jeu du cinéma et démontrent une innocence qui « pue le vécu », des situations farfelues qui nous amusent. Dirigées parfois, lâchées beaucoup, on remarque une improvisation qui nous amène une grande bouffée d’air frais à travers cette pollution morose des villes et des banlieues. La bande sonore n’est pas en reste puisqu’elle représente la jeunesse rêvée des années yé-yé. Ces jeunes qui, déjà, souhaitaient vivre leur sexualité plus librement et s’exclamaient « Jouir sans entraves » ou « Prenez vos désirs pour des réalités ». Parfois la ferveur de la jeunesse est là où beaucoup trop de gens ne l’attendent pas.

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Cette petite aiguille dans la botte de foin du non-dit sur la communauté musulmane fais plus que du bien et l’on ne peut qu’encourager ces histoires « banales » du quotidien qui font rire, sourire, s’esclaffer devant la générosité des actrices et devant la logique subtile est nécessaire de parler de ces situations trop peu vues au cinéma.

Clément Beraud

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