Wouter Jansen : Go Short & Some Shorts, audace & enthousiasme, programmation & distribution

Wouter Jansen est programmateur au festival Go Short, à Nijmegen (Pays-Bas) où nous avons remis pour la première fois un Prix Format Court le mois passé à « Onder Ons » de Guido Hendrikx projeté ce jeudi soir aux Ursulines. Il y a 2 ans, il a monté une petite boîte de distribution, Some Shorts, et constitué un catalogue de films néerlandais. Lors de notre passage au festival, il nous a livrés sa perception du court-métrage, du rapport au public, du travail de programmateur mais aussi de distributeur.

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Tu suis Go Short depuis sa première édition. As-tu senti une évolution dans le court-métrage ? Qu’est-ce qui t’intéresse dans le court et quels films souhaites-tu programmer au festival ?

On voyage de plus en plus, on voit de plus en plus de courts. La première année, on a reçu 800 films. Cette année, on en a eu 3000. Avec le temps, on identifie davantage ce qu’est le court-métrage et on en a une vision de plus en plus globale. Parfois, tu as l’impression d’avoir déjà vu un film, parfois, tu te dis que tu as déjà programmé le même film il y a 3 ans.

Concernant les films qu’on désire programmer au festival, la priorité va toujours à ceux que le public devrait voir. Si le film a déjà tourné et qu’il est bon, on le prend quand même. On est plusieurs à faire partie du comité de sélection, on a des définitions très différentes de ce format, chacun a des opinions différentes et je pense que ça se reflète dans le programme et que cela crée un équilibre. Pour ma part, je m’intéresse aux films  audacieux, au style visuellement très marqué.

Comment vous positionnez-vous en termes d’identité ?

On n’est pas vraiment dans l’expérimental ou dans l’accessibilité comme Brest. Je pense qu’on est entre les deux, qu’on va vers des films pas forcément faciles qui n’offrent pas une narration classique, à l’image par exemple de « Onno the oblivious » de Viktor Van der Valk.

Parallèlement à ton activité de programmateur, tu distribues des films néerlandais en festival.  Pourquoi t’es-tu lancé dans cette activité et as-tu décidé de suivre certains réalisateurs ?

J’ai commencé cette activité car en me rendant dans certains festivals, je n’y voyais pas certains films néerlandais que j’aimais beaucoup. Ces films n’y étaient jamais sélectionnés et je constatais qu’ils pouvaient vraiment bien s’insérer dans certaines programmations. Je sentais que les auteurs ne les soumettaient pas aux programmateurs et que je pouvais les aider si j’aimais vraiment les films.

Tout le monde connaît Clermont-Ferrand et les festivals de type A, mais personne ne sait que Uppsala (Suède), Tampere (Finlande) ou Brest sont de bons festivals parce qu’ils n’en ont jamais entendu  parler. La plupart des producteurs qui produisent des courts-métrages ont en tête les longs-métrages. Ils laissent les courts prendre de la poussière sur une étagère ou pensent déjà aux prochains court mais ne se sentent pas forcément préoccupés par leur visibilité, quelque soit l’endroit. J’ai commence à discuter avec des réalisateurs de la Nederlandse Filmacademie (Amsterdam) qui souhaitaient que leurs films soient visibles, j’ai noué des relations avec certains d’entre eux comme avec Mees Peijnenburg (« Cowboys janken ook ») qui a commence à la Berlinale. Certains films ont remporté un grand succès comme « Reizigers in de Nacht » de Ena Sendijarevic que vous avez aussi diffusé. La grande différence entre ce travail et celui de programmateur, c’est que je fonctionne par goût, par enthousiasme, par égoïsme aussi. Je fais tout sur mon temps libre, j’ai donc vraiment besoin de me sentir connecté au film. Si le film est sélectionné, ça accroît mon enthousiasme ! Comme j’aime le style visuel, les projets audacieux, je vais vers ce type de films pour Some Shorts.

Y a-t-il d’autres initiatives que la tienne en Hollande ? À la Nederlandse Filmacademie, n’y a-t-il pas un service qui s’occupe de la diffusion et des festivals ?

Quelqu’un s’en occupe mais a d’autres tâches à gérer et le fait surtout dans les festivals d’écoles comme celui Tel Aviv et l’aspect « sélection » n’est pas toujours prioritaire. Les films sont envoyés mais pas forcément réservés pour certains festivals comme Berlin, par exemple. Je suis effectivement certains réalisateurs de cette école car certains d’entre eux ont parlé de moi à leurs amis mais je les suis aussi après l’école comme c’est le cas de Mees. J’espère que je pourrai continuer à aider les réalisateurs en dehors de l’école. Sinon, à l’extérieur, il y a une Agence qui s’occupe plutôt des films d’animation comme « A Single Life », liés au festival d’animation KLIK!

Quel est l’état de la production des courts néerlandais ? À l’école, les réalisateurs ont la liberté et les moyens. Que leur arrive-t-il après ?

Ils n’ont pas beaucoup de possibilités à part en passant par des fonds d’aide spéciaux. Ceux qui font des courts sont jeunes car ils ont très peu de guichets vers lesquels se tourner. Par la suite, ils essayent de faire des longs ou de se tourner vers la télévision car le financement est très difficile en Hollande. Je ne sais pas si c’est parce que les jeunes réalisateurs expérimentent plus que je travaille avec eux, mais j’ai l’impression que la jeune génération se tourne plus vers le radicalisme.

En sept ans , as-tu l’impression que le public s’est sensibilisé au court ?

Oui, avant, il y avait un super cinéma mais pas de festival à Nijmegen. C’est un avantage de ne pas être à Amsterdam ou Rotterdam car il y a trop de festivals là-bas. Ici,le public n’était pas en contact avec un festival et des courts, on leur a proposé les deux pour la première fois. Au début, les gens venaient plutôt à une seule séance comme si ils allaient au cinéma. Maintenant, ça a un peu changé. C’est quelque chose sur lequel on travaille dans l’année en programmant d’autres séances.

Quels types de films montres-tu ?

On essaye de distribuer des programmes de courts dans les cinémas du pays, parmi ceux qu’on sélectionne et qu’on aime vraiment. Les salles sont intéressées mais le problème, c’est que le public ne suit pas toujours. On essaye aussi pendant l’année de programmer des films inférieurs à 5 minutes devant des longs-métrages, dans 15 cinémas hollandais. Chaque mois, un film est précédé d’un court, ce qui est aussi une bonne manière de confronter les gens à ce qu’est un court et à des films difficiles d’accès. On ne se focalise pas que sur Nijmegen, mais sur les Pays-Bas en entier.

Qu’est-ce qui, selon toi, pourrait caractériser le court néerlandais  ?

Ce n’est pas évident de te dire ce qui est typiquement néerlandais. Les Hollandais sont très connus pour leurs documentaires pour enfants comme « Nieuw ». À côté de ça, c’est très divers. On a des comédies qui voyagent beaucoup comme « Suiker » et la Nederlandse Akademie propose chaque année des films très différents. Comme je le disais, les jeunes auteurs expérimentent beaucoup.

Suis-tu d’autres écoles que celle d’Amsterdam ?

Oui, ça arrive qu’on prenne d’autres films comme à l’école d’Utrecht, mais la Nederlandse Akademie  a vraiment beaucoup de budget. Les films qui y sont produits reçoivent au moins 20.000 euros et beaucoup d’autres écoles n’ont pas ce budget pour leurs films et ça se ressent dans la qualité. C’est une grande différence et les films bien produits peuvent concourir en festival dans des compétitions internationales.

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Cette année, à Go Short, vous avez consacré un focus à Yann Gonzalez et à Gunhild Enger (Prix Format Court à Brest 2012 pour « Prematur ») ayant tous deux des univers très différents. Qu’est-ce qui t’intéresse chez eux ?

Je pense que Gunhild est une réalisatrice de courts très intéressante et son style est très distinct. Yann a fait aussi beaucoup de courts et tous ses films me restent en mémoire. Ils ont tous les deux des styles visuels et personnels et on reconnait leur patte du premier coup d’œil. Ils travaillent sur des projets de longs; c’est le bon moment de leur consacrer un focus pour que les gens se rappellent par la suite les avoir vus chez nous.

Qu’est-ce qui te plait finalement dans le format du court-métrage ?

Quand j’ai commencé, je n’y connaissais rien en court-métrage. Je cherchais un stage, le festival commençait à peine. J’ai commencé à regarder des films, ça m’a de plus en plus intéressé. Même si tu vois beaucoup de films dont certains que tu n’aimes pas trop, à chaque fois que tu en revois un qui te plait, cela continue à te faire aimer le court. Ce qui est bien aussi avec le court, c’est que tu peux faire découvrir des films à un public qui ne s’y connait pas et transmettre ton enthousiasme.

Le court reste, c’est vrai, exclusif. Les films demeurent visibles dans les festivals. Cela participe à un événement, j’aime cette idée que le public soit enfermé pendant 90 minutes en ne sachant pas ce qu’il va voir. Ces films ne sont pas téléchargeables. Voir un court ou un programme de courts participe à cette idée de radicalité car les gens sont confrontés à des films et des auteurs qu’ils ne connaissent pas, à des films invisibles sur la Toile, mais ils font confiance aux programmateurs.

Est-ce qu’il n’y a pas quand même une contradiction propre au format ? Son manque de visibilité, de couverture presse ne l’empêche-t-il pas de toucher un plus large public ?

On a envie de transmettre à la presse locale comme nationale notre enthousiasme mais elle ne connait pas les réalisateurs que nous sélectionnons. On a surtout une couverture locale, il faut chaque fois chercher un angle susceptible d’intéresser les journalistes mais oui, c’est évidemment frustrant que les films n’arrivent pas à se vendre tous seuls. Cette année, la presse a surtout mis en lumière le programme consacré aux chats proposé par le festival du courts-métrages de Vienne ! C’est déjà ça, même si il y a vraiment un travail plus approfondi à mener pour que la presse s’intéresse davantage au court.

Propos recueillis par Katia Bayer

Le site de Go Short : www.goshort.nl

Le site de Some Shorts : http://someshorts.com/

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